samedi 22 septembre 2012

Et si tout cela n’était qu’un complot pour obtenir l’extradition de Justin Katinan Koné ?

Tout semblait redevenu calme après les attaques du mois d’août dernier contre les FRCI (Forces républicaines de Côte d'Ivoire). Puis, subitement, dans ces dernières 48 heures, tout recommence à exploser! Les FRCI sont attaqués à Port-Bouët, à Vridi et à Noé, à la frontière ivoiro-ghanéenne. L’on annonce par-ci et par-là des morts et des armes emportées. Tout l’art de la guerre, y compris dans une certaine proportion celui de gouverner, étant basé sur la duperie, seul Dieu sait où se trouve la vérité dans les bilans publiés ici et là. Le fait qui suscite interrogation est que ces attaques ont lieu à quelques jours du procès de Katinan Koné au Ghana. Un procès prévu pour le 25 septembre, dans lequel les juges ghanéens auront à trancher la question de son extradition farouchement voulue par les autorités ivoiriennes nées du coup d’Etat du 11 avril 2011. Mais il se dit que, selon les dispositions légales de l’Etat ghanéen, aucun réfugié politique, vivant sur son territoire, ne peut être extradé, sauf s’il constitue une réelle menace pour la sûreté de son pays d‘origine. Les preuves manquant en la matière du côté du régime ouattariste pour obtenir l’extradition du porte-parole du président Gbagbo, qui bénéficierait du statut de réfugié politique au Ghana, ne serait-il pas tenté d’en fabriquer par tous les moyens? La fabrication de preuve la plus cynique et la plus sadomasochiste pour obtenir une tête d’individu, c’est cela la sorcellerie comme pratique occulte, mais aussi appelée Raison d’Etat, quand elle est l’œuvre d’un pouvoir étatique qui cherche à préserver ou défendre les intérêts de la Nation par tous les moyens, si ce n‘est très souvent les intérêts égoïstes des gouvernants. Toute l’histoire qui entoure l’avant et l’après bombardement du camp de soldats français en novembre 2004 à Bouaké devrait donner à réfléchir. En novembre 2004, alors que le pays était sur le point d’être libéré suite aux frappes aériennes de l’armée ivoirienne ayant contraint à la débandade Soro Guillaume et toute sa bande rebelle occupant un peu plus de la moitié du pays, l’élan de libération amorcée par l’armée loyaliste a été stoppé par la France chiraquienne. L’on apprit qu’«un camp de soldats français a été bombardé par l’aviation de l’armée ivoirienne, ayant occasionné des morts de soldats Français.» Il s’en suivit la destruction par la force française Licorne de tous les appareils volants de l’armée ivoirienne. Conséquence : les troupes ivoiriennes loyalistes sont démoralisées. La progression au sol pour bouter la rébellion hors du territoire n’a plus été possible. Les rebelles sortent de leur cachette, reprennent leurs positions et font la grande gueule, comme ils savent si bien le faire…

Nous menons ici une réflexion, c’est-à-dire une distanciation vis-à-vis du tumulte ambiant et des évidences solidement enracinées et vêtues du manteau de vérité apodictique, pour porter la pensée au-delà des faits, sans se fier à ce qu‘ils donnent à voir, mais en interrogeant ce qu‘ils pourraient occulter. Car il y a très souvent dans ce qui apparaît ce qui disparaît, dans ce qui se montre ce qui se cache, dans ce qui se dit ce qui se tait. Il n’y a donc pas de position à défendre, mais des perspectives à parcourir pour cerner la question et tenter de discerner les apparences trompeuses. Tout est question d’interprétation, à défaut de posséder la vérité. Ainsi, pour avoir la tête de Katinan Koné, les attaques de la nuit d’avant-hier pourraient s’inscrire dans un complot, dont le but serait de fabriquer des preuves contre lui. Déjà le pouvoir d’Abidjan a ordonné la fermeture de toutes les frontières du pays avec le Ghana. Il pourra ainsi dire que « le Ghana est le bastion, la base arrière de ceux qui veulent nous déstabiliser, une déstabilisation dont Katinan Koné est le maître d’ouvrage. » Ainsi l’on voudra convaincre le Ghana de n’avoir pas sur son sol de réfugiés proprement dit, mais des déstabilisateurs, des putschistes. La « Communauté internationale », fort soutien du régime ouattariste, pourrait entrer dans la danse en harcelant les autorités ghanéennes par des pressions diplomatiques, afin de livrer Katinan Koné et les autres. Et pour le faire le régime ouattariste, pourra sacrifier 1000 FRCI s’il le faut, pourvu que ce sacrifice serve ses intérêts. Y a plus de travail à Abidjan. Et 1000 FRCI sacrifiés, peuvent être remplacés en une demi-journée, surtout quand les candidats savent que la kalach qu’ils recevront pourra leur permettre de braquer ou de racketter pour arrondir leurs fins du mois, si ce n’est l’unique moyen pour eux de se payer leur propre salaire au montant qu’ils auront fixé eux-mêmes. Ne dit-on pas que plusieurs FRCI sont embauchés au noir par Ouattara, sans fiche de paie ? Mais ses exploités chez qui se plaindront-ils ?

Mais il faudra aussi se demander si les autorités ghanéennes jouent franc-jeu dans cette affaire. Car contrairement aux assurances qu’elles semblent donner quant à la non extradition de Katinan Koné, il ne faut surtout pas perdre de vue la realpolitik. Une realpolitik dont l’un des fondements est l’adage selon lequel « Un Etat n’a pas d’amis mais des intérêts. »

Après tout, il faut donc savoir prudence garder. Il y a lieu de modérer l’enthousiasme quasi-collectif qui s’empare de ceux qui rêvent de la libération de la Côte d’Ivoire, et pour qui ces dernières attaques constituent des prémices ou une étape du processus. Il faudra attendre de voir si ces attaques ne seront pas utilisées contre Katinan Koné et tous les autres réfugiés politiques ivoiriens vivant au Ghana et considérés comme dangereux ou gênants.

ZEKA TOGUI

Source : CIVOX. NET 22 Septembre 2012

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