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dimanche 16 février 2020

« Ce que nous pensons du plan de paix proposé par Donald Trump »…

Entretien avec l’ambassadeur de Palestine

Son Excellence Abdal Karim Ewaida
© Abidjan.net par R. K.
Le plan de paix de Trump pour le Moyen-Orient baptisé le « Deal du siècle » n’est pas du goût des autorités palestiniennes. Dans une interview exclusive qu’il a accordée à Abidjan.net, l’ambassadeur de la Palestine en Côte d’Ivoire, Abdal Karim Ewaïda rejette plusieurs aspects de ce plan qui, selon lui, nie l’existence de l’Etat palestinien.

Abidjan.net: Le plan, présenté par le président américain Trump, soutient-il un État de Palestine indépendant et souverain, avec Jérusalem-Est pour capitale ?
Abdal Karim Ewaida : Le plan rejette outrageusement le droit de la Palestine d'exister en tant qu'État indépendant, souverain et contigu. En parrainant la légalisation des colonies illégales israéliennes et en dictant qu’aucune ne sera démantelée, le plan représente simplement l’annexion de territoires, rendant impossible une Palestine libre. Dans le cadre de ce plan, Israël conserverait son contrôle de sécurité suprême sur de vastes zones de la Palestine occupée, y compris sa capitale Jérusalem-Est et la vallée du Jourdain. Il suggère un État de Palestine fictif, par lequel il substitue la contiguïté territoriale à la « contiguïté des transports », ébranlant ainsi la viabilité même de l'État palestinien. Cet État fictif sera divisé en une série d'enclaves, éparpillées comme un archipel relié par des tunnels et des ponts, permettant à Israël de maintenir le contrôle de la sécurité sur les frontières terrestres et maritimes palestiniennes, l'espace aérien et les ressources naturelles. En tant que tel, le plan annule toutes les possibilités pour l'État de Palestine d'exercer une souveraineté significative et la sécurité même de l'État. D'un autre côté, le plan décrit le soutien total à un Grand Israël entre le Jourdain et la Méditerranée. Dans la mesure où il ne tient compte que des seuls intérêts de l'État d'Israël, le plan constitue une continuation de la Déclaration Balfour de 1917 et de la loi de l'État de la nation juive d'Israël de 2018. Il vise à officialiser le projet colonial du Grand Israël sur les terres de la Palestine historique, qui nie les droits nationaux du peuple palestinien et ne lui permet de vivre que dans « des bantoustans » autonomes avec à peine une poignée de droits civils et religieux. Elle soulage Israël du fardeau de payer le coût de son occupation et d'assumer ses responsabilités en tant que puissance occupante.

Le plan peut-il réellement apporter la paix dans cette partie du monde ?
En légalisant l'annexion du territoire palestinien occupé à l'État israélien et en limitant les Palestiniens à des enclaves disjointes sur leurs propres terres, le plan consolide un système déjà existant où deux lois s'appliquent dans le territoire palestinien occupé : une pour les colons israéliens et une autre pour le peuple palestinien occupé. Alors que la loi israélienne s'applique aux colons israéliens illégaux en Cisjordanie occupée, les Palestiniens sont soumis aux lois et tribunaux militaires israéliens. Non seulement le plan propose un État palestinien sans souveraineté, mais il énonce une réalité à un seul État avec deux systèmes, selon laquelle les Palestiniens continuent de se voir refuser les droits politiques, économiques, culturels et sociaux dont jouissent les juifs israéliens. En effet, avec le nombre de Palestiniens dans l'État de Palestine et les citoyens palestiniens d'Israël dépassant déjà le nombre de juifs israéliens dans le pays entre le Jourdain et la Méditerranée, Israël est à un pas de devenir un État d'apartheid à part entière. Dans l’ensemble, ce plan exige que les dirigeants et le peuple palestiniens se soumettent totalement à l’apartheid israélien.

Le plan est-il conforme à la solution à deux États à la frontière de 1967 ?
Au début de ce plan, ses auteurs présentent le conflit comme un conflit entre « l'État d'Israël et les Palestiniens », détruisant efficacement la solution à deux États et effaçant à tort la frontière de 1967, connue sous le nom de Ligne verte. Les frontières définies de l'État de Palestine internationalement reconnues par 139 nations dans le monde conformément à la résolution 67/19 de 2012 de l'ONU sont situées à l'intérieur des frontières de 1967, comprenant la Cisjordanie, y compris la capitale Jérusalem-Est, et la bande de Gaza. D'un autre côté, Israël n'a pas encore défini ses frontières. Non seulement la carte approuvée par le président Trump élimine la frontière de 1967, mais elle reconnaît également les faits illégaux d’Israël sur le terrain et de facto « un État avec deux systèmes ». Sans doute, le plan soutient la réalisation d'un Grand Israël qui érode le concept de la solution à deux États approuvée internationalement et le remplace par l'apartheid.

Respecte-t-il le droit international et les résolutions des Nations Unies ?
Ce plan viole effrontément le droit international, ainsi que toutes les résolutions des Nations Unies concernant la cause de la Palestine. Nous parlons des résolutions approuvant la solution à deux États, de celles qui considèrent les colonies de peuplement israéliennes comme illégales, des résolutions qui reconnaissent Jérusalem-Est comme la capitale de l'État palestinien et qui jugent nulle toute modification de Jérusalem par Israël, et des résolutions reconnaissant les droits des réfugiés palestiniens au retour et à l'indemnisation. Le plan normalise :
1 - la colonisation de la Palestine, en violation du droit international et des résolutions de l'ONU,
2 - l'annexion du territoire palestinien occupé, manifestement illégale au regard du droit international et considérée comme un crime d'agression par le Statut de Rome et
3 - l'apartheid, pourtant reconnu comme un crime contre l'humanité au regard du Statut de Rome.
Les États-Unis et Israël défient et menacent ainsi le droit et l'ordre internationaux pour les remplacer par un nouvel ordre mondial, autoritaire et exploiteur. Comme l'a déclaré Michael Lynk, le rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l'homme dans le territoire palestinien occupé depuis 1967 : « Ce plan renverserait l'ordre international fondé sur des règles et implanterait durablement l'assujettissement tragique des Palestiniens existant déjà sur le terrain ». « L'abandon de ces principes juridiques menace de briser le consensus international de longue date sur le conflit, favorisant la realpolitik sur les droits, le pouvoir sur la justice et la gestion des conflits sur la résolution des conflits », ajouta-t-il.

