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Monument à Zumbi dos Palmares, chef marron (Brésil) |
Interrogé par RTL et Europe 1 après la cérémonie
d’hommage national au défunt président de la République bolivarienne du
Venezuela à laquelle il venait d’assister, Victorin Lurel, né en Guadeloupe, où
il fut député et président de région, a confié ses impressions quand il s’est
trouvé devant la dépouille de Chavez.
« Chavez c'est
de Gaulle plus Léon Blum. De Gaulle parce qu'il a changé fondamentalement les
institutions et puis Léon Blum, c'est-à-dire le Front populaire, parce qu'il
lutte contre les injustices. Moi je dis, et ça pourra m'être reproché, (...)
que le monde gagnerait à avoir beaucoup de dictateurs comme Hugo Chavez
puisqu'on prétend que c'est un dictateur. Il a pendant ses 14 ans (au pouvoir
au Venezuela) respecté les droits de l'Homme. »
Ces paroles dites sur un ton mesuré par le citoyen,
ayant rang de ministre, qui représentait officiellement la République française
aux funérailles du président de la République bolivarienne du Venezuela, Hugo Chavez,
décédé le 5 mars, auraient offusqué quelques personnes, toujours les mêmes, qui
n’aiment pas quand une femme ou un homme de couleur, que ce soit un écrivain
reconnu ou que ce soit un élu de la République, dit tout haut ce que chaque
citoyen français est évidemment libre de penser.
« J'ai honte
pour mon pays (...) M. Hollande réagissez ! »,
aurait aussitôt « tweeté » l'ancien ministre
de la Défense et député UDI Hervé Morin, emboîtant le pas à une demi-douzaine
d'élus et de responsables – vous avez dit responsables ?! – de l'opposition qui
depuis samedi ont exprimé leur indignation. Même réaction chez le député Hervé
Mariton qui, comme Yves Jégo, lui aussi de l’UDI, ou ses collègues UMP
Dominique Bussereau, Lionnel Luca et Christian Estrosi la veille, s'est dit « choqué »
par les déclarations de M. Lurel :
« Il ne s'agit
pas d'une erreur de communication, mais d'une faute majeure, d’une faute grave
dont il conviendrait que le président de la République et le Premier ministre
s'excusent »,
aurait dit l'élu de la Drôme sur la Radio de la
communauté juive. Présentant elle aussi Chavez comme « un dictateur »,
« un démagogue », la présidente du Medef Laurence Parisot a accusé,
sur France 3, V. Lurel de
« déshonorer
notre pays en s'exprimant ainsi ».
Car, selon elle, Chavez serait coupable
« de n'avoir pas
su profiter de la richesse pétrolière de son pays, et d'avoir fait en sorte que
toutes les élites quittent le pays »…
@@@
Ce branlebas picrocholien n’est pas sans rappeler l’affaire
du Goncourt de Marie NDiaye, en 2009. Parce que plusieurs mois avant de
recevoir le prix prestigieux, l’écrivain avait dit tout haut ce qu’elle pensait
de la France de Sarkozy :
« Je trouve cette France-là monstrueuse.
Le fait que nous (avec son compagnon, l'écrivain Jean-Yves Cendrey,
et leurs trois enfants - ndlr) ayons choisi de vivre à Berlin depuis deux ans
est loin d'être étranger à ça. Nous sommes partis juste après les élections, en
grande partie à cause de Sarkozy, même si j'ai bien conscience que dire ça peut
paraître snob. Je trouve détestable cette atmosphère de flicage, de
vulgarité... Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux. Je
me souviens d'une phrase de Marguerite Duras, qui est au fond un peu bête, mais
que j'aime même si je ne la reprendrais pas à mon compte, elle avait dit :
"La droite, c'est la mort". Pour moi, ces gens-là, ils
représentent une forme de mort, d'abêtissement de la réflexion, un refus d'une
différence possible. Et même si Angela Merkel est une femme de droite, elle n'a
rien à voir avec la droite de Sarkozy : elle a une morale que la droite
française n'a plus. » (propos
recueillis par Nelly Kaprièlian – Les
Inrokuptibles 30/08/2009),
Eric Raoult, alors député de Seine-Saint-Denis, s’est
répandu dans toutes les télévisions de France et de Navarre pour la
cafter :
« Monsieur
Éric Raoult attire l'attention de M. le ministre de la culture et de la
communication sur le devoir de réserve, dû aux lauréats du Prix Goncourt. En effet,
ce prix qui est le prix littéraire français le plus prestigieux est regardé en
France, mais aussi dans le monde, par de nombreux auteurs et amateurs de la
littérature française. A ce titre, le message délivré par les lauréats se doit
de respecter la cohésion nationale et l'image de notre pays. Les prises de
position de Marie NDiaye, Prix Goncourt 2009, qui explique dans une interview
parue dans la presse, qu'elle trouve "cette France [de Sarkozy]
monstrueuse", et d'ajouter "Besson, Hortefeux, tous ces
gens-là, je les trouve monstrueux", sont inacceptables. Ces propos
d'une rare violence, sont peu respectueux voire insultants, à l'égard de
ministres de la République et plus encore du Chef de l'État. Il me semble que
le droit d'expression, ne peut pas devenir un droit à l'insulte ou au règlement
de compte personnel. Une personnalité qui défend les couleurs littéraires de la
France se doit de faire preuve d'un certain respect à l'égard de nos
institutions, plus de respecter le rôle et le symbole qu'elle représente. C'est
pourquoi, il me paraît utile de rappeler à ces lauréats le nécessaire devoir de
réserve, qui va dans le sens d'une plus grande exemplarité et responsabilité.
