Appel du Caucus des Universitaires américains
d’origine ivoirienne (CUNAMORI) au peuple français
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Pascal Kokora, cofondateur du FPI,
professeur à l'Université Georgetown de Washington DC
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La
Côte d’Ivoire, pays d’Afrique francophone, vit depuis plus d’une décennie une
situation d’injustice qui heurte la conscience humaine et appelle à l’action.
En choisissant aujourd’hui d’interpeller le peuple français sur le martyre du
peuple ivoirien, nous, Caucus des Universitaires Américains d’Origine
Ivoirienne (CUNAMORI), sommes pleinement conscients du caractère iconoclaste de
notre démarche. On le sait, la politique africaine de la France, de gauche
comme de droite, obéit à des codes, normes et conventions immuables qui ont
durablement aidé à installer dans l’opinion publique française la certitude
selon laquelle il n’y a point de débat qui vaille dès lors qu’il s’agit de
l’Afrique. Nous voulons ici et maintenant battre en brèche cette thèse, porter
la discussion au cœur de la société française, au plus près de ses forces vives
: syndicats, associations, étudiants, citoyens engagés ou en rupture de ban
avec la politique. Ce faisant, nous entendons lever le voile sur le drame dans
lequel la France de Jacques Chirac, de Nicolas Sarkozy et de François Hollande,
par ses choix hasardeux, a plongé un pays, la Côte d’Ivoire, moquée en prime
comme le « joyau de sa couronne » coloniale !
Cher
amis français, notre appel ne poursuit donc qu’une seule ambition: dévoiler la
réalité de la situation de la Côte d’ivoire. L’exigence morale ainsi cernée
appelle instamment à la vigilance du peuple français.
Ainsi,
le Caucus des Universitaires Américains d’Origine Ivoirienne (CUNAMORI)
entend-il d’abord rappeler au peuple français que c’est en son nom que la
France officielle, émanation du suffrage universel, agit en Côte d’Ivoire, sans
jamais lui rendre compte de son action dans ce pays.
Le
Caucus des Universitaires Américains d’Origine Ivoirienne (CUNAMORI) exhorte
donc le peuple français à prendre la pleine mesure de la gravité de la
situation que vit le peuple de Côte d’ivoire.
Le
Caucus des Universitaires Américains d’Origine Ivoirienne (CUNAMORI) signifie
au peuple français qu’il est dès lors tout autant responsable que son
gouvernement des impairs commis en Côte d’Ivoire.
Le
Caucus des Universitaires Américains d’Origine Ivoirienne (CUNAMORI) soutient
qu’il n’est plus possible au peuple français de continuer à s’abreuver à une
grille de lecture manipulée qui nie l’injustice commise en Côte d’ Ivoire et
foule aux pieds tout principe au nom des intérêts français. Les intérêts,
parlons-en !
De
grands groupes financiers se servant de l’exécutif français comme VRP de
luxe mènent le bal en Côte d’Ivoire. Bolloré a ainsi la haute main sur les deux
ports stratégiques du pays, Bouygues détient le monopole de l’eau et de
l’électricité tandis qu’Orange est un fournisseur incontournable de la
téléphonie. La France est présente dans le commerce du cacao, du café,
des métaux précieux, du pétrole, etc... Quelque 300 PME hexagonales y
prospèrent adossées aux gardes chiourme de l’armée française basée dans le
pays. La diplomatie de la Côte d’Ivoire est inféodée à celle de Paris.
Le
décor ainsi planté, expliquons maintenant au peuple français ce qui se passe
réellement en Côte d’Ivoire depuis ces 20 dernières années ?
.
Reconnaissons d’abord que la stabilité tant chantée de la Côte d’ Ivoire,
vitrine-otage de la France en Afrique, n’était que flatteuse. À la mort du
vieux Président Houphouët-Boigny a succédé une lutte féroce pour le pouvoir
opposant deux fiers héritiers du parti unique : Henri Konan Bédié et Alassane
Dramane Ouattara. Un Général, Robert Guéi, bras armé de l’oligarchie au
pouvoir, leur ravit le graal et instaure une dictature militaire. Dès lors, la
victoire de Laurent Gbagbo à l’élection présidentielle de septembre 2000 fut
perçue comme une thérapie démocratique pour le pays. Opposant historique à
Houphouët-Boigny et au parti unique, il prône l’accession au pouvoir par la
voie des urnes. Très vite, cette vision novatrice et osée dérange en France où
le vieux subconscient néocolonial n’a pas pris une ride.
