vendredi 24 novembre 2017

La fabrication du fantoche ou Comment la France a installé Ouattara à la présidence de la République.

Soldats français exhibant un trophée 
après la prise de la résidence officielle de Laurent Gbagbo.

Dans un livre intitulé « Le crocodile et le scorpion » qui va bouleverser toutes les certitudes de la procureure de la cour pénale internationale, Jean-Christophe Notin, auteur français plutôt prolixe ayant à son actif de nombreuses enquêtes, livre l’idée qu’il s’est faite de la crise postélectorale en Côte d’Ivoire où il a enquêté. Le lecteur remarque tout de suite que le livre du Français n’a pas l’intention d’absoudre l’ex-président ivoirien, puisque les témoignages qu’il privilégie sont ceux des officiers ou des élites françaises qui ont été impliqués dans la guerre. C’est donc [sans le faire exprès] que Jean-Christophe Notin parvient à publier un livre à décharge sur Gbagbo en montrant comment, dans les menus détails, Paris a mis en place les ingrédients de la guerre et comment elle l’a menée. Le livre révèle également, au passage, à quel point Ouattara a été passif tout au long de la crise postélectorale. Tellement tout a été fait pour lui ; de la mise en place du rouleau compresseur diplomatique au bombardement de la résidence officielle de Gbagbo, en passant par la rédaction de ses discours par les officiers de la DGSE, les services secrets français.

Ici s’arrêtent les certitudes de Fatou Bensouda, pourrait-on écrire. La procureure gambienne dont les preuves n’ont pas convaincu les juges de la cour pénale internationale lors de son premier passage, a pourtant coutume d’affirmer que Laurent Gbagbo avait prévu d’éliminer Alassane Ouattara et/ou ses partisans avant la tenue de l’élection présidentielle pour conserver le pouvoir. Or sans certainement le vouloir, le témoignage de l’auteur français consigné dans un livre intitulé « Le crocodile et le Scorpion » détruit l’ensemble de l’argumentaire de Bensouda. Car son livre montre dans les moindres détails comment la France a mené la guerre contre l’ancien président ivoirien. Du début jusqu’à la fin, à savoir de la déportation du président ivoirien d’abord à Korhogo et par la suite à la cour pénale internationale. Comment un homme qui avait préparé des assassinats massifs aurait pu être à ce point passif, au point de ne même pas couper le carburant à la Licorne, chose qui n’avait pas été anticipée par l’armée française selon un général français, ou empêcher que le matériel militaire français qui n’était en fait que du matériel de télécommunication destiné à créer des médias à l’usage de Ouattara soient dédouanés au port autonome d’Abidjan ? C’est finalement le principal enseignement de cet ouvrage qui révèle néanmoins des retournements spectaculaires comme ceux de Philippe Mangou en particulier.

