jeudi 13 juillet 2017

BON SANG NE SAURAIT-IL MENTIR ?

L'accueil triomphal de l'opération Turquoise par les génocidaires
Autour de la lettre de Jacques Hogard, ancien de l’« opération Turquoise », à Tanguy Berthemet, du Figaro, suite à la publication dans le de la revue XXI (N° 39, Automne 2017,  « Nos crimes en Afrique : Sénégal, Biafra, Rwanda », en librairie depuis le 28 juin) d’une enquête de Patrick de Saint-Exupéry sur le rôle de la France lors du génocide des Tutsi du Rwanda en 1994, intitulée « Réarmez-les », allusion à un ordre qui aurait été donné depuis l’Elysée, pendant l’opération Turquoise, de réarmer les génocidaires en déroute…
Monsieur,
Ancien de l’opération Turquoise au Rwanda, dont j’ai eu l’honneur d’être l’un des trois commandants de Groupements opérationnels (le groupement Sud, constitué d’unités de la Légion étrangère) sous les ordres d’un chef unanimement respecté pour ses hautes qualités morales, le général Jean-Claude Lafourcade, permettez-moi de vous faire part très directement et très simplement de mon indignation, et de mon écœurement, le mot n’est pas trop fort, à la lecture de l’article que vous venez d’écrire dans le Figaro. Vous y faites de la publicité surprenante aux fantasmes récurrents de M. de Saint-Exupéry qui vient en effet de récidiver dans ses accusations aussi fumeuses que grotesques et mensongères dans sa revue « XXI », contre la France et l’armée française. Contrairement à ce que vous écrivez, la « revue XXI » ne publie en aucun cas « une longue enquête », ni encore moins « une enquête fouillée » (!) à propos de cette nouvelle accusation fantasmatique selon laquelle l’armée française aurait réarmé les génocidaires hutus durant l’opération Turquoise.
Ayant lu attentivement ce nouvel article, j’atteste que la revue « XXI » publie une suite d’assertions mensongères qui ne déshonorent que ceux qui les profèrent. Elle ne publie évidemment aucun nom (à commencer par celui de ce fameux haut fonctionnaire qui détiendrait ce fameux « ordre » dont aucun d’entre nous n’a jamais vu la couleur !!...), ni aucun fait, aucune date, aucun élément précis à l’appui de ses dires. Et pour cause, car c’est là la manière habituelle de procéder de M. de Saint-Exupéry, comme il nous l’a montré en 2004 lors de la parution de son pamphlet « L’inavouable », réédité une fois en 2009 sous le nom de « Complices de l’inavouable » (comprenez bien sûr par « inavouable », le génocide de 1994 !)…
Tout ceci n’est pas nouveau et alourdit, désolé de vous contredire, non pas « le dossier sur l’implication de la France dans le génocide rwandais » mais bien celui, déjà ancien et chargé, de M. de Saint-Exupéry dans ce dossier du génocide rwandais de 1994. Je vous mets en pièce jointe le texte de la déclaration que j’ai faite au président de la 17ème chambre correctionnelle de Paris, en octobre 2009, lorsque j’y ai assigné ce personnage et son ami et associé M. Beccaria pour diffamation. Je ne change pas une virgule, pas un mot de cette déclaration. Elle traduit parfaitement mon état d’esprit à son égard et celui de ses commanditaires étrangers. Ma seule satisfaction à l’époque est d’avoir ainsi fait baisser le regard de M. de Saint-Exupéry et celui de son comparse devant le président du Tribunal, et de les avoir entendu ânonner leurs excuses embarrassées…
Permettez-moi de vous dire que je suis infiniment surpris et déçu de vous voir vous faire – dans les colonnes du Figaro ! – le porte-voix de ces gens que je range dans le camp de l’anti France et des « porteurs de valise » d’un des plus grands criminels de guerre de cette période troublée qui est la nôtre : le général-président Paul Kagame.
Avant que vous ne repreniez éventuellement un jour la plume sur cette bien triste histoire rwandaise, je me permets de vous inviter à lire l’ouvrage du général Lafourcade, « Opération Turquoise » (éditions Perrin) et le mien, « Les larmes de l’Honneur » récemment réédité (éditions Hugo), dont votre excellent confrère, Patrick Besson a fait la critique dans le Point. Il me semble en effet que la déontologie du journaliste n’est pas de désinformer mais d’informer ses lecteurs.
Avoir fait partie de l’Opération Turquoise est et restera jusqu’à mon dernier souffle une des vraies fiertés de ma vie. Je voulais vous le dire. Et la colossale désinformation à laquelle nous sommes confrontés depuis des années, si elle me blesse et m’écœure profondément bien sûr, n’entamera en rien cette fierté, bien au contraire. Je vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées.
Colonel (er) Jacques Hogard

Source : le mur FBK de Leslie Varenne, 30 juin 2017


À NOTRE AVIS…

AFIN QUE NOS AMIS LECTEURS PUISSENT GOÛTER TOUTE LA SAVEUR DES PROPOS CONTENUS DANS LA LETTRE DE CE FOUGUEUX LÉGIONNAIRE SI FIER D’AVOIR PARTICIPÉ À L’OPÉRATION TURQUOISE, UNE EQUIPÉE QUI, À DÉFAUT D’AVOIR PERMIS DE SAUVER LA VIE DES DERNIÈRES VICTIMES DES FURIEUX PROTÉGÉS DU PRÉSIDENT FRANÇOIS MITTERRAND, LUI AURA AU MOINS FOURNI PERSONNELLEMENT L’OCCASION DE RECONNAÎTRE ET DE DÉNONCER L’« UN DES PLUS GRANDS CRIMINELS DE GUERRE DE CETTE PERIODE TROUBLÉE QUI EST LA NÔTRE… », VOICI LE PEDIGREE DU COLONEL (ER) JACQUES HOGARD TEL QU’ON PEUT LE LIRE SUR LE SITE DE RÉVEIL-FM.
À EN JUGER D’APRÈS SA GÉNÉALOGIE  − QU’ON VA LIRE −, PAS DE DOUTE, CE TYPE EST UN VÉRITABLE CONCENTRÉ DE L’HISTOIRE GLORIEUSE ET SANS TACHES DES ARMÉES FRANÇAISES, EN PARTICULIER CELLE DE CES SOLDATS SI VERTUEUX ET SI SECOURABLES QUI, DEPUIS LA FIN DE LA DEUXIÈME GUERRE MONDIALE, N’ONT CESSÉ DE S’ILLUSTRER − ET, PLUS D’UNE FOIS, D’ILLUSTRER AUSSI, EN PASSANT, LE PATRONYME QUASI-PRÉDESTINÉ DE NOTRE ÉPISTOLIER : HOGARD… POUR UN LÉGIONNAIRE,  PLUS QU’UN NOM, C’EST TOUT UN PROGRAMME ! − EN DÉFENDANT AU PRIX D’IMMENSES SACRIFICES LES COULEURS ET LES VALEURS DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE FACE AUX PRÉTENTIONS ABSURDES DE PEUPLADES GROSSIÈRES OU TROMPÉES PAR DES PROPOGANDES ÉTRANGÈRES OU AVEUGLÉES PAR LEUR PROPRE INGRATITUDE… COMME À SÉTIF ET GUELMA (8 MAI 1945), À MADAGASCAR (1947), EN INDOCHINE (1947-1954), EN ALGÉRIE (1954-1962), AU CAMEROUN (1958-1971) ET AUJOURD’HUI MÊME, EN CÔTE D’IVOIRE…
RESTE À SAVOIR SI, S'AGISSANT D’ÉVALUER LA PART DE LA FRANCE MITTERRANDIENNE DANS LE GÉNOCIDE DES TUTSI AU RWANDA EN 1994, CETTE GÉNÉALOGIE DE RÊVE ET CE GRAND RENOM SUFFISENT VRAIMENT À EUX SEULS POUR FAIRE D’UN COLONEL (ER) JACQUES HOGARD UN TÉMOIN PLUS DIGNE DE FOI QU’UN « M. DE SAINT-EXUPÉRY », PAR EXEMPLE. À VOUS, CHERS AMIS LECTEURS, DE VOUS FAIRE VOTRE PROPRE RÉPONSE…
POUR VOUS Y AIDER, MAIS SANS VOULOIR VOUS FORCER LA MAIN DANS UN SENS OU DANS L’AUTRE, NOUS PUBLIONS À LA SUITE DE LA BIOGRAPHIE DE L’ANCIEN COLONEL DE LA LÉGION HOGARD, LE BIEN NOMMÉ, LE DROIT DE RÉPONSE DE L’ANCIEN COLONEL ANCEL, DONT IL Y A PEU CERTAINS D’ENTRE VOUS ONT PU LIRE, DANS CE BLOG, UN TÉMOIGNAGE ÉMOUVANT SUR LE MÊME SUJET (HTTPS://CERCLEVICTORBIAKABODA.BLOGSPOT.DE/2017/07/GUILLAUME-ANCEL-UN-ANCIEN-OFFICIER-DE-L.HTML). ET, POUR FAIRE BONNE MESURE, NOUS PUBLIONS AUSSI LE « COMMUNIQUÉ » PAR LEQUEL BERNARD LUGAN, UN NÉGATIONNISTE NOTOIRE, NAGUÈRE AVOCAT COMPULSIF DE L’APARTHEID, AUJOURD’HUI APPAREMMENT RECONVERTI DANS L’APOLOGIE DES CRIMES DU COLONIALISME FRANÇAIS EN AFRIQUE, S’EST INGÉRÉ DANS CE DÉBAT. AVEC UN TEL COMPÈRE, LE FIER LÉGIONNAIRE JACQUES HOGARD EST, POUR AINSI DIRE, VRAIMENT EN FAMILLE…

