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Toujours en
éveil, en recherche, en questionnement, Hugo Chavez pouvait vous entretenir de
longues heures des expériences historiques de changement, des processus qu’il
cherchait lui-même ou des grands penseurs dont ceux du marxisme. Ses réflexions
mêlaient toujours à la fois Karl Marx et Simon Bolivar, qu’il a fait revivre,
Gramsci ou d’autres penseurs progressistes, et sa foi chevillée au plus profond
de lui-même dans le Christ. Tout cela le faisait aimer passionnément les gens,
son peuple et l’Amérique latine qu’il s’acharnait à libérer des dominations.
Au cours de sa vie et dans l’exercice de ses hautes responsabilités, il n’a cessé, notamment après le
mois de mars 1994, d’évoluer, recherchant les voies d’un processus démocratique
et progressiste de changement pour son pays et toute l’Amérique latine. Il le
fera avec beaucoup de tâtonnements, d’hésitations, jusqu’à inventer ce concept
de « socialisme du XXIe siècle ». Ce projet était comme un héritage
de l’échec du soviétisme et de sa recherche, alliant de multiples pensées
révolutionnaires auxquelles s’intégrait toujours pour lui la vie de
Jésus-Christ. C’est un ami communiste, Luis Miquilena, qui le convaincra de
choisir la voie démocratique des urnes pour devenir président du Venezuela, qu’il
baptisera plus tard « République bolivarienne du Venezuela ». Personne ne peut
contester que, depuis 1999, il aura organisé et gagné une multitude
d’élections : présidentielle, législatives, et des référendums modifiant la
Constitution. Avec ce processus de transformation constitutionnelle, il ancrera
dans la vie politique de son pays un mouvement démocratique participatif en
donnant notamment la parole aux plus pauvres. Il aura cherché une voie
anticapitaliste de transformation sociale et écologique avec plusieurs succès,
des avancées notables reconnues par l’Organisation des Nations unies jusqu’à la
création d’un salaire minimum et une répartition nouvelle des richesses issues
du pétrole en faveur des salariés et des plus pauvres. Il aura redistribué des
terres aux paysans. Il aura fait œuvre de solidarité avec plusieurs pays et
villes d’Amérique latine, notamment en leur fournissant de l’énergie ou en les
émancipant du fardeau de leur dette, comme ce fut le cas pour l’Argentine. Il
aura produit de considérables efforts pour solidariser les peuples d’Amérique
latine avec la création de l’Alliance bolivarienne des Amériques et la
Communauté des États latino-américains et des Caraïbes.
Sans doute peut-on dire qu’avec Lula il est celui qui aura permis d’ouvrir
un chemin nouveau pour le
continent latino-américain, rendant justice à celles et ceux qui ont tant
souffert des affres de la colonisation puis de dictatures soutenues par
l’impérialisme nord-américain. Cela ne m’a jamais empêché de considérer et de dire
que certaines de ses alliances et certains de ses soutiens avec des dictateurs
en Iran ou en Libye constituaient des erreurs et affaiblissaient son combat.
Mais force est de reconnaître qu’il aura redonné dignité, confiance et honneur
aux peuples de toute l’Amérique latine si longtemps dominés, méprisés,
humiliés. Au peuple, aux partis progressistes du Venezuela de poursuivre
aujourd’hui dans l’unité et la concorde son œuvre transformatrice au service du
bien commun et de la solidarité. La disparition d’Hugo Chavez est une grande
perte pour tous les opprimés, tous les pauvres et tous ceux qui cherchent des
voies nouvelles de l’émancipation humaine. Il nous laisse une grande leçon : le
monde n’est pas figé. Des évolutions révolutionnaires sont possibles. Le
meilleur hommage à lui rendre est d’y participer partout.
L'édito de Patrick Le Hyaric (extrait)
Titre
original : « le
cri des opprimés »
Source : L’Humanité
(France) du 7 Mars 2013
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