« La France met en place le blocus économique  »…

Alors que l’Ambassadeur français Jean-Marc Simon espère installer Alassane Ouattara à Yamoussoukro mais est contraint de revoir ses plans en raison de la présence de la garde républicaine dans cette ville, les officiers français se lancent dans le débauchage des officiers de l’armée ivoirienne. « Que dois-je faire, confie par exemple une haute autorité militaire ivoirienne au Comanfor. Je suis général, nous avons une Constitution semblable à celle de la France, donc je dois rester loyal au président en place », se lamente-t-il. L’officier français, le général Palasset en l’occurrence, parti le débaucher, n’hésite alors pas à le menacer : « Faites attention, il y a déjà eu le Rwanda, la communauté internationale ne restera pas passive, vous encourrez tous une comparution au TPI ». Quant à la DGSE, service secret français, elle change de tactique lorsqu’elle rencontre Philippe Mangou. Elle lui  vante les mérites d’un ralliement, parce que Philippe Mangou a été annoncé à plusieurs reprises comme ayant basculé en faveur de Ouattara ; mais le président du RDR ne l’a pas encore rencontré. Pour contourner la difficulté éprouvée par [Jean-Marc Simon], l’ambassadeur français en poste en Côte d’Ivoire, Guillaume Soro propose les services des FRCI dont la puissance de feu est dérisoire, selon les mots de l’auteur français. Problème que la France va régler pour permettre la reprise de la guerre sur les différents fronts. A Abidjan, Jean-Marc Simon est à la manœuvre. Selon Jean-Christophe Notin, « l’ambassadeur français se rend tous les jours au Golf hôtel [pour] rencontrer soit Ouattara, soit son directeur de cabinet, soit Soro ». Il confiera plus tard à son compatriote : « Je sentais Ouattara confiant. Il estimait que Gbagbo allait finir par céder de toute façon ». Cela dit, Mangou est toujours invisible à l’hôtel du Golf, qui est le QG de Ouattara. Alors « l’attaché de défense français, le colonel Héry, qui le connait depuis 2002, se rend chez lui, sur ordre, pour un entretien particulier au goût de solde de tout compte », raconte l’auteur français. « Il n’est jamais trop tard pour faire machine arrière, lui explique-t-il. Si vous le décidez, sachez que nous pouvons assumer la protection de votre épouse. Sinon, vous savez ce qu’il va se passer, combien vos actes sont illégaux et comment nous finirons par intervenir ». Mangou affirme avoir compris le message. Mais le colonel l’a à peine quitté qu’il s’empresse de tout rapporter à Gbagbo. Et la seule discussion entre officiers supérieurs devient une tentative de débauchage, Mangou déclarant qu’il lui aurait été demandé de placer l’armée ivoirienne sous le commandement de Ouattara. « Je n’ai pas pu lui proposer ce genre de marché, explique Héry. Mon accréditation aurait été immédiatement retirée par le gouvernement ivoirien », tente-t-il de se défendre. « Prudent, le CEMA ivoirien continuera jusqu’à fin mars à se ménager la bienveillance des deux camps en conservant sa place auprès de Gbagbo tout en entretenant le contact avec Licorne », écrit Notin. « La France met alors en place le blocus économique ». Alors que l’opinion avait cru que c’est le passage de Ouattara à Dakar comme ancien gouverneur [de la BCEAO] qui lui valait autant de faveurs, Jean-Christophe Notin décrit comment Paris va s’y prendre : « La France dispose de multiples leviers d’action économiques et financiers en Afrique. Héritage historique, le trésor français est le gardien des traités de coopération monétaire pour les trois monnaies africaines ; il peut accorder des prêts aux banques centrales en difficulté, mais en contrepartie, ses hauts fonctionnaires siègent au sein de diverses instances financières africaines. Ainsi, sous-directeur aux affaires financières internationales, Rémy Rioux est-il le représentant de la France à la BCEAO depuis 2010. [L’enjeu du trésor français est trop important] pour bien calibrer les actions à mener. L’asphyxie financière du régime est organisée », écrit-il. L’argent des huit pays africains, dont la Côte d’Ivoire, sont ainsi bloqués (sic) par la France qui y détient un monopole inexplicable. Le président ivoirien, proclamé comme tel au regard de la constitution, doit aussi faire face à l’arrêt des financements de la Banque Mondiale et du FMI. « Les rentrées fiscales s’annoncent mauvaises. Gbagbo doit improviser des parades pour trouver au moins 100 milliards de francs CFA nécessaires chaque mois au fonctionnement de l’administration. Le gouvernement ne rembourse plus ses dettes, à commencer par 30 millions de dollars d’intérêts qu’il devait verser à un consortium de banques fin décembre 2010 », note Notin.
Tout contribuable doit payer ses impôts en cash ou sur un compte encore accessible [au] pouvoir en place. Certaines des grandes entreprises françaises s’y plient parfois aussi. L’apprenant l’avocat Jean-Paul Benoît s’avise d’approcher à Paris l’une d’elles : « Il était notoire que son entreprise alimentait Gbagbo en cash via des commissions sur ses activités. Je suis donc allé lui demander que, par mesure d’équité, mais aussi dans son propre intérêt, pour conserver plusieurs fers au feu, elle en verse aussi une partie à Ouattara qui, bloqué au Golf hôtel, manquait cruellement de finances. Il m’a répondu que "les affaires n’étaient plus ce qu’elles avaient été, qu’il n’avait pas les moyens, etc.". Je lui ai suggéré d’au moins appeler Ouattara. Il m’a expliqué qu’il ne voulait pas discuter au téléphone… ». L’argent manque aussi au Golf [hôtel]. « Ouattara suggère au ministre des Finances de Gbagbo, qui venait de le rallier, de s’envoler au plus vite vers Paris avec pour feuille de route l’organisation de soutien international. Charles Koffi Diby joue un rôle important à Paris, à Washington et à Dakar, comme une sorte d’ambassadeur itinérant de Ouattara. Ce qui ne sera pas sans lui porter préjudice, puisque, ne revenant jamais au Golf, des doutes sur sa loyauté émergeront indûment ». Mais Gbagbo résiste. Les banques ivoiriennes retrouvent de la liquidité. Ce qui permet de payer les fonctionnaires et agents de l’Etat. Dès lors, Paris se rend compte que le blocus financier ne suffira pas et va alors concentrer ses efforts sur la personne du président. « Les tractations se concentrent donc sur la personne même de Gbagbo. Ouattara précise qu’il ne le contraindra pas à l’exil (un mensonge aujourd’hui), puisqu’il prononcera une amnistie en sa faveur et le fera bénéficier d’un statut d’ancien chef d’Etat. Ouattara explique qu’il n’envisage pas une guerre contre le régime, mais "une opération spéciale", "non violente" pour s’emparer de Gbagbo ». Et de prendre pour exemple l’arrestation de Noriega, en oubliant de préciser qu’elle avait nécessité en 1989 l’intervention de 50.000 GIs. En tête, il en fait l’un des projets abracadrabrantesques de l’Ecomog, qui envisage l’infiltration des forces spéciales africaines par les égouts d’Abidjan pour capturer l’ancien président en sa résidence. Sauf que la Cedeao n’a absolument pas les troupes adéquates. « Vu la lente détérioration sécuritaire à Abidjan, relate le colonel Hintzy, commandant du Batlic, on sentait que quelque chose allait survenir dans les semaines à venir et nous avions tous l’appréhension d’être relevés ! ». « Petit à petit, note ainsi le colonel Geoffroy de Larouzière-Montlosier, comandant le 16 BC, la tension est aussi montée à Bitche. Nous devions nous préparer à vivre des moments difficiles ». « Finalement, reconnaît son chef, le général Castres, ce que nous n’avions pas anticipé était que Gbagbo nous coupe l’accès au carburant ou nous fasse des difficultés avec le dédouanement »… A la tête du Detalat, le lieutenant-colonel Stéphane G., du 1er RHC, prend la suite du lieutenant-colonel Pierre V. du 5ème RHC qui lance, prémonitoire : « Vous n’allez pas faire un séjour, mais une opération ! ». Pour les Gbagbo, Jean-Marc Simon n’est plus qu’un « sans emploi, un citoyen français ordinaire ».

