dimanche 9 août 2015

En feuilletant « De Phnom Penh à Abidjan. Fragments de vie d’un diplomate ».4/5

Quatrième Partie
Le Gbagbo des mauvais jours 

« Cette autre face est beaucoup plus difficile à cerner tant la frontière entre « Jean-qui-rit » et « Jean-qui-pleure » est ténue, surtout chez un homme du gabarit et de l’amplitude de Laurent Gbagbo. C’est peut-être parce que nous n’avons pas su faire avec le Gbagbo des jours ordinaires que nous avons été confrontés à celui autrement plus dangereux et perfide des temps de crise. Sa méfiance vis-à-vis de la France est toujours restée à fleur d’eau, sans jamais qu’elle rejoigne la haine viscérale que pouvait éprouver à notre égard un Ravalomanana, président malgache. Là se situe également la problématique de sa responsabilité personnelle dans les événements et des influences néfastes qu’ont pu jouer différents éléments identifiés de son entourage qui nous étaient foncièrement hostiles. » 

Cette dernière phrase est peut-être la clef de toutes nos tragédies nationales. A bien y regarder, tous les drames ivoiriens depuis le milieu des années 40 peuvent s’expliquer par là : les Français ne supportent pas qu’il puisse y avoir dans l’entourage de leur favori, des gens qui soient susceptibles soit de les empêcher de le contrôler, soit de l’entraîner à la longue dans des voies contraires à leurs intérêts. On se souviendra à ce propos du fameux avertissement de François Mitterrand à Houphouët au lendemain du retournement du leader du Rassemblement démocratique africain (RDA) : « Pour ne pas alimenter de vaines espérances, la politique de réformes et de progrès devait éviter d'être confondue avec une réaction de faiblesse. C'est pourquoi je crois sage d'indiquer à Monsieur Félix Houphouët-Boigny que les moyens de la force mis à la disposition des gouverneurs seraient de toute manière accrus, ce qui permettrait de parer, le cas échéant, aux déviations que susciteraient les adversaires de cette politique »[1]. Avertissement qui fit à Houphouët un effet très durable, à en juger d’après cet aveu public lâché le 30 janvier 1992 : « Tous ceux qui sont comme moi, [qui] ont été reçus sur les bords de la Seine pour défendre les aspirations légitimes de nos compatriotes, la liberté confisquée, la dignité piétinée, où sont-ils ces braves camarades ? Ceux avec qui nous avons lutté pour gagner la première phase de la lutte, l'indépendance politique, combien sont-ils aujourd'hui aux postes de responsabilités ? Certains sont morts, paix à leur âme. La plupart ont été chassés par ordre des colonialistes. Deux seulement avaient démissionné : Ahidjo qui vient de mourir, et Senghor qui, lui, est assis, il le pense, confortablement dans le fauteuil de l'immortel... Il ne reste que votre seul serviteur. Je suis le seul, à l'heure actuelle. Donc mes responsabilités sont très lourdes. Allez à l'hôtel Ivoire, vous y verrez des anciens chassés du pouvoir ou leurs familles. »[2]. Sommé par le cri public de châtier son chef d’état-major, le colonel Robert Guéi qu’une commission d’enquête créée par lui avait désigné comme le responsable direct de l’attaque gratuite de la résidence universitaire de Yopougon par la Firpac[3], dans la nuit du 17 au 18 mai 1991, il justifiait ainsi son refus de le punir. Traduit en langage clair, cela voulait dire : « Si moi, Houphouët, je n’avais pas toujours fait ce qu’ils voulaient quand ils le voulaient et comme ils le voulaient, les colonialistes m’auraient également fait tuer, ou chassé du pouvoir. Donc je me garderais bien de tenter le diable en m’en prenant à ce militaire dont ils ont fait leur favori… ».

