Un nouveau
tournant pour la révolution bolivarienne
Caracas, envoyée spéciale.
Effervescence dans le quartier d’El Valle, à Caracas, où les partisans de
Maduro sont omniprésents en cette fin de campagne présidentielle. Le chef de
l’État intérimaire, depuis le décès d’Hugo Chavez, part favori, dimanche
14 avril, face à Henrique Capriles, le candidat de l’opposition de droite.
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Nicolas Maduro en camapgne |
C’est à qui poussera le plus les amplis. À la
sortie du métro , le bruit est assourdissant : concours de klaxons,
camion sono, groupe de musique. Le brouhaha résonne jusque dans les
maisonnettes le
président défunt Hugo Chavez y a obtenu 61,38 % des suffrages. Le portrait
de Nicolas
Maduro, du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV) est décliné sur tous
les tons. En tête dans les sondages, le président par intérim a de
fortes chances de succéder à Hugo Chavez, au soir de l’élection
présidentielle du 14 avril.
multicolores bâties à même le flanc des collines, si
caractéristiques des quartiers populaires, hier encore marginalisés. D’emblée,
une couleur se détache : le rouge. Pas une seule affiche, ni la moindre
propagande d’ailleurs, du candidat Henrique Capriles, de la Mesa de la Unidad
Democratica (MUD, coalition hétérogène de droite). Ici, on est en terre
bolivarienne. Le 7 octobre 2012,
Sur la place principale de cette municipalité de
250 000 habitants, le PSUV a installé pas moins de quatre points de rencontre.
Norma Ortiz et ses amies ne sont pas peu fières d’y exposer leurs créations,
fruit de l’unité socioproductive qu’elles ont créées là où elles vivent, à
Tamarindo, une zone exclue de tout avant l’arrivée d’Hugo Chavez au pouvoir,
en 1998. « On nous appelait les “tierrudos” », rappelle-t-elle, un terme
péjoratif qu’employait volontiers l’élite pour dénigrer ceux qui travaillent la
terre. « Pendant vingt-huit ans je me suis occupée de ma maison,
raconte-t-elle. Ma vie se partageait entre les enfants et l’église. La seule
rémunération qui rentrait était celle de mon mari. » En 2006, le gouvernement a
lancé la mission Mère de quartiers pour venir en aide aux mères célibataires et
aux femmes au foyer. Depuis, Norma n’a pas seulement appris le métier de
couturière : « J’ai pu bénéficier de cours d’économie et d’éthique,
précise-t-elle. Je remplis aussi un rôle d’éducation sociale. Chavez
nous a ouvert les frontières. »
Le leader du socialisme du XXIe siècle est
omniprésent dans cette campagne atypique, suite à son décès, le 5 mars, tant il
a profondément marqué « sa patrie », comme il l’a chanté, le 8 décembre, en
disant symboliquement adieu à son peuple. « Le Venezuela a commencé en
1998. Avant nous étions des analphabètes politiques », déclare Joconda Alvarez,
du ministère des Communes. Ces dernières, des sortes de minigouvernements de
quartiers, constituent désormais l’un des piliers politiques du processus. « Les
grandes missions sociales ont permis de réduire les inégalités,
poursuit-elle. Moi-même j’ai pu reprendre mes études universitaires, et ma
fille, atteinte d’une maladie congénitale, a bénéficié de soins gratuits. Ce
n’est pas un conte, c’est ce que j’ai vécu. » Santé, éducation, logement,
culture, sport, dans tous les domaines les avancées ont été réelles.
« Approfondir la révolution »
En une décennie, le Venezuela a avancé de dix
rangs au sein de l’indice de développement humain du Programme des Nations
unies pour le développement, (73e en 2011 contre 83e en 2000). Pour Joconda
Alvarez, le 14 avril doit ouvrir une nouvelle étape « afin d’approfondir la
révolution avec le programme de la patrie », ratifié par les électeurs le
7 octobre dernier et porté désormais par Nicolas Maduro. Ce plan 2013-2019
repose sur cinq axes de travail : la défense et la consolidation de
l’indépendance du pays, la consolidation du socialisme bolivarien, la
transformation du Venezuela en puissance dans les domaines sociaux, économiques
et politiques au sein d’une Amérique latine unie, une géopolitique fondée sur
la multipolarité et la préservation de la planète.
Pour ce faire, le prochain gouvernement
bolivarien, s’il est confirmé dans les urnes, compte sur ces fameux conseils
communaux. « Ils sont la voix et le vote des habitants et des organisations
sociales », explique José Gregorio Lucena, l’un des responsables du PSUV d’El
Valle. La municipalité en compte 83. « Au sein de ces conseils, les familles
dessinent et exécutent les projets à même de satisfaire les besoins de la
communauté, précise-t-il. Ils doivent surtout aider à impulser le tissu
socioproductif » pour pallier les manques actuels en la matière. Ils
constituent également un garde-fou face aux pesanteurs bureaucratiques, qui
freinent les décisions collectives, mais également à la corruption. Ce
phénomène n’est pas nouveau. Il est historiquement lié à la nature d’un État
vivant de la rente pétrolière. De l’avis d’analystes, le changement des modes
de croissance et le développement d’une conscience communautaire sont
essentiels pour résoudre ce problème.