LA RÉDACTION


BIOGRAPHIE DU COLONEL JACQUES HOGARD

Jacques Hogard, né le 16 décembre 1955, est un officier parachutiste de la Légion étrangère, de nationalité française.
Issu d'une vieille famille lorraine, il est le fils du général Jacques Hogard, officier d'infanterie de marine, combattant de la Seconde Guerre mondiale et des guerres d'Indochine et d'Algérie, et le neveu du général Pierre de Bénouville, héros de la Résistance et Compagnon de la Libération. Il effectue sa formation d'officier à l'École militaire interarmes de Saint Cyr Coëtquidan (Promotion Général Laurier, 1978-79), puis entre en service dans la Légion étrangère, où il est lieutenant, puis capitaine au 2e régiment étranger de parachutistes, et enfin colonel. Il participe à plusieurs missions extérieures dans les années 1980 et 1990, en Afrique notamment.
En 1992, il est affecté au bureau opérations de l'état-major des troupes françaises stationnées à Djibouti. Il dirige le « bureau opérations » de l'opération Oryx en Somalie (1992-1993) durant la tentative des Nations unies de stopper la guerre civile somalienne, de l'opération Iskoutir en République de Djibouti, de l'opération Diapason au Yémen. Il est commandant du groupement de Légion Étrangère lors de l'opération Turquoise au Rwanda, en 19941). A ce titre, il est membre fondateur de l'association France-Turquoise, dont l'objet principal est le « rétablissement de la vérité sur l'action de l'armée française et des militaires français au Rwanda » suite aux allégations concernant ceux-ci durant le génocide au Rwanda, entre autres par la Commission Mucyo.
Il rejoint ensuite l'état-major de la Légion étrangère, puis celui de l'armée de terre française et enfin le commandement des opérations spéciales (COS). C'est ainsi qu'il commande le groupement interarmées des forces spéciales qui ouvre la voie à la Brigade Leclerc en Macédoine, puis au Kosovo, en 1999 lors de la guerre du Kosovo. Le colonel Hogard prend sa retraite anticipée en 2000. Il fonde et dirige depuis une entreprise de conseil spécialisée en intelligence stratégique et en lobbying à l'international. Jacques Hogard est diplômé du CPA (Centre de Perfectionnement aux Affaires), Exécutive MBA d'HEC.
Le 13 mai 2009, avec un certain nombre d'autres anciens officiers de l'armée française ayant servi au Rwanda entre 1990 et 1994, il est distingué par un décret du Président de la République et promu au grade d'officier de la Légion d'honneur.

Ses décorations
Officier de la Légion d'honneur
Officier de l'ordre national du Mérite
Croix de guerre des TOE
Croix de la Valeur militaire (trois citations)
Officier pro Merito Melitensi de l'Ordre de Malte avec épées
Titulaire de l'ordre de Saint Sava (Serbie)

Sa famille
Son grand-père : le général Emile-Louis Hogard (1894-1990), officier de l'armée d'Afrique, proche collaborateur du Maréchal Lyautey au Maroc, commandant les Goums Marocains (1944-45).
Son père : le général Jacques Hogard
Le gl JF Hogard (le frère, à Dte) et le gauleiter JM Simon en
pleine action lors de la Bataille d'Abidjan en mars-avril 2011
Son frère : le général Jean-François Hogard, ancien chef de corps du 3e RPIMa (2002-04), ancien Conseiller Afrique du Ministre de la Défense (2007-2009) commandant de la Force Licorne en Côte d'Ivoire en 2009, commandant de la 9ème Brigade Légère Blindée d'Infanterie de Marine (basée à Poitiers) et de la Brigade La Fayette en Afghanistan.
Son oncle : le général Pierre de Bénouville
Son cousin : François Guillaume, ancien Ministre, ancien président de la FNSEA, député de Meurthe-et-Moselle.

Ses publications
Les larmes de l'honneur : 60 jours dans la tourmente du Rwanda, Jacques Hogard, Hugo et Compagnie, 2005, ISBN 2-7556-0054-3
Désinformation : le cas rwandais in Cahiers du CESAT (Collège d'Enseignement Supérieur de l'Armée de terre), n°13, septembre 2008
A propos du Rwanda, des Grands Lacs et de la politique française en Afrique in Revue "Diplomatie", numéro 37 (mars-avril 2009), voir www.areion.fr
Le 6 Avril 1994, l'attentat perpétré par la rébellion Tutsi contre le Président Hutu Habyarimana plonge le Rwanda dans le chaos. Se déroule alors le plus atroce génocide de la fin du XXe siècle. Le 22 juin, l'ONU autorise du bout des lèvres la France à intervenir pour faire cesser les massacres. Jacques Hogard est désigné pour prendre le commandement d'un des trois groupements opérationnels de l'opération Turquoise. Homme dévoué à son pays, il raconte comment il a exécuté avec fermeté, humanisme et diplomatie, cette difficile mission. Par son témoignage, Jacques Hogard rétablit la vérité sur cette terrible période de génocide, de rébellion, de pillages, d'exode... Il livre ici la complexité de cette opération à la fois militaire, humanitaire, diplomatique, politique et médiatique.