Paris pilote tout, et Ouattara n’est qu’un simple spectateur…
« Le gouvernement français résout en partie une grave déficience du clan Ouattara, son bannissement des ondes. Tout d’abord il intervient auprès du diffuseur satellite de la RTI, Canal+Horizon, ainsi que de l’opérateur du satellite lui-même, l’Américain Intelsat, pour réfléchir à l’écho qu’ils offrent aux propos de Gbagbo. Le retour de Ouattara sur les ondes devient une priorité stratégique. Il importait, explique un conseiller à l’Elysée, que Ouattara puisse s’afficher avec ses pairs en Afrique et à l’international ». La première étape a été la création d’une station radio, « Radio côte d’Ivoire », qui ne nécessita guère de moyens. Mais c’est surtout le petit écran qui est à conquérir : « Télévision Côte d’Ivoire » (TCI) voit le jour le 22 janvier 2011. Diffusés en ondes hertziennes, les deux médias sont facilement brouillables. La France prend donc l’affaire en main et, comme elle ne peut l’assumer officiellement, c’est la DGSE qui est chargée d’acheminer le matériel nécessaire à une émission satellitaire. En particulier, une antenne parabolique de grande taille est livrée à Bouaké, posant quelques soucis aux hélicoptères ayant mission de la rapatrier à Abidjan. Elle arrive en pièces détachées et [elle est] transportée jusqu’à l’hôtel Ivoire où les techniciens de la « DGSE » s’occupent de la mettre en service. TCI sera ainsi relayée à partir du 17 février par Eutelsat. Le décodeur Strong est nécessaire ; du matériel standard, mais encore faut-il le trouver. En huit jours, la capitale en est miraculeusement pourvue… Le visage du vainqueur des élections réapparaît donc sur les écrans ivoiriens. Quant à sa voix, elle est aidée par un officier de la DGSE, qui participe, au Golf hôtel, à la rédaction de ses discours. Puisque caméras et prompteurs sont fournis par les Français, Ouattara ne serait-il qu’un homme de paille confortablement installé ? D’autant que la facture de l’hôtel elle-même est largement prise en charge par le budget français.
Signe que Paris pilote tout et que Ouattara n’est plus que simple spectateur, Nicolas Sarkozy s’informe chaque jour. « Jean-David Levitte certifie que Nicolas Sarkozy l’avait au moins une ou deux fois tous les deux jours au téléphone, pour prendre le pouls de la situation, pour le conseiller, pour lui dire quoi faire ». La France fait aussi tout pour neutraliser le dirigeant angolais qui soutient activement Gbagbo. « La tempérance du Français satisfait l’Angolais Dos Santos dont les services secrets auraient fait savoir à l’Elysée qu’il réclamerait un droit de réponse en cas de propos trop fermes à l’encontre de Gbagbo qu’il soutient encore ». Mieux, « après un premier mois de fermeté, l’Union Africaine semble vaciller. Alors qu’elle réclamait jusqu’alors le départ de Gbagbo, voilà que son président de commission, le Gabonais Jean Ping, ne se dit "plus sûr qu’il faille présenter les choses ainsi". Le Quai d’Orsay l’a toujours suspecté de pro-gbagboisme en raison des origines ivoiriennes de sa femme ». Ainsi va la France ! En coulisses, Choi croit que le clan Gbagbo n’écarterait plus la solution qui leur tient à cœur, un destin à la Kérékou [Président du Bénin qui fut battu aux élections en 1991 mais réélu en 1996] en quittant le pouvoir au dernier moment.

Il est toujours au pouvoir…
Plus l’heure des armes approche pour Licorne, plus le général Palasset veille à la retenue de ses hommes. Le colonel Hintzey, patron du Baltic, vérifie que son unité a bien compris sa mission. Il n’empêche, Paris cache toujours son jeu et affiche officiellement sa neutralité. Elle  retourne ainsi Zuma qui finit par abandonner Gbagbo après sa visite en France le 2 mars. Paris, comme certains l’avancent, aurait-il acheté sa volte-face avec des avantages financiers pour l’Afrique du Sud via l’Agence française du développement ? Présent à l’entretien avec Nicolas Sarkozy, aux deux-tiers consacrés à la Côte d’Ivoire, Jean-David Levitte dément formellement : « Le ton a été parfois vif, note-t-il. Le Sud-Africain préconisait une solution à l’africaine, le partage du pouvoir dont nous ne voulions pas. Aucun des deux présidents ne lâchait prise. Zuma restait rivé sur la Constitution ivoirienne ».
« Il est toujours au pouvoir », a noté le New York Time, le 16 mars. Mais à bien y regarder, l’Ivoirien a perdu de sa superbe. La raison en est simple : ses finances seront bientôt vides. « Le régime a tout de même tenu un mois de plus que ce que nous pensions », relate le directeur-adjoint du ministère français de l’Economie et des Finances, Christophe Bonnard. Nous avons aussi mobilisé l’intelligence économique pour vérifier que Gbagbo ne se finançait pas, par exemple, par la vente du stock d’or ivoirien ».

Sévérine BLé  (Aujourd’hui N°656 du 23 Juin 2014)
Titre original : « Crise Postélectorale. Les graves révélations d’un écrivain français ». 
Source : CIVOX. NET 4 Juin 2014

mercredi 22 novembre 2017

« L’Afrique, c’est nous » : comment le Maghreb « infiltre » des organisations subsahariennes

Pour sortir d’un entre-soi parfois stérile, des pays du Maghreb prennent pied dans les organisations régionales africaines. Comment trouvent-ils des relais de croissance et de puissance en Afrique ? Économiste, journaliste et officiels maghrébins et ouest-africains ont donné en exclusivité leur analyse à Sputnik sur cette question complexe.