« L’Afrique a ses mystères et son opacité et, là encore, j’avoue n’avoir pas été capable de tracer la part des responsabilités dans les différentes étapes qui ont jalonné notamment la crise de 2004. »  

Où l’on constate que, à l’instar d’André Gide[4], chaque Français qui va en Afrique emporte dans sa tête « La Mentalité primitive » de Lucien Lévy-Bruhl, tel un guide du routard ethnologique…

« Je n’étais pas encore arrivé à Abidjan lorsque Laurent Gbagbo a commencé à s’en prendre à la France en septembre 2002. » 

Et, évidemment, il ne s’était rien passé d’autre qui pouvait expliquer que le chef de l’Etat ivoirien s’en prenne à la France…

« Il lui reprochait de n’avoir pas écrasé, comme il le demandait, les rebelles venus du nord et dont on sait qu’ils étaient soutenus par le Burkina Faso. »  

Et le Burkina Faso, qui le soutenait ? Au début de cette histoire, alors qu’il ne s’agissait encore que du Liberia, analysant le rôle actif que le Burkina Faso jouait dans cette guerre civile, le périodique « L’état du monde » remarquait la disproportion entre ce rôle et les capacités en tout genre de ce pays pauvre enclavé. A la même époque, certains observateurs signalaient l’implication de l’agent provocateur multicarte Jean Mauricheau-Beaupré – (il travaillait aussi très vraisemblablement pour la CIA) –, ainsi que les visites officielles de Michel Dupuch, l’ambassadeur de France en Côte d’Ivoire, à Gbarnga, qui était le QG de Charles Taylor… Lors de ces virées, Dupuch était parfois accompagné par un certain Robert de Saint-Pai[5], qui peut-être n’était autre que « Monsieur Jean », nom de guerre de Mauricheau-Beaupré. S’agissant des soi-disant « rebelles ivoiriens », vers 2002, l’attaché militaire de l’ambassade de France à Ouagadougou sera un visiteur assidu du revêche Ibrahima Coulibaly, dit IB, avant sa substitution par un Guillaume Soro beaucoup plus malléable : « Et dans la logique, effectivement, l’ambassade de France, l’attaché militaire venait me rendre visite chaque deux semaines pour se rassurer que j’étais à Ouaga. (…). Quand il venait, je disais : "Mais moi je suis là" ».[6]

« Il ne nous a jamais été reconnaissant de notre molle intervention qui avait pourtant stoppé l’avancée de ses adversaires et sauvé Abidjan et le pouvoir en place, mais au prix d’une partition durable de la Côte d’Ivoire. »

Donc il fallait aussi les remercier d’avoir fomenté, avec la complicité de leurs larbins burkinabè, cette soi-disant « rébellion », en fait un simple biais pour favoriser l’usurpation d’Alassane-Dominique Ouattara, dit ADO, dont ils rêvaient depuis 1990 ?!

« Cette méfiance à notre endroit s’intensifia très vite lorsqu’à peine un mois après ma prise de fonction et deux semaines après l’arrivée de mon principal conseiller, Paris tenta d’imposer une solution extérieure pour aider à la réunification du pays et à l’organisation d’élections libres et contestées. Suivant la visite de Dominique de Villepin, dont le saut de puce effectué au quartier général des rebelles à Bouaké avait profondément indigné les gens du Sud, la préparation de la conférence de Marcoussis se fit dans une précipitation maladroite et confuse. L’approche cartésienne qui fut la nôtre, inspirée de fumeux et mythiques précédents de conférences nationales de vérité, réconciliation et paix en Afrique qu’on voulait bien nous présenter, ne correspondait en rien à la palabre africaine et à la complexité du jeu politique ivoirien. Encore moins à ce qu’aucun des acteurs ivoiriens, de quelque bord qu’il soit, ne souhaitait se voir imposer. Chacun voulait tout et personne n’était prêt à composer. Aussi, l’« Abidjanaise » chantée à l’unisson au soir de la signature de l’accord par tous ces frères ennemis jouant à s’entrelacer devant les fiers entremetteurs blancs émus aux larmes restera dans mon souvenir comme une bien triste mascarade. Tout aussi ridicule, le déguisement en chef baoulé offert par les Ivoiriens et que Pierre Mazeaud, le principal négociateur de Marcoussis, accepta de porter lors de la réception à l’hôtel du ministre. Les formes utilisées pour tirer cet accord aux forceps furent contreproductives et marquèrent durablement les esprits. La convocation sans préavis puis l’enfermement plusieurs jours durant au centre sportif de Marcoussis dans la banlieue parisienne, la rudesse de la présidence exercée par Pierre Mazeaud, le rôle peu clair que Seydou Diarra joua dans la préparation des travaux dont il sortit Premier ministre à la surprise de tous et, surtout, la décision inique de confier à la rébellion les portefeuilles de l’intérieur et de l’armée furent autant de provocations qui sapèrent d’emblée l’accord bancal obtenu et renforcèrent durablement les haines réciproques.
Mais tout ceci n’était encore qu’un "apéritif".
En ce qui me concerne, le Gbagbo « des mauvais jours » se révéla d’un coup, le samedi 6 novembre, au moment où son aviation était détruite et où la foule de ses partisans envahissait les quartiers sud de la capitale, en direction du 43ème BIMa qui abritait l’état-major de l’opération Licorne. On pourrait voir dans la concomitance de ces deux événements la preuve de la duplicité qui était la sienne depuis le début. Il aura tout de même, dans un premier temps, accusé le coup devant la défaite de son armée et la réaction plus qu’immédiate et vigoureuse de la France. J’ai mesuré deux heures durant cet après-midi-là, lors d’une des épreuves les plus pénibles de ma carrière, la prostration dans laquelle il était tombé. De grands nuages de fumées noires s’élevaient déjà au-dessus d’Abidjan alors que des foules en colère, parfaitement manipulées par les nervis du régime, mettaient systématiquement le feu à nos établissements scolaires. Je décidai de rencontrer le président de toute urgence pour tenter d’arrêter l’insurrection et, sous le prétexte qu’un de ses ressortissants avait été tué le matin-même lors du bombardement de Bouaké, je pris mon collègue américain sous le bras, au moins pour servir de témoin dans l’entrevue orageuse que je m’apprêtai à avoir avec Laurent Gbagbo. »