Bien
que conscient de l’interdépendance des Etats, Laurent Gbagbo reste cependant un
souverainiste dans l’âme qui voulait faire de la Côte d’ Ivoire un pays
indépendant au même titre que la France, votre pays. Tout naturellement, il ne
peut se faire à cette idée raciste qui fait de tout président africain un
obligé de Paris. Contrairement aux usages, il refuse de travailler sous
la dictée du gouvernement français. L’exercice rétrograde et condescendant
consistant à soumettre l’ordre du jour du conseil des ministres à l’approbation
de Paris lui est insupportable. L’establishment français dans son ensemble lui
fera payer cette outrecuidance. Laurent Gbagbo concentrera alors toutes les
haines des gouvernements successifs français offusqués qu’un leader
ivoirien « sujet de son pré carré
africain », ose remettre en cause l’idylle nouée avec Houphouët-Boigny et
recyclée par Bédié et Ouattara.
Cette
idylle a un nom : la Françafrique, un système d’exploitation multiforme honteux
que François Mattei, journaliste d’investigation français, décrivait
ainsi en 2014 :
« Ce sont des
mécanismes de domination coloniale qui sont supposés avoir disparu, qui
officiellement ont disparu, mais qui sont en fait masqués. Les piliers de la
Françafrique existent bel et bien : présence militaire française en Afrique
avec plus de 10.000 hommes et des interventions fréquentes, des accords de
défense qui permettent cette présence militaire, la haute main de la France sur
le sous-sol de ces pays, par exemple pour l’uranium du Niger qui assure le
quart de production électrique française, et le contrôle de la monnaie, le
franc CFA, qui est imprimé en France, en Auvergne, et qui est géré par le
Trésor public français. Aujourd’hui, la France prend 50 % des devises
d’exportations de ces pays : ventes de cacao, café et minéraux, notamment, pour
garantir la monnaie ».[1]
Chers
amis français, vous conviendrez que pareille ignominie n’est acceptable nulle
part au monde. Encore moins en…France, un pays connu et reconnu pour son
nationalisme sourcilleux. Le Général de Gaulle n’avait-il pas « foutu » les
Américains dehors sans égard aucun pour leur déterminante contribution à la
libération de la France des griffes du nazisme ? Laurent Gbagbo est-il un
épigone de de Gaulle ? A vous d’en juger.
Avant
son accession au pouvoir d’Etat et aussi au cours de sa gouvernance, Laurent
Gbagbo a témoigné de son aversion pour la Françafrique. L’agenda qu’il élabore
pour lutter contre ce phénomène abject est très détaillé :
.
Laurent Gbagbo veut obtenir le démantèlement du 43ème Bima, base militaire
française installée à Port-Bouët, au sud d’Abidjan, par le Général de Gaulle et
au plaisir obséquieux d’Houphouët-Boigny, premier Président du pays.
.
Il entend se retirer du Franc CFA, cette monnaie coloniale qui travaille contre
les économies africaines.
.
Il rejette le tête-à-tête stérile avec la France pour promouvoir une politique
du « donnant-donnant » et d’égalité en diversifiant les partenaires
économiques. Il se rend ainsi en Chine en avril 2002 pour toucher du
doigt les leviers ayant permis à ce pays de sortir du sous-développement.
.
Au rebours de ses pairs africains, il refuse la mendicité de l’aide au
développement et met en place un « budget sécurisé ». Ce budget réoriente
radicalement la philosophie du développement en vigueur en décrétant que la
Côte d’ Ivoire se doit d’abord de compter sur ses propres ressources et ne
considérer tout apport extérieur que comme appoint. En principe, pareille
innovation aurait dû ravir la France, elle qui − on ne nous le rappelle que
trop souvent − se dit contrainte de porter à bout de bras des pays
africains défaillants. Que nenni ! Allez savoir pourquoi !
.
Il dénonce un code des investissements irresponsable autorisant les entreprises
étrangères − majoritairement françaises − installées en Côte d’ Ivoire à
rapatrier la totalité de leurs bénéfices, obérant ainsi toute possibilité d’un
véritable décollage économique du pays.
Au
plan symbolique :
.
Il dédaigne les fameux sommets franco-africains dont l’objectif inavoué est de
réévaluer constamment et de conforter la place centrale de la France dans sa
basse-cour africaine tout en infantilisant les dirigeants africains et leurs
peuples.
.
En patriote vigilant, il interdit à son armée de se joindre aux rituels défilés
du 14 Juillet à Paris car il a conscience que ce faisant, il rétrocède
l’indépendance de son pays à la France.
.
Il n’accepte pas que l’on veuille faire financer les scrutins nationaux –
baromètres de souveraineté - par la France avec laquelle il entendait
d’ailleurs traiter d’égal à égal.
.
Alors que ses pairs africains en villégiature imméritée en France, regardent ce
pays comme un horizon indépassable, y dilapidant les deniers de leurs pays,
lui, trouve plaisir à se reposer dans les stations balnéaires modestes de
la Côte d’Ivoire.
.