Source : http://reveil-fm.com 18 septembre 2011

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Le débat sur le rôle de la France dans le génocide des Tutsis au Rwanda mérite un peu mieux que les attaques personnelles lancées régulièrement par M. Hogard, dont cette tribune intitulée les « révélations » de la revue XXI sur la France au Rwanda font pschitt.
M. Hogard semble avoir beaucoup oublié, en commençant par le respect pour les anciens compagnons d’armes, même quand on ne partage pas leur avis.
Pour rafraîchir cette mémoire défaillante,  je vais d’abord rappeler quelques faits dont j’ai été témoin au Rwanda pendant l’opération Turquoise.
Dans une première période, du 22 au 30 juin 1994, nous avons tenté de remettre au pouvoir le gouvernement que la France avait soutenu pendant quatre ans alors même que celui-ci était l’organisateur du génocide des Tutsis :
Ordre préparatoire pour un raid sur Kigali, puis opération de frappe aérienne que je devais guider contre les colonnes du FPR (les soldats « ennemis » de ce gouvernement). Cette frappe a été annulée in extremis, au lever du jour du 1° juillet, probablement par le PC Jupiter sous l’Élysée.
M. Hogard explique volontiers le contraire bien qu’il ne fut pas là, en effet il n’est arrivé sur le théâtre que le 29 ou le 30 juin selon ses versions. Pour ma part je ne pense pas que quiconque soit mieux placé que moi pour dire ce que j’ai fait…
Deuxième période à partir du 1° juillet 1994 avec la création d’une « zone humanitaire sûre » qui a surtout permis de protéger la fuite des génocidaires vers le Zaïre (aujourd’hui la RDC). À cette époque, je me suis occupé d’extractions de rescapés dans cette zone « sûre » que nous contrôlions si peu. C’est M. Hogard qui m’a raconté, à plusieurs reprises, son trouble de devoir escorter poliment les organisateurs du génocide, car il avait reçu comme directive stricte de ne pas les arrêter, ni les neutraliser mais de s’assurer qu’ils veuillent bien quitter la zone (ie qu’ils partent au Zaïre). J’ai vu plusieurs de ces responsables du génocide transiter sur la base de Cyangugu, et je n’en aurais rien su si M. Hogard n’avait pris le temps de me l’expliquer et de me raconter combien cela l’interrogeait…
Troisième période, que je situe sur la 2° quinzaine de juillet, les forces gouvernementales et leurs responsables se sont débandés au Zaïre et nous leurs livrons des armes, dans des camps de réfugiés, alors que nous sommes dans une mission « humanitaire » et accessoirement sous embargo des Nations Unies. Livrer des armes à des génocidaires et transformer des camps de réfugiés en bases militaires est un acte d’une extrême gravité, susceptible d’être qualifié pénalement de complicité dans un crime imprescriptible, le génocide. À quoi cela sert-il de continuer à nier ces livraisons d’armes, alors que l’origine de la directive est désormais connue (l’Elysée), de même que l’intermédiaire financier (des banques encore liées à l’Etat) et les conditions de leur livraison effective sur le terrain (aéroport de Goma, convois de transport)…
M. Hogard avait eu le plus grand mal à défendre et obtenir de désarmer les factions qui traversaient notre zone, j’imagine son désarroi quand il a dû nous justifier une telle livraison sous couvert « d’éviter que les forces gouvernementales ne se retournent contre nous »…
En fait, je viens de parler du lieutenant-colonel Hogard, l’officier droit et mesuré qui assumait le commandement d’un des groupements tactiques, dans cette mission d’intervention particulièrement difficile en 1994. Je ne reconnais en rien le M. Hogard qui tente aujourd’hui de me décrédibiliser avec véhémence, bien qu’il ne me connaisse pas et ne me connaîtra sans doute jamais. La logique voudrait plutôt qu’il contredise mon témoignage, si cela était encore possible.
M. Hogard a en effet d’abord affirmé que je n’avais pas participé à l’opération Turquoise dans les conditions que j’ai décrites (comme officier contrôleur avancé, OCA, chargé du guidage des frappes aériennes) et que j’étais donc un affabulateur « sans responsabilité, sauf peut-être humanitaire… », dans un article du Point qui ne fait pas honneur au journalisme. Il a dû se raviser devant mes témoignages précis et factuels car je ne témoigne que de ce que j’ai fait. Il a dû reprendre aussi sa copie lorsque j’ai publié un message confirmant ma fonction, signé par lui !
Le CNE Guillaume ANCEL a été détaché au sein d’une  [compagnie de combat] pour y tenir les fonctions d’OCA.
J’ai ensuite été approché par un grand gaillard, se présentant comme un « proche de M. Hogard, pour me « parler » puis me « convaincre » et finalement me menacer. Cela n’a pas fonctionné. Je n’ai pas apprécié le procédé que je croyais ne plus exister que dans les films de barbouzes.
Je me suis donc interrogé sur les activités de M. Hogard :
M. Hogard vend de l’information, pardon de « l’intelligence stratégique et de la diplomatie d’entreprises », à travers une société spécialisée dont l’activité réelle doit être en rappport avec son nom, ÉPÉE. Un ancien compagnon d’armes y est décédé dans des conditions pour le moins étranges, criblé de balles dans un hôtel en Libye.
Ensuite M. Hogard a repris son entreprise de discrédit en affirmant cette fois que j’aurais un compte à régler avec l’armée parce que celle-ci avait refusé de me réintégrer. Je ne vois pas comment l’armée aurait pu me refuser… ce que je n’ai jamais demandé. Je n’ai aucun contentieux avec l’institution militaire qui m’a fort bien traité et que je respecte pour son grand professionnalisme. Mais sur le site du colonel 2.0 comme dans son livre, les larmes d’un crocodile, M. Hogard espère « démolir » mon témoignage avec cette accusation ridicule, pour la cinquième fois, sans apporter aucun argument vraiment utile sur le débat de fond.
Alors quel objectif poursuit M. Hogard ? Détourner l’attention dans le débat sur le rôle de la France dans le génocide de Tutsis au Rwanda ? Masquer sa peur d’être rattrapé par la gravité des actes commis, alors même qu’il s’agissait d’une politique décidée au plus haut niveau de l’Etat ? S’essayer dans une polémique digne des meilleures heures de Donald Trump, mais qui n’a pas sa place dans un débat aussi grave ? Par chance il ne twitte pas…
Heureusement il peut citer le « professeur Bernard Lugan », celui qui explique que les livraisons d’armes aux génocidaires seraient justifiées par le fait que le président Kagame aurait fait assassiner le président Habyarimana. Ne cherchez pas le lien, il relève d’une autre logique et s’expose d’ailleurs sur ce site… Bernard Lugan ne cache pas ses liens avec la droite la plus extrême. J’espère simplement qu’il n’est plus enseignant à l’Ecole militaire, ni ailleurs dans les milieux militaires.
Si M. Hogard comme le professeur Lugan souhaitaient réellement mettre fin à ce questionnement, ils défendraient l’ouverture réelle des archives pour que nos concitoyens puissent juger par eux-mêmes plutôt qu’on ne leur explique ce qu’ils doivent en penser.
Le débat auquel je souhaite participer est celui de la responsabilité des hommes politiques de l’époque qui ont décidé de ces opérations, au nom de la France, en notre nom à tous et qui ne se sont jamais expliqués.
Nous, militaires, avons déjà dû assumer une mission que nous n’aurions pas dû mener, ce n’est donc pas à nos compagnons d’armes de se justifier, encore moins de s’ériger en bouclier de responsables politiques qui ne veulent pas assumer leur responsabilité.
Personnellement, je continuerai à témoigner aussi longtemps que nous ne connaîtrons pas le rôle de la France dans le dernier génocide du XX° siècle, celui qui n’aurait jamais dû se produire, celui que nous n’avons pas su empêcher et qu’il ne sert à rien de cacher.

Guillaume Ancel, ancien lieutenant-colonel.

Source : Le Colonel 6 juillet 2017
  
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Rwanda : M. de Saint-Exupéry accuse-t-il la France afin de protéger le général Kagamé ?

