lundi 22 septembre 2014

Allocution de Bernard Dadié, président du CNRD, à l’occasion de la cérémonie d’installation de la vice-présidente Amon-Ago Marthe

B. Dadié et M. Amon-Ago (Archive)
(...)
Je souhaite, avant tout propos, dire au nom du CNRD et de la délégation qui m’accompagne, ma joie et ma fierté de vous retrouver en ces lieux chargés de symboles et de souvenirs. L’espace qui nous accueille est l’ancien QG de campagne du candidat Laurent Gbagbo, le choix de l’ex-Majorité 
Présidentielle, investi ici même en septembre 2010. L’autre grand symbole de notre idéal commun est bâti sur le socle de la démocratie, de la solidarité, de la justice, de la liberté et du refus de la domination intérieure et extérieure. Je veux évoquer le souvenir de nombre de nos camarades sauvagement assassinés, tels que Boga Doudou, Désiré Tagro, Mahan Gahé ; je pense aux autres camarades en captivité tels que Laurent Gbagbo, Simone Ehivet Gbagbo, Blé Goudé ; je pense à d’autres, encore en exil, comme Dr Assoa Adou, Koné Katinan, Sansan Kouao, Koudou Késsié, Hubert Oulaye, Don Mello, Bertin Cadet, William Attéby, etc. ; ainsi qu’à des milliers d’illustres inconnus vivant dans des camps de réfugiés, avec parfois des enfants et des nouveau-nés.
Comme vous le savez, le sort de ces différentes catégories de patriotes dépend, depuis le 11 Avril 2011, du bon vouloir du régime RHDP et de ses soutiens.
Je salue hautement la Direction du FPI avec à sa tête le camarade président Pascal Affi Nguessan, qui m’a fait l’honneur de m’associer à la présente cérémonie d’installation de la vice-présidente Marthe Amon-Ago chargée de la Coordination de la lutte pour la libération du Président Gbagbo. Je salue cette initiative d’importance historique. Je la salue avec d’autant plus d’enthousiasme que l’honorable Amon-Ago Marthe se trouve être, en sa qualité de Secrétaire Générale du CNRD, ma collaboratrice, pour ne pas dire la cheville ouvrière dudit Congrès. Je m’en honore et lui adresse, par la même occasion, les très chaleureuses félicitations de toute la famille CNRD.
Je salue, au-delà des personnalités ici présentes, l’ensemble des Invités : militants ou sympathisants du FPI, militants ou sympathisants des partis membres du CNRD ; acteurs politiques ou responsables syndicaux venus si nombreux, vivre en personne un événement exceptionnel qui survient à un moment non moins crucial de la vie nationale. De ce point de vue, cette cérémonie sera pour moi, l’occasion de réitérer mon appel à vous lancé le 11 Avril 2013, lors des manifestations marquant le 2ème anniversaire du renversement du Président Gbagbo. En effet, fondé en 2006, en réaction contre la création à Paris du RHDP, cet instrument politique dirigé contre l’unité et la paix en Côte d’Ivoire, le CNRD a pour mission la défense de la démocratie. Il est le ralliement de toutes les forces ivoiriennes indignées par la naissance du RHDP, et dressées contre l’arbitraire et la volonté de puissance. Le CNRD est pour la Côte d’Ivoire ce que fut le Conseil de la Résistance en France lors de l’occupation nazie. A la différence que les Résistants français étaient armés et que les membres du CNRD ont résisté, et continuent de résister, les mains nues. Tout simplement parce qu’ils ont foi en la supériorité de l’esprit sur la force physique et la brutalité.
Mesdames et Messieurs, l’évolution chaotique de ce qu’il est convenu d’appeler "l’affaire Gbagbo" initiée par la CPI, le 29 Novembre 2011, confirme l’hypothèse d’un vaste complot international ourdi contre la Côte d’Ivoire de Laurent Gbagbo. Ce complot tient à une double raison. D’une part, Laurent Gbagbo a fondé un parti politique adossé à un projet de société dont la pertinence historique fait rougir de jalousie les héritiers de Karl Marx et de Jean Jaurès ; d’autre part, Laurent Gbagbo est un chef charismatique peu accommodant dont les maîtres du monde constatent qu’il est en train d’écarquiller les yeux et d’éveiller les consciences de centaines de millions d’opprimés et d’humiliés à travers l’Afrique et le monde. Un tel acteur politique, parce que peu conformiste, est assimilé à un dirigeant