vendredi 16 février 2018

Pour l’Algérie, « La repentance est avant tout une question franco-française »

Alors que Paris et Alger avancent sur l’ouverture des archives, la restitution de dépouilles de résistants algériens ou l’indemnisation de victimes civiles de la guerre d’Algérie, la question de la repentance n’est pas à l’ordre du jour. Et pour cause, les premiers concernés, les Algériens, n’y voient qu’« une affaire franco-française ».
Episode de la conquête de l'Algérie
La nouvelle a fait débat en France, à défaut de soulever les passions en Algérie. Le 8 février, le Conseil constitutionnel français censurait une partie d'une loi de 1963 qui réservait aux seules victimes civiles françaises de la guerre d'Algérie une possibilité d'indemnisation. Désormais, ce seront plusieurs milliers de victimes civiles algériennes de la guerre qui pourront invoquer, théoriquement, ce « droit à pension ». Pour le directeur général de l'association française des victimes du terrorisme, « Les victimes innocentes quel que soit les protagonistes, sont mises au même niveau d'indemnisation ».
Quelques mois plus tôt, le président français Emmanuel Macron en visite à Alger s'engageait à restituer des dizaines de restes mortuaires de résistants algériens exposés, aujourd'hui, au Musée de l'homme de Paris. Une copie des archives déclassifiées de la guerre d'Algérie sera également adressée aux autorités algériennes.
Nombre de dossiers techniques, comme l'ouverture des archives, progressent ; d'autres, comme l'indemnisation des victimes des essais nucléaires français dans le Sahara algérien, sont sur la table. Il n'en est pas de même de la problématique de la « repentance », malgré des concessions asymptotiques distillées par les présidents français à ce sujet. Au cœur du débat, l'explication sur le passé. Thème commun à toutes les anciennes colonies de la France, encore que dans le contexte algérien il prenne une dimension très particulière. Et pour cause, « […] La perte de l'Algérie était ressentie comme insupportable. Même le très raisonnable Pierre Mendès-France, qui avait accompagné la sortie du Maroc et surtout de la Tunisie vers l'indépendance, disait que c’était un "solde de tout compte", que le mouvement des indépendances s'arrêtait là et ne concernait pas l'Algérie. Cela montre bien l'importance attachée par l'État français au maintien de l'Algérie dans son giron », analyse Brahim Senouci, universitaire et écrivain algérien, dans une déclaration à Sputnik.
Illustration du chemin parcouru, en 1957, les « Actualités françaises » prédisaient aux habitués des salles de cinéma d'après-guerre que l'indépendance de l'Algérie mènerait immanquablement la métropole à sa décadence : « Demain, la France privée de son prolongement algérien connaîtrait une crise grave ».
Soixante ans après, la question algérienne continue de s'inviter régulièrement au cœur des « Actualités françaises », version petite lucarne cette fois-ci. Jusqu'au débat présidentiel de mai 2017. « Preuve que la société française est tout sauf indifférente à la guerre de libération et à l'indépendance de l'Algérie », selon Anisse Terai, universitaire algérien approché par Sputnik.
Pour Brahim Senouci, qui est aussi à l'origine de la pétition qui a abouti à l'engagement français sur les restes mortuaires algériens, la restitution des crânes de 37 résistants, tout comme la question des archives, ne concerne que « la manifestation de la vérité » que veulent les Algériens. À distinguer de « la repentance », qui est plutôt une question « franco-française » : « La repentance n'est pas quelque chose mis en avant de façon particulière par les Algériens. L'Algérie demande que la France reconnaisse ce qui s'est passé réellement durant plus de 130 ans de colonisation. Et c'est dans cet esprit que s'inscrit, par exemple, la question de l'ouverture des archives. La question de la repentance, elle, a fait plus de débats en France, alors qu'en Algérie, personne n'en parle », ajoute Senouci. Il indique que, selon lui, lorsqu'il s'agissait de la responsabilité de la France dans l'holocauste, la repentance française s'était faite « spontanément » sans que la communauté juive ne le demande. Mais « faire acte de repentance envers l'Algérie est aussi insupportable que le déchirement qu'a constitué l'indépendance », compare-t-il.
« Nous autres Algériens nous ne demandons rien à personne. La repentance des affres et des crimes du colonialisme est une question exclusivement franco-française. Elle ne regarde que vous. Le moment venu, elle deviendra un acquis de la conscience française. Ce jour-là, s'il advient, l'Algérie saura honorer une telle volonté par son pardon. Mais c'est peut-être l'affaire d'une autre génération. Toutefois, les mémoires peuvent déjà s'apaiser, se réconcilier ». C'est ainsi qu'Anisse Terai s'était adressé dans une première lettre au président Macron alors en campagne pour l'élection présidentielle.
Pas d'exigence de repentance, donc ? Pourtant, le 25 août 2005, dans un discours prononcé dans la ville de Sétif, le président algérien Abdelaziz Bouteflika a demandé à la France de reconnaître sa responsabilité morale dans la colonisation. Pour Senouci, toutefois, « il s'agit d'un discours à replacer dans son contexte ». À l'époque, Bouteflika était en campagne pour un référendum qui avait pour objectif de restaurer la paix civile en Algérie. Il ne s'agit donc que d'une déclaration "démagogique" de campagne », précise cet écrivain algérien. Toutefois, « il n'est pas possible de faire l'impasse sur la question mémorielle. Sans être un préalable, elle est la clé de voûte de la nouvelle relation entre l'Algérie et la France. Nous devons faciliter le travail des historiens pour réconcilier les mémoires, pour faire triompher la vérité », avait aussi souligné Terai à l'occasion d'une seconde lettre à Emmanuel Macron.
En France, de concession lexicale en concession lexicale, le discours officiel a évolué. Le 3 mars 2003, Jacques Chirac déclarait devant le parlement algérien à l'occasion d'une visite officielle : « Nos deux nations cicatrisent les blessures du passé, elles en assument la mémoire. Une ère nouvelle s'ouvre. De part et d'autre de la Méditerranée, Algériens et Français se tendent une main fraternelle ». Pour Anisse Terai, l'ancien professeur de Science Po Paris, « cet épisode des relations entre les deux États est une exception, car Alger et Paris étaient, une fois n'est pas coutume, sur la même longueur d'onde, notamment sur les questions internationales. Leur opposition commune à la guerre d'Irak est un exemple parfait de cet alignement ».
Avec Hollande, la colonisation de l'Algérie était décrite comme « un système injuste et brutal », alors que Macron, candidat à la présidentielle, ira même jusqu'à la qualifier en février 2017 de « crime contre l'humanité ».
« Je maintiens ce que j'ai dit, même si cela m'a causé quelques ennuis », aurait dit Macron au président Bouteflika en décembre 2017. Des propos rapportés aux médias algériens par Xavier Driencourt, l'ambassadeur de France en Algérie. Les « ennuis » ce fut notamment le tollé politico-médiatique que ses propos ont suscité. Un reproche qui lui a été également adressé par sa principale adversaire à la présidentielle, Marine Le Pen, à la veille du second tour. Le refus de « toute forme de repentance » est du reste une position largement partagée à droite. « Je m'oppose totalement à toute forme de repentance sur la question algérienne : la guerre d'Algérie a suscité des drames des deux côtés du conflit, et la France ne saurait en être tenue seule responsable. Par ailleurs, la France a laissé à l'Algérie des infrastructures importantes : ce n'est pas pour rien si ce département coûtait plus cher au budget français que ce qu'il rapportait. L'œuvre française en Algérie a donc aussi des aspects positifs dont nous pouvons être fiers et sur lesquels il faut insister », a déclaré à Sputnik Sophie Montel, vice-présidente du parti Les Patriotes (LP).
Entre les deux positions, les médias français jouent à l'équilibriste… On aime rappeler les affres de la colonisation en Algérie, surtout lorsqu'il s'agit d'enfoncer l'extrême droite, dont la figure de proue est accusée d'avoir pris une part active à la torture. Accusation au demeurant démentie par l'intéressé, Jean Marie Le Pen.
« Je pense que les médias se penchent là-dessus tout simplement quand c'est inévitable : par exemple les déclarations de Macron, une visite officielle, etc. Sinon, ils s'en foutent, c'est plutôt les politiques qui font ça pour "faire chier" le FN et les médias suivent comme ce qu'a fait Hollande », décrypte pour Sputnik une journaliste dans un média français.
« Ce qu'a fait Hollande » c'était son choix de l'anniversaire des Accords d'Evian, le 18 mars 1962, pour commémorer le cessez-le-feu entre l'Algérie et la France. Ses prédécesseurs, Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac, s'y étaient refusés. D'autant plus que cette date est associée, dans la mémoire des Pieds-Noirs, à leur « abandon » par la France.
Mais les différents blocages autour de la question demeurent aussi, de part et d'autre, une question de fierté. Une variable qui a longtemps structuré le paradigme des relations entre l'Algérie et la France. Il y a 188 ans, quand l'armée française commandée par le général de Bourmont débarquait sur la presqu'île de Sidi Ferruch, c'était moins pour coloniser l'Algérie, disait-on, que pour laver un affront : un « coup d'éventail » donné par le Dey d'Alger au consul de France. La capitulation et la prise d'Alger a lieu le 5 juillet 1830. Ce sera un autre 5 juillet 1962, que l'Algérie triomphera du colonialisme. Hasard du calendrier ?