Un mort étatsunien dont personne n’a retrouvé la trace ensuite, comme s’il ne s’était agi que d’un prétexte pour embarquer les Etats-Unis dans une sale affaire où la France n’avait pas intérêt à se retrouver isolée…

« Nous arrivâmes à la présidence, voisine de ma résidence, dans un camp qui se retranchait à vue d’œil, qui montait en urgence dans les jardins des défenses anti-aériennes et qui arrêta dès l’entrée mes huit gardes du corps. Le président, non rasé et en chemise ouverte sur un tricot de corps douteux, était totalement hébété, comme dans un état second. Le téléphone ne cessait de sonner et, chaque fois qu’il raccrochait plus abattu encore, c’est lui qui nous apprenait, nous qui étions coupés de communication avec nos ambassades respectives, l’escalade inquiétante de l’offensive dans laquelle nous étions engagés. D’abord, ce fut la flotte de ses hélicoptères dont il nous dit qu’elle avait été détruite au palais de Yamoussoukro par des tirs français. Ce fut ensuite les avions qui lui restaient à Abidjan qui furent neutralisés. Nous tâchâmes avec mon collègue américain de ne pas en rester à ces contingences et d’appeler l’attention de notre interlocuteur sur la nécessité absolue d’arrêter la horde de ses « jeunes patriotes » et d’ordonner un retour au calme par une allocution télévisée. Le téléphone sonna une fois encore et, là, Gbagbo m’annonça d’un air dont je ne saurai jamais s’il était piteux ou haineux que les troupes françaises venaient de s’emparer militairement de l’aéroport civil d’Abidjan. Je crus déceler une lueur de critique dans le regard de mon collègue américain. Nous nous levâmes ensemble pour terminer cet entretien de plus en plus difficile et, sous le prétexte de mieux l’informer de la situation en retournant dans nos ambassades, de prendre congé de lui. Le véhicule de mon collègue arriva immédiatement pour le cueillir sur le perron. Je dus attendre près de trente minutes le mien et, devant le visage fermé et hostile des personnels qui m’entouraient, je retournais en forçant les portes dans le bureau du président pour protester avec véhémence contre la rétention qui m’était imposée. Lorsque ma voiture se présenta, le chauffeur de l’EPIGN qui la conduisait était pratiquement nu. Il m’expliqua alors à quel point mon escorte avait été malmenée par la garde présidentielle durant l’entretien. Tandis que je récupérais mes hommes et leurs armes, l’excitation de la troupe locale montait rapidement et n’augurait rien de bon pour cette nuit qui tombait sur Abidjan. Ils avaient fini de monter leur pièce de DCA sur le bord de la lagune Ebrié, artillerie qui sera détruite dans la nuit par le tir d’un missile lancé d’une gazelle française. Ce 6 novembre marqua la fin des rapports rapprochés et cordiaux que j’entretenais depuis ma prise de fonction, deux ans auparavant, avec le président ivoirien. Nous ne nous revîmes que deux fois avant mon départ définitif à l’été 2005. La première rencontre se déroula dans des conditions rocambolesques, alors que Laurent Gbagbo, retranché dans son palais de Cocody, était « protégé » par ses « jeunes patriotes » qui en barraient tous les accès. Nous avions décidé d’une entrevue qui se tiendrait chez lui pour faire le point et examiner les conditions d’une possible sortie de crise. Pour permettre le passage des très nombreux barrages de militants qui le protégeaient, il m’avait délégué son chef d’état-major particulier conduisant une voiture banalisée de la présidence. Par sécurité, je décidais au dernier moment de me faire accompagner de mon fidèle numéro deux, Jean-Hugues Simon-Michel. Nous nous retrouvâmes tapis à l’arrière d’un véhicule aux vitres fumées qui nous mena jusqu’à la résidence présidentielle, dont je découvris une partie secrète que j’ignorais totalement. Rien de positif ne sortit de cet entretien décidé dans l’urgence et dans un climat où d’évidence, tout retour à la normalité était exclu. Aucune explication crédible ne fut apportée quant au bombardement de Bouaké, sinon que Gbagbo nous asséna qu’un soldat, par métier, était destiné à mourir… Lorsque nous nous quittâmes, il me prit à part pour m’assurer que son estime personnelle à mon égard restait entière et qu’il considérait Jacques Chirac comme seul responsable de la situation à laquelle on avait abouti. Je compris que c’était un adieu. »

