dimanche 13 octobre 2013

Les gesticulations de Kofi Annan ne nous intéressent pas !



Une libre opinion de Jean-Claude Djéréké

À en croire plusieurs médias, les dirigeants africains voudraient profiter de leur réunion des 12 et 13 octobre 2013 à Addis-Abeba pour voter un retrait de leurs pays de la Cour pénale internationale (CPI). Alors que beaucoup d’Africains s’attendent à ce que l’Union africaine (UA) passe de la volonté à la décision, Kofi Annan estime qu’un tel retrait serait “une marque
"C’est vous qui faites honte à l’Afrique..."
de honte” pour l’Afrique. Nous sommes évidemment contre les crimes contre l’humanité et crimes de guerre et nous tenons à ce que justice soit rendue à toutes les personnes qui ont souffert des génocides et guerres ici ou là en Afrique. Bien sûr que nous déplorons et condamnons la mort prématurée de tant d’hommes et de femmes, victimes innocentes de la violence de politiciens cupides et assoiffés de pouvoir, mais nous pensons en même temps qu’un homme sensé et épris de justice ne devrait pas accepter cette justice sélective à laquelle nous assistons depuis quelques années et qui n’a jamais inquiété Mitterrand, George W. Bush, Cameron, Chirac et Sarkozy qui ont pourtant fait pire que certains chefs d’État africains en matière de tueries au Rwanda, en Irak, en Afghanistan, en Libye et en Côte d’Ivoire. Nous disons “non” à cette justice qui condamne Charles Taylor à 50 ans de prison mais laisse impunis les nombreux crimes de Blaise Compaoré au Burkina, au Liberia, en Sierra Leone et en Côte d’Ivoire. Si le sieur Annan est opposé au retrait des pays africains d’une CPI raciste et néocolonialiste, c’est qu’il n’a tiré aucune leçon des souffrances endurées par l’Afrique depuis plusieurs siècles. Même le génocide rwandais (avril-juin 1994), qu’il fut incapable d’empêcher alors qu’il en avait les moyens, ne l’a pas instruit car c’est bien avec sa complicité que Chirac et Sarkozy ont massacré de nombreux Ivoiriens en novembre 2004 et avril 2011. Si Annan comprenait quelque chose à la tragédie de l’Afrique, si ce continent lui tenait vraiment à cœur, s’il était un Africain libre et digne, il n’aurait pas raisonné comme [il l’a fait] lors de son passage au Cap (Afrique du Sud) le 8 octobre dernier, en qualifiant le retrait de l’Afrique de la CPI de honteux. Si quelqu’un devrait avoir honte, ce ne sont pas les courageux présidents africains qui désirent quitter une organisation utilisée par l’Occident pour humilier les Africains, mais celui qui est prompt à défendre des gens qui croient avoir reçu de je ne sais quel Dieu le mandat ou la mission d’humilier, de voler, violer et tuer constamment le Noir. M. Annan, ce n’est pas la Commission africaine de l’UA, dirigée par la Sud-Africaine Mme Dlamini-Zuma, qui devrait éprouver de la honte mais le “peau noire, masque blanc” et suppôt de l’Occident que vous êtes ! C’est vous qui faites honte à l’Afrique et ne cessez de la déshonorer. Mais faut-il vraiment s’étonner que l’ancien secrétaire général de l’ONU se comporte de la sorte ? Est-il surprenant qu’il se soit dressé contre les partisans d’une Afrique digne et libre ? Non, car, à voir les choses de plus près, le Ghanéen fait partie, avec les Sénégalais Abdou Diouf et Abdoulaye Wade, le Béninois Albert Tévoédjrè, de “cette génération de diplômés africains ayant choisi de trahir leur continent pour mener une médiocre carrière personnelle”. Quand cette génération s’exprime, c’est l’Occident qui s’exprime en elle. Quand elle élève la voix, c’est la voix du maître qu’il convient d’entendre. On commettrait donc une grave erreur en croyant que les propos tenus par Annan en Afrique du Sud viennent de lui. Personne ne devrait le prendre au sérieux. Tel un perroquet capturé en brousse, il ne fait que répéter ce que pense et dit l’Occident depuis que les Africains ont découvert le parti pris et la supercherie de la CPI. En somme, il mène le combat de l’Occident, car pourquoi n’a-t-il jamais demandé qu’Alassane Dramane Ouattara, Guillaume Soro, Chérif Ousmane, Issiaka Ouattara, Ousmane Coulibaly alias Ben Laden, Koné Zakaria et autres criminels soient arrêtés et jugés, eux que toutes les organisations de défense des droits de l’homme accusent d’avoir commis de graves violations des droits humains ? Pourquoi ne dénonce-t-il pas la non-assistance à personnes en danger à l’origine de la mort de plus de 300 migrants africains à Lampedusa (Italie) ? Pourquoi n’a-t-il pas le courage de dire aux Occidentaux que si des Africains sont de plus en plus attirés