Quelle partie rejette les références internationalement approuvées pour parvenir à la paix ?
Sur la base du droit international et des résolutions pertinentes des Nations Unies, l'Initiative de paix palestinienne de 1988 a marqué un accord historique et douloureux en acceptant le droit d'Israël à exister sur 78% des terres de la Palestine historique et l'État de Palestine sur les 22% restants, composé de la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, et la bande de Gaza. Contrairement à Israël, qui continue de créer des actes illégaux sur le terrain et de violer à la fois le droit international et les accords signés, l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) continue d'honorer toutes ses obligations internationales, y compris en vertu des accords signés avec Israël, et de saisir toutes les occasions pour réaliser la paix et le droit du peuple de Palestine à l’autodétermination. Au cours des trente-deux dernières années, l'OLP s'est véritablement engagée dans le processus de paix qui a commencé avec la Conférence de paix de Madrid de 1991 et s'est conclu avec la dernière série de négociations dirigée par l'ancien secrétaire d'État américain John Kerry en 2014, qui a échoué parce qu’Israël continuait à utiliser les négociations en tant qu’écran de fumée pour violer les droits palestiniens et le droit international. D'un autre côté, depuis la signature de l'Accord intérimaire d'Oslo en 1993, Israël s'est fortement engagé dans un processus colonial de construction de colonies sur le territoire palestinien, tout en continuant à violer presque tous les droits des Palestiniens, au détriment du processus de paix. Les Israéliens a systématiquement détruit les fondements mêmes du processus de paix alors qu'ils continuent de s'approprier des terres palestiniennes et de transférer leur propre population civile dans le territoire palestinien occupé, en violation manifeste du droit international. Selon l'ONG israélienne Peace Now, jusqu'en 1994, plus de 280 000 colons juifs israéliens vivaient en Palestine occupée. En revanche, les statistiques actuellement disponibles montrent que ce nombre a presque triplé pour atteindre plus de 640 000 colons vivant dans plus de 200 colonies, dont 42 à Jérusalem occupée et aux alentours. Selon un rapport récemment publié par une organisation de colons israéliens, au cours de la dernière décennie seulement, le nombre de colons israéliens a augmenté de 48%. Rien qu'en 2019, il y a eu une augmentation de 3,4%, soit plus du double du taux de croissance démographique en Israël proprement dit qui a atteint 1,9% au début de 2020.

Comment le plan envisage-t-il les questions essentielles réservées aux négociations sur le statut permanent ?
À travers une série de décisions unilatérales et depuis sa reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël fin 2017, l'administration Trump a méthodiquement sapé les négociations sur le statut permanent concernant principalement les questions fondamentales: les frontières, Jérusalem et la question des réfugiés de Palestine. Une lecture attentive du plan Trump montre comment tous ses détails incarnent la vision raciste des colons israéliens les plus idéologiquement extrêmes, qui ont progressivement pris en main la responsabilité depuis l'assassinat de l'ancien Premier ministre israélien Yitzhak Rabin en 1995 et ont dirigé l'État d'Israël depuis plus d'une décennie maintenant.
Dans l'ensemble, le plan nie le statut d'un État souverain pour les Palestiniens, reconnaît Jérusalem comme la capitale d'Israël, viole le statu quo historique de la mosquée Al-Aqsa, en imposant des divisions temporelles et géographiques à l'intérieur du complexe pour les différentes confessions, légalise l'annexion de toutes les colonies israéliennes et rejette catégoriquement les droits des réfugiés palestiniens. En permettant à Israël d'étendre et de perpétuer son entreprise de colonisation, le plan nie le droit palestinien à l'autodétermination et propose une alternative au mandat international pour les négociations entre la Palestine et Israël, le tout en violation du droit international, des résolutions de l'ONU, consensus international et accords précédemment signés. S'engager dans ce plan signifie une légitimation de l'acquisition par Israël d'un territoire par la force et une perpétuation de sa supériorité et de sa domination sur la terre et la vie du peuple palestinien. En d'autres termes, il légitime « la force prime le droit ».

La partie économique du plan peut-elle remplacer une paix globale, juste et durable ?
L'État de Palestine a le droit d'exercer sa souveraineté avec des plans financiers et monétaires indépendants, le contrôle de ses politiques d'importation et d'exportation, ainsi que l'accès à ses frontières et aux ressources naturelles, y compris l'eau, les minéraux, le gaz naturel et les ressources pétrolières. Ce n’est que par une paix juste et durable que la Palestine pourra garantir l’indépendance, la prospérité et la durabilité de son économie, à commencer par la fin de l’occupation d’Israël et la réalisation de l’État palestinien et des droits inaliénables. Selon diverses études économiques, la Palestine possède un grand potentiel économique et le principal obstacle à la réalisation de ce potentiel est l'occupation israélienne. Par exemple, en 2013, un rapport de la Banque mondiale estimait que si les restrictions israéliennes sur la zone C de Cisjordanie étaient levées, cela « pourrait entraîner une expansion significative de nombreux secteurs de l'économie palestinienne », qui pourrait générer 2,2 milliards de dollars par an en termes de valeur ajoutée. Selon le rapport : « La majeure partie de cela proviendrait de l'agriculture et de l'exploitation des minéraux de la mer Morte ». La mer Morte, une zone stratégique pour la Palestine, est promise à Israël dans le plan Trump. Dans l’ensemble, la partie économique du plan est une tentative ratée de couvrir la prolongation de l’occupation belligérante d’Israël et le vol de terres et de ressources palestiniennes.

Quelle est la position de l'État de Palestine ?
L'État de Palestine considère le plan d'apartheid américain comme une agression flagrante contre les droits inaliénables du peuple de Palestine, qui ont été approuvés par les Nations Unies pour permettre à notre nation d'exercer son droit à l'autodétermination, l'indépendance et la souveraineté nationales, et le droit de nos réfugiés à retourner. Ce plan sape le droit international et le rôle des Nations Unies et constitue donc une menace directe pour le peuple de Palestine et sa juste cause, et pour l'ensemble du système international fondé sur des règles tel que nous le connaissons. Il considère toutes les colonies israéliennes comme légales, y compris celles de Jérusalem-Est, la capitale de la Palestine internationalement reconnue, qui comprend la vieille ville et ses environs de 6 km2L'État de Palestine a approuvé toutes les résolutions pertinentes des Nations Unies et le droit international comme base de toute solution vers l'instauration de la paix. Il considère l'Initiative de paix arabe (API) comme la formule de base qui peut réaliser l'intégration diplomatique et économique d'Israël dans la région en échange de mettre fin à son occupation de tous les territoires arabes, y compris les fermes libanaises de Shebaa, le Golan syrien arabe et l'État occupé de Palestine, ainsi que la recherche d'une solution juste et convenue à la question des réfugiés de Palestine.

Quelles sont les positions de la communauté internationale et du monde arabe ?
Alors qu'un certain nombre de pays ont «salué» l'annonce américaine, aucun n'a approuvé le plan. Mais la majorité des réponses ont été positives insistant sur l'importance de la solution à deux États, du droit international et des résolutions pertinentes de l'ONU comme voie à suivre pour parvenir à la paix. Cela comprend l'Union européenne, à travers une déclaration publiée par le haut représentant/vice-président Josep Borrell, qui a affirmé la position de l'UE qui « ne reconnaît pas la souveraineté d'Israël sur les territoires occupés depuis 1967 », et a estimé que « les étapes vers l'annexion, si elles étaient mises en œuvre, ne pourraient pas passer sans contestation ». La Ligue arabe a également décidé « de rejeter le "Deal du siècle" américano-israélien, qui ne répond pas au minimum des aspirations et droits du peuple palestinien, et viole toutes les références du processus de paix fondé sur le droit international et les résolutions internationales pertinentes ». De plus, l'Organisation de coopération islamique (OCI) a réaffirmé « son rejet de tout plan, accord ou initiative, soumis par une partie quelle qu'elle soit, qui est incompatible avec les droits inaliénables du peuple palestinien consacrés par des résolutions convenues sur la légitimité internationale, ou non conformes aux mandat internationalement reconnu du processus de paix au Moyen-Orient, dont le plus important est le droit international, les résolutions de l'ONU et l'Initiative de paix arabe ».