Le Lidec parle comme quelqu’un qui considère la situation régnant alors en Côte d’Ivoire comme une banale crise « ivoiro-ivoirienne » dans laquelle le pays qu’il représentait n’était impliqué que par hasard, à cause de la mauvaise foi de l’une des parties ivoiriennes. Mais lui-même est-il vraiment de bonne foi ? Ce serait bien de la naïveté, surtout chez un diplomate de son expérience !

« Je revis pourtant Laurent Gbagbo une dernière fois, courant février de cette année-là, par l’intermédiaire de sa directrice adjoint de cabinet qui organisa un dîner discret chez elle. Nous parlâmes jusqu’au petit matin. Le président, retrouvant momentanément nos habitudes, fuma un paquet entier de Gauloises mais ne dévoila rien qui eût pu m’intéresser, notamment sur les événements de Bouaké du 6 novembre. Il m’assura seulement, non sans une force de conviction remarquablement jouée sinon sincère, qu’il n’était pour rien dans l’assassinat de nos soldats. »  

« Une force de conviction remarquablement jouée sinon sincère »… Ha ! C’est nouveau, ça vient de sortir ! Reste à savoir si chez Le Lidec, l’incrédulité mollement suggérée à travers cette formule était sincère ou seulement jouée…

« Quel intérêt pour lui y aurait-il eu, me demanda-t-il. Ce fut notre dernier contact direct. A la veille de mon départ, et alors que Paris décidait de renouveler pratiquement entièrement une ambassade qui avait finalement beaucoup donné et beaucoup souffert, le protocole de la présidence ivoirienne nous informa que nous étions tous, comme le veut l’usage diplomatique, éligibles à une décoration ivoirienne dont le rang serait fonction de la position occupée par chaque récipiendaire. D’un commun accord, nous avons tous refusé un honneur qui n’en serait pas un, puisqu’émanant d’un Etat qui portait la responsabilité de graves atteintes aux droits de l’homme, de l’assassinat de Jean Hélène, de Guy-André Kieffer et des neuf soldats bombardés à Bouaké. »  

