mercredi 17 juillet 2013

Mamadou Koulibaly est-il l’ennemi des pauvres ?


Une contribution de Donatien Robé*
 
Pour marquer le deuxième anniversaire de son parti politique, Mamadou Koulibaly a fait une déclaration dans laquelle il revient sur ses convictions politiques et les solutions qui sont les siennes pour la Côte d’Ivoire.

Parmi les propositions du leader de « LIDER », nous retenons celles sur les retraites et la santé. Il a dit, en substance, sur les retraites : « Nous avons des projets de réforme de la retraite dont les principales caisses sont aujourd’hui déficitaires dans notre pays à cause du système de répartition adopté là où nous, à LIDER, nous proposons une retraite par capitalisation ». Nous avons déjà donné notre avis sur cette proposition et nous le réitérons : M. Koulibaly fait un mauvais diagnostic de la situation du système de retraite en Côte d’ivoire. En réalité, le système de répartition qui instaure la solidarité entre les générations et qui est résolument social en ce sens qu’il garantit les retraites des petits salariés, n’est pas la cause des déficits des caisses de retraite. C’est plutôt le travail informel, le chômage important des jeunes et l’attitude cupide et malhonnête des employeurs qui ne reversent pas les cotisations aux caisses sociales qui creusent les déficits. Quand on fait ainsi un mauvais diagnostic, on a beau être un brillant professeur d’économie, on proposera des remèdes inefficaces et inadaptés. D’ailleurs, le système par capitalisation, s’il constitue le système de base des retraites et non le système complémentaire, fragilisera les petits salariés, donc les pauvres, en raison des bas salaires et des spéculations financières inévitables sur les placements. Aussi, LIDER, justifie cette proposition par le vieillissement de la population ivoirienne. Là encore, le constat est erroné car l’espérance de vie tourne autour de 47ans. À moins que le champion de LIDER nous impose l’idée selon laquelle on est vieux à cet âge.
Mamadou Koulibaly a dit aussi sur la santé : « Pour une meilleure couverture sanitaire, nous proposons une libéralisation des métiers de la santé et des systèmes de facturation des soins ». En clair, le « chauffeur » de LIDER veut privatiser la politique de santé en Côte d’ivoire, désengageant ainsi l’Etat des dépenses sociales de santé. Cette proposition de M. Koulibaly montre qu’il ignore (ce qui est grave pour un leader politique !) la réalité du système de soins dans notre pays. En effet, depuis l’ « initiative de Bamako », en 1987, qui a instauré le « recouvrement des coûts », notre système de soins est libéral. Car l’Ivoirien paye directement de sa poche (paiement-direct ou user fees) pour se soigner. Depuis le début des années 1990, les dépenses privées de santé (dépenses des ménages et des assurances privées), sont supérieures aux dépenses publiques de santé. Ceci entraînant des « dépenses catastrophiques » (dépenses de santé plus élevées que les revenus) selon l’OMS, appauvrissant encore plus l’Ivoirien et réduisant son espérance de vie. Mamadou Koulibaly veut-il encore assommer un homme déjà à terre ? Mais allons plus loin pour demander au chef de LIDER de nous citer un seul pays où le système libéral de santé est satisfaisant ? Au contraire, les systèmes sociaux avec une forte implication de l’Etat sont prisés pour une meilleure protection des plus faibles. L’Angleterre, grand pays libéral, a opté depuis 1942 pour un système national de santé (National Health Service) avec l’Etat dans les rôles de producteur et d’acheteur de soins afin de protéger les pauvres. Et pourtant, le concepteur de ce système (lord William Beveridge) est libéral. Pro-keynesien, il estime que l’Etat doit intervenir pour canaliser le libéralisme et protéger les plus faibles.
Le système suisse d’assurance-maladie obligatoire, exécuté par des caisses privées, donc à priori libéral, est régulé par l’Etat par l’encadrement des franchises, du panier de soins et des primes d’assurance tout en subventionnant les soins des pauvres. Le système libéral américain, quant à lui est remis en cause par la réforme de la santé d’Obama, car 45 millions d’Américains n’avaient pas accès aux soins de santé. L’Afrique du sud est en plein chantier pour abandonner le système libéral et instaurer une assurance-maladie sociale. La quasi-totalité des pays d’Europe ont des systèmes de santé que les Etats régulent et soutiennent financièrement. L’OMS, dans son rapport 2010, révèle que dans les pays où les dépenses publiques de santé sont supérieures à 50% dans les dépenses totales de santé, les populations se soignent mieux. Les dépenses publiques étant consacrées aux subventions des soins des démunis. Là où le libéralisme sans frontières n’a jamais fait ses preuves, l’Etat a fait les siennes. Même la gratuité des soins, bien que décriée en Côte d’ivoire, a sauvé des vies, bien plus que la politique libérale de « recouvrement des coûts ». M. Koulibaly devrait donc savoir qu’on ne change pas une équipe qui gagne.
En 2000, alors ministre du budget du général Guéi, M. Koulibaly défendait la politique sociale du gouvernement auquel il appartenait. Dans le numéro 77 de mars 2000 de la revue « Politique africaine », il disait ceci : « cette année (2000), la Côte d’Ivoire met plus de 400 milliards dans le secteur social. Les 400 milliards de dépenses sociales doivent être destinés notamment à la santé et la scolarisation en milieu rural ». Plus loin, il dit encore : « si les bailleurs de fonds veulent faire passer le remboursement de la dette avant, qu’ils trouvent les moyens de résoudre les problèmes sociaux ». Le libéral qu’il est n’a pas pu s’accorder avec les économistes libéraux du FMI et de la banque mondiale, surtout en raison du caractère théorique de ses propositions.
Hier défenseur des investissements sociaux d’Etat ; aujourd’hui, promoteur d’une ligne libérale effrayante… Les Ivoiriens apprécieront la constance le moment venu.
(*) - Président de « Orphelins Secours ».
Titre original : « IIe anniversaire de Lider : Mamadou Koulibaly est-il l’ennemi des pauvres ? »

en maraude dans le web
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Source : presse.ivorian.net 16 juillet 2013

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