Safwene Grira

source : https://fr.sputniknews.com 16 février 2018

mardi 13 février 2018

La Côte d’Ivoire moins attractive qu’on le croit ?



Deux documents viennent troubler l’idée que nous avons sur la perception de la Côte d’Ivoire à l’étranger.
Le premier est britannique. Intitulé « Evaluation du risque business à l’étranger »,  c’est un rapport spécifique sur la Côte d’Ivoire, publié sur le site officiel de la Grande Bretagne en Côte d’Ivoire.
Le second est un document français, publié chaque année par la COFACE, l’organisme qui, en France, aide les entreprises quand elles veulent exporter ou investir à l’étranger. Il a un objet similaire à l’étude britannique et s’intitule « guide du risque sectoriel et pays 2018 ».
Le document anglais reconnaît d’entrée de jeu la place importante de l’économe ivoirienne dans la sous-région ouest-Africaine, et sa « contribution significative » dans le développement de cette partie du continent. Après des années de stagnation, le rapport britannique relève que l’économie ivoirienne « bénéficie d’une politique fiscale prudente, de la stabilité monétaire, d’investissements publics et de réformes structurelles qui ont amélioré le climat des affaires et encouragé les partenariats public-privé ».
Les « mais » arrivent cependant rapidement. Si la croissance est forte depuis plusieurs années « les autres indicateurs de développement humain sont bas et l’inclusion économique reste limitée, en particulier hors d’Abidjan ». En clair, la forte et enviable croissance de 8% par an que connaît le pays depuis sept ans ne bénéficie pas réellement à la population. Par ailleurs, si « la Côte d’Ivoire a renforcé ses institutions et amélioré ses marchés financiers et sa concurrence intérieure », « des facteurs problématiques persistent et sont identifiés comme étant l’accès au financement, les taux d’imposition, la corruption, une bureaucratie gouvernementale inefficace et l’insuffisance des infrastructures ». La vie politique non plus n’inspire pas une grande confiance aux analystes britanniques : « De nombreux observateurs commence à appréhender avec anxiété les prochaines élections, prévues en 2020, en l’absence de successeur clairement identifié au Président Ouattara. Des tensions prévisibles dans les trois prochaines années pourraient impacter la stabilité politique et avoir un impact direct sur l’environnement des affaires ». Enfin, sur les mauvaises pratiques, les mots sonnent comme un avertissement aux investisseurs : « Les fonctionnaires se livrent fréquemment à des pratiques de corruption en toute impunité. Les appels d’offres ne sont pas régulièrement publiés. Les conditions contractuelles ne sont pas transparentes et les pots-de-vin sont régulièrement sollicités ».
Le document français est un panorama de l’environnement des affaires hors de France. Il s’adresse notamment aux « dirigeants d’entreprises qui ont à prendre des décisions d’exportation, de lancement de projets ou d’investissement dans les pays à risque, aux responsables des risques et dirigeants internationaux de banques ou d’organismes financiers multilatéraux ». Autant le dire d’entrée de jeu, la Côte d’Ivoire y est mal classée. Elle figure parmi les pays à risque. La catégorise B dans laquelle elle se trouve, est le cinquième échelon d’une échelle qui en compte huit (A1, A2, A3, A4, B, C, D, E). Il s’agit de pays dans lesquels « les perspectives économiques et financières présentent des incertitudes, (où) le contexte politique peut connaitre de fortes tensions, l’environnement des affaires peut présenter d’importantes lacunes (et où) la probabilité́ moyenne de défaut des entreprises se situe à un niveau assez élevé́ ». Il faut préciser qu’avant janvier 2016, le pays était classé en catégorie C, voire D. Et avec son B, la Côte d’Ivoire est aujourd’hui l’un des pays les mieux classés du continent africain. Mais, en ce qui concerne l’environnement des affaires, la note B implique que « la fiabilité́ et la disponibilité́ des bilans d’entreprise sont très variables. Le recouvrement de créances est souvent difficile. Les institutions présentent des fragilités. Le marché́ domestique est peu accessible. L’environnement des affaires est instable et peu performant ». Si au total le rapport de la COFACE porte globalement un jugement positif sur l’évolution de la Côte d’Ivoire (« diversité́ des ressources », « infrastructures en cours de modernisation », « amélioration du climat des affaires et de la gouvernance », « renforcement de la stabilité́ politique »), il relève, « en dépit des progrès accomplis », des lacunes encore à combler en matière de gestion des finances publiques, de gouvernance, d’infrastructures et d’environnement des affaires. Également, ici aussi, la situation politique inquiète : « la stabilité politique demeure fragile (…), les progrès en matière de réconciliation nationale sont lents (et) la déconnection entre le dynamisme de la croissance et le sentiment de stagnation du niveau de vie alimente la frustration ».
Ces deux rapports vont dans le même sens. Équilibrés, portant un jugement nuancé sur la Côte d’Ivoire, ils sonnent néanmoins comme coup de semonce. Ils sont un appel à la vigilance des autorités ainsi qu’à une réaction. L’image internationale de la Cote d’Ivoire, positive depuis 2011, est un socle sur lequel s’appuie la politique économique du gouvernement. Il faut tout faire − et ne pas hésiter à corriger le tir sur certains points critiques, comme la corruption − pour la maintenir.

