Incroyable,
mais vrai : l’ancien chef de l’Etat, Alpha Oumar Konaré, a été empêché par
quelques éléments des forces de sécurité d’accéder à la piste, à bord de son
véhicule, pour pouvoir embarquer dans l’avion en partance pour Lagos, la
capitale fédérale du Nigeria.
Il était
environ 9h30, hier mardi, 16 avril 2013 : le président Alpha Oumar Konaré arrive
à l’aéroport international de Bamako-Sénou et, comme à son habitude, se dirige
directement vers la piste d’embarquement, après tout le circuit protocolaire dû
à son rang d’ancien président du Mali.
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L'ancien président Alpha Oumar Konaré |
Pour
l’occasion, selon des sources concordantes, il était accompagné de son chef de
protocole, qui fait en même temps office de garde du corps et d’interprète
anglais-français, Abdel Kader Touré.
Mais,
c’était sans compter avec les porteurs d’uniforme en faction, qui l’on empêché d’accéder
directement à la piste, comme à son habitude.
Car, comme
chacun le sait, il s’agit tout de même de l’ancien chef de l’Etat du Mali,
encore en territoire malien.
Aussi,
malgré les protestations de son chef de protocole, qui a souligné avec insistance
« le statut d’ancien président de la république » avec les honneurs et
privilèges qui lui sont dus à cet égard, les porteurs d’uniforme,
susmentionnés, n’ont-ils rien voulu entendre.
« Le président Alpha a été contraint
de tuer le temps dans le salon ministériel, en attendant d’embarquer dans le
vol d’Asky KT-019 pour Lagos, la capitale économique et fédérale du Nigeria », nous a confié une source digne de
foi.
Mais, ces
porteurs d’uniforme, selon les mêmes sources, disent avoir agi « sur consigne
», sans autre forme de détails sur les autorités à la base de cette mesure qui
heurte, d’un certain point de vue, « les sensibilités protocolaires » au plus
sommet de l’Etat.
Le président
Konaré mérite-t-il ce mauvais traitement sur le sol malien, c’est-à-dire un
manque d’égard protocolaire à son endroit, et qu’est-ce qui peut bien le
motiver ?
Ce qui est
sûr, c’est que, malgré la grave crise sécuritaire et institutionnelle que le
pays vit depuis plus d’une année maintenant, personne n’a entendu le président
Alpha opiner sur la question, ni en bien ni en mal.
Ce silence
est diversement apprécié dans l’opinion nationale, pro ou contre.
Ses
détracteurs vont jusqu’à lui attribuer la cause profonde et lointaine de cette
crise : le sous-équipement de l’armée, notamment l’armée de l’air, qui a perdu
presque toutes ses ailes (les avions de combat) sous son règne (de 1992 à 2002)
; l’arrivée du général ATT au pouvoir en 2002, alors que l’homme, pour tous
ceux qui l’ont connu et côtoyé, n’était pas « à la hauteur de cette mission
historique » : diriger un pays comme le Mali.
Le plus
grave, accusent-ils, c’est d’avoir transformé l’armée en « refuge pour fils à
papa » avec le résultat que l’on connaît aujourd’hui : 2/3 du territoire
national occupé par les groupes rebelles et jihadistes, une année durant, et le
pays ne doit son salut qu’à l’intervention de l’armée française, en janvier
2013, qui signe ainsi son retour 51 ans après avoir été chassée, comme un
malpropre, par le régime du président Modibo KEITA.
Alpha
lui-même a reconnu son échec sur un point : l’école malienne, tombée plus bas
que terre, qui n’est plus que l’ombre d’elle-même, où la médiocrité le dispute
au clientélisme.
La
gouvernance économique et financière n’est pas logée non plus à meilleure
enseigne : une étude réalisée par la Banque mondiale, commanditée par Alpha
lui-même en 2002, a conclu à la « corruption systémique » au Mali avec des
fonctionnaires « milliardaires ».
Cependant,
comme le disent les Bambaras : Hamadi jô
te’a la, o té wèrè ti kun bô (Le Peul n’a certes pas raison souvent ; mais,
ce n’est pas une raison pour l’obliger à décamper ailleurs avec son cheptel).
En tous les
cas, les autorités de la transition doivent méditer un autre proverbe bambara :
Ni i ye min kè cèwla aw taga tô, u be a nyogon
sara i la aw segin tô (A chacun son tour chez le coiffeur).
Mais
surtout, elles ne doivent pas perdre de vue cette mise en garde de M.
Martin Niemöller, face à une attitude d’indifférence devant le mauvais sort
fait à son prochain : « Quand ils
sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit parce que je n’étais pas
communiste. Puis ils sont venus pour les socialistes, et je n’ai rien dit parce
que je n’étais pas socialiste. Puis ils sont venus chercher les syndicalistes, et
je n’ai rien dit parce que je n’étais pas syndicaliste. Puis ils sont venus
chercher les capitalistes, et je n’ai rien dit parce que je n’étais pas
capitaliste. Puis ils sont venus chercher les Juifs, et je n’ai rien dit parce
que je n’étais pas Juifs. Puis, ils sont venus chercher les chrétiens, et je
n’ai rien dit parce que je n’étais pas Chrétien. Puis, ils sont venus chercher
les Musulmans, et je n’ai rien dit parce que je n’étais pas Musulman. Puis ils
sont venus pour moi, et il n’y avait plus personne pour parler pour moi ».
A bon
entendeur, salut…
Seydina Oumar DIARRA-SOD (info-matin 18 avril 2013)
Source : www.malijet.com
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