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LNZ (au centre) à Strasbourg, le jour de l'indépendance du Ghana |
NOTRE HOMMAGE A UN CITOYEN EXEMPLAIRE
Laurent
Nguessan-Zoukou, ancien PCA de l’AGETU, ancien
conseiller technique au ministère de l’Enseignement supérieur et technique, membre
fondateur du Parti ivoirien des travailleurs (PIT), membre fondateur du Syndicat
national de la recherche et de l’Enseignement supérieur (SYNARES), maitre-assistant
à l’Ecole normale supérieure à la retraite, s’est éteint le 13 avril à l’âge de 83
ans.
Laurent
Nguessan-Zoukou était un ancien dirigeant de l’Union générale des étudiants de la Côte d’Ivoire sous
les mandats d’Abdoulaye Fadiga (1958-1959) et de Marcel Anoma (1959-1960). Il
était chargé tout spécialement de la rédaction et de la diffusion de
« Ko-Moë », l’organe de L’UGECI. A ce titre il aurait dû être l’un de
la quinzaine d’étudiants indépendantistes qu’Houphouët demanda à Foccart de lui
livrer en juillet 1961 mais, ayant par miracle échappé à l’arrestation, il
passa en Allemagne de l’Ouest, d’où il gagna la Guinée. Au moment de l’affaire
dite des « faux complots », il était enseignant à Labé lorsqu’il fut
enlevé nuitamment et ramené en Côte d’Ivoire pour être jeté dans la geôle
privée d’Houphouët, à Assabou.
Dans
notre génération, Laurent Nguessan-Zoukou fut le premier à s’engager réellement
en politique. Très tôt en effet, avant même l’indépendance de la Gold Coast
(actuel Ghana), il avait choisi d’adhérer à la mouvance panafricaniste dont
George Padmore, le conseiller de Kwame Nkrumah, était alors l’apôtre. Et c’est
donc tout naturellement qu’il fut, parmi nous, toujours, en toutes
circonstances, tel la vigie en haut du mât, celui qui montrait la route, signalait
les écueils et indiquait les passes.
« L'histoire des nations n'est pas
faite que de batailles, de bruit et de fureur. Et il se peut que tel qui l'a
traversée sans qu'on le remarque vraiment, ne l'a pas moins dignement marquée
que cet autre qui déplaçait sur son passage les nuages d'une gloire douteuse.
Car, souvent, quand les nuages se sont dissipés, ne demeure qu'un homme quelconque », écrivais-je naguère dans une brève oraison
funèbre du président Auguste Denise. Ce propos s’applique aussi très exactement
à celui qui était, depuis 1956, l’un de mes amis les plus chers, mon camarade, mon
presque frère. La vie de Laurent Nguessan-Zoukou fut discrète mais elle n’a pas
été vaine ; il laisse une magnifique trace de son passage parmi nous :
« Régions et régionalisation en Côte d’Ivoire », son unique livre,
mais un livre essentiel, un livre que tout patriote et tout démocrate ivoirien
doit lire.
Ceux d’entre nos amis lecteurs qui ne connaissent pas encore ce bel ouvrage pourront en prendre un avant-goût à travers la recension que j’en fis au moment de sa parution pour « Téré », l’organe du Parti ivoirien des travailleurs, sous le titre : « Comme un manuel d’instruction civique ». Mais ils en apprendront bien plus sur les qualités de ce livre et sur ce que nous devons à son auteur en lisant l’article que le célèbre biographe et critique Frédéric Grah-Mel lui a consacré dans le mensuel « Voix d’Afrique », N°16, Février 1991, qu’ils trouveront ci-dessous (format pdf).
Marcel Amondji (24 avril 2017)
Ceux d’entre nos amis lecteurs qui ne connaissent pas encore ce bel ouvrage pourront en prendre un avant-goût à travers la recension que j’en fis au moment de sa parution pour « Téré », l’organe du Parti ivoirien des travailleurs, sous le titre : « Comme un manuel d’instruction civique ». Mais ils en apprendront bien plus sur les qualités de ce livre et sur ce que nous devons à son auteur en lisant l’article que le célèbre biographe et critique Frédéric Grah-Mel lui a consacré dans le mensuel « Voix d’Afrique », N°16, Février 1991, qu’ils trouveront ci-dessous (format pdf).
Marcel Amondji (24 avril 2017)
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Cinq des six Ivoiriens de Strasbourg. LNZ est à droite |
COMME UN MANUEL D’INSTRUCTION CIVIQUE…[1]
« Les philosophes, dit l’un d’eux, n’ont fait
qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe, c’est de le
transformer ».