Selon vous, quelle est la voie à suivre pour parvenir à la paix ?
Notre vision de la paix est fondamentalement fondée sur la fin de l’occupation coloniale de la Palestine par Israël. Un État de Palestine indépendant et viable ne peut se fonder que sur une souveraineté totale sur notre territoire et nos ressources; le contrôle de nos frontières, de notre espace aérien et de nos frontières maritimes; et, plus important encore, l'autodétermination: la capacité de déterminer librement la forme de notre vie politique, civile, économique, culturelle et sociale. Désormais, la voie à suivre devrait être conforme au droit international et au système de justice que l'ordre juridique international est censé préserver. Tout plan qui affront le droit international et les résolutions des Nations Unies et légitime le vol illégal de terres et l'annexion n'est pas du tout un plan de paix. C'est pourquoi, la récente Initiative de paix palestinienne de 2018, telle que proposée par le président Mahmoud Abbas au Conseil de sécurité des Nations Unies, peut atteindre un tel objectif.
L'Initiative de paix palestinienne appelle à la mise en œuvre du principe de la solution à deux États aux frontières de 1967. Tout en proposant la convocation d'une conférence de paix internationale fermement fondée sur le droit international. Le plan précise qu'aucune action unilatérale susceptible de compromettre les négociations sur le statut final ne doit être prise. La vision globale de ce plan est claire : il est basé sur le respect de la légitimité internationale et des résolutions pertinentes de l'ONU, y compris l’aboutissement d'une solution juste et convenue pour les réfugiés palestiniens conformément à la résolution 194 de l'ONU qui stipule leur droit au retour à leurs maisons et à une juste compensation. Le plan prévoit « Jérusalem-Est en tant que capitale de l'État de Palestine et une ville ouverte pour les fidèles des trois religions monothéistes ». Il exige également d'assurer la sécurité de la Palestine et d'Israël « sans compromettre l'indépendance et la souveraineté de l'un ou de l'autre ». En fin, notre vision de la paix requiert la justice et la capacité d’exercer nos droits librement dans notre patrie. Nous restons convaincus qu'avec le soutien de pays épris de paix qui cherchent à préserver l'ordre international menacé, nous réussirons dans notre quête de cette paix juste et durable.

Propos recueillis par Robert KRA

Source : Abidjan.net 15 février 2020

mardi 23 juillet 2019

Gauz : « Il point, à nouveau, dans notre pays, comme un printemps du livre et des belles lettres ».




Après avoir reçu le Prix Ivoire 2018, le Grand Prix National Bernard Dadié de la littérature 2019, l'Ivoirien Armand Gbaka Brédé alias Gauz, pour son roman Camarade papa, paru aux éditions Le Nouvel Attila, vient de recevoir le Grand Prix Littéraire d'Afrique Noire 2018. Camarade papa, en l'espace d'un an, a raflé presque tous les prix littéraires importants de par le monde. Biochimiste de formation, Armand Gauz quitte la science pure pour aller à la photographie, le film documentaire, des émissions culturelles. Son premier roman, Debout Payé  (50 000 exemplaires en grand format), vedette de la rentrée 2014, l'a propulsé sur le devant de la scène littéraire. Gourmand des prix, Camarade papa  a déjà trusté plusieurs prix cette année, dont le Prix Virilio 2018, sans compter son classement dans la sélection du 6ème prix littéraire du Monde.



Comment se définit Armand Gauz ?
Personne ne devrait avoir à se définir soi-même. C'est le regard de l'autre qui définit. Je me contente d'être, juste être. Je peux donc retourner la question à celui qui la pose : comment définit-il Gauz. Cela dit, un jour, on m'a demandé d'écrire moi-même ma bio pour une présentation à des libraires, voilà ce que ça donne : « Armand Patrick Gbaka-Brédé alias Gauz est né à Abidjan, en 1971. Après l'obtention de son diplôme de biochi­mie, il décide de ne rien faire et sillonne la Côte d'Ivoire... 5 ans. Gauz considère cette période comme son premier poste en tant qu'observateur de l'autre. Après, il poursuit des études en France, à l'Université de Paris-Jussieu : ça rassure les parents I Les études filent, lui prend son temps, alors il exerce suc­cessivement divers métiers, d'informaticien à jardinier en passant par photographe de pub, déménageur pour chercheurs au CNRS, vigile, hotline ou consultant pour l'OIF et le Ministère des Affaires étrangères, etc. Il co-écrit « Après l'océan », un scénario sur l'immi­gration des jeunes Ivoi­riens. Une période où Gauz réalise des courts métrages documen­taires dont « Quand Sankara.. ». Lors du Forum Social Mondial de Bamako, en janvier 2006, donnant la parole à des jeunes qui repren­nent le discours que prononça Thomas San­kara à l'assemblée de l'ONU, en 1984, à New York. Fin 2011, pour ne pas laisser la place seulement « à ceux qui n'ont que l'intelli­gence de l'index pour tirer à la Kalash », il re­tourne en Côte d'Ivoire. Il y dirige un journal économique, News&co, monté avec son frère Demba Diop. Avec son Mbock Mbarr, son plus que frère Alex Kipré, Il contribue au Prix Kaïlcédra, prix littéraire pour les collèges et lycées. Entre Ferkessédougou et Abidjan, il écrit Debout-payé, publié aux éditions Le Nouvel Attila en 2014, élu Meilleur premier roman français par la rédaction de Lire. Après le grand succès de librairie de ce roman, il se retire à Grand-Bassam où il s'installe dans le village artisanal. Ce qui lui inspire, en 2017, une expo photo et un film, « Bazouam, gale­rie sur route ». C'est dans cette ville qu'il écrit son second roman. Camarade Papa, sorti en août 2018, Prix panafricain Akwaba Cul­ture 2018, Prix Virilio 2018, Prix de la presse panafricaine de littérature, Prix Bernard Dadié, Grand Prix Littéraire d'Afrique Noire ».

Vous êtes prix Ivoire 2018, Grand Prix Ber­nard Dadié de la littérature et Grand Prix Lit­téraire d'Afrique Noire. Un commentaire ?
Ce qui compte avant tout, c'est le texte, sa force, son originalité, sa singularité et sa ca­pacité à projeter la lecture en des territoires insoupçonnés d'intelligence et de ravisse­ment. Les prix travaillent pour la visibilité du texte... alors revenons au texte.

Avec l'inventivité virevoltante de la langue, on a l'impression que ce sont les mots qui construisent l'espace et les personnages.
Un roman, pour moi, c'est une histoire particulière décrite d'un point de vue singulier portée par une langue singulière. Sinon tout le monde en écrirait. Ce que je m'évertue à faire à chaque roman, ce n'est pas juste écrire, c'est surtout proposer une nouvelle littérature. Debout-Payé et Camarade Papa affichent clairement cette prétention. Nous, les Africains, nous les Ivoiriens, nous sommes les héritiers d'auteurs qui ont été obligés d'inventer une littérature pour trouver la place de leurs mots dans le monde. Bernard Dadié, Charles Nokan, Ahmadou Kourouma, Adiaffi, Zadi..., ils ne se sont pas contentés de montrer du doigt le chemin, ils ont fabriqué la route, l'ont entretenue, l'ont damée à force de piétinements. Il ne nous suffit que de l'emprunter... ne les trahissons pas. L'humour, le rire est la marque la plus univer­selle, la plus évidente, la plus visible, la plus audible d'intelligence et de ravissement. Un homme qui rit est un homme qui a compris. J'attrape donc l'intelligence du lecteur par le rire. Il ouvre son cerveau, il est disposé à comprendre mes idées, même les plus appa­remment loufoques. Nous sommes issus de civilisations où le rire est convoqué tout le temps, même dans les moments les plus tristes ou graves. Regardez autour de vous, ce pays rit et se rit de tout, c'est une de ses plus belles vertus. Je suis un Ivoirien comme un autre, donc « attachement est dans mon sang ! ».