Objectif : 3 millions de logements
d’ici à 2017
À quelques pas de la place d’El Valle, des
édifices estampillés de la grande mission Vivienda (logement) ont surgi de
terre ces derniers mois, l’objectif du gouvernement étant de construire
3 millions de logements d’ici à 2017 pour répondre à la demande d’habitat.
Marleny Rangel y vit depuis quatre mois avec sa famille. Devant son immeuble,
elle tient un stand « rouge » du PSUV. « Chavez n’est plus là mais il y a
Maduro, dit-elle. L’important est de poursuivre les changements. » Pour cette
militante, le prochain président devra continuer à « travailler sur la question
du logement, car il y a encore beaucoup de sinistrés qui sont dans des refuges.
Il devra aussi lutter contre
l’insécurité. » C’est là un autre enjeu, et non des moindres. Car ce fléau
– 16 000 homicides en 2012 – mine le quotidien des Vénézuéliens et atrophie les
rapports sociaux.
Henrique Capriles ne se prive
pas d’instrumentaliser cette question à des fins électorales, en dépit d’un
bilan désastreux en la matière dans l’État de Miranda, qu’il dirige, refusant
de participer au programme gouvernemental de coordination des polices. La
campagne, qui s’achevait hier, aura été chargée de symboles et d’hommages mais
également d’invectives et de mépris. Le centre de Caracas devait voir défiler
une marée rouge, en soutien à Nicolas Maduro, que la droite tente de
ridiculiser en raison de ses origines modestes. « C’est un concept bourgeois
que de croire que seuls les riches peuvent diriger un pays », critique Joconda
Alvarez qui n’est pas avare de reparties : « Nicolas Maduro était chauffeur, et
alors ? Jésus était bien charpentier ».
Sept candidats en
lice. Outre Nicolas Maduro, du Parti socialiste unifié du Venezuela,
et Henrique Capriles, de la Mesa de la Unidad Democratica, les 19 millions
d’électeurs pourront voter pour cinq autres candidats, quasi inexistants dans
le paysage politique : Maria Bolivar, du Parti démocratique uni pour la paix et
la liberté (0,04 % lors de la précédente présidentielle), Eusebio Mendez, un
évangéliste, Reina Sequera, une syndicaliste, Fredy Tabarquino, des milieux
autonomes, et enfin, Julio Mora, du parti Unité démocratique.
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« L’opposition
n’a pas la force d’altérer le pays »
Le 14 avril, deux modèles s’opposeront :
le programme de la patrie, que le peuple a ratifié en élisant Hugo Chavez, le
7 octobre 2012, et que Nicolas Maduro promeut, et celui que voudrait imposer
l’opposition. Ce serait un retour en arrière. Ce serait une irresponsabilité
pour le Venezuela, mais également pour la région.
Elle prétend, en effet, maintenir les missions
sociales que nous avons mises en place, mais comment le pourrait-elle quand
elle propose de décentraliser et de privatiser les services publics ? Comment
pourrait-elle le faire lorsqu’elle propose que la compagnie pétrolière sorte de
l’État ? La réforme des
hydrocarbures nous a permis de contrôler
majoritairement l’entreprise. En augmentant les impôts des multinationales de
1 %, comme ils l’étaient lorsque la droite était pouvoir, à 39 %, comme
l’autorise la loi, nous avons dégagé les ressources nécessaires au financement
des dépenses publiques. À l’époque, la droite nous a fortement critiqués, en
déclarant que les entreprises allaient abandonner le Venezuela. Qui est parti ?
Personne. Aujourd’hui encore, l’opposition nage entre deux eaux. S’il est
question de putschisme, elle en est. S’il échoue, elle clame sur tous les
fronts qu’elle est démocratique. Sur le plan électoral, la droite est entrée en
contradiction. Elle se présente aux élections mais rejette le Conseil national
électoral (CNE). Pourtant, c’est sous la supervision de cet organisme que la
droite a gagné des espaces politiques : des États, des députations, des
mairies. Quel message envoie-t-elle aux Vénézuéliens ? Celui de ne pas aller
voter. C’est un jeu dangereux. Nous savons que l’opposition n’a pas la force
populaire, militaire et morale d’altérer le pays, mais elle le fragilise :
hier, avec des coups d’État ; aujourd’hui, en organisant des sabotages de
l’électricité et des pénuries alimentaires. L’opposition doit assumer ses
responsabilités dans le cadre démocratique qui est le nôtre. Si elle veut
jouer, qu’elle joue propre, sans frapper l’arbitre qu’est le CNE.
Andrés Eloy Mendés, député national du Parti socialiste
uni du Venezuela (Psuv)
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