Suite à l'arrestation d’Amadé Ouérémi, Martine Kéi
Vao, présidente de l'ARDEF, répond aux questions de civox.net. Son
Association a engagé une procédure judiciaire auprès de la Cour Pénale
Internationale pour que justice soit rendue aux victimes de l'Ouest depuis le
19 septembre 2002. Elle donne ses impressions sur cette arrestation. Selon
elle, Amadé Ouérémi n'est qu'un bouc émissaire pour protéger les autres
responsables des crimes commis contre le peuple Wê.
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Martine Kéi Vao |
Civox : Madame Martine Kéi Vao, vous
êtes la présidente de l’ARDEF, depuis le week-end dernier, le gouvernement
ivoirien a annoncé l'arrestation du milicien Amadé Ouérémi, que vous inspire
cette nouvelle ?
Martine Kéi Vao: Tout d’abord, je
vous remercie de me donner la parole encore une fois afin de m’exprimer sur la
tragédie que vit le peuple Wê depuis des décennies. Reçu par la rédaction du
journal pro-gouvernemental Fraternité Matin il y a quelques mois, en vue
d’évoquer la situation sécuritaire du pays, le général Soumaila Bakayoko des
Frci avait affirmé, parlant d’Amadé Ouérémi, l’un des chefs Frci de l’ouest de
la Côte d’Ivoire : « Pour parler
d’un milicien qui serait dans la forêt du mont Péko, c’est le lieu de rappeler
que hormis les militaires et agents de sécurité (police, gendarmerie), personne
n’a le droit de porter une arme, encore moins d’en faire usage. Nous l’avons
dit encore une fois, lors de notre passage, récemment, à Duékoué. C’est
pourquoi nous avons rencontré les chasseurs traditionnels communément appelés
dozo, pour leur dire que cette règle s’applique à eux également. Avec l’arrivée
des forces, il n’est pas question que chacun se fasse justice. Il en sera de
même pour tous les miliciens. Nous irons ratisser toute la région de Duékoué.
Une opération "le mont Péko" sera lancée et nous rencontrerons le
milicien dont vous parlez. Il faut qu’on arrête ces pratiques. » Pour
ma part, je pense que c’est la suite logique des évènements.
« Alassane
Ouattara, Paul Lazare Koffi Koffi, Soumaïla Bakayoko et Soro Guillaume sont aussi
responsables des crimes d'Amadé Ouérémi. »
Civox : Pensez-vous que Amadé Ouérémi
peut être utilisé par le régime Ouattara comme un bouc-émissaire, afin de
protéger ses chefs de guerre, et pour contenter les ONG de défense des droits
de l'homme qui critiquent les graves violations des droits de l'homme en Côte
d'Ivoire ?
M.K.V : L’appareil sécuritaire
hétérogène du gouvernement Ouattara est composé d’un premier noyau formé du
Gspr sous la supervision du colonel Vagondo Diomandé, c’est l’unité la plus
professionnalisée, la plupart de ses éléments ayant subi une formation
complémentaire à Adiaké. Le reste des unités n’a de bataillon que de nom ;
elles ont été vidées pour la plupart de leur substance militaire. Elles sont en
fait les gardes prétoriennes des chefs de guerre de Soro depuis 2002, les noms
fantaisistes de « Fansara 101 », « Atchengue », « Anaconda » et autres ont été
substitués par les noms d’unités régulières comme la compagnie territoriale de
Korhogo (CTK) et la garde républicaine. Les armes comme la marine nationale ou
la gendarmerie sont dirigées par des officiers supérieurs réguliers proches de
Ouattara. Les dozo venus de Sikasso, Boundiali, Tingréla, Sindou et Banfora
constituent avec les unités des burkinabè de Lansana Kouanda, Issiaka
Tiendrébéogo et surtout Amadé Ouérémi, sont les derniers maillons de la chaîne
des troupes de Dramane Ouattara. Il n’y a donc aucun milicien dans les Frci ou
alors, pour être plus précis, tous les Frci sont des miliciens. La plupart des
« soldats » composant les Frci sont analphabètes et/ou étrangers, ce qui ne les
empêche pas d’arborer uniformes et bérets prestigieux de l’armée Ivoirienne. En
ce qui concerne les exigences de la CPI, la vérité est que les récents
évènements du camp de réfugiés de Nahibly et de Duékoué ont choqué la
conscience collective et celle de la communauté internationale, de sorte que
partout où Ouattara est passé lors de ses nombreux voyages
à l’étranger, les dirigeants de ces pays ont exigé des sanctions exemplaires
contre les auteurs. Les Ong internationales de défense des droits de l’homme
sont aux aguets et attendent que l’Etat prenne des mesures disciplinaires à l’endroit
de ses soldats. A défaut de sanctionner les hauts gradés de son armée, le
coupable idéal a été facilement trouvé : Amadé Ouérémi, le « milicien »
du mont Péko. En effet, les tentatives de faire passer Amadé Ouérémi,
l’étranger analphabète, pour le principal exécutant ou pour le commanditaire
des différents massacres à l’ouest qui occupe illégalement le Mont Péko ne
doivent abuser personne. Amadé Ouérémi, qu’une certaine presse tente de faire
passer pour un milicien, n’en est pas un car il répond aux critères pour être
un Frci digne de ce nom : « il est analphabète, étranger et n’a aucune
compétence requise pour le métier des armes ». Il répond logiquement aux ordres
de son supérieur hiérarchique qui est le commandant Fofana Losseni. Ce dernier
est donc le premier responsable de tous les massacres commis sous la férule d’Ouérémi
et des autres chefs de guerre burkinabès qui infestent l’Ouest ivoirien. La
responsabilité est donc celle du commandant Losseni Fofana et de l’autorité qui
l’a nommé, en l’occurrence Alassane Dramane Ouattara qui, signalons-le au
passage, est aussi le ministre de la Défense de la Côte d’Ivoire, de Paul
Lazare Koffi Koffi, le ministre délégué à la Défense, du chef d’état-major des
armées, Soumaïla Bakayoko, sans oublier le tristement célèbre chef visible de
la rébellion, Guillaume Soro Kigbafori, qui a installé ses troupes un peu
partout sur le territoire national.