Les récits de Dabilly et d'Anouman se rejoi­gnent à la fin par une pirouette. Alors, dites-nous, pourquoi vous avez inséré entre ces deux récits des légendes qui célèbrent la hardiesse des piroguiers Kroumen et Apolloniens ?
Oui les deux récits se rejoignent par ce que j'appelle un beau « geste technique ». Pas besoin d'expliquer quoi que ce soit ; faire confiance à l'intelligence du lecteur... Pour ce qui concerne les « légendes » insérées au milieu du récit, ce sont des histoires presque vraies ou presque fausses (chacun choisira son camp). Un peu comme toutes les lé­gendes que l'on nous raconte au village, cela part toujours de quelque chose de véridique qui ensuite prend les chemins de l'imaginaire et de la gouaille du conteur. J'ai ramené cette oralité dans une écriture très classique au mi­lieu d'un roman iconoclaste. C'est une pro­position littéraire forte du livre.

Comment se construisent vos romans ?
Comme tout le monde, j'ai des histoires plein la tête. Mais, je ne peux rien écrire tant que je ne trouve pas une structure particulière, et une langue originale. Je suis un obsédé de la structure et de la langue. Ce qui fait que je pense beaucoup, je réfléchis longtemps en amont mon geste d’écriture.

De la chimie à la littéra­ture en passant par la photographie, il semble qu’il y a des pas de géant à faire...
Arrêtez de faire croire qu'il faut être un litté­raire pour écrire. C'est une mauvaise idée qui est entretenue par ce genre de questions. Kourouma était ac­tuaire, il travaillait dans les assurances, Dadié était un simple com­mis, Tierno Monénembo était prof de sciences, Alain Mabanckou a travaillé pour Canal+…

Un regard sur la littérature ivoirienne...
La littérature ivoirienne se remet peu à peu d'une décennie un peu molle. Un temps, dans le pays c'était un concours de dédicaces suivies de cocktails. Les gnamankou et les bissap étaient évidemment toujours meilleurs que les livres présentés. Les gens sont fasci­nés par le statut de l'écrivain. Ils veulent s'en emparer, s'en parer. Ils veulent le flash de la dédicace mais ont du mal à s'enfermer dans la chambre noire de l'écriture. Les écrivains qui ont remplacé les « grands maîtres » dis­parus ont donné une image un peu caricatu­rale dans laquelle beaucoup de jeunes se sont lovés. Je suis venu casser un peu cette mythologie, voire cette mythomanie-là ! Re­tour aux fondamentaux, retour au texte. C'est lui qui compte. Un jeune écrivain comme Alain Serge Agnessan a compris ça, très tôt. Un jour, j'ai entendu une fille le trai­ter de DJ. Il n'a pas pris la mouche, il ne s'est pas vexé, il lui a juste montré son livre, le for­midable « Carrefour Samaké ». Point. Les en­jeux sont dans le texte. Véronique Tadjo peut passer dans la rue sans que personne ne la remarque, mais ces livres font un boucan d'enfer et vont toucher encore des généra­tions et des générations. Il y a de grands ta­lents qui vont se lâcher, prendre conscience du volume de travail qu'il faut pour aboutir à une œuvre achevée. C'est le message que donne la réussite internationale de mes li­vres. Il y a une véritable communauté du livre en Côte d'Ivoire, c'est un avantage extraor­dinaire que nous avons sur les voisins d'Afrique où j'ai traîné mes lettres. Le travail que fait le Directeur du Livre, Henri Nkoumo, en ce sens, depuis des années, est phénomé­nal. Il fallait voir la belle ambiance, au SILA 2019. Éditeurs, auteurs, libraires, journa­listes... Il point, à nouveau, dans notre pays, comme un printemps du livre et des belles lettres.

Vos actualités littéraires et vos projets ?
Je n'ai pas de projet autre que celui d'écrire. Et écrire, pour moi, cela peut revêtir des formes diverses. La photo, le cinéma, le théâ­tre, la mise en scène, le montage, etc., sont des écritures qui m'habitent tout autant que le roman. Je parachève mon troisième roman, mets en scène une comédie musicale autour d'Houphouët par Serge Bilé, écris une série ambitieuse sur une figure révolution­naire africaine, imagine une expo photo sur la Bassam française de l'époque, etc. Bref, je vis et je suis en vie.

Propos recueillis par Auguste Gnalehi 
(Zaouli  n° 72, juin 2019 ; pp. 8 & 9)
(Avec l’aimable permission d’Ernest Foua, promoteur du magazine culturel Zaouli)

lundi 22 avril 2019

Le président Faustin Archange Touadera : « la République Centrafricaine est un pays qui tient aussi à sa souveraineté ».

(corbeaunews-centrafrique)

Le président centrafricain achève ce samedi un séjour à Washington aux États-Unis. Près d'un mois après la formation d'un gouvernement qui intègre des représentants des groupes armés conformément à l'accord de paix signé en février à Bangui, Faustin Archange Touadera est venu plaider la cause de son pays aux États-Unis. Anne Corpet notre correspondante à Washington l'a rencontré à la veille de son retour à Bangui. Elle l'a interrogé sur sa visite dans la capitale fédérale, mais aussi sur ses éventuelles inquiétudes face à la situation chez ses voisins au Soudan.

 RFI : vous achevez votre séjour aux États-Unis. Qu’est-ce que vous attendiez des Américains ?
Faustin-Archange Touadera : Nous sommes venus pour renforcer notre coopération avec les États-Unis d’Amérique et, à voir notre programme de la semaine, depuis les investisseurs — c’est-à-dire les hommes d’affaires —, jusqu’aux représentants du Congrès, du Pentagone et du département d’État, les discussions ont été très intéressantes et c’est un séjour très fructueux et très enrichissant.

Vous avez parlé des investisseurs privés ? Il y a des Américains qui sont prêts à venir investir chez vous ?
Bien sûr. Nous sommes aussi là pour dire qu’en République Centrafricaine il y a beaucoup de potentialités. Il nous faudrait des partenaires et nous pensons que le secteur privé doit jouer un rôle important dans l’emploi des jeunes. Pour cela, nous allons créer les conditions pour améliorer le climat des affaires, permettre à des investisseurs qui veulent mener des affaires en Centrafrique de venir en toute sécurité. Il y a des opportunités de faire des affaires en Centrafrique, parce qu’il y a des réformes qui sont menées, aujourd’hui, pour améliorer le climat des affaires.

La Russie est perçue comme une nouvelle puissance tutélaire de la Centrafrique. Or, en décembre dernier, John Bolton, qui est le conseiller national à la Sécurité à la Maison Blanche, a dit que la priorité des États-Unis, c’était de lutter contre l’influence grandissante de la Russie sur le continent africain. Est-ce qu’ils vous ont fait part de cette inquiétude ?
Nous avons échangé, effectivement, sur un certain nombre de questions. Mais la République Centrafricaine est un pays qui tient aussi à sa souveraineté. Nous sortons de crises, nous avons des défis énormes, et tous les partenaires qui viennent nous appuyer œuvrent en toute transparence en République Centrafricaine. Donc je pense qu’à ce niveau il y a un éclaircissement.

Pas de problèmes avec les Russes pour les Américains en Centrafrique ?
En tout cas, de mon point de vue, non.