Fidèle caisse de résonance du régime de Kigali, la presse française donne actuellement une énorme publicité à un insignifiant article de M. Patrick de Saint-Exupéry dans lequel, sans la moindre preuve, sans la publication du moindre document nouveau, et uniquement sur la base de sous-entendus orientés, il accuse la France d’avoir voulu « réarmer » les génocidaires rwandais durant l’été 1994. 
Plus encore, voilà maintenant la BNP qui est désormais soupçonnée d’être partie prenante dans cette rocambolesque affaire. 
L’explication d’une telle campagne orchestrée depuis le Rwanda est pourtant limpide: l’étau se refermant peu à peu sur le régime Kagamé, dans le cadre de l’enquête sur l’attentat contre l’avion du président Habyarimana, ses amis français sont actuellement à la manœuvre afin d’intimider Emmanuel Macron, comme ils avaient si bien réussi à le faire avec Nicolas Sarkozy et François Hollande. A une différence près : depuis quelques mois, les éléments qui s’accumulent sur le bureau des magistrats français et qui mettent directement en cause le régime de Kigali dans le déroulé des évènements de l’année 1994 sont tels qu’il est désormais impossible d’étouffer l’affaire…
Deux points sont établis :
1) L’attentat du 6 avril 1994 qui provoqua la mort du président hutu Habyarimana fut le déclencheur du génocide. 
2) La thèse du régime de Kigali, à savoir celle du génocide « programmé » et « planifié » par les « extrémistes » hutu, a volé en éclats devant le TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda). Ce tribunal créé par le Conseil de sécurité de l’ONU et siégeant à Arusha de 1995 à 2016, a en effet, dans ses jugements concernant les « principaux responsables du génocide » − dont celui du colonel Bagosora présenté comme l’architecte du génocide −, que ce soit en première instance ou en appel, clairement établi qu’il n’y avait pas eu « entente » pour le commettre. Si ce génocide n’était pas programmé, c’est donc qu’il fut spontané, et ce qui le provoqua fut l’assassinat du président Habyarimana. 
Voilà pourquoi la question de savoir qui a ourdi cet attentat est primordiale. Or, il n’y a jamais eu d’enquête internationale menée sur ce crime qui coûta la vie à deux présidents en exercice élus, celui du Rwanda et celui du Burundi, qui avaient pris place dans le même avion. 
Par les énormes pressions qu’ils exercèrent sur le Conseil de sécurité de l’ONU, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, alliés indéfectibles du régime de Kigali, réussirent en effet à interdire au TPIR de mener cette enquête. 
Au mois de janvier 1997, Madame Louise Arbour, Procureur du TPIR de septembre 1996 à septembre 1999, ordonna ainsi à Michael Hourigan de cesser ses investigations. Ce fonctionnaire de l’ONU avait pourtant été personnellement chargé par elle, d’identifier les commanditaires et les auteurs de l’attentat du 6 avril 1994. Madame Arbour voulait alors étayer l’acte d’accusation rachitique qu’elle était occupée à dresser contre les anciens dirigeants du régime Habyarimana, en montrant que cet attentat avait été commis par des « extrémistes hutu », et qu’en le commettant, ces derniers avaient donné le signal du génocide qu’ils avaient programmé.
Or, sur place, à Kigali, menant son enquête, Michael Hourigan découvrit tout au contraire que les auteurs de l’attentat n’étaient pas des « Hutu extrémistes », mais des Tutsi du FPR… et il obtint même les noms de ceux qui, selon lui, auraient abattu l’avion du président Habyarimana. Il rédigea un rapport qu’il remit personnellement à Madame Arbour qui le somma alors de mettre un terme à ses recherches, exigeant la confidentialité absolue sur ses découvertes. Le contrat de Michael Hourigan avec l’ONU ne fut pas renouvelé. 
Saisie par les familles de l’équipage français de l’avion présidentiel abattu, la justice française s’est ensuite risquée sur cette affaire qui fut confiée au juge Bruguière. Bien que le TPIR ait refusé de le lui communiquer, et cela au prétexte qu’il n’existait pas (!!!), le juge Bruguière obtint malgré tout une copie du « Rapport Hourigan ». Puis, devant le juge, Michael Hourigan authentifia son texte dont il confirma la teneur. Poussant plus loin ses investigations, le juge Bruguière interrogea le capitaine sénégalais Amadou Deme, adjoint de Michael Hourigan et ancien numéro 2 du renseignement de l’ONU au Rwanda. Cet officier lui confirma à la fois les résultats de l’enquête à laquelle il avait personnellement participé, et l’insolite changement d’attitude de madame Arbour à partir du moment où le FPR fut suspecté d’avoir assassiné le président Habyarimana.
Le 16 novembre 2006, au terme de son enquête, le juge Bruguière accusa à son tour le général Kagamé et il lança neuf mandats d’arrêt contre des membres importants de son premier cercle. Après le départ à la retraite de ce magistrat, l’enquête fut reprise par le juge Trévidic, puis par les juges Herbaut et Poux.
Au mois de juillet 2013 puis en janvier 2014, le juge Trévidic interrogea Jean-Marie Micombero, ancien secrétaire général au ministère rwandais de la Défense et qui, le 6 avril 1994, était affecté à une section chargée du renseignement dépendant directement de Paul Kagamé. Le témoin lui confirma les noms des deux membres de l'armée de Paul Kagamé qui, le 6 avril 1994, auraient tiré les deux missiles qui abattirent l’avion présidentiel. Il livra également au juge nombre de détails sur les préparatifs et sur le déroulement de l’attentat. Ces déclarations recoupaient en les confirmant celles recueillies en leur temps par le juge Bruguière auprès d’autres témoins.
La contre-attaque du général Kagamé se fit à travers ses puissants réseaux d’influence français et par le biais d’une presse qui ne cessa jamais de lui servir de porte-voix, notamment Libération, Le Monde et Le Figaro.
Appuyé sur les uns et sur les autres, il tenta de répétitives manœuvres dilatoires destinées à discréditer le travail du juge Bruguière. Mais, au moment où, de guerre lasse, le juge Trévidic s’apprêtait à clôturer son instruction, trois témoins de la plus haute importance se manifestèrent.
Il s’agissait du général Faustin Kayumba Nyamwaza, ancien chef d’état-major de l’APR (Armée patriotique rwandaise, l’armée tutsi), à l’époque responsable du renseignement militaire, du colonel Patrick Karegeya, ancien chef des renseignements du Rwanda, tous deux réfugiés en Afrique du Sud d’où ils accusaient de la façon la plus claire le président Kagamé d’être le responsable de l’attentat du 6 avril 1994 qui coûta la vie au président hutu Habyarimana, et d’Emile Gafarita qui prétendait être l'un des trois membres du FPR qui transportèrent depuis l'Ouganda jusqu'à Kigali les missiles qui abattirent l'avion du président Habyarimana.
Au mois de juin 2010, le général Kayumba survécut par miracle à une tentative d’assassinat dont les auteurs, des Rwandais, furent arrêtés et jugés en Afrique du Sud. Le colonel Patrick Karegeya fut étranglé le 31 décembre 2013 dans sa chambre d’hôtel de Johannesburg.
Emile Gafarita fut quant à lui enlevé à Nairobi le 13 novembre 2014 à la veille de son départ pour la France où il devait être interrogé par le juge Trévidic. Dans la procédure de réouverture d'instruction qui était alors en cours, la teneur de ce que le témoin-acteur allait dire aux juges était accessible à la Défense. Cette dernière informa ses clients de l’existence d’Emile Gafirita et de son prochain témoignage. Avocat de l’Etat rwandais (Afrikarabia, 19 octobre 2016) et de 6 des 7 mis en examen, M° Léon-Lef Forster, dans un entretien avec la journaliste canadienne Judi Rever[4] l’a reconnu : « J’ai informé les mis en examen, un avocat a l’obligation d’indiquer à ses clients où en est la procédure…il est parfaitement légitime que les clients soient informés des raisons pour lesquelles le dossier est ré-ouvert ».
A partir de ce moment, Emile Gafirita fut en danger de mort[5]. Dans ces conditions, il est pour le moins « insolite » que les juges français qui allaient l’interroger n’aient pas pris la précaution de le mettre sous protection. D’autant plus qu’Emile Gafirita se savait menacé et que, dans l’attente de sa convocation qui arriva le jour de sa disparition, il avait écrit par mail à son avocat, M° Cantier, qu’il souhaitait être entendu : « le plus vite serait le mieux avant qu’ils ne me fassent taire à jamais ».
Emile Gafirita avait demandé à être entendu sous X avec le statut de « témoin protégé », ce qui ne lui fut pas accordé par le juge Trévidic. Et pourtant, comme l’a révélé plus tard Emmanuel Fansten dans Libération du 4 mars 2015, à la même époque, le juge Trévidic qui enquêtait sur l’attentat de la rue Copernic entendit sous X un ancien membre du groupe Abou Nidal.
Pourquoi une telle différence de traitement ? Le juge Trévidic justifia son refus d’entendre anonymement Emile Gafarita « par le nombre conséquent de manipulations constatées dans l’instruction » (Jeune Afrique, 9 décembre 2014). Cette explication laisse pour le moins perplexe car le juge d’instruction a précisément parmi ses missions celle de faire le tri entre les éléments qu’il recueille. Dans tous les cas, ceux qui enlevèrent Emile Gafirita ne partageaient pas ses doutes…
La justice française a donc été incapable de protéger ce témoin essentiel puisque ses ravisseurs ont été prévenus qu'il était depuis quelques semaines à Nairobi où il vivait clandestinement sous un nom d'emprunt dans l'attente de son départ pour la France. 
Dans son livre « La France dans la terreur rwandaise » (Editions Duboiris, 2014, page 302), le journaliste Onana rapporte de graves propos tenus par le colonel Karegeya peu avant son assassinat : « (...) tout ce que fait votre juge (Trévidic) se trouve dans les médias, même les noms des témoins qui peuvent ainsi être retournés par Kigali ou assassinés ».
Allons plus loin : certaines sources sud-africaines laisseraient entendre que des fonctionnaires de l’ambassade de France à Pretoria auraient oralement tenté de dissuader, fin novembre 2016, les autorités judiciaires sud-africaines d’accorder aux magistrats français les possibilités d’entraide judiciaire leur permettant d’interroger le général Nyamwaza.
Le 30 novembre 2016, interloquées par cette demande orale insolite, les autorités sud-africaines auraient alors demandé que cette requête soit formulée par écrit… ce qui aurait mis un terme à cette tentative d’entrave à la justice…et, les quatre « visas » des autorités judiciaires sud-africaines nécessaires à l’exécution de l’entraide judiciaire internationale furent accordés aux juges français mi-février 2017. Avant d’être bloqués à la fin du mois à la suite de la visite exceptionnelle faite en Afrique du Sud par le général Joseph Nzabamwita, Responsable des services nationaux de renseignement et de sécurité (NISS), envoyé du général Kagamé.
Dans une enquête très documentée parue dans le « UN », n°140 du 1° février 2017 sous le titre « Récit d’une manipulation », Pierre Péan explique comment, à partir de l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy et jusqu’au départ du juge Trévidic, un groupe comprenant diplomates, magistrats, politiques et hommes de l’ombre, groupe relayé par les réseaux pro-Kagamé français se serait ingénié à saboter l’enquête du juge Bruguière. Cet article n’a été relayé par aucun média français bien qu’il détaille de nombreux et très graves faits d’entrave à la justice.
Quoiqu’il en soit, loin des tumultes et des manipulations médiatiques, un dossier existe et, pour le régime de Kigali, ses avancées pourraient être dévastatrices. Voilà pourquoi ses amis ont reçu l’ordre d’allumer des contre-feux et voilà pourquoi, la presse française est actuellement et une nouvelle fois à la manœuvre.
Que contient en effet le dossier des juges Herbaut et Poux ?
Les éléments qui figurent dans le dossier d’instruction pèsent plus lourd que les sous-entendus de M. de Saint-Exupéry :
1) Le dossier donne, entre autres, le lieu du tir des missiles, les noms des deux tireurs et des membres de leur escorte, la marque et la couleur des véhicules utilisés pour transporter les missiles depuis l’Ouganda jusqu’au casernement de l’APR situé au centre de Kigali et de là, jusqu’au lieu de tir à travers les lignes de l’armée rwandaise, ainsi que le déroulé de l’action.
2) Le dossier contient la preuve que l’avion présidentiel rwandais a été engagé par deux missiles dont la traçabilité a été établie. Grâce à la coopération judiciaire de la Russie, la justice française sait en effet que ces deux missiles dont les numéros de série étaient respectivement 04-87-04814 et 04-87-04835 faisaient partie d’un lot de 40 missiles SA-16 IGLA livrés à l’armée ougandaise quelques années auparavant. Or, Paul Kagamé et ses principaux adjoints furent officiers supérieurs dans l’armée ougandaise avant la guerre civile rwandaise et, de 1990 à 1994, l’Ouganda fut la base arrière, mais aussi l’arsenal du FPR. De plus, devant le TPIR, il fut amplement démontré que l’armée rwandaise ne disposait pas de tels missiles et que l’arme du crime était bien entre les mains du FPR.
D’autant plus qu’au mois d’août 2016, la MONUSCO a saisi en RDC un missile de type SA-16 de la même série que ceux qui furent tirés contre l’avion du président Habyarimana le 6 avril 1994. Or, ce missile avait appartenu à une milice soutenue par le Rwanda. Un rapport officiel de la MONUSCO a été transmis au siège de l’ONU à New-York qui visiblement tarde à le transmettre au juge français malgré les recommandations du rédacteur du rapport en question (Référence : Strictly Confidential. Goma, 20 septembre 2016).
En dépit de toutes les pressions qu’ils subissent et qui vont aller croissant, il faudra bien que, tôt ou tard, les juges fassent la balance entre les éléments que contient le dossier de l’assassinat du président Habyarimana. Or, comme les magistrats instructeurs auraient entre les mains suffisamment d’éléments pour étayer la thèse de la responsabilité du général Kagamé dans l’attentat du 6 avril 1994 qui coûta vie au président Habyarimana, attentat qui fut l’élément déclencheur du génocide, tout va in fine dépendre du Parquet chargé de porter l’accusation à l’audience.
Nous voilà donc revenus à la politique, donc aux réseaux d’influence que Kigali entretient en France et dont la mission est de tenter d’influencer la Justice pour que soit étouffé le dossier car, comme l’a dit Madame Carla Del Ponte qui succéda à Louise Arbour au poste de Procureur du TPIR : « S’il était avéré que c’est le FPR qui a abattu l’avion du président Habyarimana, c’est toute l’histoire du génocide du Rwanda qu’il faudrait re-écrire ».