Ça fait vraiment beaucoup de sang sur les mains d’un seul homme ! Surtout qu’aucune de ces affaires n’a été vraiment élucidée, ce qui est d’ailleurs la caractéristique de toutes les affaires où « les services » sont impliqués, et surtout quand cela se passe en Afrique. D’ailleurs il serait fort étonnant qu’il y ait, en Côte d’Ivoire, un fait de cette sorte dont les services secrets français, nécessairement très présents ici dans toutes leurs déclinaisons, ne seraient pas à tout le moins « au parfum » ! Je pense très précisément à la mort d’Yves Lambelin et de ses compagnons enlevés en plein jour au Novotel du Plateau ; à celle de Philippe Rémond assassiné dans sa chambre d’hôtel à Yamoussoukro après la prise de cette ville par les FRCI ; à celle encore de Désiré Tagro blessé à mort on ne sait par qui ni dans quelles circonstances, le jour-même de la capture de Laurent Gbagbo ; tous victimes « collatérales » du coup d’Etat du 11 avril 2011… Et il ne faudrait pas oublier Balla Kéita, un ancien ministre proche du général Guéi, qui fut tué à l’arme blanche la nuit du 1er au 2 août 2002 dans la villa, propriété de l’Etat burkinabè, où il résidait à Ouagadougou ; le général Guéi lui-même, son épouse et son aide de camp, et Boga Doudou, le ministre de l’Intérieur en exercice, tués la nuit du putsch manqué qui devait se transformer en une soi-disant rébellion soutenue à bout de bras par la France sous le masque du Burkina Faso de Blaise Compaoré… Et tant que nous y sommes, pourquoi ne pas remonter encore plus loin, jusqu’à Ernest Boka, Jean-Baptiste Mockey et Victor Biaka Boda, pour ne citer que les plus illustres, dont les disparitions tragiques sont encore des énigmes aujourd’hui, sans avoir jamais préoccupé aucun juge Bruguière ni aucun juge Tredevic.
Au regard de tant de vies ivoiriennes saccagées pour que des politiciens sans honneur aux ordres d’affairistes sans scrupules continuent de faire la loi chez nous, tout le tapage fait autour du meurtre de J. Hélène et de la disparition de G.-A. Kieffer est proprement insupportable. D’autant plus qu’eux aussi ont très bien pu être les victimes de ceux qui en accusent les autorités ivoiriennes de l’époque…
Quant à se faire une gloriole d’avoir refusé une décoration qu’on n’a nullement méritée par soi-même, c’est d’un précieux !

« Ce geste a été notre fierté. Toutes et tous ne l’ont pas eue… » 

Ces types sont ink’oayables, vraiment !

(A suivre)

[1] - F. Mitterrand, « Présence française et abandon », Plon, 1957 ; p. 185. C’était peut-être une leçon que Mitterrand avait apprise d’un certain Albert de Pouvourville, auteur en 1933 d’un livre intitulé « Griffes rouges sur l’Asie », où l’on trouve comme une prémonition de l’avertissement du ministre des Colonies de 1950 : « Il est évident qu’il ne sera jamais possible de rallier les nationalistes irréductibles. Il n’y a pas, en ce qui concerne cette catégorie d’individus, de réforme qui tienne (…). La seule politique à suivre à leur égard est celle de la répression impitoyable (…). Tout indigène qui se pare de l’étiquette révolutionnaire doit être hors la loi ; il ne faut pas qu’il y ait d’équivoque à ce sujet. Il est heureusement certain que le nombre de ces irréductibles n’est pas élevé (…), mais ils sont très ardents. Ce nombre augmenterait très vite si, par une générosité mal calculée, nous commettions la faute de composer avec eux, de  leur témoigner de l’indulgence. »
[2] - Le Nouvel Horizon, n° 72 du 31 janvier 1992 (souligné par nous).
[3] - Acronyme de « Force d’intervention rapide para-commando », une unité d’élite qui venait juste d’être créée avec l’assistance du général français Jeannou Lacaze, et dont il semble qu’on a voulu tester l’efficacité de cette manière avant de les utiliser… autrement. Les soldats qui donneront prétexte au coup d’Etat du 24 décembre 1999, puis qui fomenteront la tentative de coup d’Etat du 19 septembre 2002, muée après son échec en soi-disant rébellion appuyée par la France sous le masque du Burkina Faso,  appartenaient à la Firpac.
[4] - Voir « Voyage au Congo » d’André Gide.
[5] - « One of Taylor’s main connections in Abidjan was a French businessman, Robert de Saint-Pai, who lived in Monrovia before the war and was friendly with leading Ivorian businessmen and politicians. Saint-Pai also enjoyed access to the French ambassador in Abidjan, Michel Dupuch, who visited both Gbarnga and Buchanan and developed close links to Taylor. Dupuch was later promoted to become the principal adviser on African affairs to the President of France.  »  (Stephen Ellis, The Mask of Anarchy.  The Destruction of Liberia and The Religious Dimensions… ; Page 93).

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