Nicolas
Maduro, dauphin d'Hugo Chavez, a remporté de peu l'élection présidentielle de
dimanche, avec 50,76% des voix contre 49,07% à son rival de l'opposition,
Henrique Capriles, selon le résultat officiel proclamé par la commission
électorale nationale.
PORTRAIT
Nicolas Maduro est un homme modeste, que
rien ne prédestinait à occuper les plus hautes fonctions du Venezuela.
Président par intérim de la puissance pétrolière, et candidat du Parti
socialiste uni (PSUV) à l’élection présidentielle du 14 avril, ce géant d’un
mètre quatre-
vingt-dix, se présente comme « un fils de Chavez qui se devait d’être à
ses côtés ». Depuis la
mort du « Comandante », le 5 mars, il est appelé à
succéder à l’instigateur
de la révolution
bolivarienne que le peuple présente
désormais comme le « libertador » du XXIe siècle.
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Le président élu Nicolas Maduro, pour continuer la révolution bolivarienne |
Assumer cet héritage n’a rien d’évident
après quatorze années de leadership incontestable. Car, non seulement Hugo
Chavez a bouleversé la patrie de Bolivar mais il a aussi été l’artisan d’une
nouvelle architecture politique continentale. « Nicolas »,
comme l’interpelle son
principal concurrent de droite, Henrique Capriles,
dans une volonté délibérée de le rabaisser, assume. Pendant des années, a-t-il
rappelé, il a été « un garde
du corps » d’Hugo Chavez. Plus qu’un homme de l’ombre, comme on le présente, il fut un proche sincère et dévoué. « Et s’il
avait fallu tourner un boulon dans une entreprise, je l’aurais fait », confie-t-il.
Sa simplicité est un gage en direction
d’un peuple qui a été le garant des succès électoraux enregistrés par le PSUV
et la majorité présidentielle. Elle est aussi une posture assumée face aux
attaques de la Mesa de la Unidad
Democratica (Table de l’unité démocratique, coalition électorale de la
droite) et de ses détracteurs en général. L’homme revendique son passé
d’ouvrier, et de syndicaliste. « La
société doit être bien
mal en point pour élire un vulgaire chauffeur comme président », se plaisent à invoquer le leader de la droite avec une
dédaigneuse ironie, projetant ainsi une
haine de classe, toujours aussi vive. Roy Chaderton, ancien ambassadeur du Venezuela
en France et actuellement représentant de l’État vénézuélien au sein de
l’Organisation des États américains (OEA), rappelait que derrière le coup
d’État d’avril 2002 contre Chavez fomenté par le patronat se trouvait « une idéologie chargée
de racisme social ».
Nicolas Maduro est à peine âgé de douze
ans lorsqu’il commence à militer
Qu’à cela ne tienne, « ma main est ferme sur le volant,
direction le socialisme »,
rétorque Maduro. Il faut dire que la
campagne électorale offre
bien peu de moments de grandeur politique. La confrontation idéologique est aux
abonnés absents. Même la moustache fournie du socialiste est sujette à
raillerie. C’est dire.
Nicolas Maduro ne serait
pas à la hauteur ? C’est mal connaître le personnage. Il a vu le jour le 23 novembre 1962, dans le quartier populaire
d’El Valle, au sud de Caracas. « Mon origine modeste et mes racines ont débouché sur un long chemin de luttes pour les droits sociaux alors
que je n’étais encore qu’un
enfant », s’est-il livré. En effet, il est à
peine âgé de douze ans lorsqu’il commence à militer au sein du mouvement révolutionnaire Ruptura. Puis il rejoint la Ligue socialiste. Il rencontrera Jorge
Rodriguez, le père de l’actuel maire de la capitale, qui sera assassiné durant
les années noires de la répression sous la IVe République. Il se
passionne pour la révolution cubaine, et son pays, en se rendant dans chaque
recoin des « barrios » (quartiers populaires), véritables concentrés de misère et d’oppression.