djihadiste qui mérite, soit d’être éliminé physiquement comme ce fut le cas de Salvador Allende du Chili, le 11 septembre 1973 ; soit d’être déporté loin de sa terre natale. Et c’est cette dernière formule qui l’a emporté. Ainsi s’explique le harcèlement judiciaire dont il est victime depuis quatre (04) ans. Vous vous souvenez, Laurent Gbagbo avait exigé qu’« on aille jusqu’au bout ». Aller jusqu’au bout comme l’exigeait le capitaine Alfred Dreyfus injustement inculpé de haute trahison parce qu’il est de confession juive. Personne n’est donc dupe : ce qui se passe à La Haye n’est qu’une mascarade judiciaire à l’image de "l’affaire Dreyfus". Face à l’acharnement, aux incohérences et à la faiblesse d’une Accusation aux abois et faisant feu de tout bois, le CNRD avait engagé le FPI ainsi que les Patriotes d’ici et d’ailleurs, à plus de détermination et de sérénité à la fois. Le 11 Avril 2013, nous demandions en effet au FPI et à ses alliés, d’engager sans délai, une vaste campagne de mobilisation et de réarmement moral, pour la bonne raison que le camp Gbagbo dispose, malgré la barbarie qui s’abat sur lui, d’un capital symbolique plus consistant, par comparaison avec le capital squelettique de ceux qui ont exigé et obtenu la recolonisation de la Côte d’Ivoire. Toujours ce 11 Avril 2013, le CNRD avait fait remarquer que, quelle que soit la décision des juges, la captivité de Laurent Gbagbo ne saurait être la fin de Laurent Gbagbo. C’est qu’il y a un lien très fort entre le FPI et Laurent Gbagbo d’une part, entre celui-ci et les pro-Gbagbo à travers la Côte d’Ivoire, l’Afrique et le reste du monde, d’autre part. Normal si l’on sait que les héros durent et que les leaders charismatiques généreux et courageux d’Europe, d’Amérique et d’Asie ayant marqué leur époque, se survivent toujours dans les générations ultérieures. Que l’ONU, la CPI et l’Occident se détrompent donc : Laurent Gbagbo-corps physique est certes en otage, là-bas, au cœur de l’Europe, parce qu’il s’est montré peu docile ; mais Laurent Gbagbo-esprit et incarnation de la dignité africaine, plane et planera toujours sur l’Afrique. Plus sa captivité durera, plus les masses populaires s’approprieront son idéal politique ; et c’est ce que signifie, aux yeux du CNRD, la nomination d’une vice-présidente du FPI, chargée de la Coordination de la lutte pour la libération de Laurent Gbagbo : au lieu d’être un dissolvant pour les pro-Gbagbo, l’acharnement judiciaire contre Laurent Gbagbo et les pro-Gbagbo constitue un tonifiant politique de première importance.
Camarades militants et militantes, les manœuvres dilatoires en perspective n’ont qu’un objectif : maintenir Laurent Gbagbo hors du pays le plus longtemps possible, pour permettre à la forfaiture de prospérer. C’est ce qui explique le passage en force de l’Etat-RHDP qui a reconduit Youssouf Bakayoko à la tête d’une CEI vomie par certains membres du Conseil de Sécurité. C’est à partir de là que l’on comprend la récente déclaration de Henri Konan Bédié, président du PDCI-RDA faisant d’Alassane Ouattara le candidat unique du RHDP pour la Présidentielle de 2015. Par là, le président Bédié veut-il insinuer qu’« on ne change pas une équipe qui gagne » ?
Mais on peut se demander ce que l’Etat-RHDP a gagné pour une Côte d’Ivoire émergente en dehors du chaos qu’il a instauré : le départ en exil de plus de 100 000 Ivoiriens, les milliers de morts, les centaines de comptes gelés, le millier de prisonniers politiques, la recrudescence de l’insécurité associée au phénomène des "dozo", des "gnambro" et des "microbes", aux exactions des FRCI, au surendettement de la Côte d’Ivoire, au règne de la justice des prétendus vainqueurs, perceptible à Abidjan comme à La Haye, bref, à la morosité, au désespoir se traduisant par le phénomène de l’immolation par le feu. Nous sommes en présence d’un "Etat suicideur " sur le point de devenir un Etat PDCI-RDR. Au lieu de créer la richesse et le bien-être pour tous, promis, Alassane Ouattara s’est lancé, dès son arrivée au pouvoir, dans une politique moyenâgeuse de "rattrapage" au profit du Nord et des Nordistes, avec la complicité active du clan Bédié, tournant ainsi le dos à la République. Nous sommes à un tournant crucial et le CNRD doit se poser la question suivante : que faire ?
