Me Josette Kadji, avocate au Tribunal
pénal international pour le Rwanda, était l’invitée de la chaîne de télévision
panafricaine Africa 24. Pour elle, le procureur n’a pas mis la chambre dans la
possibilité de bien appréhender les charges produites contre le président
Gbagbo.
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Fatou Bensouda, l'accusation |
Africa 24 :
Il existe également une cour africaine. N’a-t-elle pas la capacité de juger M.
Gbagbo ?
J.K. : Non, la cour africaine n’est pas compétente pour
connaître des affaires de ce genre. Elle est là plutôt pour connaître des
affaires concernant l’interprétation, l’application de la charte africaine des
droits de l’Homme et des peuples. A ma connaissance, personne ne l’a saisie en
ce qui concerne le cas du président Gbagbo. Africa 24 : Les charges retenues telles qu’elles ont été présentées par l’Accusation, par la procureure, vous semblent-elles suffisantes à la tenue d’un procès ?
J.K. : Suffisantes ? Des charges suffisantes ? Mais elles
ne peuvent pas être suffisantes. Moi, je poserais la question autrement. Est-ce
que le procureur a établi la possibilité pour la Cpi de poursuivre le président
Gbagbo ? Je ne le pense pas parce que j’ai suivi avec beaucoup d’attention les
audiences de confirmation des charges. Et pour ma part, le travail du procureur
a été mal ficelé, a été fait à la va-vite et sans enquêtes. Donc pour moi, je
trouve que le procureur n’a pas mis la chambre dans la possibilité de bien
appréhender les charges qu’il produit contre le président Gbagbo.
Africa 24 : D’après vous, cela semble-t-il possible que la Cour pénale internationale lance des mandats d’arrêts contre les partisans, ceux qui étaient alors dans le camp de l’actuel président, Alassane Ouattara?
J.K. : Non seulement c’est possible, mais la cour doit le faire pour
avoir une certaine crédibilité. Parce que tout le monde sait et cela ressort
même dans le dernier rapport d’Amnesty International, que des exactions ont été
faites par le camp Ouattara et continue à l’être par ce camp. Donc pour la
crédibilité du tribunal, il faudrait absolument que des mandats d’arrêt soient
lancés.
Africa 24 : Dans son intervention au dernier jour du procès, M. Gbagbo n’a pas évoqué le sort des victimes. Est-ce que cela peut lui porter préjudice ?
J.K. : Oh ! Il aurait fallu avant qu’il parle des victimes
des deux camps… Je ne pense pas que le fait de ne pas en avoir parlé veut dire
qu’il ne se préoccupe pas du sort de ces victimes-là. Puisque ce sont des
Ivoiriens. Et il se prévaut d’être président de tous les Ivoiriens. Donc le
fait de ne pas avoir parlé de victimes, pour moi, ne veut pas dire qu’il n’en a
pas conscience.
Africa 24 : A quoi peut-on s’attendre à présent ? Dans combien de temps la cour peut prendre une décision ?
J.K. : La cour a 60 jours. Donc, je pense que comme l’a
dit la présidente le jour de la clôture de l’audience, elle veut disposer d’un
moment qui fait 60 jours pour pouvoir prendre une décision qui, je l’espère,
sera profondément logique et profondément justifiée sur le plan légal.
Propos retranscris par Robert Krassault
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seront pas nécessairement à l'unisson avec notre ligne éditoriale, pourvu
qu'ils soient en rapport avec l'actualité ou l'histoire de la Côte d'Ivoire et
des Ivoiriens et que, par leur contenu informatif, ils soient de nature à
faciliter la compréhension des causes, des mécanismes et des enjeux de la « crise
ivoirienne ».
Source : Notre Voie 6 mars 2013
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