samedi 12 janvier 2019

SPOLIATIONS FONCIÈRES, HARCÈLEMENT JUDICIAIRE… LE RAS-LE-BOL DES POPULATIONS AUTOCHTONES DU DISTRICT D’ABIDJAN.


Le bureau exécutif de la Communauté Atchan Tchagba à Anono le 10 janvier 2019 
(®Autre Presse par DR)
Dans une déclaration rendue publique le 11 janvier 2019 à Anono, le bureau exécutif de la Communauté « Atchan Tchagba » (Communauté Ebrié), dénonce les « agissements humiliants et injustifiés » dont « des communautés villageoises et des cadres Tchaman » font l’objet depuis six mois.

DÉCLARATION
Depuis ces six derniers mois, c’est avec consternation et profonde amertume que la Communauté Atchan vit une situation qui, si nous ne prenons garde, risque de provoquer de graves et lourdes conséquences pour la paix, la stabilité et la cohésion sociale dans les villages Tchaman en premier lieu, avant de créer un effet de contagion sur l’ensemble du territoire national ?
De quoi s’agit-il ?
Quatre faits majeurs dont l’opinion nationale et internationale sont témoins.
Le premier fait concerne monsieur Noël Akossi Bendjo.
Le mercredi 28 février 2018, monsieur Noël Akossi Bendjo, est débarqué de son poste de président du conseil d’administration (PCA) de la Société ivoirienne de raffinage (SIR), poste qu’il occupait depuis mars 2011. La raison officielle de son remplacement, son mandat a expiré depuis mars 2017, mais a bénéficié d’une rallonge exceptionnelle. 
Alors qu’en décembre 2017, le frère Noël Akossi Bendjo a été distingué, à Abidjan, par le magazine « Afrique Intelligence » comme le meilleur maire de la zone Afrique de l’Ouest, comme meilleur maire d’Afrique, puis le 20 juillet 2018 à Rabat (Maroc), comme le meilleur maire d’Afrique et le meilleur gestionnaire des collectivités locales d’Afrique, celui-ci sera révoqué de son poste de maire de la commune du Plateau par un simple communiqué du Conseil des ministres tenu le 1er août 2018. Motifs avancés, il est accusé de « détournements de fonds publics portant sur plusieurs milliards de francs CFA, de faux en écritures publiques, d’évasions fiscales, de mauvaise gestion, etc. ».
Interrogé, l’intéressé a jugé « cette décision arbitraire et indigne de notre pays, car n’ayant rien de juridique. Poursuivant, il a dit ne pas en être surpris car se sachant sur la sellette pour des raisons d’ordre politique ».
Parti en mission aux États-Unis et en France pour le PDCI-RDA depuis le 19 juillet, le frère Noël Akossi Bendjo, est contraint en exil.
Le deuxième fait concerne la communauté villageoise d’Anono.
Le mardi 2 octobre 2018, il y a eu de violents affrontements entre les villageois d’Anono, et plus de 400 gendarmes. À la base de cette crise, un conflit de terrain entre la chefferie du village d’Anono et monsieur Tiémoko Yadé Coulibaly, membre du conseil économique et social et proche du pouvoir actuel, qui réclame la propriété de 5 hectares dans le village.
Les affrontements avaient fait plusieurs blessés. Plusieurs villageois ont été arrêtés, avant d’être libérés. Cette crise sans précédent a conduit la chefferie d’Anono à prendre des mesures radicales telles que l’interdiction de toute activité politique dans leur village, dans le cadre des élections municipales du 13 octobre 2018. Cependant, grâce aux bons offices de certains médiateurs, dont le préfet Vincent Toh Bi, ce mot d’ordre a été levé par respect pour l’autorité.
Le troisième fait concerne le village d’Abidjan-Adjamé.
Le vendredi 7 septembre 2018, il y a eu de violents affrontements entre les populations d’Adjamé village et un détachement des forces de l’ordre qui étaient sensées encadrer la manifestation lancée contre une décision des autorités de déguerpir une partie importante des riverains situés sur l’emprise où doit passer le 4e pont d’Abidjan, dont les travaux ont été lancés en juillet 2018.
Alors que la manifestation se voulait « pacifique », elle a été empêchée et réprimée par des forces de défense et de sécurité déployées sur les lieux dès les premières heures. Ces forces de l’ordre ont même usé de gaz lacrymogène pour dissuader cet accrochage entre les différentes factions. Plusieurs blessés dont un cas par balle ont été signalés par des témoins.