Et de cela, les alliés, les soutiens et les obligés du général Kagamé ne veulent évidemment pas entendre parler.

Bernard Lugan
Source : Le Colonel  29 juin 2017

mercredi 12 juillet 2017

Soro est-il sincère quand il appelle au pardon et à la réconciliation ?


G. Soro en chef de guerre
« Il y a, dans notre cité, un pardon qui n’arrive pas à se donner, ou qui se donne de manière incomplète. Il y a des résistances au pardon et à la reconciliation ». Ainsi s’exprimait Kigbafori Soro devant des députés godillots. C’était le 3 avril 2017. Si nombre de victimes ne parviennent pas à pardonner à ceux qui ont égorgé, brûlé ou éventré leurs proches, s’il leur est difficile de se réconcilier avec les personnes qui ont détruit ou confisqué leurs biens, fruit de plusieurs années de travail et de sacrifices, ce n’est pas uniquement parce que « le pardon est un long et difficile processus » et qu’il « requiert de la patience » (principe bouddhiste). Le pardon et la réconciliation seront en panne dans notre pays aussi longtemps que la vérité et la justice seront mises de côté ; ils resteront une illusion tant que certains se serviront de cette noble cause pour atteindre des objectifs personnels.
Le premier paramètre dont le pardon et la réconciliation doivent tenir compte est la vérité. Et le Pasteur Martin Luther King avait raison de déclarer que « pardonner ne signifie pas ignorer ce qui a été fait ou coller une étiquette fausse sur un acte mauvais » (cf. “La force d’aimer”, Paris, Casterman, 1965). Les Ivoiriens ont besoin de connaître la vérité sur ce qui s’est passé dans leur pays entre janvier 2001 et avril 2011 ; ils doivent savoir qui a fait quoi au cours de cette période ; il est important qu’ils sachent qui était dans le camp de la liberté et de la souveraineté et qui militait pour la mise sous tutelle du pays. Ouattara et Bédié clament régulièrement qu’ils n’ont rien à voir avec la rébellion. Et pourtant, l’un a non seulement félicité les rebelles d’avoir pris les armes pour « restaurer la démocratie » et « réparer l’injustice faite aux Nordistes » mais il les a promus en les nommant ministres, généraux ou préfets de région ; quant à l’autre, il a récemment révélé que Soro était son protégé. Père de l’expression « Forces nouvelles », il n’a jamais réussi à rabattre le caquet à tous ceux qui le soupçonnent d’avoir des atomes crochus avec Félix Doh, alias N’Guessan N’Dri, dont le mouvement, le MPIGO, commit d’innombrables atrocités à l’Ouest de la Côte d’Ivoire, et Félix Miézan Anoblé, le numéro 2 du « commando invisible » d’Abobo, de triste mémoire.
Le second paramètre est la justice, qui doit sanctionner toutes les personnes coupables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Or la justice à laquelle nous avons assisté jusqu’ici, tant à Abidjan qu’à La Haye, n’a rien d’une justice équitable et impartiale puisqu’elle ne juge qu’un camp, dont le seul crime est d’avoir essayé de défendre le pays contre ceux qui étaient venus l’attaquer. Depuis quelque temps, Soro prône le pardon et la réconciliation. Il a même envoyé des gens prêcher la bonne parole à Paris à des gens qui ne représenteraient qu’eux-mêmes alors que les personnes les mieux indiquées pour discuter de cette question sont à Abidjan. Lui qui aime rappeler qu’il fréquenta jadis le petit séminaire de Katiola, devrait savoir que « c’est l’amour de la vérité qui trace le chemin que toute justice humaine doit emprunter pour aboutir à la restauration des liens de fraternité dans la famille humaine, communauté de paix, réconciliée avec Dieu par le Christ » (cf. Benoît XVI, « Africae munus », novembre 2011, No. 18). En d’autres termes, il devrait se souvenir que « pour devenir effective, [la] réconciliation devra être accompagnée par un acte courageux et honnête : la recherche des responsables de ces conflits, de ceux qui ont commandité les crimes et qui se livrent à toutes sortes de trafics, et la détermination de leur responsabilité [et que] les victimes ont droit à la vérité et à la justice » (« Africae munus », No. 22).
L’honnêteté est justement la troisième condition que doivent remplir les nouveaux apôtres du pardon et de la réconciliation. Un bon nombre d’Ivoiriens estiment que Soro appelle aujourd’hui au pardon et à la réconciliation non parce qu’il y croit vraiment, mais parce que sa vie est menacée dans son propre camp ; parce que Ouattara, qu’il a fait roi, veut lui faire la peau. Pour eux, c’est quatre ou cinq années plus tôt qu’il aurait dû prendre cette initiative. Ils ajoutent qu’ils ne croiront à la sincérité de Soro que si ce dernier commence par obtenir la libération des prisonniers politiques, le retour sécurisé des exilés, l’ouverture des médias publics à l’opposition, le dégel des avoirs des opposants, la recomposition de la Commission électorale qui, pour le moment, n’est ni indépendante ni équilibrée, etc.
Vérité, justice et honnêteté, telles sont en somme les vertus que les Ivoiriens attendent de voir chez Soro avant de commencer à adhérer à sa croisade. À moins d’être de mauvaise foi, on ne peut les accuser d’être rétifs au pardon. Quand Gbagbo tenait les rênes du pays, il leur est arrivé de « pardonner l’impardonnable » (Vladimir Jankélévitch) au nom de la paix et parce qu’ils étaient persuadés qu’en agissant de la sorte, ils empêcheraient le pays de basculer dans le chaos. Mais, comme le dit bien l’activiste Kemi Seba : « Il y a un moment où il faudra bel et bien se dire que pardonner le mal systématiquement, c’est l’approuver ». N’attendons pas de la victime qu’elle demande pardon au bourreau car notre pays n’a pas besoin de la paix à tout prix, ni d’une paix armée. Ce qu’il lui faut, ce sont des actes de la part de ceux qui ont saccagé et tué car il ne suffit pas de dire qu’il faut enterrer la hache de guerre alors qu’on continue de cacher des tonnes d’armes meurtrières et qu’on affiche morgue et mépris pour Sangaré et ses compagnons. Il faut agir et agir dans l’humilité et la sincérité. Cela veut dire que c’est à Abidjan, et non à Paris, qu’il faut parler de pardon et de réconciliation, et c’est avec ceux qui ont été injustement évincés du pouvoir qu’il convient de discuter. Procéder autrement n’est que ridicule fuite en avant.