Philippe Di Nacera


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Sous cette rubrique, nous vous proposons des documents de provenance diverses et qui ne seront pas nécessairement à l'unisson avec notre ligne éditoriale, pourvu qu'ils soient en rapport avec l'actualité ou l'histoire de la Côte d'Ivoire et des Ivoiriens, ou que, par leur contenu informatif, ils soient de nature à faciliter la compréhension des causes, des mécanismes et des enjeux de la « crise ivoirienne ».


Source : http://www.poleafrique.info 5 février 2018

lundi 12 février 2018

« Et nous restons assis, attendant l'homme providentiel »…*


Quelques victimes des bombardements franco-onusiens
de la résidence du président Gbagbo (7-11 avril 2011)
Une opposition n'a cure d'un pouvoir autocrate : elle se bat pour ses droits démocratiques. Elle dénonce les travers du pouvoir, organise des manifestations de protestation malgré la répression, se bat à travers la rue contre les décisions injustes (emprisonnements, répression, enlèvements...) comme elle l'a fait entre 1990 et 1995. Elle mobilise la société civile, les syndicats, fait des meetings, des conférences ou des points de presse, alerte l'opinion nationale et internationale.
Une opposition qui s'oppose contre un pouvoir inique n'a pas forcément besoin de prendre les armes ou de poser des bombes. L'histoire des luttes démocratiques le montre.
En Côte d'Ivoire, les grands « opposants », maîtres de la rhétorique, sont à l'extérieur. Les leaders au pays ont peur et gèrent leurs acquis personnels : anciens ministres et présidents d'institutions, ils se contentent de donner le change en organisant quelques « manifs-poudre aux yeux » et retournent tranquillement à leur sport favori : l'autodestruction par les querelles internes.
Dans notre pays, ce qu'on ne dit pas aux gens, c'est que tous les cadres de l'opposition (même ceux qui sont en exil) sont, en général, d’anciens ministres et d’anciens présidents d'institutions qui touchent tranquillement leurs émoluments d'anciens ministres et\ou d'anciens députés (aucun ne l'a refusé).
En Côte d'Ivoire, le peuple est orphelin. Seul Dieu est le dernier recours, le dernier secours. Les plus désespérés attendent un miracle salvateur à La Haye pour ramener au pays le seul « garçon ». En attendant, on pleure chacun dans son coin en admirant le combat des Togolais, des Congolais RDC, des Nigériens, des Tchadiens...
Un jour, Gbagbo a dit : « La liberté s'arrache ». Nous on attend qu'un pouvoir clément « joue le jeu » (la bonne blague !).
Quand on leur dit, « Taisez vos dissensions et battons-nous, soudés contre l'oppresseur », les grandes théories fantastiques sortent aussitôt sur la « fidélité » et la « traitrise ». Et nous restons assis, attendant l'homme providentiel, la décision salvatrice de La Haye.
Pitoyable !

Isidore S. Alla
*Titre original : « Il n'y a pas d'opposition en Côte d'Ivoire ».


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Source : La Dépêche d'Abidjan 6 Février 2018

dimanche 11 février 2018

L'OMBRE DES DOUTES SUR LE PROCÈS GBAGBO


Alors que de multiples irrégularités juridiques émaillent la procédure, le procès devant la Cour pénale internationale (CPI) de Laurent Gbagbo, ancien président de la Côte d'Ivoire, a été suspendu. Par Alain Leauthier

La Cour pénale internationale (CPI)
Qu'elle est longue à rendre, la justice, à la cour pénale internationale (CPI) de la Haye... Le 19 janvier dernier, deux ans après son ouverture – et plus de six ans après l'incarcération de l'intéressé –, la première étape du procès de Laurent Gbagbo s'est achevée avec l'audition du 82e et dernier témoin de l'accusation. Présentée comme un rendez-vous majeur pour une institution chargée de faire triompher le droit sur tous les continents, la procédure engagée contre l'ancien président de la Côte d'Ivoire doit établir sa volonté de « conserver le pouvoir par tous les moyens, y compris par l'emploi de la force contre les civils » lors de la crise postélectorale de 2010-2011 au terme de laquelle son adversaire, Alassane Ouattara, prit le pouvoir. Les charges retenues contre Laurent Gbagbo et censées prouver son implication dans les crimes contre l'humanité, portent sur quatre événements précis : la répression d'une manifestation, le 16 décembre 2010, devant les locaux de la télévision publique ivoirienne ; celle d'une marche de femmes pro Ouattara, le 3 Mars 2011, dans le quartier d'Abobo ; le bombardement d'un marché, le 17 mars 2011 ; et, enfin, des violences commises unilatéralement par les partisans de Gbagbo dans leur fief de Yopougon, le 12 Avril 2011, au lendemain de son arrestation par les forces rebelles avec l'appui décisif de l'armée française.
Avant même le début du procès, les juges de la CPI avaient demandé à la procureur, la gambienne Fatou Bensouda, de revoir sa copie, basée sur un accumulation de simples coupures de presse, des rapports d'ONG et des affirmations trop vagues et imprécises. Loin de les étayer, l'interminable audition des témoins de l'accusation a souvent mis en évidence la faiblesse des charges pesant sur le président déchu alors que la légitimité même de la procédure intentée contre lui par la CPI fait débat. Ainsi, au mois d'octobre dernier, se fondant sur 40000 documents confidentiels recueillis par leurs soins, neuf medias regroupés dans l'European Investigative Collaboration (EIC) dénonçaient une initiative prise en dehors de tout cadre procédural et « au bénéfice exclusif d'une partie, à savoir l'actuel président ivoirien, Alassane Ouattara ». En contradiction totale avec la neutralité politique que revendique la CPI.
L'EIC publiait ainsi le contenu d'un courriel électronique du 12 Avril 2011, révélant l'existence d'échanges entre Luis Moreno Ocampo, premier procureur de la CPI, une diplomate française en poste à l'ONU après avoir été conseillère spéciale à la Haye et Alassane Ouattara lui-même. Ce dernier, écrit Ocampo, ne doit pas relâcher Gbagbo, le temps qu'un pays de la sous-région accepte de renvoyer l'affaire devant la CPI. Tous ont en effet un sérieux problème : il n'y a pas à l'époque de base légale permettant d'engager des démarches judiciaires contre Gbagbo, la Côte d'Ivoire n'ayant pas formellement ratifié le statut de Rome qui préside à l'adhésion d'un État à la CPI. Dans un autre mail que Marianne a pu consulter, et daté cette fois du 7 Mars 2011 – un mois avant l'arrestation de Gbagbo – la même diplomate en poste à l’ONU évoque la fragilité de l'entreprise car « les lettres d'acceptation envoyées par la Côte d'Ivoire à la cour n'équivalent donc pas une saisine directe de la cour ». En réalité, après que Gbagbo eut demandé une étude juridique de la question, le 17 octobre 2003, le conseil constitutionnel ivoirien a pris une décision (CCN°002/CC/SG) stipulant que « le statut de Rome de la cour pénale internationale est non conforme à la constitution [ivoirienne] du 1er août 2000 ».
PARFUM DE FRANÇAFRIQUE
Cet imbroglio juridique fort embarrassant, personne ne l'ignore dans les milieux diplomatiques français qui, en collaboration étroite avec Ocampo, ont pourtant visiblement déjà tranché le sort de Gbagbo. À preuve, un mail daté du 6 Avril 2011 et adressé par Gérard Araud, alors représentant permanent de la France à l'ONU[*], à plusieurs membres du Quai d'Orsay dont le patron de la direction Afrique : « La saisine de la CPI se heurte aux résistances les plus vives, non seulement de la part des membres du CSNU [Conseil de sécurité des nations unies] qui ne sont pas partis au statut de Rome – en particulier l'Indien, hystérique sur le sujet – mais de ceux qui ne veulent pas que ce recours rende difficiles d'éventuels accords pour mettre un terme aux combats ». Ce même 6 Avril, dans un autres mail que Marianne s'est également procuré, la diplomate en poste à l'ONU enfonce le clou : « Et la piste d'un renvoi de la situation CDI à la CPI par le Sénégal, le Burkina Faso, le Nigeria/Cedeao ou au moins la menace d'un renvoi ? Ce sont tous les États partis à la CPI et à ce titre ils peuvent saisir la CPI individuellement, je crois comprendre que le bureau du procureur en discutait encore aujourd'hui avec Blaise Compaoré ».
Rappelons que ce dernier, grand ami d'Alassane Ouattara et président du Burkina Faso de 1987 jusqu'au soulèvement populaire, est aujourd’hui réfugié en Côte d'Ivoire et en a obtenu la nationalité. Il fait toujours l'objet de poursuites et reste soupçonné pour son rôle supposé dans l'assassinat de son prédécesseur, Thomas Sankara. Qu'on songe à lui pour faciliter le transfert de Gbagbo à la CPI confortera les partisans du président déchu dans leur conviction que toute l'opération dégage un fort parfum de Françafrique... À l'époque, les diplomates français savent d'ailleurs parfaitement que des massacres, « sur une base ethnique », implique les deux camps. « Pas seulement les massacres des gens du Nord par les milices de Gbagbo, mais aussi les massacres des Bétés par les FRCI [les rebelles pro-Ouattara] », indique l'un d'entre eux à ses collègues, toujours le 6 avril2011, à l'issue d'une réunion à la direction Afrique. Avant d'ajouter : « Je suis conscient qu'il n'est pas bienvenu de renvoyer les partis dos à dos... ». Sept ans plus tard, seul effectivement Laurent Gbagbo fait face aux juges de la CPI.
Pilonnages des positions de l'armée ivoirienne
par les forces aériennes françaises et onusiennes
Ceux-ci ont pourtant bien failli le relâcher après son incarcération, du moins si l'on en croit un mail que la diplomate française de l'ONU adresse à Luis Moreno Ocampo, le 23 Mai 2013, lequel a pourtant quitté l'institution en 2012, cédant son poste à sa plus proche collaboratrice, Fatou Bensouda. Gbagbo, indique-t-elle en substance à son interlocuteur, qui tombe des nues (« Oh non ! »), sera remis en liberté le 28 mai... Comment peut-elle le savoir, sinon grâce à une fuite interne qui entache un peu plus l'image de l'institution ? Au bout du compte, Gbagbo ne sera pas libéré mais les juges de la chambre préliminaire chargés d'examiner les charges contre lui étaient clairement divisés. La juge belge Christine Van Den Wyngaert, en particulier, ne croyait pas le dossier suffisamment solide pour aller au procès. Et le fera savoir de manière très détaillée un an plus tard en Juin 2014.
Pour l'heure, le procès est suspendu et nul ne sait quand il reprendra et si les avocats de Laurent Gbagbo renonceront à l'audition de leurs propres témoins pour en hâter le dénouement. Comme ce fut plusieurs fois le cas, la rumeur d'une libération conditionnelle du prévenu agite les couloirs de la CPI...
Alain Leauthier

