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Hugo Chavez Frias |
En hommage
au président de la République bolivarienne du Venezuela décédé à Caracas ce
mardi 5 mars 2013, nous invitons nos amis à lire ou à relire et à méditer la lettre
qu’il a adressée, le 22 février 2013, aux participants du IIIe
Sommet Afrique-Amérique latine et Caraïbes (Malabo, Guinée équatoriale).
Caracas, 22 février 2013
Frères et sœurs,
Recevez mon plus fervent salut bolivarien, unitaire et
solidaire, avec toute ma joie et toute mon espérance pour le déroulement de ce
IIIe Sommet tant attendu des chefs d’État et de gouvernement
d’Amérique du Sud et d’Afrique.
Je regrette vraiment, du plus profond de mon être de
ne pouvoir être présent physiquement parmi vous pour vous réitérer, par une
sincère accolade, mon irrévocable engagement en faveur de l’unité de nos
peuples. Je suis présent, cependant, dans la personne du Chancelier de la
République bolivarienne du Venezuela, le camarade Elias Jaua Milano, à qui j’ai
demandé de vous transmettre la plus vive expression de mon amour pour ces
continents qui sont plus que frères, unis par de solides liens historiques et
destinés à avancer ensemble vers leur rédemption pleine et absolue.
Je le dis du plus profond de ma conscience :
l’Amérique du Sud et l’Afrique sont un même peuple. On réussit seulement à
comprendre la profondeur de la réalité sociale et politique de notre continent
dans les entrailles de l’immense territoire africain où, j’en suis sûr, l’humanité
a pris naissance. De lui proviennent les codes et les éléments qui composent le
syncrétisme culturel, musical et religieux de notre Amérique, créant une unité
non seulement raciale entre nos peuples mais aussi spirituelle.
De la même manière, les empires du passé, coupables de
l’enfermement et de l’assassinat de millions de filles et de fils de l’Afrique
mère dans le but d’alimenter un système d’exploitation esclavagiste dans leurs
colonies, semèrent dans Notre Amérique le sang africain guerrier et combatif
qui brûlait du feu que produit le désir de liberté. Cette semence a germé et
notre terre a enfanté des hommes aussi grands que Toussaint Louverture,
Alexandre Pétion, José Léonardo Chirino, Pedro Camejo parmi beaucoup d’autres,
avec pour résultat, il y a plus de 200 ans, le début d’un processus
indépendantiste, unioniste, anti-impérialiste et reconstructeur en Amérique
latine et caribéenne.
Ensuite, au XXe siècle, vinrent les luttes
de l’Afrique pour la liberté, ses indépendances, contre ses nouvelles menaces néocoloniales,
Patrice Lumumba, Amilcar Cabral pour n’en citer que quelques-uns. Ceux qui,
dans le passé, nous ont conquis, aveuglés par leur soif de pouvoir, ne
comprirent pas que le colonialisme barbare qu’ils nous imposaient deviendrait
l’élément fondateur de nos premières indépendances. Ainsi, l’Amérique latine et
les Caraïbes partagent avec l’Afrique un passé d’oppression et d’esclavage.
Aujourd’hui plus que jamais, nous sommes fils de nos libérateurs et de leurs
hauts faits, nous pouvons dire, nous devons dire avec force et conviction, que
nous unit aussi un présent de lutte indispensables pour la liberté et
l’indépendance définitive de nos nations.
Je ne me lasserai pas de le redire, nous sommes un
même peuple, nous avons l’obligation de nous rencontrer au-delà des discours
formels dans une même volonté d’unité et ainsi unis, donner vie à l’équation qui
devra s’appliquer dans la construction des conditions qui nous permettront de
faire sortir nos peuples du labyrinthe dans lequel le colonialisme les a jetés
et, par la suite, le capitalisme néo-libéral du XXe siècle.
Pour cela, je veux évoquer la mémoire de deux grands
combattants pour la coopération sud-sud comme l’ont été les deux ex-présidents
du Brésil et de la Tanzanie, Luis Ignacio « Lula » da Silva et Julius
Nyerere dont les apports et les efforts ont permis, en leur temps, la mise en
place de magnifique forum pour une coopération solidaire et complémentaire
comme l’est l’ASA [América del Sur/Africa].
Cependant, les temps que nous vivons nous obligent à
consacrer nos plus profondes et urgentes réflexions à l’effort nécessaire pour
transformer l’ASA en un véritable instrument générateur de souveraineté et de
développement social, économique, politique et environnemental.
C’est sur nos continents que l’on trouve les
ressources naturelles, politiques et historiques suffisantes, nécessaires, pour
sauver la planète du chaos où elle a été conduite. Faisons que le sacrifice
indépendantiste de nos ancêtres qui nous offre le jour d’aujourd’hui serve à
unifier nos capacités pour transformer nos nations en un authentique pôle de
pouvoir qui, pour le dire avec le père Libérateur Simon Bolivar, soit plus
grand par sa liberté et sa gloire que par son extension et ses richesses.
Les paroles de cet immense général uruguayen José
Gervasio Artigas résonnent toujours dans mon âme et dans ma conscience :
« Nous ne pouvons rien attendre
si ce n’est de nous-même. » Cette pensée si profonde renferme une
grande vérité que nous devons assumer, j’en suis absolument convaincu.
