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Photo : lefigaro.fr |
C’est quand il
est trop tard, parce qu’on a tourné le dos à toutes les meilleures options,
qu’on nous somme de choisir entre le mauvais et le pire. Neuf jours après les
attentats du 11 septembre 2001, le président George W. Bush
menaçait déjà urbi et orbi : « Ou
bien vous êtes avec nous, ou bien vous êtes avec les terroristes. » Deux guerres ont suivi, en
Afghanistan puis en Irak. Avec les résultats que l’on connaît. Au Mali, il
faudrait de nouveau, d’urgence, trancher entre les deux termes d’une
alternative exécrable. Car comment se résigner à ce que des bandes armées
porteuses d’une idéologie et de pratiques obscurantistes puissent menacer les
populations du Sud après avoir terrorisé celles du Nord ? Mais comment ignorer que l’invocation de mobiles
humanitaires, la propension à criminaliser les ennemis politiques (les talibans
afghans ont été associés à des trafics d’opium, les Forces armées
révolutionnaires de Colombie [FARC] à des ventes de cocaïne ou à des prises
d’otages) servent presque toujours de prétextes à des opérations militaires qui
réactivent les soupçons de néocolonialisme — et qui se terminent mal ?
Vingt mois après
l’assassinat d’Oussama Ben Laden, le corps d’Al-Qaida bouge encore. Les
talibans, eux, se portent mieux que jamais. Ainsi que le relève l’ancien
premier ministre français Dominique de Villepin, « les abcès de fixation du terrorisme —
Afghanistan, Irak, Libye, Mali — ont tendance à s’élargir et à tisser des liens
les uns avec les autres, fédèrent leurs forces, conjuguent un certain nombre
d’actions » (France Inter, 18 janvier 2013).
Chaque intervention occidentale semble ainsi faire le jeu des groupes
djihadistes les plus radicaux, qui attirent leurs adversaires dans des conflits
sans fin. Les arsenaux libyens ont alimenté la guerre au Mali ; demain, celle-ci risque d’équiper en
armes récupérées et en soldats perdus les prochains fronts africains.
« La France sera toujours là lorsqu’il
s’agit des droits d’une population, celle du Mali, qui veut vivre libre et en
démocratie », a annoncé
M. François Hollande pour justifier l’engagement militaire de son pays.
Une feuille de route aussi extravagante ne peut que buter sur le fait que le
problème n’est pas tant de « reconquérir » le nord du Mali que d’y assurer une
sécurité tenant compte des revendications légitimes des Touaregs.
Et cela, rien
que pour commencer… Ensuite, il faudra se soucier des alliances militaires
nouées dans la plus grande opacité et de la dissolution des frontières
africaines. Reconnaître que celle-ci est encouragée par des politiques néolibérales
qui discréditent les Etats, clochardisent leurs agriculteurs, leurs soldats,
encouragent la surexploitation par des sociétés occidentales (ou chinoises) des
richesses minérales du continent noir. Puis admettre que le trafic
transnational de drogue, d’armes et d’otages n’existe que parce qu’il peut
compter sur des pourvoyeurs non africains (lire « Trafic de
cocaïne, une pièce négligée du puzzle sahélien »). Enfin, il faudra concéder que la
chute des cours mondiaux du coton a ruiné les paysans maliens, et que la
sécheresse du Sahel s’accentue avec le réchauffement climatique.
Très partiel,
cet inventaire de sujets qui n’intéressent personne en temps ordinaire suggère
qu’une « libération » du Mali par des armées étrangères
laisserait intactes les causes du prochain conflit. Lors duquel, parions-le, on
nous sommera à nouveau de « choisir » — après nous avoir expliqué que nous
n’avons plus le choix.
en maraude
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