EN MARAUDE DANS LE WEB
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Source : Marianne (France) 9-15 février 2018.
POUR ALLER PLUS LOIN
ü  https://www.justiceinfo.net/fr/justice-reconciliation/34853-un-acte-d-accusation-contre-la-cour-pénale-internationale.html
ü  http://www.linfodrome.com/vie-politique/34084-cpi-le-deal-de-luis-moreno-ocampo-sur-le-dossier-gbagbo
ü  https://www.mediapart.fr/journal/international/051017/proces-gbagbo-les-preuves-d-un-montage?utm_source=article_offert&utm_medium=email&utm_campaign=TRANSAC&utm_content=&utm_term=&xts=&xtor=EPR-1013-%5Barticle-offert%5D&xtloc=&url=&M_BT=434447616873

[*] Actuel ambassadeur de France à Washington.

jeudi 8 février 2018

Koffi Hamed Zarhour : Lettre ouverte au président de la République de Côte-d’Ivoire


« Excellente analyse et cette phrase a beaucoup traversé mon âme « Que les armes se soient tues n’est pas synonyme de paix, car, des cœurs meurtris, qui pleurent en silence, font plus de mal que des armes qui crépitent » tellement elle décrit la situation du pays. Personne n'ose parler et chacun rumine sa colère, sa rancœur, sa tristesse et sa détresse dans le silence ». Isidore Kouakou Kouadio, internaute abidjanais.