Les défis qui se dressent devant nous sont certes immenses, mais non insurmontables. En effet, dans leur volonté hégémonique, Konan Bédié et Alassane Ouattara sont en train de s’isoler : le premier, de sa base authentiquement houphouëtiste et le second, de ses soutiens extérieurs d’ailleurs de plus en plus éclaboussés par les dérapages et l’arrogance d’un chef peu soucieux des intérêts du peuple. Cela s’appelle vouloir s’attirer la désapprobation de l’opinion publique : sran-nouan des Agni-Baoulé, glonouan des Bété, zimouh des Gouro, gnounan des Wê. C’est en fait le cancer politique qui ronge ou détruit radicalement les partisans de l’arrogance, de l’absurdité et de l’arbitraire. Les patriotes pro-Gbagbo n’ont pas la naïveté de croire que les forces coalisées qui ont bombardé la résidence du président Gbagbo, le 11 Avril 2011, vont se retourner subitement contre leur choix. Souvenez-vous, la grande France de la Liberté, de la Fraternité et de l’Egalité, la France des Droits de l’Homme, n’a pas hésité à détruire la résidence du président de la République. Voyez-vous, alors qu’ils ont le même ennemi que la Syrie de Bachar-Al-Asad, les vainqueurs d’Hitler n’entendent nullement faire de la Syrie leur allié dans la guerre qu’ils mènent contre l’Etat Islamique !
Cependant, il y a lieu de croire que, petit à petit, la dialectique aidant, la lutte pour la libération de Laurent Gbagbo va s’amplifier et porter ses fruits. Elle va porter ses fruits parce que le CNRD, le FPI, les pro-Gbagbo et bien des militants du PDCI et du RDR, se rendent compte que la Côte d’Ivoire, leur pays, est devenue une marchandise que l’on vend aux enchères. Cette triste réalité doit amener le FPI à assumer son rôle de première formation politique et de moyen de rédemption nationale : l’adage enseigne que « lorsque la calvitie ne trouve pas de personnes âgées dans la citée, elle se pose sur la tête des jeunes ». En d’autres termes, « aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années ».
Chers camarades militants du FPI, j’avais salué en son temps, votre maturité politique. Là-dessus, j’insiste encore aujourd’hui pour vous demander de vous mettre à l’abri des rumeurs assassines, en toute responsabilité.
L’Etat PDCI-RDR dont rêvent désormais Konan Bédié et Alassane Ouattara ayant une vocation ouvertement exclusionniste, il importe que le FPI et l’opposition digne restent davantage à l’écoute du peuple ivoirien dans sa diversité politique et socioculturelle. L’heure de la mobilisation de type républicain a sonné en même temps que le glas pour les dérives autoritaires. En disant cela, les Patriotes devront employer un langage quasi "terre à terre" pour mieux se faire comprendre à travers le pays. Ils devront mettre à profit de nouvelles tribunes médiatiques telles que Afrique Média et bien d’autres espaces de liberté.
Mesdames et Messieurs, je souhaite clore mon propos en réitérant mes très vifs remerciements à l’endroit des initiateurs de cette cérémonie historique ; en saluant la mémoire de tous nos morts ; en renouvelant mes félicitations à Mme Marthe Amon-Ago, et en marquant la solidarité du CNRD avec Laurent Gbagbo, Simone Gbagbo, Charles Blé Goudé, Dogbo Blé, Noël Abéhi, ainsi qu’avec nos camarades exilés ; en remerciant vivement le Conseil du Président Gbagbo, avec à sa tête Me Altit ; en rendant un vibrant hommage à la Galaxie patriotique d’Europe et d’Amérique, aux Intellectuels d’ici et d’ailleurs, épris de justice et de liberté.
Oui, la Côte d’Ivoire brûle ! Et face à un tel péril, les Ivoiriens de tous bords doivent se rassembler autour des valeurs d’unité nationale, de justice et de souveraineté, valeurs au nom desquelles l’histoire engage, ici et maintenant, le CNRD, le FPI et leurs alliés, à mener le juste combat pour la libération de Laurent Gbagbo et la réconciliation nationale.
Je vous remercie.
 
Bernard Dadié (20 septembre 2014)

Source : CIVOX. NET 22 Septembre 2014

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