En visite officielle en Côte d'Ivoire, le roi du Maroc
s'apprête à dévoiler une plaque de rue à son nom
Confrontés à la paralysie congénitale de l'Union du Maghreb Arabe (UMA) qui plombe leur intégration régionale, des États d'Afrique du Nord s'inscrivent, simultanément, dans un processus d'« infiltration » des organisations africaines subsahariennes. Ces velléités ne font qu'acter la mort de l'UMA, prise en otage, ab initio, par la question du Sahara occidental et la grande discorde algéro-marocaine.
Décrite comme la plus dynamique et la plus intégrée des communautés économiques régionales (CER) africaines, la CEDEAO (Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest) exerce, ainsi, un attrait croissant sur les pays maghrébins. Cet ensemble de 15 États francophones, anglophones et lusophones représentant un marché de 340 millions de personnes, se penchera le 16 décembre prochain à Lomé, sur une candidature du Maroc pour intégrer la CEDEAO en tant que membre à part entière.
Pour sa part, la Mauritanie avait arraché, l'été dernier, un statut de membre associé au sein de la même CEDEAO, alors que la Tunisie y bénéficie désormais d'un statut de membre observateur, le même qu'elle avait négocié avec succès avec le Marché commun de l'Afrique orientale et australe (COMESA), une autre organisation régionale subsaharienne.
Ces différentes formules (membre, membre associé, membre observateur) pour lesquelles ont respectivement opté le Maroc, la Mauritanie et la Tunisie, s'adossent à des approches particulières à chacun de ces pays.

Le Maroc constitue sans doute le cas le plus «abouti» de cette tendance. Cette adhésion s'entend, pour le Royaume chérifien, comme une consécration d'un périple spectaculaire entamé, il y a quelques années déjà, et rythmé par de nombreuses tournées subsahariennes. Le volume des échanges s'en était trouvé considérablement augmenté (une croissance annuelle moyenne de 9,1% sur la période 2008-2016), grâce à des leviers économiques et financiers actionnés en synergie, alors qu'on multipliait, par ailleurs, les gestes symboliques en direction du continent, comme la diffusion inédite du fameux discours du trône à partir de la capitale sénégalaise Dakar. Le point culminant de cette épopée aura été, finalement, la réintégration de l'Union africaine (UA), après 33 années d'absence.
Plus tardive, et sans doute moins pugnace, a été jusque-là l'approche tunisienne. Privée d'un appui logistique comparable, et grevée par le bouleversement institutionnel et sociopolitique de l'après 2011, les autorités tunisiennes ont tout de même multiplié depuis 2015 les initiatives en direction des voisins subsahariens.


En 2017, la Tunisie a ouvert deux nouvelles ambassades au Burkina Faso et au Kenya, portant ainsi à dix le nombre de ses représentations diplomatiques en Afrique subsaharienne, alors que l'ouverture de cinq bureaux commerciaux est prévue prochainement. Une nouvelle ligne aérienne reliant Tunis à Cotonou, au Bénin, verra le jour à la mi-décembre, alors qu'une ligne maritime directe reliant la Tunisie à l'Afrique de l'Ouest devrait être opérationnelle dans les mois à venir. Objectif : arriver à booster les échanges commerciaux avec l'Afrique subsaharienne, plus précisément l'Afrique de l'Ouest, qui stagnent à moins de 1%.
*« En Tunisie, plus de 70% de nos échanges sont avec l'Union européenne. Si on veut développer notre commerce, il faut que nous nous orientions vers les pays de la CEDEAO qui regorgent d'un grand potentiel », a justifié, lundi, le ministre tunisien du Commerce, Omar el Bahi. Une déclaration prononcée à l'occasion de la signature d'un mémorandum posant les jalons d'une coopération économique renforcée entre la CEDEAO et la Tunisie.
« Il s'agit d'un premier pas pour permettre aux deux partis de mieux se connaître. (…) Une feuille de route [permettra d'envisager] l'amélioration des relations commerciales », a déclaré à la même occasion Marcel De Souza, président de la commission de la CEDEAO.
Côté tunisien, on préfère rester raisonnable. Il ne s'agit « pour l'heure » que d'explorer les possibilités d'un statut de membre observateur en se gardant d'évoquer la question de l'intégration pure et simple, à la marocaine. Du moins, pas avant d'en découvrir l'issue en décembre prochain, lors du sommet de Lomé : « Nous sommes encore au début ! Notre objectif est d'être là en tant qu'observateur, et pas en tant que membre à part entière », a précisé le chef de la diplomatie tunisienne, Khemaïes Jhinaoui, qui plaide en même temps pour « un développement progressif » des rapports économiques avec la CEDEAO. Le ministre du Commerce rappelle, de son côté, que le choix de la Tunisie est celui d'un membre observateur « pour commencer ».
Principal défi identifié par les observateurs : arriver à dépasser les déclarations de bonnes intentions sur «un continent porteur» et obtenir que les initiatives tunisiennes s'inscrivent plutôt dans une stratégie proportionnée aux moyens concrets dont dispose le pays.
« La Tunisie a perdu un véritable crédit qui était lié à l'image de Bourguiba. Elle s'est ensuite laissée emporter par l'effet de mode, celui de la conquête de l'Afrique, en imitant le Maroc alors qu'elle n'en a pas les moyens, regrette Hichem Ben Yaïche, rédacteur en chef de trois revues africaines, New African, African Business et African Banker, dans une déclaration à Sputnik. La Tunisie doit asseoir une vision stratégique africaine au lieu de se cantonner dans des discours qui ne s'adossent pas à sa réalité. À quoi bon se disperser en rejoignant plusieurs espaces régionaux à la fois, COMESA et CEDEAO, s'il y a peu de chose à offrir ? ».
Bouraoui Limam, directeur de l'information et de la communication du ministère des Affaires étrangères tunisien, reconnaît les contraintes posées par la conjoncture, qu'il ramène à « des moyens limités » liés notamment aux soubresauts post-2011. Il insiste, pour autant, sur « la détermination de la Tunisie à redonner à l'Afrique une place centrale parmi ses partenaires stratégiques », qui sont également des partenaires « naturels ». «Le chemin est long pour rattraper le temps perdu, mais le choix de l'Afrique est irréversible (…) Nous avons déjà franchi des pas concrets dans ce sens, a déclaré cet officiel tunisien à Sputnik. Il y a eu plusieurs visites bilatérales, couronnées le plus souvent par des accords économiques, culturels, scientifiques, sans oublier les forums d'affaires qu'on a accueillis, et toujours, avec un travail d'accompagnement et de pédagogie fourni en amont auprès des acteurs économiques pour attirer leur attention sur le fait que l'Afrique, c'est nous », détaille-t-il.