Monsieur le Président de la République,


Il est d’usage à l’orée de chaque nouvelle année, que le Président de la République s’adresse à la nation. Vous avez parlé Monsieur le Président, nous vous avons écouté avec intérêt.
Seulement, à la réflexion, comme dans toute démocratie, le chef de l’État est au service du peuple. Et ce qui est souhaitable de ce fait, c’est que le peuple lui parle et qu’il l’écoute, afin d’agir conformément aux aspirations des populations. Qu’il vous plaise donc, Monsieur le Président que parler nous soit permis.
En effet, plusieurs points de votre discours nous interpellent. Nous souhaitons revenir sur quelques-uns d’entre eux. Mais avant, nous tenons à vous remercier pour vos chaleureux vœux, que nous vous retournons avec la même foi et la même ferveur.
A droite, en costume clair, l'auteur de la lettre ouverte
Monsieur le Président, nous voulons dès l’entame de notre propos vous féliciter pour le calme observé lors des mutineries et des grèves syndicales au cours de l’année dernière. Votre sang froid a permis de désamorcer ces situations qui auraient pu avoir de fâcheuses conséquences si elles perduraient. Nos félicitations sont d’autant plus justifiées qu’en dépit de tous les impacts négatifs de ces mouvements sociaux sur notre économie, vous avez réussi à régler une autre question toute aussi cruciale : le règlement des créances intérieures. Merci Monsieur le Président, d’oxygéner ainsi l’activité des opérateurs économiques, évitant à plusieurs entrepreneurs de mettre la clé sous le paillasson.
Cela dit, s’il faut féliciter aussi avec vous les différents corps sociaux pour leur engagement à préserver la paix sociale, nous apprécions que vous ayez noté le mérite particulier qui revient aux planteurs. Monsieur le Président, si la baisse des revenus des producteurs de cacao est intervenue à la suite de la chute brutale de plus de 40% des cours mondiaux, c’est certainement parce que le système mis en œuvre dans notre pays pour la gestion de cette filière n’est pas pensé dans l’intérêt des planteurs. Le mécanisme, sur lequel il s’appuie, fait des intermédiaires et des multinationales les maîtres et les seuls véritables bénéficiaires des retombées de la filière et réduit nos braves paysans à de simples ouvriers agricoles. L’amélioration de la gestion de la filière que vous promettez est donc très attendue. Nous vous prions d’en faire une priorité de l’action gouvernementale, afin de faire cesser les souffrances de nos parents.
Parlant de souffrances, Monsieur le Président, nous avons perçu que vous êtes conscient de celles de votre peuple. Mais en dépit de vos nombreux efforts, les actes posés jusque-là ont montré leurs insuffisances. En 2010, vous nous aviez promis 5 NOUVEAUX CHU, et des milliers de salles de classes. Mais force est de constater que nous avons été loin du compte. Dans de nombreuses localités, ce sont des huttes faites de branchages qui servent de classe. Pour nous soulager, vous promettez avant la fin de votre dernier mandat, de nombreux CHU, CHR et centres de santé communautaire ; des salles de classe par milliers pour les écoles primaires, collèges et lycées… Monsieur le Président, permettez-nous de vous prendre au mot, afin qu’au terme indiqué, nous puissions évaluer ensemble la conformité des réalisations vis-à-vis des engagements que vous prenez aujourd’hui.
Monsieur le Président, 2017 a été aussi l’année de tous les désespoirs pour une frange très importante de notre jeunesse. Ces jeunes qui préfèrent se « jeter à la mer, plutôt que d’avoir honte devant leurs mères ». La jeunesse a du mal à se projeter sereinement dans l’avenir. Les programmes de « développement des compétences des jeunes, pour l’accès à l’emploi et à l’entrepreneuriat ainsi que pour l’appui à l’auto-emploi » que vous leur proposez semblent ne pas générer d’engouement chez tous. Et, à vrai dire, Monsieur le Président, prendre pour exemple de jeunes sportifs qui ont brillé ces dernières années pour galvaniser toute une jeunesse en manque de repères, c’est prendre une spécificité pour la généralité. Aucun de ceux que vous avez cités ne vit aujourd’hui en Côte d’Ivoire. Ils vivent tous à l’étranger. Pourquoi ? Parce que notre pays n’offre rien comme structure qui puisse leur permettre de maintenir leurs performances de haut niveau. Monsieur le Président, il urge d’apporter des réponses structurelles et non conjoncturelles, aux problèmes des jeunes.
Parlant de l’économie numérique, vous les invitez à s’y intéresser car elle offre « les moyens de se former, de se prendre en charge et de compétir à armes égales avec les autres jeunes du monde sur un marché du numérique qui se globalise ». Monsieur le Président, cet encouragement est noble, mais les coûts d’accès à internet et au téléphone sont encore très élevés dans notre pays. La qualité de l’internet est médiocre. A preuve, l’organe de régulation des télécommunications a eu à sanctionner plusieurs opérateurs du secteur pour la mauvaise qualité de leurs prestations. La fibre optique se déploie à un rythme encore trop lent. Tous ces facteurs limitent considérablement notre compétitivité.
Monsieur le Président, et si c’était que notre pays ne fait plus rêver sa jeunesse ?
Lors du débat télévisé de l’élection présidentielle de 2010, vous avez reproché à votre adversaire son laxisme dans sa politique d’électrification. Mais aujourd’hui, après plusieurs années passées à la tête de notre pays, un rapport du bureau d’études IED, retenu il y a peu pour l’élaboration du Plan Directeur de l’Électrification Rurale en Côte d’Ivoire, mentionne que sur les 8513 localités que compte la Côte d’Ivoire, il reste encore 5666 localités non électrifiées. C’est difficile à comprendre et à admettre, Monsieur le Président.
Toujours durant ce même débat, vous avez dit, et je vous cite : « L’eau potable collective gratuite sera amenée dans tous les villages de plus de 100 habitants et dans tous les quartiers défavorisés de nos villes ». Malheureusement, huit (08) ans après, les changements sont quasi imperceptibles. L’on assiste encore de nos jours, en pleine capitale économique (à Abobo, Yopougon, Port-Bouët…), à des scènes surréalistes de populations s’amoncelant en d’interminables files pour recueillir de l’eau potable. Les récentes manifestations des femmes de Yopougon Siporex en octobre et novembre derniers nous l’ont douloureusement rappelé. Monsieur le Président, vous nous avez longuement entretenus sur vos efforts pour le bien-être des Ivoiriens. Nous saluons tous vos efforts, mais il y a encore beaucoup à faire. Nous vous encourageons donc à poursuivre ces efforts pour corriger toutes ces insuffisances.
Vous le devez d’autant plus que la croissance qui nous est présentée, « soutenue à 9% en moyenne depuis 2012 », ne se fait toujours pas sentir dans le vécu quotidien des Ivoiriens. Les centres ruraux de santé sont sous-équipés. L’accès aux soins n’est pas à la portée de tous. L’Assurance Maladie Universelle, huit (08) ans après votre accession à la magistrature suprême, n’est toujours pas une réalité palpable.
Monsieur le Président, vous avez en outre longuement évoqué la Paix dans votre intervention, et c’est à celle-ci que vous attribuez vos performances. Nous saluons votre engagement pour la Paix. Mais la Paix à laquelle les Ivoiriens aspirent, ce n’est pas celle du silence des armes, mais celle des cœurs. Que les armes se soient tues n’est pas synonyme de paix, car, des cœurs meurtris, qui pleurent en silence, font plus de mal que des armes qui crépitent.
Monsieur le Président, vous avez dit à ce propos : « Cultivons la paix, gage de la cohésion sociale et de notre développement ! Nous devons continuer, sans relâche, à rassembler tous les fils et toutes les filles de notre pays, à intensifier toutes nos actions en faveur du pardon et de la concorde nationale. A cet effet, j’ai décidé, en cette fin d’année et comme il est de coutume, d’accorder la grâce à 4 132 détenus de droit commun…». Monsieur le Président, c’est un acte de bonté que de gracier des délinquants. Et nous l’apprécions. Mais Monsieur le Président, il se trouve dans nos prisons certains de nos frères et sœurs qui y croupissent sans jugement depuis 2011. Plusieurs parmi eux y meurent, laissant femmes, enfants et parents dans la désolation, la misère et l’amertume. Monsieur le Président, s’il vous plait, accordez leur la liberté. C’est là la clé de la paix véritable dans notre pays. Libérez vos frères. Ce sont pour plusieurs vos enfants, vos voisins, vos parents. La Côte d’Ivoire souffre de la profonde division entre ses enfants. Rassemblez les fils et les filles de ce pays, le faisant, vous appliquerez LA SOLUTION pour panser toutes les blessures et ramener définitivement la paix des cœurs dans notre pays.
Parlant toujours de votre quête de la paix, vous avez dit que les futures « élections seront une nouvelle occasion de renforcer l’alliance du Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocraties et la Paix ». Monsieur le Président, vous êtes le président de TOUS les Ivoiriens. Quand le Chef de l’Etat s’adresse à la nation, le RHDP n’existe plus. Seule la nation compte ! La paix ne passe pas par les bons scores électoraux du RHDP. Elle passe par la confiance de tous les Ivoiriens, tous bords confondus, dans le processus électoral. Monsieur le Président, nous fondons en vous tous nos espoirs pour travailler à la crédibilité de ce processus. Les listes électorales ne sont pas mises à jour. De nombreux Ivoiriens en âge de voter n’y figurent toujours pas. Les plaintes sont de plus en plus nombreuses pour ce qui concerne la composition même de la Commission Électorale Indépendante.
Pour finir Monsieur le Président, vous avez dit, je cite : « Le Siège du Sénat sera établi à Yamoussoukro, après celui de la Chambre des Rois et Chefs Traditionnels, traduisant ainsi notre volonté de poursuivre les opérations de transfert de la capitale à Yamoussoukro ». Monsieur le Président, si votre volonté est vraiment de faire de Yamoussoukro la capitale de notre pays, qu’il vous plaise d’y installer la Présidence de la République, la Primature et le Parlement. Suivront ensuite les sièges des ministères et des administrations centrales. Ainsi que, plus tard, les différentes représentations diplomatiques. Le désengorgement de la ville d’Abidjan passe par ces mesures.
Monsieur le Président, merci pour votre aimable attention. Bonne et heureuse année 2018 à vous et à votre famille. Que Dieu vous inspire à conduire notre pays dans des voies salutaires pour tous.
Bonne et heureuse année 2018 à tous les Ivoiriens.
Que Dieu bénisse la Côte d’Ivoire.