Les Américains sont aussi très critiques vis-à-vis des missions de la paix de l’ONU. Il y a la Minusca chez vous, que Washington juge inefficace. Quel est votre avis sur la question ?
Vous savez, nous venons de signer un accord de paix. Il est dévolu dans cet accord de paix un rôle important à la Minusca. Nous avons demandé que le mandat de la Minusca soit revu pour l’adapter à la nouvelle situation en termes de renforcement de capacité. Aussi, permettre qu’il y ait des déploiements conjoints avec nos forces de défense et de sécurité. Et puis, il y a aussi les élections. Nous demandons à nos partenaires de tenir compte de cela dans le nouveau mandat de la Minusca pour aider à la logistique du prochain scrutin.

À propos du prochain scrutin, vous allez vous représenter ?
La question n’est pas là, je ne suis qu’à trois ans du mandat. Mais nous devions remplir notre mission correctement.

Le Conseil de sécurité a dit qu’il était prêt à envisager la levée de l’embargo sur les armes vers la Centrafrique si un certain nombre de conditions étaient remplies sur le désarmement, la sécurité, la mise au pas de certains groupes armés. Vous pensez que vous allez pouvoir remplir ces garanties pour obtenir la levée de cet embargo ?
Vous savez que cet embargo pose vraiment des problèmes pour la montée en puissance de nos forces de défense et de sécurité, qui manquent de moyens — il y a certains amis qui veulent nous aider —, cela crée beaucoup de blocages. Aujourd’hui nous travaillons très fort pour remplir toutes ces conditions afin que cet embargo ne nous empêche pas de donner les moyens à nos forces de défense et de sécurité. Aujourd’hui, l’armée centrafricaine doit être dotée de moyens pour lui permettre d’assurer la protection de nos populations aux côtés des forces des Nations unies.

L’actualité du jour c’est le renversement d’Omar el-Béchir au Soudan, votre voisin. Omar el-Béchir avait convaincu la Seleka de venir signer avec vous cet accord de paix. Est-ce que vous craignez que sa chute ait des conséquences sur cet accord ?
L’accord qui a été négocié à Khartoum et aussi signé le 6 février à Bangui est soutenu par beaucoup de partenaires. Les Nations unies, l’Union européenne… Tous les pays voisins. C’est aussi la volonté des partis d’aller vers la paix. Les quatorze groupes armés ont signé, leurs responsables, le gouvernement… Aujourd’hui, nous sommes en train de travailler pour — vraiment —, la mise en œuvre de cet accord, qui ouvre un espoir de paix et de réconciliation dans notre pays.

Et la chute de Béchir n’aura pas d’impact ?
Je dis que cet accord, c’est entre les Centrafricains. C’est-à-dire, les quatorze groupes armés et le gouvernement, pour créer les conditions d’une paix, d’une réconciliation en Centrafrique. Mais cet accord est soutenu par tous les pays voisins. Y compris le Soudan. Donc nous ne sommes pas inquiets de la situation qui se déroule en ce moment. Le peuple centrafricain a beaucoup souffert. La population a besoin de paix.
Source : http://www.rfi.fr 12 avril 2019

mercredi 4 juillet 2018

AMINATA DRAMANE TRAORÉ : « LES MIGRANTS SONT LES RÉFUGIÉS D’UNE GUERRE ÉCONOMIQUE »

Pour l’essayiste Aminata Dramane Traoré, ancienne ministre de la Culture du Mali, la « crise migratoire » est d’abord le symptôme de l’échec d’une marche forcée vers le libre-échange.
En quoi les procédures de tri appliquées aux migrants relèvent-elles des logiques néolibérales, capitalistes ?
Aminata Dramane Traoré : Je pense, d’abord, que cette politique de l’« immigration choisie » ne date pas d’aujourd’hui. Nicolas Sarkozy, celui qui a prononcé le discours sur « l’homme africain » à Dakar, revendiquait cette politique de tri. Les dirigeants européens savent parfaitement que le défi est éminemment économique. Ils ont cruellement besoin des richesses des pays d’origine de ces hommes, de ces femmes, de ces enfants dont ils ne veulent pas sur leur sol. Ceux qui organisent la chasse à l’homme sur leur territoire, en mer, dans le désert sont largement responsables de la paupérisation de ces populations. On occulte complètement les causes historiques et structurelles de l’errance de ces hommes et de ces femmes, la responsabilité des pays européens dans la destruction des écosystèmes, du tissu économique et social qui pousse des populations à s’exiler. On parle de « migrants économiques », comme si le commerce ne prenait pas la forme, aujourd’hui, d’une guerre livrée à des peuples qui n’ont rien demandé. Toute l’histoire de la relation Union européenne-ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique – NDLR) se résume à une marche forcée vers le libre-échange, de la convention de Yaoundé, en passant par Lomé I, II, III, jusqu’à l’accord de Cotonou et aux accords de partenariat économique. Cette question du libre-échange est au cœur du sort de tous les migrants, qu’il s’agisse des Latino-­Américains ou des Africains. La particularité de notre situation, c’est le retour d’un racisme anti-Noirs qui n’a jamais été aussi décomplexé depuis les indépendances. Les passagers de ces embarcations de fortune, en Méditerranée, sont en majorité des Noirs. On les désigne comme des « migrants économiques ». Ce qui signifie : ces gens-là, les Subsahariens, ne fuient pas des guerres. Mais comment peut-on prétendre aujourd’hui qu’il n’y a pas de guerre au Mali, au Nigeria, en Centrafrique ? Ceux qui nous ont embarqués dans ces guerres osent aujourd’hui projeter d’ouvrir des centres européens de tri dans ces mêmes pays.
La frontière européenne se déplace en effet vers les pays de provenance des migrants…
Aminata Dramane Traoré : Là encore, ces logiques de sous-traitance de la violence policière, institutionnelle contre les migrants se déploient depuis longtemps. Les premières personnes blessées, tuées à Ceuta et Melilla se heurtaient déjà à cette frontière européenne délocalisée. Nos pays sont sommés, par ailleurs, de signer des accords de réadmission des migrants : « Reprenez vos gens mais, pendant ce temps, libéralisez davantage, ouvrez vos frontières à nos entreprises accompagnées de nos armées ! »
Officiellement, la mission des militaires français de l’opération « Barkhane » se concentre sur la lutte antiterroriste. Mais cette opération se redéploie avec, pour épicentre, le Niger et, pour objectif, le contrôle des migrants. Qu’en pensez-vous ?
Aminata Dramane Traoré : Je n’ai jamais eu d’illusions sur les missions de « Serval », puis de « Barkhane ». En fait, on criminalise les migrants sous prétexte qu’ils auraient des opportunités économiques chez eux alors qu’on sait parfaitement que, dans ces pays, l’État, les services et les biens publics ont été détruits par les plans d’ajustement structurel. À un jet de pierre de Paris, en Seine-Saint-Denis, ce sont les mêmes maux, l’État est absent, les conditions d’accès aux soins, à l’éducation se dégradent. Les mêmes logiques sont à l’œuvre. Au terme de plusieurs décennies de coopération, d’accords économiques, nous nous retrouvons dans une situation ingérable. En 2015, alors qu’était célébrée l’Année européenne du développement, surgissait cette « crise migratoire », dans une concomitance très frappante. Les conséquences des ingérences en Libye et en Syrie explosent aujourd’hui à la figure des dirigeants européens, qui se tournent vers les victimes de ces situations pour leur dire : « Restez chez vous ! ». Mais comment peut-on survivre dans ces économies de guerre ? En fait, nous assistons à un naufrage moral de l’Europe, du commerce international et de la finance.
Ceux que l’on désigne comme des « migrants économiques » sont-ils des réfugiés de guerre, des réfugiés climatiques ?
Aminata Dramane Traoré Avec les conséquences du changement climatique, les sécheresses récurrentes, l’insécurité alimentaire vient compliquer encore des situations déjà intenables. Ces migrants sont donc en effet des réfugiés climatiques et des réfugiés de guerre. Aujourd’hui, c’est la hiérarchie militaire française, le commandant de l’opération « Barkhane » lui-même, qui affirme qu’il n’y a pas de solution militaire au Mali. Le Sénat français admet que cette stratégie a atteint ses limites. Les attaques de ces derniers mois témoignent d’une dangereuse dégradation de la situation sécuritaire au Sahel. Il faut une solution politique malienne. Mais, de grâce, qu’on nous laisse définir nous-mêmes cette réponse politique, en lui donnant un contenu social, culturel, écologique, en imaginant une autre économie. La question migratoire comme la question sécuritaire sont d’abord des symptômes de l’échec du néolibéralisme.