La Mauritanie, enfin, a choisi la voie médiane qui en fait un membre associé de la CEDEAO, alors qu'elle avait été invitée, lors du sommet de juin dernier des chefs d'État de la communauté ouest-africaine, à réintroduire une demande de réintégration. Nouakchott avait en effet claqué la porte de la CEDEAO, en 2000, alors qu'elle faisait partie de ses cofondateurs en 1975.
« La Mauritanie sait qu'elle doit, elle aussi, jouer la carte de l'Afrique subsaharienne. Néanmoins, elle voudrait que ce soit un retour progressif et maîtrisé. On ne change pas du jour au lendemain de choix géopolitiques. C'est en termes de cohérence qu'il faut analyser son positionnement », analyse Hichem Ben Yaïche.
Chantre d'une longue tradition africaniste et à l'origine, naguère, du fameux Cen-Sad (Communauté des États Sahélo-sahariens), la Libye se trouve embourbée depuis 2011 dans une grave crise politico-sécuritaire qui la contraint à limiter son ambition à la sauvegarde de son intégrité territoriale.

L'évocation des rapports entre la Libye et l'Afrique subsaharienne se réduisent, aujourd'hui, aux jonctions terroristes que son territoire peut «offrir» pour les éléments de Boko Haram nichés dans le bassin du Lac Tchad, ou ceux d'Al-Qaïda Au Maghreb Islamique (AQMI) présents en Afrique de l'Ouest. De façon plus récente, et autrement plus choquante, elle a défrayé la chronique avec des scènes de vente aux enchères de migrants subsahariens qui ont suscité l'émoi de tout un continent.
Loin de se complaire dans une forme d'autarcie, l'Algérie refuse pour autant de s'inscrire dans un schéma d'intégration classique. Pour Anisse Terrai, économiste algérien s'exprimant à Sputnik : 

« la politique économique de l'Algérie s'est toujours tournée vers le développement des capacités de production nationales et vers le marché intérieur. Profitant de la rente des hydrocarbures, et par la suite pris à son piège, le pays ne s'est jamais tourné vers l'exportation hors hydrocarbures ni vers l'investissement étranger hors hydrocarbures dans les autres pays africains. Ainsi, dans la politique étrangère de l'Algérie et dans sa relation avec les autres pays, les aspects politiques priment sur les questions économiques. À titre d'exemple, à l'occasion du 50e anniversaire de l'Organisation de l'Union africaine, devenu l'Union africaine en 1999, l'Algérie a effacé la dette de 14 pays africains pour un total de plus de 900 millions de dollars américains, sans aucune contrepartie ».
Côté subsaharien, ces pénétrations maghrébines sont diversement appréciées. L'adhésion du Maroc est loin de faire l'unanimité pour des motivations liées à des craintes de la concurrence des produits marocains, au sein d'un ensemble qui reste, malgré tout, assez fragile.
Mais le royaume chérifien sait aussi compter sur des alliés solides, ceux-là mêmes qui lui avaient déblayé la route de la réintégration de l'Union africaine, début 2017, nonobstant l'opposition feutrée de la présidente de l'exécutif de l'organisation à l'époque, la Sud-africaine Nkosazana Dlamini-Zuma.
Pour le patron de la CEDEAO, en tout cas, ces offensives nord-africaines sont loin de constituer une ineptie. À la question de savoir si des pays maghrébins s'invitant à la table de l'organisation de l'Afrique de l'Ouest ne porteraient pas atteinte à sa cohésion intrinsèque, Marcel de Souza a soulevé, dans une déclaration à Sputnik, l'exception de non-étanchéité des frontières des communautés.

En visite officielle en Côte d'Ivoire, le roi du Maroc,
le roi du Maroc visite un chantier

« L'Union africaine a bien défini (dans sa charte) cinq Communautés économiques régionales. Mais ces cinq communautés ne sont pas étanches. Lorsqu'un pays veut avoir une coopération plus poussée avec une CER, cela n'est pas interdit. Nous pensons que nous pouvons renforcer et améliorer nos relations pour qu'en matière commerciale on puisse avancer ».
Mais la part du tactique et du stratégique reste à déterminer dans ces initiatives, d'autant plus que l'Afrique s'analyse aussi comme un choix « par défaut » pour ces pays d'Afrique du Nord.
Un choix à défaut de pouvoir compter, en toute circonstance, avec l'inversion des cycles économiques, sur une Europe dont l'introversion croissante est un corollaire de son intégration.
Un choix à défaut de pouvoir relancer la locomotive maghrébine restée piégée dans le conflit sahraoui. Du côté de la rue Tensift Agdal, à Rabat, siège de l'UMA, on assiste impuissant à ces défections.

