Une contribution de Jean-Claude Djéréké
On nous demande de prier
pour Paris où 6 attaques terroristes ont fait, le 13 novembre 2015, 128 morts
et plus d’une centaine de blessés dont certains seraient entre la vie et la
mort. Et j’ai commencé à le faire. Sincèrement et intensément. Pourquoi ? D’une part, parce que de nombreux amis
(Africains et Gaulois) vivent et travaillent là-bas. D’autre part, et c’est la
raison la plus importante, parce que la foi chrétienne, Antoine
de Saint-Exupéry, Émile Zola, Victor Hugo et d’autres grands auteurs français
m’ont appris qu’être homme, c’est ressentir la honte et la colère devant la
misère, la souffrance et la détresse d’un autre homme, quelles que soient sa
couleur de peau, ses convictions religieuses, idéologiques ou politiques. Cette
empathie, ajoutent-ils, devrait pousser quiconque revendique ce titre d’homme à
agir en faveur de tout homme en difficulté.
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Paris novembre 2015 |
Comme j’eusse aimé que
gouvernants et gouvernés français fussent choqués et révoltés par les massacres
et viols devenus, depuis 1997, le pain quotidien des populations de l’Est de la République démocratique du Congo !
Comme j’aurais tant aimé qu’ils se solidarisent avec le Cameroun, le Nigeria
aux prises avec Boko Haram depuis quelques mois, avec la Centrafrique qui n’en
finit pas d’être endeuillée alors qu’un contingent militaire français y a été
envoyé pour mettre fin aux violences de la Seleka et des Anti-Balaka ! Comme
j’eusse voulu qu’ils volent au secours de la Côte d’Ivoire attaquée et coupée
en deux, de septembre 2002 à avril 2011,
par des terroristes venus du Burkina où
ils avaient été entraînés au nez et à la barbe des diplomates et militaires
français. La France ne se contenta pas alors de demeurer passive. Au cours d’un
semblant de Table ronde à Marcoussis, elle força le président élu à travailler
avec ces rebelles analphabètes et buveurs de sang dans un gouvernement d’union
nationale. Elle fit pire encore en 2011 en installant, dans la tricherie et
après le bombardement de la ville d’Abidjan par ses avions, celui pour qui Soro
et ses compères avaient pris les armes. Certes, le temps est davantage au
recueillement qu’au questionnement mais je ne résiste guère à l’envie de poser
la question suivante : La France des Hollande, Sarkozy, Fillon, Juppé,
dirait-elle « oui » si les États-Unis lui proposaient de discuter
avec les auteurs des attentats d’hier et de les nommer ministres pour que Paris
soit en paix ? J’en doute fort puisque, dans son adresse au peuple français, M.
Hollande a plutôt promis que son pays sera impitoyable à l’endroit de ceux qui
se sont « lâchement et honteusement » attaqués à la France. Comme
j’eusse aimé que les gouvernants français affichent la même fermeté vis-à-vis
du terroriste Soro Kigbafori qui aurait mis le Burkina à feu et à sang après le
coup d’État manqué de Gilbert Diendéré (16
septembre 2015) contre les autorités de la transition si ses diaboliques
conversations téléphoniques avec le médiocre Djibril Bassolé n’avaient
pas été enregistrées et remises aux dirigeants burkinabè ! Mais, à la fermeté,
la « France, pays des droits de l’homme », préféra complaisance et
soutien car c’est bien Paris qui déroulait le tapis rouge à Soro et à ses
compagnons sanguinaires chaque fois qu’ils s’y rendaient ; c’est bien dans la
capitale française que les micros des radios et télévisions leur étaient tendus
; c’est bien en France qu’ils ouvrirent des comptes bancaires et achetèrent
villas et châteaux. Oui, je prierai pour Paris mais je prierai aussi pour que
cessent l’indignation et les condamnations sélectives auxquelles nous avons
assisté en France ces 20 dernières années, pour que les dirigeants français
arrêtent de semer le chaos dans les pays dont ils veulent accaparer les
richesses (Lybie, Côte d’Ivoire, Centrafrique, Cameroun),
pour qu’ils renouent vite avec les valeurs prônées par leurs grands penseurs,
pour que leur pays ne soit plus cette « civilisation qui, à force de "ruser
avec ses principes", s’achemine inéluctablement vers sa "décadence" »
(Aimé Césaire).
Jacques Vergès disait que « les poseurs de bombes
sont des poseurs de questions ». Condamner sans réserve les
attentats qui viennent de frapper Paris ne devrait donc pas empêcher les
Français de s’interroger et éventuellement de faire leur examen de conscience.
Je voudrais leur proposer ici trois petites questions :
1) Pour renflouer ses
caisses et maintenir le train de vie de ses habitants, un pays a-t-il le droit
d’aider des terroristes à déstabiliser un autre pays et à y tuer des milliers
de personnes ?
2) Peut-on exporter la
violence dans d’autres pays et espérer ne jamais en être victime soi-même ?
3) Peut-on se dire
attaché aux droits de l’homme et à la démocratie et cautionner en Afrique des
parodies d’élections qui tôt ou tard déboucheront sur des tensions et des violences
?
Les attentats de Paris me font mal mais j’aurais encore plus mal si la France, au lieu de tirer les leçons de
cette tragédie, continuait à s’acoquiner avec les terroristes dans certains
pays étrangers et à semer la désolation et la mort là où il aurait simplement
fallu négocier un partenariat gagnant-gagnant.
J.-C. DJEREKE
Titre original : « Contre
les indignations sélectives de Paris »
Source : Connectionivoirienne.net 14 novembre 2015
J'apprécie toujours les textes de J-C. Djéréké. J'apprécie de le voir mettre son talent et sa notoriété au service de la vérité.
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