Koffi Hamed Zarhour


EN MARAUDE DANS LE WEB
Sous cette rubrique, nous vous proposons des documents de provenance diverses et qui ne seront pas nécessairement à l'unisson avec notre ligne éditoriale, pourvu qu'ils soient en rapport avec l'actualité ou l'histoire de la Côte d'Ivoire et des Ivoiriens, ou que, par leur contenu informatif, ils soient de nature à faciliter la compréhension des causes, des mécanismes et des enjeux de la « crise ivoirienne ».


Source : Connectionivoirienne.net 6 février 2018

vendredi 2 février 2018

Et si nous luttions aussi et d’abord contre les marionnettistes ?

La Françafrique...
Quand Mobutu perdit le pouvoir, le 16 mai 1997, certains pensaient (c’était naïf de leur part) que le Congo-Kinshasa connaîtrait enfin la paix, la justice, la liberté et la prospérité pour tous. Mais, 21 ans après la chute et la fuite au Maroc de l’ancien tyran, le triste constat est que la RDC n’en a pas fini avec sa descente aux enfers. Plus grave encore, les massacres de populations et les viols de femmes sont devenus monnaie courante à l’Est du pays, au nez et à la barbe des Nations Unies censées pourtant assurer la paix et la sécurité dans ce sous-continent. En un mot, les conditions de vie et de travail des Congolais se sont peu améliorées sous les deux Kabila (Laurent-Désiré et Joseph). Pourquoi ? Parce que, si l’ex-maréchal est parti, ceux à qui profite cette situation (les pays occidentaux jamais rassasiés de voler les richesses minières et énergétiques), eux, ne sont jamais partis.
Alors que des gens croyaient que, de la révolution populaire du 30 octobre 2014 qui balaya rapidement le régime dictatorial de Blaise Compaoré, naîtrait un Burkina nouveau, aucun changement fondamental ne semble avoir débuté dans le pays dit des hommes intègres. À quoi cela tient-il ? Au fait que l’ancien colonisateur n’a fait que remplacer un pion (Compaoré) par un autre pion (Kaboré). À preuve, le Commandement des opérations spéciales françaises, arrivé à Ouagadougou en 2010, est toujours en place. Et personne n’est près d’oublier le geste ô combien déplacé de Macron à l’endroit de Kaboré lors de son passage dans la capitale burkinabè, le 28 novembre 2017. Ce geste avait fait sortir de ses gonds Alpha Blondy qui estimait, à juste titre d’ailleurs, que le successeur de François Hollande n’avait pas « le droit de tapoter la joue d’un président, un aîné qui pourrait être son père ». Le jeune président français, qui s’était rendu directement à Gao le 19 mai 2017 sans passer par Bamako comme s’il était en territoire conquis, se serait-il permis d’infantiliser Poutine et de lui parler comme un maître à son esclave ? Rien n’est moins sûr.
En mars 2012, les Sénégalais se sont certes débarrassés d’Abdoulaye Wade qui avait l’intention de faire comme Gnassingbé Eyadéma et Omar Bongo. Leur pays a-t-il pour autant cessé d’être contrôlé et pillé par la France ? Non ! Et l’on pourrait émettre le même jugement sur le Mali et le Niger, deux pays dont l’or et l’uranium intéressent bien plus les soldats français que la lutte contre les terroristes.
Mais la palme du « il faut tout changer pour que rien ne change » revient indiscutablement à la Côte d’Ivoire qu’un imposteur avait promis de transformer en un paradis sur terre. Car 7 ans après que Dramane Ouattara eut été violemment imposé par la France de Sarkozy, la réconciliation des Ivoiriens et le désarmement des milices sont au point mort, pas une seule nouvelle université n’a été construite, Abidjan est plus sale et plus dangereuse que jamais, les petits commerces sont quotidiennement détruits à Abobo, Adjamé et Yopougon, les banques et caisses d’épargne sont régulièrement braquées, les terrains arrachés à des familles ivoiriennes et vendus à des Marocains et Libanais, des criminels et des médiocres sont promus et célébrés, les fournisseurs ivoiriens de l’État sont affamés et menés en bateau, etc. Pire encore, les Français sont revenus en force en Éburnie où ils s’enrichissent et achètent à tour de bras. Certaines personnes soutiennent même que ce sont eux qui dirigent véritablement le pays et que les soi-disant ministres et directeurs généraux ne sont que des figurants. À tout cela, il faut ajouter la suspension systématique des journaux qui osent critiquer le gouvernement, le rattrapage ethnique et la manipulation de la justice par le président reconnu par la communauté internationale pour écarter ses adversaires des joutes politiques à venir. Bref, le désenchantement est général au point où certains partisans de Ouattara n’hésitent plus à confesser, viva voce, que l’historien Gbagbo valait et faisait mieux que le prétendu économiste Ouattara (« Gbagbo kafissa » en malinké). Ils se rendent compte chaque jour, ceux qui votèrent pour lui, que la gouvernance de Ouattara n’est rien d’autre qu’une suite de mensonges plus gros les uns que les autres.
Le message que je voudrais faire passer ici est le suivant : nous ne devons pas nous employer à ne dégager que les marionnettes de l’Occident. En d’autres termes, le mal dont souffrent nos pays doit être soigné à la racine et la racine, c’est l’Occident qui, pour contrôler nos pays et voler nos ressources naturelles, nous impose des vauriens. C’est avec cet Occident impérialiste, violent et prédateur, que nous devons d’abord croiser le fer. Notre quête de liberté et de justice n’aboutira pas vraiment tant que nous n’accepterons pas d’affronter ceux qui se prennent pour les maîtres du monde. Les chasser de nos pays : tel est le premier combat que doivent mener les souverainistes et patriotes africains, tel est le premier défi à relever. Se soulever contre les Faure Gnassingbé, Sassou Nguesso, Alassane Ouattara, Paul Biya et autres valets de l’Occident, même si cela s’avère nécessaire, vient en seconde position, à mon avis. Ces clowns et renégats, les peuples africains, longtemps humiliés et clochardisés, s’occuperont d’eux comme il se doit aussitôt après que leurs maîtres « fouteurs de merde » seront délogés de nos pays. Et peu importe l’endroit où ils se cacheront avec leurs familles.
Mais les Africains sont-ils vraiment en mesure de bouter dehors les puissances occidentales ? Oui, parce que d’autres peuples l’ont fait. Il est vrai que l’Iran et le Vietnam ne triomphèrent pas facilement des Américains et des Français et il est hors de question, pour nous, de reproduire tels quels leurs moyens et méthodes. N’empêche que nous pouvons emprunter à ces deux pays trois choses qui se sont toujours révélées décisives dans la conquête de la liberté et de la souveraineté : la volonté, le courage et la détermination. Comment Iraniens et Vietnamiens les appliquèrent-ils ? Les premiers prennent d’assaut l’ambassade américaine de Téhéran, le 4 novembre 1979. Soixante-six (66) diplomates et fonctionnaires américains sont pris en otage. La prise d’otage dure plus d’un an et ne prend fin qu’après que les États-Unis ont accepté de rendre 8 milliards de dollars des avoirs du Shah gardés dans des banques américaines.
S’agissant du Vietnam, c’est une action conjuguée du peuple et des Viet Minh (les combattants communistes dirigés par Ho Chi Minh et luttant pour l’indépendance) qui permit au pays de vaincre les forces françaises, le 7 mai 1954. Une victoire que saluera le leader nationaliste algérien Ferhat Abbas en ces termes : « Dien Bien Phu ne fut pas seulement une victoire militaire. Cette bataille reste un symbole. Elle est le Valmy des peuples colonisés. C’est l’affirmation de l’homme asiatique et africain face à l’homme de l’Europe. C’est la confirmation des droits de l’homme à l’échelle universelle. À Dien Bien Phu, la France a perdu la seule légitimation de sa présence, c’est-à-dire le droit du plus fort ».
Nous, Africains au Sud du Sahara, avons tendance à nous sous-estimer et à nous résigner facilement aux avanies que nous subissons depuis des décennies de la part des Occidentaux. Il est temps de penser et d’agir différemment. Est arrivé le moment de passer à l’action mais quelles actions mener ? Certains ont déjà proposé le boycott des produits français partout en Afrique francophone. Pourquoi pas ? Je propose, pour ma part, que nous allions au-delà du boycott pour mener des actions susceptibles de porter un coup sévère à l’ennemi. Il faudra, avant tout, utiliser notre intelligence. En nous remuant les méninges, nous pourrons trouver les meilleures stratégies et tactiques. Dans cette phase de réflexion, il ne sera pas inutile de prendre en considération le conseil donné jadis par Hô Chi Minh : « Nous devons d’abord convaincre le peuple et l’organiser derrière des revendications justes et légitimes. La conviction et l’unité du peuple passent avant le militaire ».
On ne le dira jamais assez : il revient aux peuples africains, et uniquement à eux, de faire disparaître la Françafrique dont les trois piliers sont le franc CFA, les bases militaires françaises et les accords de coopération qui bénéficient plus à la France qu’aux pays africains. Mais il ne suffit pas de prendre conscience de cela et il ne s’agit pas non plus de pleurnicher. Ce dont il s’agit, pour les peuples d’Afrique noire, c’est de se mettre debout, de s’armer de courage et de faire preuve de détermination car aucun pays, aussi puissant soit-il, ne peut tenir face à ce que le général vietnamien Giap, artisan de la débâcle française à Dien Ben Phu, appelait « la capacité combative d’une armée populaire et d’un peuple qui se lèvepour défendre son indépendance et sa liberté ».