N’ayant ni biens personnels ni comptes bancaires en France, il passe pour une
anomalie aux yeux de ses pairs.
Visiblement,
Laurent Gbagbo était devenu un symbole gênant que la France se devait de
neutraliser au plus vite au risque d’ouvrir la porte à une contagion
mortelle dans sa sphère d’influence. La rébellion sanguinaire de septembre 2002 −
rébellion de restauration du vieux système de privilèges − soutenue par les
gouvernements de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy trouve ici tout son sens.
Tout y passa: intelligence, soutien logistique, diabolisation et lynchage
médiatique de Gbagbo, campagne diplomatique de pression, tout fut mis en œuvre
pour tuer dans l’œuf une espérance, une expérience unique d’émancipation
politique, économique et culturelle en Afrique francophone en ce début de 21e
siècle. Laurent Gbagbo ne pourra plus gouverner librement et dérouler son programme
de bien-être au profit des populations et devra, pour la sauvegarde de la paix,
partager le pouvoir avec un groupement de rebelles adoubés par la France.
Ainsi
seront signés les fameux Accords de Marcoussis − accords de paix en trompe
l’œil − ayant permis à la France non seulement de temporiser pour
réorganiser une rébellion de vieux soudards incapables mais aussi et surtout de
déposséder le président Gbagbo de ses prérogatives légitimes, le tout dans un
contexte de gouvernement d’union où dirigeants élus démocratiquement et
rebelles incultes formaient un attelage improbable. Et pour cause, la France en
grande ordonnatrice redoutait une sortie de crise avec un Laurent Gbagbo
renforcé dans sa légitimité.
Un
scrutin présidentiel truqué d’avance par les officines françaises et hanté par
une rébellion toujours en armes se tient en 2010. Il oppose Laurent Gbagbo aux
deux obligés de la France, Henri Konan Bédié et Alassane Dramane
Ouattara. Gbagbo est déclaré vainqueur par le Conseil Constitutionnel de son pays,
juge suprême des élections. La Commission Électorale Indépendante à son tour
proclame M. Ouattara élu au mépris des dispositions de la loi électorale mais
avec le soutien ferme et constant des bénéficiaires de la déstabilisation du
pays : la Communauté internationale, une entité qui se réduit ici à une poignée
de pays occidentaux menés par la France. Sûr de son fait et par souci
d’apaisement, Gbagbo préconise un recomptage des voix sous la supervision de
l’Union Africaine ou de toute autre institution crédible. Refus hystérique de
Ouattara et de ses alliés occidentaux menés par le Secrétaire Général de l’ONU,
M. Ban Ki-Moon et son représentant en Côte d’Ivoire, M. Choi, un homme des
basses besognes. Quant à Nicolas Sarkozy, son hostilité envers Laurent
Gbagbo et son activisme au profit de Ouattara laissent pantois. Ainsi, la
solution du recomptage concédée à Al Gore en 2000 par la Cour Suprême de la
Floride (recomptage annulé, il est vrai, après coup le 12 décembre 2000 par la
Cour Suprême des États-Unis), préconisée ensuite en Haïti en 2010 par Bill
Clinton et la France et récemment implémentée au Gabon en 2016, était du coup
brocardée comme « perte de temps !!! ». On comprendra très vite le but de la
manœuvre : imposer une solution militaire.
La
guerre en Côte d’Ivoire sera atroce, faisant plus de 20 000 morts. Sur le
terrain, lors de la bataille décisive d’Abidjan en avril 2011, la déroute des
mercenaires de Ouattara contraint la France, son alliée, à jeter le masque. Les
hélicoptères d’attaque du contingent français “La Licorne” massacrent alors les
populations civiles indignées qui tentaient de rallier le quartier présidentiel
de Cocody. Le bilan macabre, largement sous-évalué, fait état de 300 morts en
l’espace d’une journée. L’armée d’occupation de Sarkozy épaulée par le
contingent des Nations-Unies, pilonne également les casernes militaires d’Agban
et d’Akouédo à Abidjan. Enfin, toujours appuyées par les hélicoptères de
combat, les forces françaises bombardent au lance-missile le palais présidentiel
d’un pays indépendant et capturent son Président légitime pour, in fine,
rétablir la domination impériale de la France sur la Côte d’Ivoire, son
ancienne colonie.
Chers
amis français, méfiez-vous des campagnes d’intoxication financées à coup de
milliards d’euros par le pouvoir d’Abidjan et menées par certains journalistes
corrompus de l’Hexagone. Retenez que M. Ouattara n’a pas gagné l’élection
présidentielle de 2010. Pour conforter son pouvoir usurpé, il a dû, au pas de
charge et contre tout bon sens, transférer Laurent Gbagbo à la Cour Pénale
Internationale pour y être jugé pour crimes de guerre et crimes contre
l’humanité. Aujourd’hui, cela fait déjà six ans que les vainqueurs de la guerre
sont au pouvoir et à l’œuvre en Côte d’Ivoire. Quel bilan ?