Jean-Claude DJEREKE
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Sous cette rubrique, nous vous proposons des documents de provenance diverses et qui ne seront pas nécessairement à l'unisson avec notre ligne éditoriale, pourvu qu'ils soient en rapport avec l'actualité ou l'histoire de la Côte d'Ivoire et des Ivoiriens, ou que, par leur contenu informatif, ils soient de nature à faciliter la compréhension des causes, des mécanismes et des enjeux de la « crise ivoirienne ».

Source : Connectionivoirienne.net 6 juillet 2017

jeudi 6 juillet 2017

« Une réconciliation en Côte d’Ivoire sans la France serait une escroquerie morale, Soro le sait ».

Interview de Damana Adia Picas, exilé politique
En exil au Ghana depuis la crise postélectorale, Damana Adia Picas rompt son long silence et prend la parole pour donner sa vision de l’évolution de l’actualité ivoirienne.
Damana Adia Picas
Il y a longtemps que vous vous êtes muré dans un long silence. Comment se porte Damana Adia Picas ?
DAMANA Adia Picas (DAP): Je me porte très bien tant sur le plan moral, spirituel, que physique. Pour le reste on regarde et on écoute.
Vous êtes encore pour longtemps en exil ?
DAP : Oui aussi longtemps que nécessaire, je serai en exil dans cette posture difficile.
Pourquoi vous ne négociez pas votre retour au pays comme tant d’autres ?
DAP : Je ne le ferai pas. Parce que c’est indécent.
Mais votre parti n’est-il pas en contact avec le régime d’Abidjan pour parvenir à un minimum d’accord ?
DAP : C’est une responsabilité qui incombe à la direction de mon parti qui gère ce dossier. Donc, tant que la direction n’émet aucun signal, c’est qu’il n’y a rien de concret dans ce sens, le gouvernement étant arcbouté sur ses positions rigides. La Côte d’Ivoire est une République et non un royaume.
Il y a une vague de réconciliation qui est lancée par certains de vos anciens amis dont M. Soro Guillaume, le président de l’Assemblée nationale. Avez-vous été contacté ?
DAP : Non. Ni de près ni de loin, je ne suis lié à cette initiative.
La réconciliation ne vous intéresse pas alors ?
DAP : Ce n’est pas ce que j’ai dit. J’ai seulement dit que je n’étais pas associé, encore moins informé de l’initiative dont vous avez parlez. La réconciliation nationale devrait faire partie des priorités du gouvernement car c’est le gage de la paix et d’un développement dans la sérénité et dans le temps. Surtout lorsqu’on accède au pouvoir à la suite d’une guerre de conquête qui aura causé autant de dégâts matériels et humains. Dans un tel environnement, tout dirigeant consciencieux ne peut et devrait faire l’économie de la réconciliation. Tout citoyen ou tout groupe de citoyens devrait se disposer et manifester de la volonté généreuse à la paix et à la concorde nationale. Nous sommes de toutes les façons, condamnés à vivre ensemble quelles que soient nos divergences ou la haine que nous éprouvons les uns pour les autres. La Côte d’Ivoire est notre bien patrimonial commun. Aucun Ivoirien, quel que soit sa force, sa colère ou son origine, ne peut s’approprier ce pays au détriment des autres groupes d’Ivoiriens. Autant donc faire preuve de sagesse et apprendre à revivre ensemble dans le respect des lois, dans la concorde et dans la fraternité. Vous convenez avec moi que la réconciliation nationale doit être tenue en dehors du champ de la politique politicienne, quand bien même elle est mise en œuvre par les acteurs politiques qui, naturellement, en tireront des dividendes. C’est pourquoi dans le processus actuel, sans préjuger des intentions réelles des initiateurs, beaucoup d’interrogations taraudent mon esprit. De quelle réconciliation s’agit-il dans la réalité ? Les initiateurs, Soro et son clan, peuvent-ils mener ce processus jusqu’à son terme en dehors de M. Ouattara et de son parti, le RDR, qui détient la majorité des députés dans leur Assemblée nationale ? M. Ouattara est-il d’accord avec cette initiative ? Pourquoi ne réagit-il pas face à une action aussi importante pour la survie de la nation ? Les dirigeants de ce pays sont-ils disposés à aller unanimement à la réconciliation ? De quelle marge de manœuvre disposent Soro et son clan ? Pourquoi le clan Ouattara est-il timoré et tarde, sinon rechigne, à appuyer concrètement cette initiative de Soro ?
Est-ce à dire que vous ne croyez pas en ce processus ?
DAP : La problématique ne se situe pas à ce niveau qui est de croire ou de ne pas croire. Il y a des questions légitimes qui méritent des réponses claires et sans ambiguïté. Il faut que les injecteurs du projet rassurent l’opinion nationale et internationale sur les inquiétudes que suscite leur projet. Il y a comme une dichotomie aberrante au sommet de l’Etat sur la question. Nous ne voulons pas rentrer dans un processus qui donnerait l’impression que nous nous immiscions dans un conflit de cours commune entre les alliés d’hier. Mais nous ne pouvons cautionner un processus flou aussi bien dans sa conception, sa conduite que dans ses objectifs. Par ailleurs M. Soro Guillaume, le prétendu chef de cette rébellion atroce et meurtrière, n’a pas encore fait réellement et sincèrement son mea culpa. S’est-il remis en cause ? Regrette-t-il ses actes ? S’est-il repenti de toutes ses tueries et face à toutes ses victimes ? Est-il même qualifié pour conduire un tel processus, vu son rôle et le passif qu’il traine ? En dehors de ces questions, l’analyse de la situation sociopolitique ne présente aucun indice qui incline les esprits vers la réconciliation. Un régime qui veut de la réconciliation émet des codes, envoie singulièrement des signaux à la population et aux acteurs politiques, à son opposition significative. Mais il n’y a aucun signe de décrispation aussi bien dans les actes que dans les propos des pontes du régime. La condamnation récente de nos deux jeunes camarades Koua Justin et Dahi Nestor présentés récemment à un juge, en est une illustration parfaite. Leur libération aurait pu constituer un signal. Malheureusement, en les condamnant après plus de deux ans de détention arbitraire, le pouvoir a émis des codes qui ne sont pas des indicateurs de réconciliation. Par ailleurs, les propos tribalistes et sectaires que tiennent des pontes du régime, sont aux antipodes de la réconciliation.
Mais il y a eu le cas Hubert Oulaye récemment
DAP : Oui nous nous réjouissons de la récente mise en liberté provisoire du ministre Hubert Oulaye qui est resté digne jusqu’au bout. Mais il aurait dû y avoir Koua Justin, Dahi Nestor et avant eux, depuis longtemps, Samba David qui lui a déjà purgé sa peine mais qui croupit toujours en prison. Et c’est cette attitude du régime qui nous rend dubitatif sur sa sincérité. Ce régime joue au ping-pong avec la réconciliation. Ils font de la spéculation, du chantage, avec un processus aussi vital pour la nation.
La réconciliation est soumise à des conditions selon vous ?
DAP : Mais bien sûr ! Sinon de quelle réconciliation s’agirait-il ? Il y a des questions préjudicielles à résoudre auquel cas, ce processus ne serait pas crédible encore moins viable. En dehors de toutes les questions que nous avons soulevées plus haut, il y en a d’autres qui sont essentiellement de deux ordres. Il faut d’abord créer un environnement favorable à la réconciliation, ce que j’appelle les facteurs mobilisateurs. Ils se déclinent comme suit : la libération de Simone Gbagbo et de tous les détenus politiques, civils et militaires ; la libération du président Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé ; le retour des exilés et des déplacés internes en toute sécurité ; le dégel total et effectif des avoirs de tous les pro-Gbagbo. Quand tout ceci est fait, ce n’est pas encore la réconciliation in concrète. La deuxième étape [est] tout aussi importante. Elle va déboucher sur les débats de fond. C’est, in-fine, celle des acteurs. Quels sont les principaux groupes en conflit et leurs ramifications ou alliés ? Les commanditaires de la rébellion qui a attaqué la Côte d’Ivoire le 19 septembre 2002, sont nos véritables bourreaux et vrais interlocuteurs pour une réconciliation crédible et sincère. Je ne crois pas que cet interlocuteur soit Soro Guillaume. Il a d’ailleurs reconnu qu’il n’était qu’en mission. A 29 ans, il était étudiant au moment des faits. Il faut le lui reconnaître. Sur ce coup-là exclusivement, Soro a dit la vérité. Dès cet instant, quelle serait la portée d’une réconciliation avec Soro ? Nous ne voulons plus plaisanter, le folklore a assez duré dans ce pays. Nous voulons résoudre les problèmes de la Côte d’Ivoire à la racine afin que plus jamais, de tels actes ne se répètent dans notre histoire. Face aux questions devant aboutir à une réconciliation vraie et viable dans notre pays, Guillaume Soro ne m’apparait pas être cet acteur ou cet interlocuteur primordial et approprié. Soro peut-il libérer les otages de la Haye ? Soro peut-il nous rendre notre liberté et notre souveraineté ? Soro est-il le propriétaire des avions qui nous ont bombardés ? Déjà que Soro ne peut même pas obtenir la libération de tous les prisonniers politiques qui sont tout proches de lui à la MACA. Soro peut donc participer à la réconciliation mais il ne peut pas être notre interlocuteur privilégié. Pour être plus clair et précis, une réconciliation en Côte d’Ivoire sans la France ou son mandataire serait une escroquerie morale et une perte du temps que nous n’avons pas. En définitive, la France doit être présente à cette table de réconciliation. Elle est une entité entière, elle fait partie de la belligérance et des problèmes à résoudre. Une vraie réconciliation passe par un dialogue franc avec la France.
