jeudi 24 octobre 2013

LA MORT DE KPÉA DOMIN ET LE MULTIPARTISME

Houphouët vit-il dans les événements d’Adzopé l’amorce de la fin de son règne ? On peut
Charge de la police contre les manifestants
le 2 mars 1990
répondre sans risque par l’affirmative vu les décisions qu’il arrêta au lendemain de ces faits. En effet, non seulement il décida à nouveau de la fermeture de toutes les structures de formation du primaire jusqu’au supérieur, mais il proclama contre toute attente, l’année scolaire et universitaire 1989-1990, « année blanche ». Ensuite, il fit courir le bruit de son départ du pouvoir. La presse internationale fit de cette rumeur, son chou gras. Lettre d’Afrique, dans sa livraison du 11 avril 1990, crut savoir que le départ d’Houphouët, était imminent et même fixé dans le mois de juin de l’année en cours. Tous les acteurs politiques de l’ombre entrèrent alors en action. Ils furent nombreux à comprendre que les temps étaient désormais propices pour réclamer des droits politiques pour les Ivoiriens. Ainsi donc, dans le sillage du Synares qui depuis le début de l’année ne cessait, outre ses revendications corporatistes, de réclamer l’institution de la démocratie pluraliste, un homme allait se lever et braver les peurs. Il s’agit de Laurent Gbagbo qui était revenu à l’IHAAA. Face aux hésitations de certains de ses aînés progressistes comme lui, qui pensaient que le fruit n’était pas suffisamment mûr pour être cueilli, et comme mû par tous ces événements qui accéléraient l’histoire politique de la Côte d’Ivoire, Gbagbo prit son courage à deux mains et alla dès le 3 avril, trois jours avant la mort brutale de Kpéa Domin, déposer les statuts et règlements intérieurs de son nouveau parti, le FPI, au ministère de l’Intérieur. Avec comme objectif stratégique d’activer au plus vite l’article 7 de la Constitution ivoirienne de 1960. Cet acte de bravoure tactique fut salué partout par le peuple qui était dans l’attente, pourrait-on dire, de cet événement politique. En déposant le premier les textes du Fpi, il positionna son parti dans l’arène politique du pays, ce qui lui permettra de s’incruster durablement dans les consciences des masses populaires. S’étant rendu compte que rien n’était arrivé à Gbagbo et à ses compagnons, Francis Wodié, le 19 avril suivant, annonça la création de son parti, le parti ivoirien des travailleurs (Pit). De leur côté, les élèves et étudiants qui militaient de manière éparse dans plusieurs mouvements syndicaux, pour se donner une force et une conscience de groupe d’intérêts, décidèrent de coaliser tout, et le 21 avril, ils créèrent la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (Fesci), à la paroisse sainte Famille de la Riviera. Dans cette ambiance, pour ne pas que le Pdci prenne l’eau de toutes parts, les animateurs d’un courant rénovateur au sein de ce parti, demandèrent courageusement et sans faux-fuyant à la
La "Une" de Fraternité Matin du 7-3-90
direction de leur parti d’ouvrir le pays au multipartisme. Le Pdci ainsi contraint, reconnut le pluralisme politique le 30 avril et son gouvernement, par un acte solennel pris en Conseil de ministres, proclama le 3 mai 1990, le retour du multipartisme en Côte d’Ivoire. Ce fut une grande victoire des forces progressistes et démocratiques ivoiriennes, mais une victoire pour le peuple qui a su en temps voulu, surmonter ses peurs et prendre son destin en main. Dans cette conquête de nos droits politiques, dans cette bataille pour obtenir les libertés d’opinion, d’association, de réunion, et tous les autres droits démocratiques, si on peut saluer avec déférence le rôle primordial joué par Laurent Gbagbo qui, par ses batailles politiques commencées très tôt contre l’unanimisme du parti unique, a aiguisé la conscience populaire des Ivoiriens, si on peut hautement apprécier l’action éminemment salutaire du Synares sous Marcel Etté dans ses revendications syndicales à relents politiques dans la mobilisation des fonctionnaires et autres salariés à se dresser contre le pouvoir liberticide, exploiteur et expropriateur du Pdci, il faut avec honnêteté reconnaître que les jeunes et surtout les élèves et étudiants des années 90 ont été le moteur du changement qualitatif au plan politique intervenu en Côte d’ivoire. Il faut savoir s’en souvenir et leur rendre un jour un hommage mérité et leur dédier une journée nationale autour du symbole sous forme de stèle que doit représenter le martyre d’Edouard Kpéa Domin dans le sang duquel ont trouvé racine le Multipartisme et la Démocratie dans notre pays.

Lazare Koffi Koffi
(Extrait de son livre en préparation : « Côte d’Ivoire, ma passion ») 

 
en maraude dans le web
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Source : Le Quotidien d’Abidjan 23 Octobre 2013

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