Civox : Cette arrestation
d'Amadé Ouérémi annonce-t-elle la fin de la tragédie du peuple Wê ?
M.K.V : Le sieur Ouérémi, de
son vrai nom Rémi Ouédraogo, est présent dans la région de Duékoué depuis
1986. Arrivé de son Burkina-faso natal, plus précisément du plateau mossi,
il a déposé ses pénates dans le village de Bagohouo. Au début de la crise de
2002, il s’est progressivement converti en planteur. Profitant du laxisme des
autorités d’alors, il a progressivement investi la forêt classée du mont Péko
avec une horde de Burkinabès armés jusqu’aux dents. Si la parodie d’arrestation
d’Amadé est une bonne chose, il faut néanmoins insister sur le désarmement des
trente mille (30 000) hommes qu’il revendiquait sous son commandement, car ce
sont ces bandits de grand chemin, enrôlés par les chefs de Guerre de Ouattara
qui, depuis des décennies, massacrent, pillent, incendient, exproprient et
violent nos parents.
Civox : Pensez-vous que justice sera
rendu à toutes les victimes d'Amadé Ouérémi ?
M.K.V : Au cours d’un point
de presse, Bert Koenders, le patron de l’Onuci, avait fait savoir que le
Conseil de Sécurité prie instamment le gouvernement ivoirien de veiller à ce
que quel que soit leur Statut ou leur Appartenance politique, tous les auteurs
de violations graves des droits de l’Homme ou d’atteintes au droit humanitaire,
en particulier celles commises pendant la crise postélectorale, soient traduits
en justice comme le lui imposent ses obligations internationales. Bert Koenders
a beau crier, le pouvoir Ouattara et ses sbires restent sourds comme pour dire
que les exactions dont nous sommes victimes sont de simples faits divers. En
effet, les massacres perpétrés contre les Wê depuis Septembre 2002 par les
hommes qui se réclament de Ouattara et de Soro, ont été officiellement dénoncés
par les organisations humanitaires et relayés par les médias internationaux
lors des événements postélectoraux. Ces rapports ont fait état, pour
Duékoué-Carrefour le 30 mars 2011, de milliers de tués par les soldats de
Ouattara (Frci) et ses milices composées de chasseurs traditionnels dozo venus
du Nord, qui font actuellement la pluie et le beau temps en Côte d'Ivoire. A ceux-là
s'ajoutent les allogènes Burkinabés en majorité, Guinéens, Maliens, dont le
porte-parole est Amadé Ouérémi qui régnait en maître dans la forêt du mont Péko
(Duékoué), occupant illégalement nos terres. A Diéhiba par exemple, sur ordre
du Préfet de Duékoué, des dozo sont stationnés dans le village pour soi-disant
des raisons de sécurité et se sont appropriés des terres pour des cultures
vivrières et pratiquent le racket sur les populations. Même l’enquête
gouvernementale concernant les massacres de Nahibly et l’autopsie des corps
retrouvés dans des puits peu après n’ont toujours pas été rendues publiques.
Pourtant, lorsqu’il s’agit de victimes « Malinké » le pouvoir prend automatiquement
des mesures qui s’imposent. Depuis 2 ans, Ouattara nargue les Ivoiriens en nous
imposant la justice des vainqueurs. A quand donc la réconciliation, si nos
bourreaux vaquent à leurs occupations et nous autres victimes sommes laissées
pour compte ? Si le souci de la Cour Pénale Internationale, tel que l’avait
exposé Madame Bensouda lors de l’audience de confirmation ou d'infirmation des
charges contre le Président Gbagbo, est la recherche de la vérité et la lutte
contre l'impunité, alors le génocide du peuple Wê sera bel et bien reconnu un
jour et justice nous sera rendue. Pour l’heure, cette mascarade
d’arrestation d’Amadé ne répond donc en rien aux attentes des Wê. Nos
villages et nos terres sont toujours aux mains des hommes d’Amadé puissamment
armés. D’ailleurs, dès l’annonce de cette nouvelle, les populations de Nidrou,
Bagohouo, Yorozon et autres lieux ont à nouveau fui vers différentes
destinations, selon une source locale digne de foi.
Interview réalisée par Zéka Togui.
en maraude dans le web
Sous cette rubrique, nous vous proposons des
documents de provenance diverses et qui ne seront pas nécessairement à
l’unisson avec notre ligne éditoriale, pourvu qu’ils soient en rapport avec
l’actualité ou l’histoire de la Côte d’Ivoire et des Ivoiriens, et aussi que
par leur contenu informatif ils soient de nature à faciliter la compréhension
des causes, des mécanismes et des enjeux de la « crise ivoirienne ».
Source : civox.net 23 mai 2013
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