Jean-Claude DJEREKE (Dernier ouvrage paru : « L’Afrique doit être libre et souveraine », Paris, L’Harmattan, octobre
2017, 252 pages).


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Sous cette rubrique, nous vous proposons des documents de provenance diverses et qui ne seront pas nécessairement à l'unisson avec notre ligne éditoriale, pourvu qu'ils soient en rapport avec l'actualité ou l'histoire de la Côte d'Ivoire et des Ivoiriens, ou que, par leur contenu informatif, ils soient de nature à faciliter la compréhension des causes, des mécanismes et des enjeux de la « crise ivoirienne ».


Source : connectionivoirienne.net 2 février 2018

mardi 30 janvier 2018

« On peut vaincre, même quand tout semble perdu »…

Lebel N'Goran
Mondialisation, terrorisme, relations avec les anciennes puissances coloniales, crises politiques… l’Afrique subsaharienne fait face à de nombreux défis, qu’analysent pour Sputnik Lebel N’Goran, analyste politique ivoirien, spécialiste en stratégie et consultant en sécurité.
Sputnik: En qualité de citoyen de Côte d'Ivoire, comment évaluez-vous en tant qu'analyste la situation politique et économique de votre pays, ainsi que de l'Afrique de l'Ouest en général ?
Lebel N'Goran: Merci pour l'occasion que vous me donnez de partager mon point de vue sur mon pays, la Côte d'Ivoire et l'Afrique. Depuis 2011, la Cote d'Ivoire est politiquement en arrêt. Une majorité issue de deux partis anciennement adversaires (PDCI et RDR) se partagent le pouvoir sans réelle vision politique et de développement. L'opposition, divisée et inconséquente, est inexistante ou pire carrément en déconfiture programmée. L'après-guerre présente une fracture politique due à une justice absolument incompréhensible, à une réconciliation en panne ou non voulue. Politiquement, ce pays est en arrêt. Économiquement, la croissance de 8% annoncée n'est pas ressentie par les Ivoiriens. Une croissance non inclusive dit le gouvernement. Un concept qui signifie que le pays avance, mais personne n'en voit les retombées. Nous sommes dans un poker menteur. C'est triste.
En Afrique de l'Ouest, la bande sahélienne est menacée par le terrorisme, tout comme le nord du Nigeria. Il y a eu des attentats au Burkina et en Côte d'Ivoire, une grande première. Le Togo vit une situation embarrassante politiquement avec un président contesté, le Liberia donne des lueurs d'espoir avec l'élection de George Weah. Le Ghana poursuit une bonne tradition démocratique et développe surtout une économie locale structurée. Elle a gagné le procès contre la Côte d'Ivoire dans le golfe de Guinée et avec les réserves de pétrole, elle va être un pays qui compte.
Le Nigeria a du mal à suivre les réformes de l'administration Buhari. L'inflation fait mal à l'économie et ce géant a toujours du mal à se stabiliser. Globalement, l'Afrique de l'Ouest est statique économiquement et politiquement depuis 5 ans. L'économie est tributaire de la politique, c'est un cercle vicieux. On a toujours les mêmes élans des instances internationales: FMI, BAD, BM… mais la réalité est toute autre. Nous faisons du surplace.
Sputnik: Nombre d'activistes africains, surtout d'obédience panafricaniste, crient au manque d'indépendance et de souveraineté de plusieurs de pays de votre région. Pour autant, les solutions proposées pour y remédier diffèrent d'un acteur à l'autre. Quelle est votre vision sur cette question ?
Lebel N'Goran: Les indépendances sont de façade depuis 1960. Il faut être clair. Nous avons encore des bases militaires étrangères (françaises) en 2018. Une monnaie qui dépend du trésor français. Oui, nous ne sommes ni indépendants ni souverains. Nous sommes de facto des banlieues, ou des sous-préfectures. La faute est partagée. Nos leaders n'ont aucune vision stratégique, politique et, pire, sollicitent l'ancienne puissance coloniale dans la gestion des choses de l'État. Nous sommes des pays, mais pas des nations, ni des républiques puisque les lois sont toujours subordonnées à la violence dans bien de cas.
Il faut que les Africains prennent en mains leur destin, définissent leurs priorités, agissent exclusivement pour le bien de leurs populations. Il faut arrêter la politique de la main tendue, se mettre au travail avec des nations exemplaires et modèles. Les Africains doivent comprendre que la charité n'existe pas dans les relations internationales. On doit s'unir et travailler à rattraper notre énorme retard. Il faut penser l'Afrique de demain ensemble, entre Africains. Et bien sûr accepter le concours des nations amies, véritablement amies.
Sputnik: L'un des principaux défis du monde contemporain est celui du terrorisme. La lutte contre ce fléau est aujourd'hui la priorité d'un grand nombre de pays, pratiquement sur tous les continents. Surtout lorsqu'on sait que certains pays pensent que l'utilisation des groupes extrémistes afin d'atteindre des objectifs géopolitiques et géoéconomiques est amplement justifiée. Depuis les événements en Syrie, la Russie est vue comme une sorte d'avant-garde de la lutte antiterroriste, surtout depuis l'anéantissement à plus de 95% de Daech en terre syrienne — dans lequel la Russie a joué un rôle de premier plan. Comment entrevoyez-vous la coopération Russie-Afrique subsaharienne dans ce domaine, sachant par exemple que certains pays d'Afrique du Nord collaborent déjà très activement avec la Russie sur cette question ?