Les états-majors se préparent pour les élections de 2020. On ne sent pas le FPI. Pourquoi ?
DAP : Ecoutez très bien ce que je vais vous dire. En 2020, d’une manière ou d’une autre, le FPI sera présent à ce rendez-vous de la Côte d’Ivoire. Je dis d’une manière ou d’une autre. C’est un virage absolument crucial pour la survie de cette nation et le FPI, comme à son habitude, va honorer une fois encore ses engagements envers la Côte d’Ivoire. Nous serons présents et tout œil verra que le FPI est véritablement de retour. Les gens élaborent des scénarii et des schémas sans tenir comptent de nous et cela me fait toujours sourire. Au demeurant, c’est une posture que notre parti affectionne. Le FPI est un parti de défis, un parti de responsables et de responsabilités. Je veux seulement rassurer les militants, les sympathisants, et l’ensemble des démocrates que le FPI, comme en 2000, sera présent à l’invitation que la Côte d’Ivoire lui adresse pour 2020. Nous prenons une fois de plus rendez-vous avec la Côte d’Ivoire. Jésus Christ seul est Seigneur et souverain.
La génération FESCI dont vous êtes une des têtes fortes donne de la voix : c’est le temps des jeunes en référence à l’élection de Macron en France. Pourquoi vous ne donnez pas de la voix dans le FPI ?
DAP : Je ne comprends pas cette hystérie qui s’est emparée de certaines personnalités politiques et même d’une frange de la population depuis l’élection de Macron en France. Qui a dit que les Français ont élu Macron en France parce qu’il avait 39 ans ?
Mais sa jeunesse semble avoir beaucoup pesé et a certainement été un élément déterminant…
DAP : Ce n’est pas vrai, c’est même archi faux ! Sinon M. Macron aurait été simplement élu au premier tour de ce scrutin avec une majorité confortable. Mais il a eu droit à un second tour qui fut salvateur pour lui parce qu’il était face à l’extrême droite que les Français reprouvent jusqu’à présent. Arrêtons un peu ce copier-coller made in France avec ce brin de cynisme de manipulation comme si la jeunesse était un projet de société. Elit-on quelqu’un à la tête d’un pays simplement parce qu’il est jeune ?
Insinuez-vous par là que les jeunes ne sont pas aptes à gouverner le pays ?
Ce n’est pas du tout ce que j’ai dit. Retenez bien qu’il n’y a pas que Macron. Il y a aussi les Premiers ministres canadiens, grec, le tout nouveau président haïtien pour ne citer que ceux-là, qui sont des dirigeants de qualité extrêmement jeunes. Donc comprenons-nous bien. Je ne mets pas en doute la capacité des jeunes à diriger, mais j’insiste pour dire qu’on ne peut pas élire un individu à la tête de tout un pays en considération de son âge exclusivement. La référence à Macron pour étayer cette thèse est une manipulation que je dénonce. Macron est certes jeune mais cela n’a été qu’une valeur ajoutée. Macron avait d’abord un projet, il avait une vision qui était de sortir la France des pesanteurs des schémas classiques gauche-droite. Une France ancrée dans l’Europe. Cette France en difficulté avait besoin de tous ses fils au-delà des clivages idéologiques. Il a bien ciblé des personnes et des figures emblématiques de la politique et des réseaux d’influence en France avec qui il a bâti un programme, un rêve qu’il a vendu dans une propagande abondante et bien agencée. Cela a séduit les français qui ont voulu l’accompagner dans ce rêve. Il n’a pas hurlé sur tous les toits : votez pour Macron, je suis jeune, j’ai 39ans. Je veux bien qu’un jeune ait des ambitions, mais qu’il ait d’abord et avant tout un projet, une vision pour son pays, qu’il les propose aux Ivoiriens, qu’il parvienne à les convaincre. Les Ivoiriens doivent suivre un projet, une vision, un programme. Je voudrais que les Ivoiriens disent de ma génération : « ils ont la tête bien pleine et, en plus, ils sont jeunes. Et non ils ne sont que jeunes mais rien dans la tête ».
Vous semblez être très dur envers les jeunes alors que vous êtes-vous même jeune…
DAP : Ecoutez, je veux être honnête, sincère et objectif vis-à-vis des Ivoiriens. La jeunesse, d’ailleurs, n’est pas une qualité encore moins une assurance tous-risques contre les problèmes de la vie. La jeunesse est simplement un état qui est passager. Le vrai débat dont je ne voudrais pas qu’on se détourne, c’est celui des idées, des valeurs et des principes qu’on incarne ou qu’on défend. Le vrai débat à venir est celui de la compétence, de la qualité des propositions. C’est bien d’être jeune mais c’est encore mieux d’avoir de la suite dans les idées et d’incarner l’espoir. Dites-moi, croyez-vous qu’en 1990 un savant comme feu Memel Fotê est venu s’aligner derrière Laurent Gbagbo parce que ce dernier n’avait que 45 ans ? Vous ne pouvez pas faire cette injure au doyen Fotê. Gbagbo Laurent avait déjà écrit en exil à Paris en 1987 « Propositions pour gouverner la Côte d’Ivoire ». Il était donc porteur d’un projet, d’une vision, et non de son extrait de naissance. J’invite pour finir, la classe politique et les ivoiriens en général, à sortir du fétichisme des âges. Il y a des jeunes tout comme des vieux qui sont encore très bons pour le service et qui ont des projets d’avenir. Inversement, il y a des jeunes qui ont des réflexions ou qui posent des actes inimaginables de par leur nuisance. Ces derniers sont pour la plupart des contres exemples, des anti-modèles pour la société. Pour finir, définitivement ce débat, je citerai la plus grande démocratie au monde. Les Etats-Unis d’Amérique ont élu il y a huit ans, un jeune président de 46 ans, Barack Obama. Aujourd’hui, ils ont élu un septuagénaire, Donald Trump. Ne me dites pas que les Etats-Unis ont reculé.
Voilà un peu plus d’un an que dure le procès de Gbagbo à la Haye. Quel est votre sentiment sur ce procès ?
DAP: Vous savez, d’un point de vue strictement juridique la CPI a fini son travail. Le procès est terminé, la situation est on ne peut plus claire sur les évènements en cause dans notre pays. Le problème actuel, qui est une raison pour laquelle j’en veux à cette cour pénale internationale, c’est son absence de liberté et de souveraineté dans la décision. Les véritables décideurs sont en dehors de cette cour et ils manœuvrent au profit d’intérêts obscurs. Gbagbo et Blé, comme l’a si bien dit le président Gbagbo, sont des otages. Je perçois la dernière sortie du président comme un cri de cœur, comme un SOS qu’il nous envoie. Les preneurs d’otages ne nous ont malheureusement pas fixés de rançon comme cela se fait habituellement. C’est un « djihadisme d’un type nouveau ». Nous devons donc faire preuve d’ingéniosité et de volontariat dans l’initiative pour obtenir la libération de nos otages. La balle est dans notre camp. La libération de nos otages ne se joue pas dans l’enceinte des locaux de la Haye. Je suis de plus en plus convaincu que nous avons un rôle capital à jouer. Aucune initiative ou actionne ne sera de trop. En faisons-nous assez ? Faisons-nous suffisamment ce qu’il faut dans cette optique ? La conscience de chacun de nous est interpellée.
Des voix s’élèvent pour demander la clémence de la justice internationale dans la procédure actuelle en vue de faciliter la réconciliation en Côte d’Ivoire. Qu’en pensez- vous ?
DAP : Clémence pour qui ? Pas certainement pour Gbagbo et Blé qui sont en détention depuis plusieurs années, et dont le procès lève le voile sur leur innocence. C’est donc anachronique, inapproprié et condescendant de parler de clémence de la justice internationale dans le cas de Gbagbo et Blé. Il n’y a ni pitié, ni miséricorde à implorer, ils sont innocents, il faut en tirer toutes les conséquences et les libérer. Si par contre cette clémence signifie que la justice internationale doit se dessaisir du dossier ivoirien pour les exigences de la réconciliation, je rétorque qu’une telle requête est inopportune, partiale et partisane. Nous avons déjà adopté la justice institutionnelle comme pilier de la réconciliation. Il serait absurde et incohérent qu’au moment où nous sommes pratiquement au terme du procès d’un camp dont on n’arrive pas à prouver la culpabilité, on veuille tout arrêter et renoncer à cette option de parvenir à la réconciliation. Cela est inadmissible et sans fondement. Allons jusqu’au bout de la procédure judiciaire internationale, en jugeant toutes les parties et ensuite on avisera. Car si on s’arrête en si bon chemin, on risque fort de frustrer les nombreuses victimes de l’éclosion de la vérité. Si, en effet, le plan commun n’a pas existé et que Gbagbo n’a pas tué comme le laisse entrevoir son procès, qui donc a tué et causé tous ces dégâts ? Il ne reste qu’une direction à scruter, celle de Soro et de ses chefs de guerre. Une fois cette procédure terminée, on en tirera toutes les leçons et on dégagera les perspectives durables.
Damana Adia Pikas a-t-il des ambitions ?
DAP: Celui qui n’est pas capable d’avoir des ambitions en tant qu’être humain, n’est pas non plus capable d’exister. Pour être plus précis, il faut d’abord rentrer d’exil, que Simone et tous les prisonniers soient libérés, que Gbagbo et Blé rentrent de la Haye au pays. Nous attendons tous notre leader charismatique. C’est le président Gbagbo qui définira les grandes orientations de la lutte et les perspectives.