par l’Europe, c’est en partie parce que l’Occident a pillé et appauvri leurs pays comme l’a bien démontré l’économiste française Viviane Forrester ? Bref, Annan n’a jamais réfléchi par lui-même et pour lui-même. Ceux qui, comme lui, sont incapables de penser différemment du Blanc sont malheureusement légion car on les trouve aussi dans le monde universitaire et les congrégations religieuses. Voltaire les appelle des laquais qui ont l’impression de s’approprier la puissance de leurs maîtres en imitant leurs vices : pratique de l’homosexualité et de la pédophilie ou appartenance à des sociétés secrètes comme la Franc-Maçonnerie ou la Rose-Croix. Indignes et immoraux, les pions de l’Occident peinent à réaliser que “c’est le colonialisme qui crée le patriotisme des colonisés” et que, “quand un peuple n’a d’autre ressource que de choisir son genre de mort, quand il n’a reçu de ses oppresseurs qu’un seul cadeau, le désespoir, c’est son malheur qui deviendra son courage” et que “cet éternel refus que la colonisation lui oppose, il en fera le refus absolu de la colonisation”. Tout ceci pour dire que les divagations de Kofi Annan sont sans intérêt pour nous. Les Africains qui se sont mis à la remorque de l’Occident comme lui pour leur petit confort personnel ne méritent que d’être ignorés et méprisés. La seule chose que nous devrions suivre avec attention, c’est la prochaine assemblée de l’UA : les dirigeants africains iront-ils jusqu’au bout de leur projet de ne plus faire partie de la CPI qui semble avoir été créée pour le malheur des Africains ? À leurs risques et périls, oseront-ils vraiment se retirer de la CPI ? S’il a lieu, ce retrait ne sera cependant pas suffisant. Il faudra aller plus loin dans la prise en main de notre destin. Par exemple, veiller à soutenir ouvertement et massivement les chefs d’État africains que l’Occident trouve gênants ou peu accommodants comme la Southern African development community (SADC) a soutenu Robert Mugabe quand Tony Blair et David Cameron voulaient le renverser, créer notre propre banque de développement plutôt que de continuer à passer sous les fourches caudines du FMI et de la Banque mondiale dont les programmes d’ajustement structurel se sont révélés pires que la maladie dont souffraient les économies africaines, boycotter systématiquement les présidents installés au pouvoir et/ou soutenus par l’Occident, doter enfin le continent d’une télévision et d’une radio capables de rivaliser avec Al Jazeera. C’est en s’engageant dans cette voie que l’Afrique pourra montrer qu’elle a changé de cap et qu’elle donnera raison à Clemenceau quand il disait : “Il n'y a pas de droit des nations dites supérieures contre les nations inférieures. Il y a la lutte pour la vie.” Si l’Afrique ne veut pas mourir, elle est obligée de lutter. Et la lutte finit par payer. En conclusion, retenons que nous n’avons pas de temps à perdre avec les objurgations et gesticulations des valets de l’Occident. La seule chose sur laquelle nous devrions nous concentrer parce qu’elle ferait plaisir aux nationalistes africains brisés ou assassinés par l’Occident, c’est le combat pour “une rupture et non un compromis [car le colonisé] a été arraché de son passé et stoppé dans son avenir, ses traditions agonisent et il perd l’espoir d’acquérir une nouvelle culture, il n’a ni langue, ni drapeau, ni technique, ni existence nationale ni internationale, ni droits, ni devoirs : il ne possède rien, n’est plus rien et n’espère plus rien. De plus, la solution est tous les jours plus urgente, tous les jours nécessairement plus radicale. Le mécanisme de néantisation du colonisé, mis en marche par le colonisateur, ne peut que s’aggraver tous les jours”. Et, quelques lignes plus loin, Albert Memmi ajoute : “Plus l’oppression augmente, plus le colonisateur a besoin de justification, plus il doit avilir le colonisé, plus il se sent coupable, plus il doit se justifier, etc. Comment en sortir sinon par la rupture, l’éclatement, tous les jours plus explosif, de ce cercle infernal ? La situation coloniale, par sa propre fatalité intérieure, appelle la révolte. Car la condition coloniale ne peut être aménagée ; tel un carcan, elle ne peut qu’être brisée.” Pourquoi continuer à parler de colonisation alors que les Africains ont pris les rênes de leurs pays depuis 1960 ? Parce que la vraie décolonisation n’a jamais eu lieu.

J.-C. Djéréké

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Source : CIVOX. NET 12 Octobre 2013

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