Selon la chefferie d’Adjamé, qui a contribué à l’étude d’impact environnemental, c’est dans l’attente des résultats de ces travaux qu’il est annoncé le déroulement d’une opération de dédommagement à l’endroit des populations impactées par le projet. Ce qui porte à croire que le déguerpissement sera effectif. D’où l’incompréhension et la colère des autorités traditionnelles et des autochtones qui estiment par ailleurs que les autochtones ne sont pas pris en compte dans l’élaboration des actions de développement qui pourtant impactent grandement leur vie. Un impact qu’il a justifié au niveau économique surtout dans la mesure où les terres et les eaux pour l’agriculture et la pêche qui constituent l’essentiel des activités du peuple Atchan ne leur appartiennent plus.
Sur la question des dédommagements, et contrairement à ce qui se disait, le chef Léon Aby de Cocody-village a révélé qu’aucun ménage impacté par le projet n’a été dédommagé.
Le quatrième cas concerne l’honorable député Jacques Gabriel Ehouo
Déclaré vainqueur par la CEI, et confirmé par la Chambre Administrative au terme du scrutin municipal du samedi 13 octobre 2018 dans la commune du Plateau, monsieur Jacques Gabriel Ehouo n’a pu être installé le 13 décembre 2018, pour cause d’incendie déclarée dans les locaux de la mairie du Plateau. Alors que cet accident a été circonscrit que d’Etat disposait encore de deux semaines pour installer le nouveau conseil municipal dans ses fonctions, c’est avec stupeur que l’opinion nationale et internationale ont appris la mise en place de délégations spéciales dans certaines communes dont le Plateau. Alors que les raisons évoquées pour les autres communes tranchent avec le cas du Plateau, et dans l’espoir que la situation se normalise, une convocation est adressée par la Police économique à l’effet d’entendre le Député Jacques Ehouo. En réaction aux manifestations des populations des villages de Locodjro et d’Abobo-Doumé contre cet acharnement sur l’un de leurs fils, les forces de défense et de sécurité ont pris d’assaut ces deux localités, faisant usage de gaz lacrymogène, entrainant des cas de blessures au sein des populations le lundi 7 janvier 2019. Dans la foulée, monsieur Jacques Ehouo , est auditionné le jeudi 10 janvier 2019 à la Police économique, et après avis du Procureur de la République, même s’il a pu regagner son domicile familial, il sera inculpé pour plusieurs chefs, à savoir « détournements de fonds d’environ 6 milliards de francs CFA, faux et usage de faux, blanchiment d’argent, financement d’activités terroristes, etc. ».
Au regard des faits ci-dessus cités, quels peuvent être les ressentiments des Tchaman ? Notre communauté mérite-t-elle de telles humiliations ? Quelles attitudes devrions-nous adopter ?
Les Tchaman qui sont une ethnie de la Côte d’Ivoire, sont des populations « choisies ou élues de Dieu ».
Peuple lagunaire, vivant au Sud de la Côte-d’Ivoire, autour de la lagune Ebrié, les Tchaman sont membres du groupe ethnique et linguistique Akan. Ils sont regroupés en neuf phratries ou « goto », à savoir Kouédo, Kwè, Bidjan, Yopougon, Nonkwa, Songon, Bobo, Dyapo, Bya et Niangon, constituant un ensemble de soixante villages.
Le peuple « Atchan » est bien structuré, et se compose de quatre générations, à savoir les Blessoué, les Gnandô, les Dougbô et les Tchagba. Chaque génération comprend respectivement quatre classes d’âge qui sont les Djéhou (les aînés), les Dongba (les puînés), les Agban (les cadets) et les Assoukrou (les benjamins).
C’est en vertu de cette organisation au sein de notre société traditionnelle dont la démocratie n’est plus à démontrer, que nous intervenons ce matin, en notre qualité de membres de la génération Tchagba, déjà aux affaires dans une dizaine de villages, en attendant l’achèvement du processus de prise de pouvoir dans les cinquante autres d’ici 2020.
La crise que vit le peuple Tchaman depuis ces derniers mois interpelle les Tchagba parce que c’est la génération aspirante au pouvoir, mais aussi, et surtout parce qu’il a un mutisme et une passivité de la part de nos aînés. A travers nos actions, nous voulons que les choses changent, afin que le blason du peuple Atchan soit redoré. C’est pourquoi, après analyse de la situation, et suite à de très larges concertations, il est déclaré ce qui suit :
1- Les membres de la génération Tchagba issus des 60 villages Tchaman, jugent humiliantes et inacceptables, la situation vécue par les communautés villageoises d’Anono, Abidjan-Adjamé, Locodjro et Abobo-Doumé ;