Source : https://www.humanite.fr 28 Juin 2018

jeudi 8 mars 2018

« En 2004, la Russie et la Côte d'Ivoire ont signé un accord militaire mais, à cause de l'embargo, cet accord n'a pas fonctionné ».

Entretien avec SEM. Vladimir Baykov,
ambassadeur de Russie[*] 

En poste à Abidjan depuis deux ans, l’ambassadeur Baykov est un fin connaisseur de la politique de son pays en Afrique et dans le monde. Dans cet entretien avec des journalistes de « L’Infodrome », il parle non seulement des relations ivoiro-russes mais il évoque aussi les grands événements mondiaux dans lesquels son pays est impliqué actuellement.
Excellence Monsieur l'ambassadeur, quel est l'état des relations diplomatiques entre la Russie et la Côte d'Ivoire ?
SEM. Vladimir Baykov. Les relations diplomatiques sont excellentes, l'année ernière, nous avons célébré avec faste les 50 ans de l'établissement des relations diplomatiques avec la Côte d'Ivoire. La Russie a appuyé la candidature de la Côte d'Ivoire comme membre non permanent du Conseil de sécurité de l'Onu. Elle compte beaucoup sur le soutien de la Côte d'Ivoire qui parlera au nom de tous les pays africains. L'Afrique joue un grand rôle dans les relations internationales. La Russie attache une grande importance à la présence de la Côte d'Ivoire au sein du Conseil. Le 27 octobre 2017, il y a eu des concertations politiques entre les deux pays. Une importante délégation du ministère ivoirien des Affaires étrangères s'est rendue à Moscou. Elle était conduite par M. Alcide Djédjé, conseiller du ministre. Les deux parties ont eu des discussions très intéressantes. L’éventuelle visite de travail de M. Marcel Amon Tanoh devrait marquer une nouvelle étape dans les relations diplomatiques entre la Côte d'Ivoire et la Russie. Au cours de ce même mois d'octobre, le ministre ivoirien de la Promotion de la Jeunesse, de l'Emploi des jeunes et du Service civique, M. Sidi Touré, a participé au XIXe Festival mondial de la jeunesse et des étudiants. Ces dernières années, il n'y a malheureusement pas eu des contacts au niveau politique élevé, notamment ministériel. Nous voulons les dynamiser davantage.

Cette absence de relations de haut niveau depuis la prise du pouvoir du président Ouattara, signifie-t-elle que les relations étaient meilleures au temps de l'ex-président Gbagbo ?
Je suis en Côte d’Ivoire depuis deux ans seulement, il m'est difficile de faire de comparaison, mais le problème n'est pas là. Votre pays a connu une grave crise et il y avait des questions urgentes à régler. Mais, il y a tout de même des relations entre les deux pays, notamment au niveau parlementaire. Le président de l'Assemblée nationale, M. Guillaume Soro, s'est rendu à Saint-Pétersbourg en Russie à une réunion des parlementaires du monde. Il a rencontré le vice-président du Parlement russe. Je pense que nous allons reconstituer le groupe d'amitié, renforcer les relations entre les deux organes législatifs, développer d'autres volets dans ces relations.

Vous avez parlé de nouveaux volets à développer. Lesquels précisément ?
J'ai déjà évoqué les relations politiques, mais il y a aussi les relations économiques. Les choses ne sont pas aussi simples que ça. L’État russe ne peut pas dire à tel ou tel opérateur économique d’aller dans tel ou tel pays africain. L’initiative doit provenir de ces opérateurs économiques eux-mêmes. Ils tiennent compte du climat politique, s'il est favorable ou non. Je ne peux pas vous confirmer la présence d'opérateurs économiques russes en Côte d'Ivoire. Il y en avait eu par le passé, mais ils sont repartis. Depuis lors, d’autres ne se sont pas encore manifestés. Mais il y a des volets à explorer, notamment dans le domaine de l'extraction de matières premières, du pétrole, du gaz, de la transformation de produits agro-alimentaires et autres. En 2016, le volume des échanges commerciaux bilatéraux s’élevait à 303,3 millions de dollars, (151 milliards 650 millions de Fcfa), soit une hausse de 30 % par rapport à celui de 2015. Les importations de la Russie se chiffraient à 235,4 millions de dollars (117 milliards 700 millions de Fcfa) et les exportations 67,9 millions de dollars (33 milliards 950 millions de Fcfa). Le solde commercial restait déficitaire de 167,5 millions de dollars (83 milliards 750 millions de Fcfa). En 2016, la Russie a exporté vers la Côte d'Ivoire des produits chimiques (62 % du total des exportations), des produits agricoles et alimentaires, du bois, des produits à base de cellulose, du papier. En 2016, la Russie a importé de la Côte d'Ivoire principalement des produits agricoles (99,49% de toutes les importations). Il s'agit essentiellement du cacao et des produits à base de cacao. Selon les données du service des douanes de la Russie, de janvier à octobre 2017, le volume des échanges commerciaux bilatéraux se chiffrait à 174 millions de dollars (87 milliards de Fcfa), soit une baisse d'environ 35 % par rapport à celui de janvier-octobre 2016. Dans ce volume, les importations de la Russie s'élevaient à 129 millions de dollars,(64 milliards 500 millions de Fcfa) et les exportations à 45 millions de dollars (22 milliards 500 millions de Fcfa). Les opérateurs économiques ivoiriens doivent aussi explorer le marché russe, parce que la Côte d'Ivoire a beaucoup de produits à proposer à la Russie. Nous y travaillions de toute façon. Il y a des secteurs prometteurs comme celui de la formation. C'est le domaine où il y a eu vraiment du progrès. En 2017, le gouvernement russe a accordé 56 bourses d’État, prises en charge par le budget fédéral. Dans la même année, 386 jeunes Ivoiriens sont partis en Russie pour faire des études supérieures au compte de leurs parents. Au niveau de l'Afrique subsaharienne, dans la même année 2017, la Russie a octroyé au total près de 1560 bourses d'études à différents pays subsahariens du continent africain. Je dois rappeler qu'en 2014, l'Université russe de l'amitié des peuples (Urap) de Moscou (ex-Université Patrice Lumumba, ndlr), a proposé à l'Université Félix Houphouët-Boigny (Ufhb) de Cocody à Abidjan, la signature d'un accord de coopération dans le domaine des sciences et de l'éducation. En décembre 2017, l'Ufhb de Cocody a officiellement communiqué à l'Urap de Moscou sa volonté d'envoyer une délégation pour la signature de l'accord.

