vendredi 23 mai 2014

Affi N’Guessan et le FPI seraient-ils tombés dans un piège ?*

On reprend les mêmes et on recommence. Hier, une délégation du FPI a rencontré celle du gouvernement. « À la demande du parti de Laurent Gbagbo », a tenu à préciser le ministre Bruno Koné au sortir d’un conseil des ministres. Mais selon Michel Amani, c’est plutôt suite à un courrier de Jeannot Ahoussou Kouadio, ministre des affaires présidentielles, que le FPI a dû à nouveau se rendre à la primature pour évoquer des sujets sur lesquels les deux délégations planchent depuis trois ans sans résultats tangibles.
De fait, il a été encore question des prisonniers politiques proches de Laurent Gbagbo, de l’occupation des biens des militants par les hiérarques du régime, du dégel des avoirs et du sort des exilés dans les pays limitrophes. Au total, sept points étaient à l’ordre du jour de la rencontre. Sept points déjà sanctionnés par des accords mais que le gouvernement rechigne toujours à appliquer et sur lesquels il s’est d’ailleurs montré coutumier de voltes-faces spectaculaires ou de silences. Tirant alors les conséquences de cette situation, le FPI avait conclu que le gouvernement n’est pas disposé à discuter et a suspendu à son tour toute négociation avec le régime.
Quelques semaines plus tard, le secrétariat général bétonnait cette menace en conditionnant tout retour du FPI à la table de négociation par la nomination d’un médiateur et par un début d’exécution des accords obtenus. Visiblement, on est loin du compte. Car hier, au sortir de la rencontre avec le gouvernement, Pascal Affi N’guessan a indiqué luimême que quelque 150 prisonniers politiques vont être libérés sur les 800 qui sont toujours retenus dans les différents goulags du pays, tandis que le gouvernement insistait sur le dégel de 50 nouveaux comptes. En retour, le régime demandait au FPI de lever officiellement son appel au boycott du recensement général de la population et de l’habitat, admettant ainsi que l’opération de dénombrement de la population connaissait de grandes difficultés sur le terrain. Une réalité que le gouvernement a d’abord voulu ignorer, menaçant d’ailleurs ouvertement d’emprisonner les auteurs du mot d’ordre de boycott.
C’est donc un accord dans un accord qui signe un tournant dans la lecture des événements qui secouent la Côte d’Ivoire. Ainsi, le gouvernement qui garde sans le moindre jugement 800 pro-Gbagbo ou soupçonnés comme tels en prison, qui a fait extrader Charles Blé Goudé après avoir promis de ne pas le faire et qui maintient toujours le couple Gbagbo en prison, l’un à la CPI où il est pris en otage et l’autre à Odienné, se donne désormais un nouveau moyen de pression sur le FPI qui va sans doute regretter d’avoir demandé cette discussion. Signe des temps, alors que la délégation gouvernementale avait le sourire aux lèvres, le président du FPI s’est montré quelque peu embarrassé en rappelant que « notre espoir est que cette rencontre donne les arguments, les instruments pour convaincre nos instances afin de revenir sur cette décision». Ce qui devrait être particulièrement difficile à avaler par le peuple du FPI qui reproche depuis quelques temps à la direction de ne pas en faire assez sur la question de la libération de Laurent Gbagbo.
Vu sous cet angle, le FPI s’est plutôt laissé enfermer dans le piège posé par Alassane Ouattara. Car au regard de la réalité du terrain, de quels pouvoirs dispose-t-il réellement pour mettre fin au boycott dans ce pays où le réflexe des Ivoiriens est avant tout de faire payer à Alassane Ouattara son inhumanité envers les Gbagbo et tous ceux que son régime torture ? La décision appartenant désormais au comité central, on a quelques jours encore pour le savoir.
En attendant, le FPI a désormais assez de quoi alimenter la polémique en son sein pour regarder de près la réforme de la commission électorale indépendante que le pouvoir domine encore et contre laquelle Bertin Kouamé Konan dit KKB s’est insurgé, il y a quelques jours, affirmant qu’il n’a pas envie de cautionner ce qui va conduire les Ivoiriens vers une nouvelle tragédie. Mais le FPI perd surtout l’illusion de peser sur les décisions du gouvernement. C’est pourtant à cela que répondait la nécessité de nommer un médiateur afin de servir de moyen de pression sur le régime et sortir de ce tête-à-tête où le FPI laisse une grande partie de son énergie. Au demeurant, le FPI va devoir gérer les susceptibilités de ses nouvelles amitiés.
Car même si la règle adoptée par l’alliance permet la flexibilité et la liberté nécessaires pour que chaque parti puisse négocier seul, le FPI est obligé de rassurer ses nouveaux partenaires en raison de son statut de leader. « Que vont désormais penser nos alliés si on les appelle à discuter ? », s’interrogeait avant-hier encore un membre de la direction du parti qui n’ignore pourtant pas l’existence de cette liberté dont les membres de l’Alliance peuvent se prévaloir. C’est dire à quel point la gêne est manifeste dans les rangs du parti de Laurent Gbagbo.

*Titre original : Affi N’Guessan et le FPI seraient-ils tombés dans le piège de Ouattara ? Les ratés d’un accord (Aujourd’hui). 


 
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Source : eburnienews.net 23 mai 2014

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