Notre coopération sud-sud doit être un lien de travail
authentique et permanent qui doit tourner toutes ses stratégies et ses plans de
développement soutenable vers le sud, vers nos peuples.
Quoiqu’en aucune manière nous ne nions nos relations
souveraines avec les puissances occidentales, nous devons nous rappeler que ce
ne sont pas elles qui sont la source de la solution totale et définitive pour
l’ensemble des problèmes de nos pays. Loin de l’être, quelques-unes d’entre
elles appliquent une politique néocoloniale qui menace la stabilité que nous
avons commencé à renforcer sur nos continents.
Frères et sœurs, je voudrais rappeler pour ce IIIe
Sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’ASA, l’esprit de fraternité,
d’unionisme et de volonté qui a dirigé le déroulement de ce IIe
merveilleux Sommet dans l’île de Margarita, au Venezuela, qui nous permit d’adopter
unanimement les engagements de la déclaration de Nueva Esparta. Je souhaite
avec beaucoup de foi et d’espérance que nous puissions récupérer à Malabo
l’impulsion et l’effort de ce moment extraordinaire pour notre processus
d’unité, le Sommet de 2009, qui a montré autant par sa fréquentation massive
que par la quantité et le contenu des accords atteints.
Depuis le Venezuela, renouvelons aujourd’hui notre
plus ferme engagement dans le renforcement du Secrétariat permanent de la table
présidentielle stratégique de l’ASA avec ses principales tâches et fonctions
pour accélérer le rythme dans la consolidation de nos institutions et obtenir
ainsi une plus grande efficacité dans notre travail conjoint.
Je regrette avec beaucoup de douleur et de peine que
tout notre travail commencé formellement depuis 2006 ait été interrompu par les
forces impérialistes qui prétendent encore dominer le monde. Ce n’est pas un
hasard, je le dis et je l’assume pleinement, que depuis le sommet de Margarita,
le continent africain ait été victime des multiples interventions et des
multiples attaques de la part des puissances occidentales.
Les nombreux bombardements et invasions impériaux
empêchant toute possibilité de solution politique et pacifique aux conflits
internes qui ont commencé dans diverses nations d’Afrique, ont eu comme
objectif principaux de freiner le processus de consolidation de l’unité des
peuples africains et, en conséquence, de miner les progrès de l’union de ces
états avec les peuples latino-américains et caribéens.
La stratégie néocoloniale a été, depuis le début du
XIXe, de diviser les nations les plus vulnérables du monde pour les
soumettre à des rapports de dépendance esclavagiste. C’est pour cela que le
Venezuela s’est opposé, radicalement et depuis le début, à l’intervention
militaire étrangère en Libye et c’est pour le même motif que le Venezuela
réitère aujourd’hui son rejet le plus absolu de toute activité d’ingérence de
l’OTAN.
Face à la menace extrarégionale pour empêcher l’avance
et l’approfondissement de notre coopération sud-sud, je le dis avec Bolivar
dans sa Lettre de Jamaïque de
1815 : « Union, union,
union, cela doit être notre plus importante consigne. » Notre
Gouvernement renouvelle, en ce IIIe Sommet de l’ASA dans cette
république sœur de Guinée équatoriale, son absolue disposition à avancer dans
le travail nécessaire pour consolider notre coopération dans les secteurs que
j’ai personnellement proposées à notre dernier sommet, dans la belle île de
Margarita. Énergie, Éducation, Agriculture, Finances et Communication
continuent d’être nos priorités et pour celles-ci, nous réitérons notre
engagement pour avancer dans des initiatives concrètes comme Petrosur,
l’Université des peuples du Sud ou la Banque du Sud, pour ne citer que quelques
exemples. Dans le secteur de la communication, nous proposons, depuis le
Venezuela, que cet effort que nous avons réussi à mettre en place ensemble dans
différents pays de l’Amérique du Sud, TeleSur, s’articule avec l’Afrique afin
qu’il puisse accomplir depuis ces latitudes sa principale fonction :
relier les peuples du monde entre eux et leur apporter la vérité et la réalité
de nos pays.
Enfin, je veux renouveler à tous mon désir que les
résultats projetés lors de ce IIIe Sommet ASA nous permette de
transformer ce forum en un outil utile pour conquérir notre définitive
indépendance en nous plaçant à la hauteur de l’exigence de l’époque et comme le
dirait le Libérateur, le plus de bonheur possible pour nos peuples. Je suis un
convaincu, simple et obstiné, nous réussirons à mener à bien cette cause que
nos libérateurs et martyres nous ont transmise depuis des siècles. Nos millions
de femmes et d’hommes présentés en sacrifice pour leur pleine et absolue
liberté. Avec le père infini, notre Libérateur Simon Bolivar, je dis une fois
de plus : « Nous devons
attendre beaucoup du temps, son ventre immense contient plus d’espérance que de
faits passés et les prodiges futurs doivent être supérieurs aux anciens. »
Marchons donc vers notre union et notre indépendance
définitive. En paraphrasant Bolivar, je dis maintenant : « Formons une patrie, un continent, un seul
peuple, à tout prix et tout le reste sera supportable. »
Vive l'union sud-américaine et africaine !
Vive l'ASA !
Jusqu'à la victoire toujours !
Nous vivrons et nous vaincrons !
Hugo Chavez Frias
(Traduction : Gaston Lopez)
Source : cubasifranceprovence.over-blog.com 25
février 2013
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