mardi 2 octobre 2012

LA CHAUVE-SOURIS DES OUATTARA

 

"je suis oiseau : voyez mes ailes. 

Je suis souris : vivent les rats !"

 

Une Libre Opinion de Deuxer Céi Angela


« Parce que nous sommes des combattants pour la liberté, pour dire à nos camarades emprisonnés que nous n’avons pas baissé les bras, pour démontrer à ceux qui croient nous bâillonner que jamais nous ne céderons à la panique, nous avons célébré le quatrième anniversaire de l’existence de notre groupe de presse avec éclat (…). Quand on ambitionne de réconcilier les Ivoiriens, ce qui est une noble tâche, on ne peut pas se permettre pareils agissements. Autrement dit, l’on ne croit pas en ce qu’on fait, ou bien l’on ne sait pas que toutes ces choses se tiennent. » (La Voie, 12 septembre 1994).

L’auteur des lignes qui précèdent dans le quotidien La Voie n’est autre que Raphaël Lakpé. Oui, Raphaël Lakpé, le chien de garde d’Alassane Dramane Ouattara à la tête du Conseil national de la presse (Cnp), la commission de la censure officielle de son maître. Raphaël Lakpé, le guillotineur des journaux qui se battent pour la liberté de la presse en Côte d’Ivoire et qui, le mercredi 12 septembre 2012, a suspendu pour une durée d’une (01) à deux (02) semaines, les quotidiens Le Temps, Aujourd’hui, Le Nouveau Courrier, Lg Info, Le Quotidien d’Abidjan et L’Alternative. A ces quotidiens, il faut ajouter Notre Voie qui purgeait déjà une suspension. Leur crime ? Avoir légendé des photographies du professeur émérite Aké Ngbo et d’autres personnalités en mentionnant les portefeuilles ministériels qu’elles détenaient dans le dernier gouvernement du président Laurent Gbagbo.

Mais il y a mieux dans le registre du Lakpé « défenseur » de la liberté de presse. Par exemple, le lundi 11 mai 1992, il s’attaque directement à Alassane Dramane Ouattara et aux journalistes qui, sous le manteau du « professionnalisme », le défendent dans le scandale de la fraude en douane dont il est coupable et que l’hebdomadaire Le Nouvel horizon a révélé. Lakpé écrit :

« Et quand l’on va dire qu’ils sont tout, sauf professionnels, qu’ils sont aux ordres des hommes au pouvoir, qu’ils sont plus soucieux de leurs poches et de leur ventre, ils vont pleurnicher sur tous les toits et dire que nous ne sommes pas confraternels. » (La Voie, lundi 11 mai 1992, page 3).

Le lecteur du quotidien La Voie d’il y a vingt ans découvre avec dégoût que Raphaël Lakpé avait peut-être volé les habits de défenseur de la liberté de la presse dans la garde-robe d’autrui et qu’il s’en était couvert par pur opportunisme. D’autant plus que, pour justifier sa posture actuelle de lèche-botte, Lakpé ne peut prétexter un quelconque abandon par Ouattara de ses théories et pratiques liberticides qu’il dénonçait. Et chaque jour apporte la preuve de la volonté farouche de Ouattara de conduire sur l’échafaud les journaux qui refusent d’être des béni-oui-oui à sa solde.

Au début des vingt dernières années du XXe siècle, la négation de la liberté de la presse n’est pas le seul thème des diatribes de Raphaël Lakpé contre Alassane Dramane Ouattara pendant toute la durée de sa « mission » au poste de Premier ministre d’un Félix Houphouët-Boigny frappé de sénilité.
Les privatisations, véritables subterfuges de Ouattara pour brader des pans entiers l’infrastructure économique de la Côte d’Ivoire, déchaînent des critiques acerbes de Lakpé. Il s’en prend au gouvernement :

« (…) Pour ce faire, il nous faut demander aux membres du gouvernement d’arrêter de se comporter comme des apatrides pour défendre comme il se doit les intérêts du pays. » (La Voie, mercredi 27 janvier 1993, page 3).

Puis, se saisissant des positions fluctuantes de certains députés du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci) sur la question, Lakpé s’insurge :

« (…) Le plus surprenant, est que ces parlementaires empruntent, à ceux du Fpi, leur discours pour signifier à M. Alassane Ouattara qu’il fait peser de graves menaces sur l’avenir de notre pays, en bradant le patrimoine national et surtout en refusant l’existence de ce que l’on appelle les secteurs stratégiques (eau, électricité…), nécessaires à l’indépendance économique d’un territoire donné. »

Il invoque le « Jugement de l’histoire » et s’interroge sur l’attitude de « ces corps qui, comme des girouettes, changent de position au gré de leurs intérêts ». (La Voie, 20 janvier 1993. page 3).