Lebel N'Goran: Les dispositifs antiterroristes sont encore trop lourds en Afrique. Face à une action terroriste légère, rapide et dévastatrice, il faut une réponse adaptée. C'est une guerre différente, donc elle doit procéder avec un dispositif différent. Tant qu'il y aura de bons et de mauvais terroristes comme au Mali, tant qu'il y aura des forces étrangères occidentales positionnées dans nos États, le terrorisme va grandir et se renforcer. Nous allons assister à une radicalisation des actions terroristes. Nous importons de fait une guerre dans laquelle nous n'avons aucun intérêt, où nous ne sommes que protagonistes par défaut. C'est une erreur stratégique que de laisser de développer ce cancer et ces bases militaires étrangères. Nous allons reproduire délibérément un écosystème propice du terrorisme en Afrique.
A contrario, la coopération russe est un modèle du genre. Elle donne de l'autonomie et de la compétence aux forces nationales. Il ne s'agit nullement d'implanter des bases à tout va, mais de permettre aux forces locales de monter en puissance et de gérer les situations en toute indépendance. C'est cela, une coopération efficace. Les Africains doivent gérer leur sécurité en toute autonomie.
Sputnik: Professionnellement parlant, vous représentez en Afrique de l'Ouest une société russe spécialisée dans les questions de sécurité. Localement, quels sont vos principaux domaines d'activité ? L'expérience russe est-elle nécessaire dans le domaine des livraisons de technologies et celui de la formation ? Entrevoyez-vous aussi de faire venir des spécialistes russes sur place pour des stages de qualification, si cela ne se fait pas déjà ?
Lebel N'Goran: Global Security («Global'naya Bezopasnost») intervient dans tous les domaines militaires, sauf pour les questions d'armement et munitions. Nos domaines d'activité sont le contre-terrorisme, la surveillance électronique et spatiale (scanner, détection, drones..), la fourniture de véhicules blindés militaires et civils, les transmissions cryptées, le matériel opérationnel pour les forces spéciales et les unités d'intervention, les matériels volants et navigants, les hôpitaux militaires de campagne… et surtout la formation en gestion des forces armées, police, dans toutes les composantes de leurs missions.
Nous aurons cette année des visites d'experts venant de Moscou. Il s'agit de voir les forces en présence, de comprendre les problématiques sur places et d'offrir des services à la carte. Le domaine sécuritaire demande une offre très solide et complète, car les enjeux sont très sensibles.
Il y a déjà des contacts sur lesquels je ne peux pas m'étendre pour des questions de confidentialité.
Sputnik: Vous appartenez à cette jeunesse active africaine résolument tournée vers le concept multipolaire du monde. Que représente concrètement pour vous ce concept ? Quel avenir souhaitez-vous pour les relations Afrique-Russie ? Et pourquoi selon vous l'exemple russe est de plus en plus cité aujourd'hui comme modèle de développement et d'indépendance au sein de la jeunesse africaine ?
Lebel N'Goran: Ces deux dernières décennies nous ont démontré qu'un monde unipolaire est un danger pour la stabilité du monde. Nous avons en exemple l'Irak, la Libye, l'Afghanistan, la Syrie… Le monde multipolaire renvoie à un monde de conciliation, à des décisions collégiales sur la marche du monde. Il ne s'agit plus de faire la guerre à des pays sans mandat, sans tenir compte du droit international ni de la souveraineté. L'exemple de la Syrie est édifiant. Comment peut-on armer des terroristes contre un pays souverain ? Et prétendre offrir la liberté et la prospérité ?
La Russie revient de loin. Depuis l'époque des Tsars jusqu'à la Révolution d'octobre 1917, de la Seconde guerre mondiale à la chute de l'URSS, le peuple russe a toujours été souverain et fort. La Russie est revenue à sa place à force de travail. La Russie est un exemple de nation qui se bat, qui s'organise, qui s'impose et dit fièrement au monde: nous avons gardé notre héritage de peuple souverain. Je suis personnellement admirateur des maréchaux Gueorgui Joukov et de Vassili Tchouïkov et surtout de la bataille de Stalingrad. On peut vaincre, même quand tout semble perdu.
La Russie est le meilleur exemple historique et récent pour la jeunesse africaine. Le cas de la Syrie est un exemple de loyauté et d'efficacité. La Russie est leader dans de nombreux domaines: technologie, informatique, éducation, agriculture, énergie, aéronautique… L'exemple russe est mieux adapté à notre culture et, je le rappelle, les Russes n'ont jamais colonisé de pays africain. Logiquement, on ne tombe pas amoureux de ses bourreaux ! Nous sortirons du syndrome de Stockholm bien plus vite que certains ne le croient…
Sputnik: Après la chute de l'URSS et une période de reflux de l'influence russe, on assiste dorénavant à un retour de plus en plus évident de la Russie en Afrique. Les élites politico-économico-médiatiques d'un certain nombre de pays le voient d'un bien mauvais œil. En tant que partisan des relations russo-africaines, saurez-vous résister aux pressions qui ressortent logiquement des opposants à ces relations ?
Lebel N'Goran: Les temps changent. Les pressions sont effectives, la perception des Russes savamment entretenues, présente un tableau effrayant pour dissuader la connexion. La propagande a atteint ses limites. Personne ne pourra empêcher ces relations. Grâce à Sputnik, RT et autre médias alternatifs, les barrières s'évanouissent. Personne ne pourra empêcher ces relations, la dynamique est lancée.
Il faut que les jeunes Africains et les Africains en général révisent l'histoire. La Russie est certes méconnue, mais elle est un pays avec lequel on peut compter, une nation amie.
Personne ne pourra dicter le choix des amis et des alliés. La Russie a toujours fait preuve de sa fiabilité. Nous irons à la rencontre du peuple russe et des intérêts russes.
Ni shagou nazad : plus un pas en arrière.

Propos recueillis par Mikhail Gamandiy-Egorov

Source : https://fr.sputniknews.com 30 janvier 2018