Safwane Grira


Source : https://fr.sputniknews.com 21 novembre 2017

dimanche 19 novembre 2017

Les inégalités raciales mettent à mal le mythe d'un Brésil métissé


« Ici, les Noirs sont bienvenus »
(Page d'accueil du site web de l’Université Zumbi dos Palmares à São Paulo)

Au Brésil, pays qui entretient le mythe d'une nation métissée harmonieuse, plus sa couleur de peau est foncée, moins une personne a de chances d'accéder à des postes de responsabilité. 
Lundi, le pays célèbre la journée de la Conscience noire avec de nombreuses manifestations culturelles mais aussi des débats pour changer les mentalités, notamment au sein des entreprises.
Les chiffres sont implacables: selon l'Institut Brésilien de Géographie et Statistiques, parmi les 54% de Brésiliens noirs ou métis, seuls 5% occupent des postes d'encadrement.
Parmi les 10% des Brésiliens les plus riches, 70% sont blancs, tandis que 74% des Noirs font partie des 10% les plus pauvres. Dans les médias, les Noirs sont sous-représentés, dans la publicité les mannequins de couleur très rares.
Des inégalités qui sautent aux yeux dans la vidéo du « jeu du privilège blanc », lancée récemment par l'ONG ID_BR (Identités du Brésil).
Inspirée d'une expérience de BuzzFeed aux États-Unis, elle a été vue par 1,2 million d'internautes sur Facebook et reproduite dans plusieurs émissions télévisées.
Les règles du jeu sont simples: des lignes horizontales sont tracées au sol et les participants doivent faire un pas en arrière si les réponses à des questions posées signalent qu'elles sont victimes d'une inégalité ˗˗ ou en avant dans le cas contraire.
Les questions touchent la condition sociale, la vie au sein de la famille ou le niveau niveau d'études, mais aussi le racisme au quotidien, comme « avez-vous déjà entendu des commentaires désobligeants au sujet de vos cheveux ? ».
Au Brésil, une expression populaire qualifie une chevelure crépue de « cheveux mauvais ».
Invariablement, à la fin du jeu, les Noirs se retrouvent en dernière ligne.
« Le privilège blanc, c'est de jouir d'une série d'avantages par rapport aux autres sans s'en rendre compte », explique à l'AFP Giovana Freitas, historienne de l'Université Fédérale de Rio de Janeiro (UFRJ).
Un sondage de l'Institut Locomotiva montre par exemple que les hommes noirs diplômés universitaires gagnent en moyenne 29% de moins que les Blancs à qualification égale, 27% de moins pour les femmes.
« Si les Noirs gagnaient les mêmes salaires que les Blancs, 808 millions de réais (215 milllions d'euros) de plus seraient injectés dans l'économie », affirme Renato Meirelles, président de Locomotiva.
Depuis l'instauration de quotas dans les universités sous un gouvernement de gauche, il y a près de 15 ans, la proportion de Noirs et métis ayant accédé à l'enseignement supérieur est passé de 8% à 27%.
« Toutes ces politiques de discrimination positive ont commencé à faire effet, mais ces personnes diplômées ont encore beaucoup de mal à trouver leur place sur le marché du travail », déplore Esteban Cipriano, responsable des programmes d'éducation d'ID_BR.
L'ONG agit auprès des entreprises pour qu'elles embauchent davantage de Noirs et de métis. Elle travaille par exemple avec Maria Filo, une griffe de vêtements de Rio de Janeiro impliquée l'an dernier dans une vive polémique à cause d'une collection aux motifs qui représentaient des scènes évoquant l'esclavage.
« Notre regard a changé grâce au dialogue. Tout le monde est plus attentif », explique Isabel Beaklini, responsable marketing de la griffe de vêtements.
Elle fait partie d'un groupe d'une douzaine d'employés de l'entreprise qui se réunissent avec ID_BR pour des débats mensuels autour de la couleur de peau.
"Certaines de ces réunions nous ont même amenés à renoncer à des campagnes qui auraient pu être jugées offensantes" pour les personnes de couleur, reconnaît Isabel Beaklini.
« Quand le groupe a été créé, j'étais émue parce que j'ai enfin pu m'exprimer sur des thèmes qu'on n'abordait pas auparavant », déclare Catia Fernandes, responsable produit de la griffe, une des deux personnes noires de l'entreprise qui participent à cette initiative.
Les mentalités commencent à évoluer, mais les questions raciales restent la source de nombreuses controverses.
Une marque a lancé récemment un papier hygiénique de couleur noire, avec comme slogan « Black is Beautiful ».
Face au tollé, la campagne de publicité a été annulée et l'actrice (blanche) qui posait nue enroulée dans le papier noir a fait son mea culpa sur Twitter.
La semaine dernière, un célèbre présentateur de journal télévisé a été suspendu. Gêné par le son d'un klaxon, il avait glissé, sarcastique : « Ça, c'est un truc de Noir », alors que la caméra tournait, avant un direct.