La
réconciliation, clé de voûte de la cohésion nationale, reste un vœu pieux.
Charles Konan-Banny, le Président de l’ex-Commission Dialogue, Vérité,
Réconciliation (CDVR), créée le 13 juillet 2011, fut sommé par Ouattara de
ranger son rapport au placard. M. Banny met aujourd’hui en garde, recommandant
de ne point confondre le « calme avec la paix ». Une « justice des
vainqueurs » est en marche, frappant toujours dans le camp de Laurent Gbagbo,
jamais dans celui de Ouattara, qui peut ainsi nier impunément les crimes
imputés à ses mercenaires par les ONG internationales. Ces criminels en
treillis font actuellement office d’armée nationale de la Côte d’Ivoire ! Cerise
sur le gâteau, ceux-ci viennent d’obtenir individuellement de leur employeur
Ouattara, par la force des armes, une villa et le versement d’une « prime
de rébellion » estimée à 12 000 000 FCFA, soit 18 000 Euros: une vraie misère,
n’est-ce pas ? Du coup, le pays est contraint à un exercice d’ajustement
hâtif de ses finances. Et si toutes ces largesses avaient été consenties
hors-budget dans le plus démocratique des pays !
Au
plan social, c’est le désenchantement. Si le régime s’octroie volontiers
des taux de croissance à deux chiffres, les populations crient famine.
C’est donc une croissance appauvrissante que les médias français aux ordres
refusent de qualifier comme telle. Aujourd’hui, les foyers ivoiriens sont
abonnés à la «mort subite », doux euphémisme pour nommer le seul,
unique et précieux repas quotidien. Le chômage atteint des proportions
inédites. Le « rattrapage ethnique » − trouvaille discriminatoire de M. Ouattara
− qui réserve les emplois publics et privés aux seuls pro-Ouattara originaires
du septentrion ivoirien - fait office de politique nationale de l’emploi dans
un pays où cohabitent pourtant une soixantaine d’ethnies ! Livrée à elle-même,
la jeunesse, gage de survie de la nation, se gangstérise en se décomposant en «
microbes » et autres « coupeurs de routes » : viols, attaques à la machette et
meurtres gratuits sont le lot quotidien des populations ivoiriennes dans un
silence sonore, comme autant de tributs cyniques payés au recyclage des
mercenaires de Ouattara. Une nouveauté : de nombreux jeunes fuyant le « paradis
» de Ouattara s’en vont mourir sur les plages méditerranéennes. C’est pourquoi,
la complaisance de la France officielle qui, au nom des intérêts, déroule le
tapis rouge au dictateur Ouattara en visite à Paris est choquante et mérite
d’être dénoncée. Voilà donc le visage de la Côte d’Ivoire de Ouattara
telle que voulue par ses soutiens extérieurs.
Peuple
français, le Caucus des Universitaires Américains d’Origine Ivoirienne
(CUNAMORI) connaît ton esprit d’engagement. Des horreurs du Liban aux
crimes odieux de la Bosnie, des tragédies de l’Irak au martyre de
l’Arménie, tu as toujours fait montre d’une capacité d’indignation qui
force le respect. Ta mémoire ne doit pas être sélective. Refuse de cautionner
les dérives nostalgiques des gouvernants français sans vision qui ont
décrété la fin de l’Histoire en Côte d’Ivoire en prenant fait et cause pour
le régime du gouverneur tropical Ouattara. Ne te rends pas complice de
ton gouvernement et de ses élites mafieuses qui s’allient volontiers aux
dictateurs africains véreux pour se partager les richesses de la corruption, du
vol et des viols. Agis dès maintenant ! Ose-leur demander des comptes quant aux
visées de la politique poursuivie en Côte d’ivoire en ton nom. Faute de quoi,
après la déflagration qui s’annonce, ton « je ne savais rien de tout ça »
tombera dans des oreilles de sourds. Car demain, il sera trop tard.
EN MARAUDE DANS LE WEB
Sous cette rubrique, nous vous proposons des
documents de provenance diverses et qui ne seront pas nécessairement à
l'unisson avec notre ligne éditoriale, pourvu qu'ils soient en rapport avec
l'actualité ou l'histoire de la Côte d'Ivoire et des Ivoiriens, ou que, par
leur contenu informatif, ils soient de nature à faciliter la compréhension des
causes, des mécanismes et des enjeux de la « crise ivoirienne ».
Source : http://www.afriquematin.net 8 avril 2017
[1] - Cf. La Françafrique est une réalité. In
Buzzles. La pièce d’infos qui vous manque. Rubrique Internationale du 30
novembre 2014.
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