Au sein du mouvement ouvrier, il se forme
aux revendications sociales, en déjouant, comme nombre de militants de gauche
de l’époque, les traques de la Disip, la police politique, responsable
d’enlèvements, de tortures et d’assassinats. Il devient conducteur de bus à
Caracas et délégué syndical. Selon un rapport de la CIA, il aurait alors cumulé
les infractions… Depuis, il n’a pas hésité bien souvent à conduire le camion
sur lequel était juché Chavez lors
des campagnes électorales. C’est encore lui qui tenait le volant de la voiture
transportant les principaux ministres lors du cortège funéraire du président.
Au début des années 1980, Nicolas
Maduro s’adonne à la musique au sein du groupe de rock Enigma où il joue de la
basse et de la guitare. Il sera l’un des fondateurs du nouveau syndicat du
métro de Caracas (Sitrameca) et de la Force bolivarienne des travailleurs avant
d’en devenir son coordinateur national.
Il est désormais au volant de la
révolution bolivarienne
Le 4 février
1992, il découvre, comme
nombre de Vénézuéliens,
Hugo Chavez devant les caméras
assumant l’échec de l’insurrection civico-militaire dont il a
pris la tête. « Je me suis dit, c’est lui. Une nouvelle histoire va enfin
commencer. C’est comme ça que je l’ai vécu », a-t-il déclaré récemment
lors d’un meeting.
Durant les années de prison du
Comandante, il milite pour sa libération avec sa compagne Cilia Florez,
ancienne procureur de la République. Après son élargissement, il fondera avec
lui le Mouvement Ve République avec lequel Chavez remportera la
présidentielle de 1998. Élu député en 1999, puis réélu, il présidera même
l’Assemblée jusqu’en 2006 lorsque le leader du socialisme du XXIe siècle
lui demande d’assumer la responsabilité du ministère des Affaires étrangères.
Un poste qu’il occupera, avec abnégation, pendant six ans et trois mois, et
durant lesquels le Venezuela multipliera ses relations diplomatiques et les
échanges commerciaux.
Désormais au volant de la révolution
bolivarienne, il devra s’imposer et cultiver son style. De ses mots, il se
revendique de la fibre des indépendantistes, de Bolivar et du héros indien
Guaicaipuro, de « ces
patriotes qui se proposent de construire la patrie ou rien. L’indépendance
ou rien ! »
Source : L’Humanité (France) 4 Avril 2013
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Diego Maradona : « Chavez nous a mis dans la tête qu'on pouvait marcher tout seul »
La gloire du football argentin Diego Maradona s'est
recueilli vendredi sur la tombe du président vénézuélien Hugo Chavez et a
appelé à "poursuivre l'héritage" du champion de la gauche
latino-américaine, en élisant dimanche son dauphin désigné à la présidentielle.
Accompagné du président par intérim Nicolas Maduro,
grand favori du scrutin face au chef de l'opposition Henrique Capriles,
l'ancien footballeur, chemise blanche et diamants à l'oreille, a exhorté le
pays à "continuer la lutte", dans une déclaration retransmise par la
télévision publique.
Venu se recueillir sur le tombeau en marbre du
dirigeant socialiste, abrité dans une caserne transformée en musée sur les
hauteurs de Caracas, Maradona a affirmé que le président Chavez avait
"changé la manière de penser des Latino-américains qui avaient soumis leur
vie entière aux Etats-Unis".
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Le président Maduro et D. Maradona devant le tombeau de Chavez (apf.com) |
"Il nous a mis dans la tête qu'on pouvait
marcher tout seul", a souligné l'ex-star qui comptait parmi les amis
personnels de M. Chavez et l'avait déjà accompagné lors de sommets
internationaux.
Après 14 ans passés au pouvoir, le charismatique
dirigeant du Venezuela est décédé le 5 mars des suites d'un long cancer.
Quelques mois avant sa mort, il avait demandé à ses compatriotes de voter pour
Nicolas Maduro.
"Il n'est plus là physiquement mais nous
allons continuer avec Nicolas, nous allons poursuivre l'héritage et ne pas nous
laisser piétiner par quiconque", a ajouté Diego Maradona, s'excusant
auprès de la famille du défunt président de n'avoir pu assister à ses
funérailles.
L'ancien vainqueur de la Coupe du monde de football
en 1986 a participé, revêtu d'une chemise rouge portant le numéro 10, au
meeting de clôture de campagne de M. Maduro qu'il a étreint avec effusion
devant une marée humaine, réunie jeudi soir à Caracas.
Source : AFP, le
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