Dans quelles filières ces bourses sont accordées ?
Nous tenons compte des besoins du gouvernement ivoirien. Mais je peux vous affirmer qu'il y a un grand engouement des Ivoiriens pour les études en Russie. Généralement, ce sont les filières techniques et la pharmacie qui sont concernées. Pour l'année 2017, il y a eu 105 demandes de bourses d’Etat et nous en avons accordé 56. L'année dernière, l'Ambassade de Russie a délivré 441 visas pour les études. Un autre domaine aussi prometteur, c'est celui de la culture. Les échanges au plan culturel sont d'une grande importance. Nous nous félicitons d'ailleurs de l'inscription des danses ivoiriennes au patrimoine immatériel mondial de l'Unesco. Au plan touristique, la Côte d'Ivoire a de très beaux sites, des parcs, mais les moyens logistiques font souvent défaut pour attirer les touristes russes.

Y a-t-il encore une coopération militaire entre la Russie et la Côte d'Ivoire ?
En 2004, la Russie et la Côte d'Ivoire avaient signé un accord militaire, mais du fait de l'embargo qui frappait le pays pendant la crise, cet accord n'a pas fonctionné. Certes, on trouve beaucoup d'armes de fabrication russe, mais la Russie n'a jamais directement vendu d'armes à la Côte d'Ivoire. Elles provenaient d'autres marchés. C'est le cas des hélicoptères de combat MI 24, ces fameux « crocodiles ». Au plan militaire, la Russie ne vient pas en compétition contre les partenaires traditionnels de qui que ce soit, mais développe aussi son partenariat. Moscou a envoyé l'année dernière à Abidjan une importante délégation pour prendre part à l'exposition « Bouclier d'Afrique », en vue d'envisager une coopération militaire. Récemment, des experts russes sont venus en Côte d'Ivoire rencontrer les autorités pour une coopération dans ce domaine. Je peux vous assurer que nos propositions sont très concurrentielles, nos équipements sont robustes et faciles à manipuler et il y a un service après-vente assuré. En tant qu'ambassadeur, je fonde beaucoup d'espoir sur cette coopération technique et militaire, pour permettre à la Côte d'Ivoire et aux autres pays africains de faire face à cette menace terroriste.

La Force du G5 sahel est en train d'être mise en place par certains pays avec le soutien financier de puissances occidentales pour combattre le terrorisme. La Russie pourrait-elle participer à cet effort ?
La Russie est déjà présente militairement dans certains pays du G5 Sahel, comme le Mali et le Burkina Faso, par la fourniture d'armement et par ses conseillers militaires. Mais dans le cadre de cette opération du G5 Sahel, il n'est pas dans les habitudes de la Russie de participer aux tours de tables financiers. En tant que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations-Unies, la Russie joue déjà un grand rôle dans le maintien de la paix. Mais les troupes russes ne sont pas présentes sur le théâtre des opérations onusiennes du maintien de la paix.

La Russie s'implique-t-elle véritablement dans la lutte contre le réchauffement climatique ?
La Russie est bel et bien partie prenante à l’accord de Paris sur le climat, la ''Cop 21'' ainsi que la Cop 22 de Marrakech. La Russie est un acteur très important dans cette lutte.

Excellence, la Russie est beaucoup plus présente dans certains pays africains que la Côte d'Ivoire, c'est le cas de la Guinée, du Nigeria de l'Angola. Qu'est-ce qui motive cela ?
C'est une histoire d'héritage politique. Effectivement, il y a des pays où la présence russe est plus visible, pas seulement au plan militaire, mais aussi au plan économique. Mais cette présence est beaucoup plus le fait des opérateurs économiques que de l’État. C'est le cas de la Guinée Conakry avec qui la Russie développe une grande coopération dans la région depuis de longues années. Cette coopération remonte au temps du défunt président Sékou Touré. Dans ce pays, nos opérateurs économiques ne sont pas seulement dans l'exploitation de la bauxite, ils sont également dans le domaine du social. La Russie y a construit un hôpital d’un coût de 5 milliards de Fcfa pour lutter contre la maladie à virus Ebola. Concernant la lutte contre cette maladie, la Russie a développé un vaccin qui est en phase expérimentale et qui sera opérationnel à la fin de cette année. Dans le domaine de la formation également, de nombreux cadres de ce pays ont été formés en Russie. Au Nigeria, la Russie est présente dans le pétrole et le gaz à travers Gazprom. Nous sommes également présents en Afrique du Sud.

Le soutien de la Russie au régime syrien est très critiqué par les occidentaux. Comment expliquez-vous la position de Moscou dans la crise syrienne ?
Avant la crise actuelle, la Syrie était un Etat stable, sa population vivait en sécurité. Le printemps arabe est arrivé, des pays comme la Libye et le Yémen ont été déstabilisés jusqu'aujourd'hui. C'était pratiquement le même scénario qui était prévu pour la Syrie. On a dit que c'est une même famille qui règne, c'est une minorité, etc. Ce qu'on ne peut pas accepter ailleurs dans certaines démocraties, comme si les règles démocratiques sont universelles, c'est ce qu'on veut faire en Syrie. Aujourd'hui cette ingérence extérieure a provoqué une guerre civile, avec Daech qui voulait créer un Etat dans l’État syrien. La Russie a dit non à cette ingérence et a proposé le dialogue entre les différentes parties au conflit, exception faite de l’État islamique, comme solution à cette crise. On a vu les atrocités commises par Daech, notamment ce pilote jordanien qui a été mis en cage et brûlé vif. La Russie a décidé d’aider l'armée syrienne à chasser de son territoire ces terroristes, en lui fournissant une couverture aérienne. A l'opposé de l'accord de Genève qui exige le départ de Bachar, la Russie et ses alliés iraniens et turcs ont envisagé une autre solution. La Russie a organisé la rencontre de Sotchi que certaines parties ont boycottée. Aujourd’hui Daech est défait, il ne contrôle plus aucun territoire en Syrie. La Russie a réussi à créer des zones de désescalade, de sécurité, de paix garantie par l'Iran et la Turquie. Les convois humanitaires vont dans ces zones. La Russie a réussi à réunir autour d'une même table, les principaux belligérants, notamment l'opposition modérée, en présence du représentant du Secrétaire général de l'Onu. Cette rencontre, qui a réuni 1600 participants, a permis aux belligérants de discuter de la future Constitution de la Syrie. Les seules parties avec lesquelles nous ne pouvons pas discuter, c'est Daech et un autre groupuscule de l’ex-Al-Qaida. Laissons aux Syriens le choix de décider de leur propre destin. La Russie a déjà commencé le retrait de ses troupes déployées sur le sol syrien.

La fête de la diplomatie russe sera organisée le 12 février prochain. Quel est le sens de cette célébration ?
C'est le 10 février 1802 que l'empereur Alexandre 1er a signé un décret créant le ministère russe des Affaires étrangères, bien qu'il y avaient des bureaux qui s'occupaient de la diplomatie russe. Mais, officiellement, le ministère des Affaires étrangères a vu le jour le 10 février 1802. C'est à l'occasion du 200e anniversaire de cette signature que le président Poutine a institué cette fête de la diplomatie russe. C'est la deuxième fois qu'elle sera célébrée en Côte d'Ivoire. Ce sera aussi le moment de rendre hommage à nos diplomates morts à la tâche comme c'est le cas de notre ambassadeur en Turquie assassiné. Il y en a aussi qui sont décédés en poste à l'Onu et en Inde.