Il lui demande donc de lui indiquer sa position sur ce dossier, et ce qu'il
compte entreprendre en la matière ?» (Cité par Par G. L., bibliobs.nouvelobs.com 09-11-2009).
Où donc était passé Eric Raoult quand, lors des interviews qui ont suivi l'attribution du prix Goncourt 2010, Michel Houellebecq, le lauréat de cette année-là, déclarait :
«Je ne suis pas un citoyen et je ne
veux pas le devenir. Le devoir par rapport à son pays ça n’existe pas, il faut
le dire aux gens, aucun. On est des individus. Je ne me sens aucun devoir à
l'égard de la France. Pour moi, elle est un hôtel, rien de plus» ?
« Bizarrement, remarque Catherine Coroller (Libération ), ces propos n'ont pas
suscité de scandale. Rien à voir avec les glapissements poussés par la classe
politique lorsque des jeunes français issus de l'immigration ont brandi le
drapeau algérien ou sifflé la marseillaise. A l'heure où le gouvernement
n'en finit pas de mettre en doute l'attachement de ces Français à la Nation, la
différence de traitement est frappante. »
Je m’empresse
d’ajouter que pour nous cette déclaration de Houellebecq n’est pas plus
condamnable que ne l’est celle de Marie NDiaye. Raison de plus pour souligner
la différence des réactions que l’une et l’autre ont provoquées chez les élus
réactionnaires de l’UDI et de l’UMP.
Rappelons pour ceux qui l’ignoreraient que
née à Pithiviers, dans la Beauce, d’une mère Française et d’un père Sénégalais,
Marie NDiaye est une Française aussi naturelle et aussi légitime que le premier
Raoult-la-Joie venu.
@@@
De l’affaire Serge Letchimy, il a déjà été
question dans ce blog (Voir « Claude Guéant, les civilisations et le
diable devenu ermite »). Nous nous
contenterons donc de reproduire le discours du député de la Martinique qui provoqua l’ire des députés et du gouvernement
de droite :
« Monsieur le Premier
ministre, Nous savions que pour M. Guéant, la distance entre « immigration » et
« invasion » est totalement inexistante, et qu’il peut savamment entretenir la
confusion entre civilisation et régime politique. Ce n’est pas un dérapage !
C’est une constante parfaitement volontaire !
En clair : c’est un état d’esprit
et c’est presque une croisade ! La preuve c’est qu’il vient de s’autoproclamer
protecteur d’une civilisation supérieure, la civilisation française, en
déclarant du fond de son abîme, sans remords ni regrets, que « toutes les
civilisations ne se valent pas ». Que certaines seraient plus « avancées » ou «
supérieures » à d’autres. Non, monsieur Guéant, ce n’est pas du bon sens » !
C’est simplement une injure faite à l’homme ! C’est une négation de la richesse
des aventures humaines ! Et c’est un attentat contre le concert des peuples,
des cultures et des civilisations !
C’est triste de devoir le
rappeler ici : Toutes les civilisations ont déployé d’une manière égale des
ombres et des lumières ! Aucune civilisation ne détient l’apanage des ténèbres
ou de l’auguste éclat ! Aucun peuple n’a le monopole de la beauté, de la
science, du progrès, et de l’intelligence ! Montaigne disait que « Chaque homme
porte la forme entière de l’humaine condition ». J’y souscris. Et j’ajouterais
que chaque culture, chaque civilisation, dans sa lutte permanente entre ses
ombres et ses lumières, participe à l’humanisation de l’homme ! Mais vous Mr
Guéant, vous privilégiez l’ombre ! Vous nous ramenez, jour après jour, à ces
idéologies européennes qui ont donné naissance aux camps de concentration, au
bout du long chapelet esclavagiste et colonial.
Monsieur Guéant, le régime nazi
si soucieux de purification, si hostile à toutes les différences, était-ce une
civilisation ? La barbarie de l’esclavage et de la colonisation, portée par
toute la chrétienté, était-ce une mission civilisatrice ? Il existe, M. le
Premier Ministre, une France obscure qui cultive la nostalgie de cette époque
mais, il en existe une autre : celle de Montaigne, de Montesquieu, de
Condorcet, de Voltaire, de Schœlcher, de Hugo, de Césaire, de Fanon, et de bien
d’autres encore ! Une France qui nous invite à la reconnaissance que chaque
homme, dans son identité et dans sa différence, porte l’humaine condition, et
que c’est dans la différence que nous devons chercher le grand moteur de nos
alliances !
Vos déclarations ne sous-tendent
pas une stratégie, un calcul politique médiocre et pitoyable. Votre seul but,
Mr. Guéant, au mépris de l’éthique la plus élémentaire, c’est de vous servir de
la récupération des voix du front national pour tenter d’installer une
idéologie douteuse. C’est un jeu dangereux !
Un jeu ignoble qui vous a déjà
anéanti mais qui nous insulte tous ! Alors monsieur le premier ministre :
Quand, mais quand donc votre ministre de l’intérieur cessera-t-il de porter
outrageusement atteinte à l’image de votre gouvernement et à l’honneur de la
France ?
Serge LETCHIMY, député de la
Martinique. » (Source : Compte rendu des débats de l’Assemblée Nationale 7
février 2012)
Et ce sera notre conclusion.
Marcel Amondji
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