Source : AFP 19 novembre 2017

lundi 13 novembre 2017

« C'est depuis les années 60 que la Côte d'Ivoire est en crise »…

Séry Ibrahim Saint-Clair
A moins de deux ans de l’élection présidentielle de 2020, des candidats à la succession d’Alassane Ouattara se signalent déjà. Ainsi, dans un entretien accordé à koaci.com, un certain Séry Ibrahim Saint-Clair, un Ivoirien de 43 ans résidant aux Etats-Unis, affiche ses ambitions.
A la question de savoir quelles sont les motivations de sa candidature, Séry Ibrahim Saint-Clair précise qu’il est venu guérir son pays avec la vérité.
« C'est depuis les années 60 que la Côte d'Ivoire est en crise. Les Ivoiriens vivent continuellement dans le mensonge politique, et c'est la raison pour laquelle il n'y a pas de cohésion sociale. Quand des individus, considérés comme des leaders politiques, disent que tous les problèmes de la Côte d'Ivoire sont l’œuvre d'Alassane Ouattara, je dis c'est faux. Il faut qu'on dise la vérité pour guérir la Côte d'Ivoire. M. Alassane Ouattara a trouvé les problèmes ici. Laurent Gbagbo n'est pas le problème de la Côte d'Ivoire. C'est ceux qui ont dirigé ce pays depuis les années 60 qui ont failli à leur mission d’éducation politique. Ils nous ont caché l'histoire réelle de la Côte d'Ivoire, et voilà que cette même histoire nous rattrape après 57 ans d’indépendance. Il faut donc arrêter de dire que c'est le président Ouattara qui est le problème. Les Ivoiriens doivent arrêter de se diaboliser, parce qu'en Afrique, en général, et particulièrement en Côte d'Ivoire, un leader politique est adossé à son groupe ethnique et à sa région. Alors, quand on dit qu’Alassane Ouattara est le problème de la Côte d'Ivoire, une partie des Ivoiriens voient ainsi leur région et leur groupe ethnique diabolisés. A cette allure, on ne peut pas aller à la paix ».
Séry Ibrahim Saint-Clair annonce que son retour sur la scène politique sera matérialisé par des campagnes de sensibilisation en vue de dénoncer le mensonge politique.
« Aujourd'hui, il existe des alliances politiques. Mais moi je ne viens pas pour faire une alliance politique. Je viens pour sensibiliser les Ivoiriens et éveiller leur conscience sur les crises politiques et sociales ».
Selon lui, il est candidat à l’élection présidentielle de 2020, pour instaurer la paix et la cohésion sociale, parce que les Ivoiriens sont déçus des partis politiques et des alliances politiques.
« Aujourd'hui, les Ivoiriens disent qu'aucun parti politique, aucune coalition politique, ne peut apporter la paix en Côte d'Ivoire. Cela a été déjà vérifié dans les années 95. Le FPI et le RDR se sont mis dans un front républicain, cela n'a pas marché. Le PDCI et le RDR ont créé l'houphouëtisme (sic), mais ils ne s'entendent pas sur certaines questions. Alors, que faut-il espérer d'eux pour le futur ? Je dis simplement que le futur nous appartient ».
Il reste convaincu de ses chances à l’élection puisque l'argument politique qu’il va développer va interpeller la conscience de la masse sociale ivoirienne.
« Je ne viens pas pour mentir aux gens ; je ne viens pas pour chercher un poste ministériel ; je viens pour prendre la Côte d'Ivoire, parce que le peuple souffre. Les Ivoiriens ont besoin de se soigner, ils ont besoin de s’éduquer. Les Ivoiriens disent que la vie est trop chère ; les hôpitaux sont délabrés ; la corruption bat son plein ; le transport est difficile. Les Ivoiriens ne savent plus à quel saint se vouer. Et ce que je suis en train de dénoncer ne concerne pas le régime Ouattara. C'est depuis les années 60 que les Ivoiriens souffrent, parce que quand on dénonce quelque chose, on pense qu'on est contre quelqu'un ».
En attendant 2020, le candidat se dit inquiet pour son pays en observant certains leaders politiques et en écoutant leurs propos.
« J’éprouve de la pitié pour mon pays. Et je me dis que le peuple n'a pas de véritable leader politique qui parle des problèmes que les Ivoiriens vivent, mais plutôt comment faire pour faire des alliances politiques pour remporter des élections. C'est bien dommage. L'avenir de la Côte d'Ivoire est vraiment hypothéqué avec ces leaders politiques qui ne se soucient que de leurs ambitions personnelles, au détriment de l’intérêt supérieur de la nation ».
Candidat indépendant, il demande aux Ivoiriens de ne pas perdre espoir et d’être fiers de lui car il veut changer son pays.

Wassimagnon, Abidjan
Titre original : « Un candidat indépendant à la présidentielle de 2020 demande aux Ivoiriens de sortir du "mensonge politique" ».


EN MARAUDE DANS LE WEB
Sous cette rubrique, nous vous proposons des documents de provenance diverses et qui ne seront pas nécessairement à l'unisson avec notre ligne éditoriale, pourvu qu'ils soient en rapport avec l'actualité ou l'histoire de la Côte d'Ivoire et des Ivoiriens, ou que, par leur contenu informatif, ils soient de nature à faciliter la compréhension des causes, des mécanismes et des enjeux de la « crise ivoirienne ».


Source : koaci.com 12 Novembre  2017

mardi 7 novembre 2017

ALEXIS DIETH VS FRANKLIN NYAMSI. QUAND LE SERPENT SE MORD LA QUEUE

Le jour où A. Dieth fut présenté à G. Soro par F. Nyamsi
(Voir la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=mNyd46q2Rs4)

Le cas Franklin Nyamsi : Interrogations réflexives d’une abdication politique collective. Par Alexis Dieth

