samedi 15 août 2015

« Dans certains endroits, des gouvernements sont tombés et des dirigeants sont sortis des mouvements clandestins soutenus par nos colonisateurs d'antan »… (Président Mugabe)*


Les dernières assises de la BAD tenues à Abidjan, en Côte d’Ivoire du 25 au 29 mai 2015 auraient dû enregistrer la participation du président zimbabwéen Robert Mugabe. Mais les autorités ivoiriennes, Alassane Ouattara en tête, en ont décidé autrement. C’est en tout cas ce que rapporte le quotidien zimbabwéen Herald, qui rend compte d’une réunion du parti de Mugabe, au cours de laquelle il s’en est pris à Ouattara et à la France, accusé d’être derrière le refus de la Côte d’Ivoire de voir son avion atterrir Abidjan. Le Nouveau Courrier vous propose la traduction de l’article du journal zimbabwéen.
L'Occident utilise les organisations non gouvernementales pour imposer des gouvernements fantoches en Afrique et l'administration ivoirienne actuelle est un exemple de pays qui ne peut pas prendre des décisions indépendantes sans consulter la France, a dit le président de l'Union africaine, le président Mugabe. La Côte d'Ivoire est actuellement dirigée par le président Alassane Ouattara qui a violemment remplacé le président Laurent Gbagbo avec l'aide de la France en 2011.
Le président Mugabe a déclaré que la Côte d'Ivoire, sous la direction du président Ouattara, a été le seul pays africain qui lui a refusé l'entrée de son territoire en sa qualité de président de l'Union africaine – parce que les Français ne l'aiment pas. S’exprimant à la réunion du Comité central de la Zanu-PF à Harare hier (le vendredi 7 août, ndlr), le président Mugabe a déclaré qu'il a été invité en sa qualité de président de l'Union africaine pour la clôture d’une réunion de la Banque africaine de développement qui a eu lieu dans le pays ouest-africain récemment, mais n'a pas pu le faire parce que le président hôte a soudainement prétexté qu'il était malade.
Alors que le président Ouattara avait initialement autorisé la visite du président Mugabe, les autorités ivoiriennes ont étrangement refusé d'autoriser l'atterrissage de son avion. « L'ensemble de l'Afrique sait maintenant que la stratégie des ONG est un moyen d'obtenir le pouvoir, d'acquérir une puissance silencieuse capable d'affecter notre économie, et nos propres systèmes de gouvernement », a déclaré le président Mugabe. « Dans certains endroits, des gouvernements sont tombés et des dirigeants sont sortis des mouvements clandestins soutenus par nos colonisateurs d'antan. Des dirigeants ont été changés comme dans les pays francophones par la France. Un leader qui, hier, a été soutenu par la France, s'il commence à adopter des politiques opposées à la France, doit partir. Dans certains cas, sans vergogne et de façon flagrante, la France a effectivement envoyé ses soldats pour enlever le président du pouvoir. Ils l'ont fait en Côte d'Ivoire et ont imposé Ouattara. Quand un chef est imposé de cette façon, il se comporte selon la volonté de la France – pour être en phase avec ses intérêts nationaux à elle ».
Robert Mugabe a déclaré : « Je vais vous dire ce qui m’est arrivé en tant que président de l’Union Africaine. Il y avait une réunion en Côte d’Ivoire et des ministres des Finances incluant (Patrick) Chinamasa était là. Une de nos banques de développement en Afrique tenait une réunion là-bas et on m’a demandé de tenir un discours à l’ouverture de cette réunion. Je ne pouvais pas y aller parce que je partais à l’investiture du président nigérian (Muhammadu) Buhari.
Donc, les responsables de la BAD ont déclaré que puisque vous ne pouvez pas venir pour l’ouverture (au passage, la banque a son siège en Côte d’Ivoire, mais c’est une banque africaine), pouvez-vous venir pour la clôture et juste faire une déclaration ? J’étais alors au Nigeria. J’ai dit que je viendrais avant de rentrer dans mon pays. Naturellement, nous voyageons en avion et la compagnie aérienne doit s’annoncer – l’avion doit être approuvé pour l’atterrissage si vous voulez atterrir dans un endroit. Leurs propres systèmes aériens civils là-bas, en consultation avec leurs autorités, doivent dire oui. On nous a refusé d’atterrir en Côte d’Ivoire. Nous avons attendu et attendu et c’était toujours non. Nous avons demandé au (ministre) Chinamasa : qu’est ce qui se passe – Ouattara est-il là ? Chinamasa a dit oui, un ministre m’a dit que M. Ouattara avait dit que je pouvais venir.
Le président ne peut pas simplement aller dans un pays sans l’accord du président qui dirige ce pays. Voilà le protocole. Par la suite, ils ont dit que Ouattara est tombé malade. Il est au lit. Il est au lit et donc aucune autorisation n’a été donnée. Donc, nous ne sommes pas allés en Côte d’Ivoire pour prononcer le discours devant notre Banque africaine de développement. C’est le seul pays en Afrique qui nous a refusé l'entrée. Alors pourquoi ? Parce que Ouattara a été imposé à la Côte d'Ivoire par la France et la France a retiré le président qui était là pour le faire juger par la Cour pénale internationale. Voilà ce que vous obtenez. Donc, quand je raconte l’histoire à d’autres présidents, ils disent :
— Ah ! Pourquoi ?
— Parce que la France ne veut pas de  Mugabe. C’est un homme dangereux. Donc, nous n’y sommes pas allés, mais la BAD est notre banque ».
Mugabe a affirmé, citant un autre cas, que le gouvernement de son pays a invité le président d'un certain pays africain à venir ouvrir une foire sur le « commerce équitable » à Bulawayo l'année dernière. Il a révélé qu'en dépit de ce que ce président avait initialement donné son accord, il a refusé de venir deux semaines avant l’événement, en prétextant qu’il avait une réunion urgente avec ses voisins. Le président Mugabe a déclaré qu'il a été informé plus tard par le président équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema Mbasogo que le président invité avait subi des pressions de la France pour ne pas venir.
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(*) - Titre original : « Le président de l’UA très en colère. Mugabe : "Ouattara a été imposé par la France…" ».

Source : Le Nouveau Courrier 11 Août 2015

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