Raphaël Lakpé est tout aussi mordant dans ses attaques contre Ouattara au sujet de l’énorme scandale de fraude entré dans l’histoire sous le nom de « Affaire des 19 tonnes de M. et Mme A. D. Ouattara. » Dans sa rubrique de prédilection Sur la voie du 18 mai 1992, il établit un parallèle entre les situations du fraudeur Ouattara en liberté et de Laurent Gbagbo, le président du Front populaire ivoirien (Fpi), qu’il a jeté en prison avec plusieurs autres démocrates « le 18 février, en brandissant une fausse ordonnance, en disant le "droit" avant les magistrats. » (La Voie, 2 juillet 1992, page 3). Lakpé affirme, cinglant :

« Tous les fous ne sont pas à l’hôpital, et tous ceux qui sont à l’hôpital ne sont pas des fous. (…) Suivez bien, chers compatriotes, ce procès qui oppose notre hebdomadaire Le Nouvel Horizon à M. et Mme A. D. Ouattara. La valeur douanière taxable dépasse la centaine de millions de nos francs. Que croyez-vous que la justice de notre pays va faire ? Elle se pliera en quatre pour laver plus blanc que blanc le couple mis en cause. (…) Voilà pourquoi nos prisons sont bondés d’hommes innocents et que nos rues pullulent de racaille, de malfrats de tout genre. Ainsi va la société ivoirienne, un monde à l’envers. De quoi nous donner le vertige. » (La Voie, Lundi 18 mai 1992, page 3).

C’est sur la question de la nationalité de Ouattara que Raphaël Lakpé porte l’une de ses attaques les plus féroces contre Ouattara. Que l’on en juge :

« Nous avons entendu dire que certains Ivoiriens, originaires du nord, tentent de faire croire à leurs frères et sœurs du même terroir, que l’affaire des 19 tonnes de M et Mme A. D. Ouattara n’est qu’une machination orchestrée par les groupes du Sud pour déstabiliser un des leurs, à savoir A. D. Ouattara. (…). Une véritable misère intellectuelle, que cette façon d’analyser les choses. Il est temps, grand temps, que nos concitoyens se départissent de la sensiblerie et arrêtent de jouer avec le feu.
A. D. Ouattara, si l’on veut être franc, n’est ni du Nord, ni du Sud de la Côte d’Ivoire. Ses origines le situent au Burkina-Faso. Mais, nous ne le refusons pas comme Ivoirien. (…). Nous n’avons jamais été des xénophobes.
Quand A. D. Ouattara a été nommé Premier ministre, nous avons dit qu’il ne réussirait pas sa mission de redressement économique. (…). Le Premier ministre a commis erreurs sur erreurs. Nous en citons, ici, les plus perceptibles. Quand, sans tenir compte de la crise qui secoue tous les foyers ivoiriens, le médecin appelé au chevet d’une Côte d’Ivoire malade, au moment ou l’on demandait des sacrifices à tous les citoyens, s’est permis le luxe d’acheter au comptant une demeure de 300 millions de nos francs, il commettait là, assurément, une erreur psychologique. Il donnait l’occasion à tout Ivoirien de refuser les restrictions budgétaires, sans doute nécessaires. (…)
C’est encore A . D. Ouattara qui, le 18 février dernier, a brandi à la Télévision ivoirienne une ordonnance non valide pour dire : "je prends mes responsabilités, Gbagbo et ses camarades ont cassé", et donc a donné l’ordre d’arrêter et d’emprisonner avec leur immunité, des députés de la République et nombre de nos concitoyens innocents. (…)
Ce raisonnement tribal, nous l’avons déjà entendu de la bouche de notre confrère Salif Diaby, de Fraternité-Matin (qu’il nous excuse de le citer), le marcheur de "A à Z". Dans la salle d’attente de Mme Mazoin ou nous étions enfermés, (…) voici ce que notre confrère a dit : "A cette allure, chaque groupe ethnique va lever une armée pour se défendre, parce que nous n’accepterons jamais que Laurent Gbagbo devienne président de cette République". A cela, nous avions répondu ceci : "Vous qui tenez pareil discours, vous savez où vous réfugier, en cas de guerre civile. Nous autres, nous n’avons que la Côte d’Ivoire comme pays. C’est pourquoi nous prions Dieu pour qu’il donne plus de sagesse aux hommes politiques et c’est pourquoi nous tenons un langage de vérité à notre peuple". »
(La Voie, lundi 25 mai 1992, page 3).

Voilà quelques échantillons de l’abondante littérature produite par Raphaël Lakpé sur les hommes qui gouvernent aujourd’hui la Côte d’Ivoire. Ils résument bien son itinéraire fait de reniements, de traîtrises et de délations. Que sont devenus les « apatrides », la « racaille », les « malfrats », les « girouettes », les « tribalistes », etc., que la plume de Lakpé n’avait de cesse de flétrir hier ? Aujourd’hui, Alassane Dramane Ouattara que « ses origines situent au Burkina Faso » et tous ces gens de son clan sont devenus les maîtres, les directeurs de conscience de Lakpé. Devant eux, il n’est qu’un infatigable pourvoyeur de salamalecs et de génuflexions sempiternels.
Hier, Lakpé dénonçait les journalistes « plus soucieux de leurs poches et de leur ventre ». Aujourd’hui, il apparaît sous son vrai jour, c’est-à-dire un individu appartenant à la pire espèce des adeptes de la politique du ventre. Aujourd’hui, le masque est irrémédiablement tombé. Et voilà Raphaël Lakpé, toute honte bue, dans ses vrais vêtements qui lui sied si bien de père fouettard et de coupeurs des têtes des journaux qui s’élèvent contre l’exploitation et l’oppression que l’impérialisme et ses valets veulent imposer au peuple ivoirien.
Pour confondre certaines gens, – Raphaël Lakpé en est un – il vaut toujours mieux les ramener à leurs propres vomissements. Les paroles s’envolent, les écrits restent. Verba volant, scripta manent.

Deuxer Céi Angela (L’œil du juste)

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Source : Ivorian.Net 01/10/2012

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