Le cas Franklin Nyamsi est le symbole d’une forme d’aveuglement politique. Il exprime une abdication collective gravissime.
Le cas Franklin Nyamsi en Côte d’Ivoire illustre les dangers pouvant procéder de l’aveuglement politique et de l’inflammation des passions identitaires et factionnelles dans la cité. Cet égarement collectif ouvre la voie à la capture du pouvoir d’Etat par un goujat rusé et intelligent. Ce dernier intervient par effraction, comme troisième larron, dans un contexte d’affrontement politique déréglé et sans repère éthique et axiologique.
Obnubilés par la conquête du pouvoir et étourdis par le brouhaha inquiétant de la guerre de succession que j’ai maintes fois dénoncée ici même, avions-nous remarqué en Côte d’Ivoire que Franklin Nyamsi occupe la scène politique ivoirienne depuis un moment ?
Avions-nous pris conscience que sur la scène politique ivoirienne, il est, depuis un long moment, de plus en plus question de Franklin Nyamsi et de moins en moins question de Soro Guillaume dans le camp de l’ancienne rébellion contre la dictature ethno-nationaliste de Laurent Gbagbo ?
Avions-nous remarqué que Franklin Nyamsi semble écraser de son ombre à la fois inquiétante et clinquante, le chef de l’Assemblée Nationale ivoirienne ?
Avions-nous remarqué que ses injures tonitruantes, ses agressions verbales, les ignobles grossièretés déversées sur l’honorabilité du Premier ministre et des détenteurs de ministères régaliens  lui permettaient de délégitimer symboliquement le gouvernement ivoirien ?
Avait-on remarqué que l’encensoir régulièrement agité par Franklin Nyamsi au pied du Président de l’Assemblée Nationale, au moment même où ce dernier récusait le culte de la personnalité, signifiait symboliquement que sa parole est sans objet ? Vue sous cet angle, cette impertinence pourrait être considérée comme une célébration symbolique de la propre puissance politique de Franklin Nyamsi par lui-même.
Avait-on remarqué que ses attaques verbales contre les membres du gouvernement et du RDR  étaient destinées à déblayer le terrain devant son poulain politique qu’il pensait pouvoir imposer au peuple ivoirien sans attendre le suffrage des urnes et sans respecter la pluralité des opinions ?
S’était-on aperçu que Franklin Nyamsi se servait outrageusement du président de l’Assemblée Nationale pour capturer la présidence de la République ivoirienne en manipulant tout le monde ?
La réhabilitation de la notion de démocratie plébiscitaire dans son camp, si contraire à celle de démocratie représentative, s’inscrivait dans cette logique de capture. Elle avait pour objectif de valider la figure politique de l’Homme providentiel dont la légitimité repose sur la fusion directe du peuple et du chef, sans la médiation des partis et de la représentation nationale.
Avait-on remarqué que, dénué de toute légitimité d’élu, Franklin Nyamsi s’affichait néanmoins officiellement auprès des élus de la nation, des représentants  de l’opposition, des plus hautes autorités politiques du PDCI, jouait au médiateur national, à l’artisan de la réconciliation nationale afin de s’octroyer une stature nationale en Côte d’Ivoire ?
Avait-on remarqué qu’il occupait les médias et les réseaux sociaux avec ses grossièretés fracassantes, afin de monopoliser le terrain politique ivoirien et concentrer les regards de l’opinion publique nationale et même internationale sur sa personne et son ego enflé ?
S’était-on aperçu que Franklin Nyamsi avait réussi à se constituer, sur les réseaux sociaux, un fan club de sympathisants et de supporters fanatisés qui lui vouent un culte quasi-divin et qui m’ensevelissent  en ce moment même sous un flot continu d’injures et de grossièretés à l’image de leur gourou ?
Avait-on remarqué que Franklin Nyamsi a réussi à se tailler, dans un cercle d’adorateurs, tel un gourou sur ses disciples, une réputation de professeur d’université, bardé de titres et de décorations scientifiques, prétendant détenir seul la vérité ?
S’était-on aperçu que, sous la thématique de la réconciliation nationale, s’est glissée, de manière opportuniste, son ambition démesurée d’ascension sociale ?
S’est-on aperçu que son actuel empressement à réintroduire les forces du nationalisme communautaire comme alliés de sa faction, sous le motif de l’Union sacrée, lui permettait de mettre le nombre de son côté et de légitimer ses prétentions politiques à accéder au  plus haut sommet de l’Etat de Côte d’Ivoire ?
Le cas Franklin Nyamsi est le symbole d’une forme d’aveuglement politique. Il exprime une abdication collective gravissime qu’il est vital de réparer en Côte d’Ivoire pour pouvoir sauvegarder la paix sociale, l’unité et la souveraineté nationales.
Complices...
Favorisée et entretenue par le communautarisme et un nationalisme identitaire, la crise ivoirienne de la citoyenneté a facilité l’indifférence collective face à une entreprise de démolition factionnelle systématique de l’autorité des Institutions de la République, menée à travers les attaques ad hominem contre l’honorabilité des personnes qui les incarnent dans la Cité.
Que la thématique de la Réconciliation nationale ait pu être publiquement dévoyée, au point d’en appeler à l’impunité et à l’élargissement judiciaire des assassins, faisant le lit d’un imposteur et d’un goujat montre, s’il en était besoin, que la lucidité critique de la nation était affaiblie en Côte d’Ivoire.
Il importe, pour cela, de relever éthiquement et moralement le corps social ivoirien, d’y promouvoir la conscience de la citoyenneté et le sens de la responsabilité politique et morale de l’acteur social afin de sauvegarder la République et la démocratie ivoiriennes.
Ces vertus civiques permettent à chaque membre de la Cité de se sentir responsable de son gouvernement, de la sauvegarde de l’unité nationale, et de la protection de l’autorité des institutions par-delà la divergence des intérêts catégoriels et partisans.
Il est donc temps et urgentissime de restructurer le débat et l’affrontement politique partisan ivoirien sur les valeurs et les principes de la République et de la Démocratie.

Alexis Dieth