2- Les membres de la génération Tchagba issus des 60 villages Tchaman, jugent dégradant, le traitement infligé à certains de leurs fils, notamment Noel Akossi Bendjo et l’honorable Député Jacques Gabriel Ehou ;
3- Les membres de la génération Tchagba issus des 60 villages Tchaman condamnent fermement ces agissements et ceux qui en sont les auteurs ;
4- Les membres de la génération Tchagba issus des 60 villages Tchaman réaffirment leur soutien indéfectible aux populations des villages d’Anono, d’Abidjan-Adjamé, Locodjro et Abobo-Doumé, et apportent leur compassion aux familles, et souhaitent un prompt rétablissement aux blessés ;
5- Les membres de la génération Tchagba issus des 60 villages Tchaman expriment leur solidarité à leur aîné Noel Akossi Bendjo, et à leur congénère Jacques Gabriel Ehouo, des fiertés pour toute la communauté Tchaman, et leur demandent de tenir bon ;
6- Les membres de la génération Tchagba issus des 60 villages Tchaman invite les services du ministère de l’Intérieur et de la Sécurité de la république de Côte d’Ivoire, à prendre toutes les dispositions nécessaires, en vue d’installer, dans les meilleurs délais, le nouveau Maire du Plateau, en l’occurrence l’honorable Jacques Ehouo, respectant ainsi la volonté exprimée par les citoyens de cette commune dans les urnes le 13 octobre 2018, et à se conformer aux décisions finales rendues par la Chambre administrative, suite au recours déposés par d’autres candidats ;
7- Les membres de la génération Tchagba issus des 60 villages Tchaman invite l’Etat de Côte d’Ivoire, à travers les services du ministère de l’Intérieur et de la Sécurité, à prendre toutes les dispositions nécessaires, en vue d’assurer la sécurité de l’Honorable Jacques Ehouo ;
8- Le Bureau Exécutif de « Atchan Tchagba » invite les membres de la génération Tchagba issus des 60 villages à se tenir prêts pour tout mot d’ordre que commanderait une situation de violation des droits et libertés des fils et populations Tchaman, tant en Côte d’Ivoire que partout ailleurs dans le monde entier ;
9- Les membres de la génération Tchagba issus des 60 villages Tchaman dénoncent l’attitude de l’Etat quant à ses engagements vis-à-vis du peuple Atchan, propriétaire terrien de la capitale économique Abidjan, assujetti à une exploitation abusive de la part de l’Etat au mépris des protocoles d’accord signés, dont les plus anciens remontent du temps de la colonisation.
10- À l’instar des grandes métropoles, Abidjan est très consommatrice d’espace. A titre d’exemple, le territoire de Cocody, élevé au statut de commune en 1980, est passé de quelque 300 hectares urbanisés en 1960, à plus de 8.000 hectares aujourd’hui, pris sur les terroirs de six villages Tchaman. Non sans vouloir s’opposer au programme de développement initié par l’Etat, notamment concernant les infrastructures, le peuple Atchan souhaite être associé en amont dans la phase d’élaboration de ces projets, en vue de lui donner des outils pour expliquer lesdits projets, et sensibiliser davantage nos populations ;
11- Les membres de la génération Tchagba issus des 60 villages Tchaman expriment leur profonde gratitude au préfet d’Abidjan pour sa disponibilité, la marque de considération à leur endroit et saluent sa méthode de collaboration et de gestion des crises vécues par les communautés Tchaman depuis ces derniers mois ;
12- Les membres de la génération Tchagba issus des 60 villages Tchaman Tchagba demandent à tous les cadres et élus Tchaman, sans distinction de parti politique ni d’appartenance religieuse, à se sentir interpellés par la situation vécue par les leurs ;
13- Selon l’article 17 de la déclaration universelle des droits de l’homme, « la propriété est un droit inviolable et sacré ». C’est pourquoi, soucieux de la préservation de la paix et de la cohésion sociale vu que le pays en a énormément besoin ne souhaite aucunement s’engager dans un bras de fer avec l’Etat, les membres de la génération Tchagba issus des 60 villages Tchaman en appellent à l’arbitrage du Chef de l’Etat Alassane Ouattara ;
Par la FORCE des choses, une FORCE est en train de naître. Dieu nous y aide !

Fait à Anono, le 11 janvier 2019
Pour « Atchan Tchagba », Le Bureau Exécutif

 

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Source : https://news.abidjan.net 12 janvier 2019

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