Mais, lorsqu’il s’agit de cette malheureuse partie du monde, l’Afrique Noire,
où se situe notre pays, s’il fallait lui appliquer cette formule, est-ce qu’il
ne serait pas plus juste de la lire à l’envers, tout ce qui regarde l’Afrique
étant d’un tel paradoxe ? On parle sans cesse de la développer ; mais
sait-on bien ce qu’elle est ?

Légataires
présomptueux de ces Blancs qui nous méprisaient, qui les méprisaient également
alors même qu’ils feignaient de les porter aux nues – souvenez-vous : « Cerveau politique du premier ordre,
et patati, et patata… » –, ils croyaient que construire la Côte
d’Ivoire, c’est décréter que la Côte d’Ivoire, c’est la France ! Et de la
diviser en départements ; et de créer des « conseils généraux »
qui d’ailleurs, nous apprend L. Nguessan-Zoukou, ne seront jamais appelés à
siéger ; et de nommer des préfets et des sous-préfets ; et de revêtir
ces pauvres diables d’uniformes galonnés ; et de les entourer de gardes
propres seulement à les isoler aussi complètement que possible des gens de
chair et d’os qu’ils sont censés administrer mais qu’ils n’aperçoivent même
pas, tant ils ignorent leurs traditions de vie et de travail, leurs mœurs
politiques, leurs besoins, et tant ils sous-estiment leurs capacités. Dans ces
conditions, pas étonnant qu’ils se soient fourrés, et nous avec eux, dans les
impasses où ils se débattent aujourd’hui, tels des aveugles dans une cave.
Géographe passionné,
mais aussi citoyen exigeant – ce livre convaincra qu’en lui les deux sont
décidément inséparables ! –, l’auteur ne nous fait pas attendre longtemps
le fin mot de son propos : « Si
la démocratie c’est le suffrage universel, c’est aussi la responsabilité de
tous ceux qui en sont les bénéficiaires. Il ne s’agit pas, pour le peuple,
d’abdiquer tous ses pouvoirs entre les mains de quelques individus, quels que
soient leur dynamisme et leur bonne volonté. Le peuple doit participer de très
près à la gestion de ses propres affaires » (page 15). « Nous pensons que c’est au sein des
régions que chaque Ivoirien sentira réellement qu’il appartient à un ensemble
national intégré, car même s’il y a des situations ambiguës dans certaines
régions, le sentiment national ivoirien existe bel et bien ; et cela
malgré une volonté officielle affichée de l’étouffer, sous couvert
d’hospitalité, en accordant trop de droits et sans réciprocité à des non
nationaux » (pages 16).
Voilà de quoi rassurer
ceux qui, d’abord, se seraient effrayés de la sévérité académique du titre de
ce livre. En fait, il ne va point s’agir d’une revêche description technique de
la géographie de la Côte d’Ivoire – il y aura aussi de cela, que
croyez-vous ? Ne vous ai-je pas avertis que cet auteur est un géographe
passionné ? – mais d’une étude circonstanciée de la façon la meilleure
d’administrer la Côte d’Ivoire compte tenu de ce qu’elle est ;
c’est-à-dire compte tenu à la fois de son histoire d’ancienne colonie française
vouée à l’agriculture d’exportation, et de ses caractéristiques physiques et
humaines. En un mot, le point de vue d’où procède cet essai, c’est à savoir
que, avant de bavarder sur la mise en valeur de la Côte d’Ivoire comme un
Angoulvant, comme un Reste, voire comme un Péchoux, il faut commencer par
restituer la Côte d’Ivoire à elle-même !