Y a-t-il des pays avec lesquels la Russie n'a pas de relations diplomatiques ?
La Russie a des missions diplomatiques dans environ 150 pays à travers le monde. En Afrique sub-saharienne, nous sommes dans une quarantaine de pays. Dans certains pays, nous avons des ambassadeurs non-résidents. C'est mon cas, je suis basé à Abidjan, mais je suis également accrédité auprès du Burkina Faso où je ne réside pas. En Somalie, c’est notre collègue de Djibouti qui s'occupe de ce pays. Avant, la Russie était présente même dans de tous petits pays comme São Tomé et Principe. Mais pour des raisons économiques, certaines représentations diplomatiques ont été fermées. En 1967, la Russie et la Côte d'Ivoire ont établi des relations diplomatiques mais, deux ans plus tard, l'ambassade a été fermée pour raison de guerre froide. C'est seulement 17 ans plus tard, que nous sommes revenus. Depuis 30 ans, nous sommes en Côte d'Ivoire.

La Russie va bientôt organiser la coupe du monde et participer aux JO d'hiver de Pyeongchang en Corée du Sud du 9 au 25 février 2018. Or de nombreux athlètes russes ont été sanctionnés pour dopage. Quel est votre avis sur ces sanctions ?
La Russie est victime de sa politique en Syrie, en Ukraine et du retour de la Crimée à la Mère Patrie. C'est une campagne orchestrée pour boycotter le Mondial que nous organisons en 2018. Concernant les JO d'hiver de Pyeongchang, le plus scandaleux, c'est qu'il y a des athlètes russes qui ont été sanctionnés à vie. Mais le Tribunal arbitral du sport (Tas) les a reconnus non coupables, et les 30 athlètes ont été autorisés à prendre part aux Jeux olympiques d'hiver de Pyeongchang. Mais contre toute attente, en décembre 2017, une autre décision, celle du CIO, est venue leur en interdire de nouveau la participation. C'est scandaleux ! C'est clair qu'il y a une campagne orchestrée contre la Russie pour punir ses athlètes. Mais le président Poutine est très serein. Malgré cette campagne calomnieuse, la Russie sera présente dans toutes les disciplines avec une équipe de 170 athlètes. Cette affaire de dopage ne concerne pas que la Russie. Les JO sont aujourd'hui politisés. Voyez-vous, les deux Corées vont constituer une seule équipe pour le hockey sur glace féminin. Durant les jeux paralympiques d'été, toute l'équipe russe a été interdite de participation. Concernant la coupe du Monde, malgré quelques problèmes techniques, la Russie est prête à accueillir ce grand événement sportif. Elle est en train de tout entreprendre pour accueillir dans les meilleures conditions les joueurs, afin qu'ils gardent de bons souvenirs de notre pays. Les supporters n'auront pas besoin de visa, rien qu'avec leurs cartes de supporter, ils peuvent venir en Russie pour assister aux différents matches.

Le Mondial en Russie sera très médiatisé. Mais pour une compétition qui se déroule en Russie, ce ne sont pas les médias russes qui nous informeront ici en Afrique, mais plutôt les chaînes occidentales. Pourquoi ce paradoxe ?
La Russie dispose de capacités techniques pour diffuser des images vers tous les pays du monde, notamment vers les pays africains. A ma résidence, j'ai des antennes paraboliques qui me permettent de capter les différentes chaînes russes. Il y a aussi des chaînes russes comme Russia Today, (la Russie aujourd'hui) qui émettent en français. Nous avons une base à Paris. Mais cette chaîne est accusée de faire de la propagande. Les bouquets comme Canal+ ne veulent donc pas inclure les chaînes russes dans leurs programmes, sous ce prétexte de propagande justement. Les journalistes russes de ces chaînes ne sont parfois même pas autorisés à couvrir des cérémonies, quand bien même ils disposent d'accréditations en bonne et due forme. Sur Canal+, on peut regarder les chaînes japonaise, chinoise, israélienne, arabe, anglaise, américaine et autres, mais les chaînes russes sont indésirables. Lorsque j'étais en poste au Maroc, j’avais la possibilité de regarder Russia Today sur leur bouquet. Cette absence des chaînes russes sur le bouquet, est une question de volonté politique. On ne veut pas laisser le choix aux téléspectateurs de voir ce qui se passe aussi en Russie afin de comparer.

Pourquoi tant de méfiance des occidentaux à l'égard de la Russie. Est-ce parce qu'elle ne pratique pas une démocratie à l'occidentale ?
Vous avez bien fait de préciser « démocratie à l'occidentale » ! Le monde devient global, la démocratie telle que pratiquée en Occident n'a plus une valeur universelle. Il n'y a pas de recette universelle en matière de démocratie. Prenez le cas des mariages homosexuels, il ne s'agit pas de valeurs universelles partagées par tous ! On ne peut pas l'imposer à tous les pays. C'est le cas de la démocratie à l'occidentale. Dire que la Russie n'est pas une démocratie, c'est exagéré. La Russie a un système politique, elle a chef d’État, un parlement, un système judiciaire et autres institutions. La Russie est signataire de nombreux accords internationaux qui ont primauté sur les lois nationales. Elle a signé la charte universelle des droits de l'homme, elle exécute toutes les décisions prises dans le cadre de ces accords. La Russie est une économie de marché, elle a ses oligarques, ses milliardaires. On peut toujours critiquer, car rien n'est parfait dans ce monde. D'ailleurs, la Russie organisera bientôt la présidentielle. En Côte d'Ivoire, j'ai la responsabilité de veiller à ce que tout se déroule bien, pour que les ressortissants russes de Côte d'Ivoire puissent voter librement. Chaque pays a ses intérêts géopolitiques. Pourquoi nous accuse-t-on d'être des fauteurs de trouble, lorsqu'on refuse de s'aligner sur la position des autres ?

Que dites-vous des accusations d’ingérence russe dans la campagne présidentielle américaine ?
La meilleure réponse, c'est celle du président Trump lui-même qui a dit que tout cela est destiné à l'empêcher de dérouler son programme. Après tout, c'est le peuple américain qui a élu le président Trump. C'est une volonté manifeste de ne pas reconnaître le libre choix du peuple américain.

Interview réalisée par Charles d'ALMEIDA et Kisselminan COULIBALY

Source : http://www.linfodrome.com 12 février 2018

[*] - Vladimir BAYKOV est né le 11 août 1952 dans la région d’Orenbourg (Russie). Diplômé de l’Institut des relations internationales (Moscou) en 1974 et de l’Académie diplomatique en 1988. Docteur en Sciences économiques (économie mondiale). Il maitrise le français, l’anglais, le portugais. Vladimir BAYKOV a effectué plusieurs fois des missions de longue durée, notamment, au Tchad (1974-1978), en République Démocratique du Congo, ex-Zaïre (1980-1985), en France (1988-1994, 1997-2002), au Maroc (2010-2013). Il a occupé des postes de responsabilité au sein du ministère des Affaires étrangères. Avant sa nomination comme ambassadeur, il exerçait les fonctions du Directeur-Adjoint des Services informatiques du ministère. Il est titulaire du grade diplomatique de ministre extraordinaire et plénipotentiaire de première classe. Il est marié et père d’un fils adulte.
(Source : https://cotedivoire.mid.ru)