Formé à la discipline
de ceux qui, au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, firent s’évader la
géographie de l’espèce de monachisme dans lequel la routine universitaire
l’avait figée jusqu’alors, L. Nguessan-Zoukou nous donne avec ce livre une
œuvre originale tout à fait propre à donner un vigoureux coup de fouet à la
littérature politique dans un pays où elle est non seulement rare encore, mais
aussi où, trop souvent, elle relève plutôt de la langue de bois ; de ce
bois dont on bâtit les utopies, ou les impostures. Ni pamphlet, ni manifeste,
ni catéchisme, mais tout aussi éloigné des complaisances et de la démagogie de
tant d’ouvrages inspirés par le pouvoir houphouétiste ou patronnés par les papes
autosanctifiés de l’ivoirologie bordelaise ou parisienne, c’est un inventaire
scrupuleux des particularités historiques, géographiques et humaines de la Côte
d’Ivoire, couronné par des suggestions argumentées sur la meilleure façon
d’organiser l’administration pour en faire un véritable outil de développement,
en y faisant participer la majorité des Ivoiriens en toute conscience et en
toute responsabilité. Sur la base de cet inventaire, l’auteur propose alors
d’identifier huit régions à la fois capables de se suffire, de se compléter et
de s’entraider ; autonomes, pour leur politique économique et sociale,
vis-à-vis du centre national, sans que, pour autant, l’unité de la République
en soit mise en péril (pages 59sq). Chacune de ces entités administratives
(théoriques) fait ensuite l’objet d’une description minutieuse ; et c’est
alors une véritable mine de renseignements sur « l’état de la Côte
d’Ivoire ». Un tableau récapitulatif chiffré, précis et clair, complète
chaque description. Les données qu’on y trouve sont un peu anciennes, mais,
outre que leurs rapports sont probablement restés inchangés à ce jour, il doit
être facile, en cas de besoin, de les actualiser en puisant dans les
publications périodiques du gouvernement ivoirien et/ou des organisations internationales
spécialisées.
Autant que par son
contenu, cet ouvrage est important aussi par sa facilité d’accès. C’est un
livre qu’on peut lire et comprendre sans difficulté même quand on n’a pas un
grand bagage. C’est le cas de beaucoup de gens, s’agissant d’un domaine comme
la géopolitique. Et c’est en soi une belle réussite que, sur un tel sujet, L.
Nguessan-Zoukou ait fait, comme en se jouant, un livre « grand
public » de lecture agréable. Ainsi le plus grand nombre d’Ivoiriens
pourront y puiser directement à la fois une meilleure connaissance de leur
pays, et des thèmes de réflexions à une époque où chacun d’eux en est l’homme politique le plus réellement
irremplaçable.
Ce livre est arrivé si
bien à son heure, et il est si bien adapté à son but, qu’il peut être considéré
comme un manuel d’instruction civique. Désormais, on ne pourra plus parler
sérieusement du futur de la Côte d’Ivoire sans se référer aux propositions qui
y sont contenues.
Marcel Amondji
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Lors d'une sortie hivernale dans les Vosges de l'Association des étudiants d'Afrique, d'Asie et des Antilles (les 3A). LNZ est debout à l'extrême gauche, avec un bonnet. |
[1]
- Article initialement préparé pour la revue Peuples Noirs peuples Africains, dont une version abrégée parut
dans Téré, l’organe du Parti
ivoirien des travailleurs (N° 29 du 21 au 27 octobre 1991).
[2]
- L’Harmattan, Paris, 1991.
Merci pour cet article-hommage. Il ne pouvait émaner que de vous. Je suis heureuse non seulement de vous lire et vous retrouver et contente d'avoir enfin la preuve que papa a marqué de son empreinte son passage sur cette terre.
RépondreSupprimerhttps://koraninzoukou.wordpress.com/
Merci aussi à vous pour ce retour, et pour ce que vous êtes, digne fille de LNZ. Pourrais-je en savoir plus sur vous, et sur vos sœurs entrevues lors d'un de mes rares passages à Abidjan.
SupprimerBien à vous toutes.
M. Amondji
Bonjour M. Amondji, je n'ai pas eu de notifications pour votre réponse. Toutes mes excuses pour le retard. D'abord, je vous souhaite une excellente année 2018. Qu'elle soit pleine d'amour, de paix et de santé. Je suis la dernière fille de papa, l'une des jumelles qu'il a eu en 1983. Si vous le souhaitez on pourra échanger par mail où je pourrai avoir vos coordonnées. Ps: Papa nous a présenté à vous lors d'un de vos passages à Abidjan en 1999 je crois.
SupprimerMerci à vous pour cette reconnaissance à cet grand homme.
RépondreSupprimerNous serons heureux de vous voir pour en savoir davantage sur papa que la côte d'Ivoire qui ne l'a pas connue et reconnue pour son combat. Merci encore et bien à vous
Toutes mes excuses pour le retard. Indiquez-moi une adresse mail où vous envoyer mes coordonnées.
SupprimerM. Amondji
Bonjour M. Amondji, c'est avec hâte que je vous écris. Encore mes excuses pour la réponse tardive. Vous pouvez m'écrire à l'adresse suivante annick_bernadette@outlook.fr
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