Interview réalisée par Paul D. Tayoro

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Sous cette rubrique, nous vous proposons des documents de provenance diverses et qui ne seront pas nécessairement à l'unisson avec notre ligne éditoriale, pourvu qu'ils soient en rapport avec l'actualité ou l'histoire de la Côte d'Ivoire et des Ivoiriens, ou que, par leur contenu informatif, ils soient de nature à faciliter la compréhension des causes, des mécanismes et des enjeux de la « crise ivoirienne ».

Source : http://www.connectionivoirienne.net 29 Juin 2017

mercredi 5 juillet 2017

L’ONU EN CÔTE D’IVOIRE (2004-2017), 13 ANNÉES D’ÉCHECS

COMPLICES...
Le représentant du secrétaire général de l’ONU, Choi Young-Jin,
et A. Ouattara au Golf hôtel en 2011 pendant la "crise postélectorale".
(Image d'archive)

Dans un communiqué rendu public le 2 juillet, le Groupe de réflexion et d'actions pour la démocratie et les droits de l'homme en Afrique (GRADDH-AFRIQUE) dresse le bilan (résumé) de 13 ans de présence politique et militaire de l'ONU en Côte d'Ivoire.

Le vendredi 30 Juin 2017, l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) a signé son départ définitif de la Côte d’Ivoire, après avoir « assisté » ce pays et ses populations depuis 2004, à cause de la rébellion armée qui est née dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002 et qui contrôlait environ 60% du territoire national à partir de Bouaké jusque dans le Nord et à l’Ouest du pays.

Au regard de la principale motivation du Chef de l’État ivoirien de l’époque, le Président Laurent Gbagbo, qui a sollicité l’ONU et ses casques bleus en vue d’aider l’Etat de Côte d’Ivoire à recouvrer la totalité de son territoire, à désarmer, à démobiliser et à réinsérer (DDR) les rebelles dans l’armée nationale, afin de permettre l’organisation d’une élection présidentielle démocratique crédible, GRADDH-AFRIQUE fait le constat de l’échec de l’ONU en Côte d’Ivoire, à travers un bilan négatif à tous les niveaux.
1. AU LIEU D’UNIFIER LE TERRITOIRE IVOIRIEN, l’ONU a plutôt consacré la division de la Côte d’Ivoire en deux grands espaces Nord et Sud toujours antagonistes de part et d’autre de « la zone tampon » ou « zone de confiance » instauré au plus fort de la crise. Et au moment où l’ONUCI part, la psychose demeure dans les esprits des habitants de chacun des deux espaces, avec plus de hantise pour ceux du Sud.
2. AU LIEU D’AIDER A BÂTIR UNE ARMÉE RÉPUBLICAINE, l’ONU a plutôt contribué à désagréger et à diviser en profondeur l’armée ivoirienne, puisque les casques bleus et les soldats français ont finalement été les meilleurs alliés et les soutiens des rebelles pro-Ouattara contre les Forces de Défense et de Sécurité (FDS) qui étaient demeurées loyales à la République et à ses institutions. L’ONU a « aidé » hier les rebelles à violer l’embargo et à mieux s’armer contre les FDS, laissant aujourd’hui le pays et ses habitants exposés à des mutineries récurrentes avec des caches d’armes jonchant le pays.
LE PIRE est que non seulement l’ONU a échoué dans sa mission de réunifier la Côte d’Ivoire et de désarmer les rebelles mais, en plus, l’ONU a très gravement compromis la paix dans ce pays, en ayant même été à l’origine (du moins en grande partie) de la crise postélectorale de 2010 et de la guerre qui s’en est suivie.
3. AU LIEU DE CERTIFIER L’ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE DE 2010, simplement et de façon impartiale, l’ONU s’est plutôt révélée partisane du candidat de l’opposition Alassane Ouattara, contre le Président sortant Laurent Gbagbo.
Sans doute parce que l’ex-Chef de l’Etat Gbagbo avait été tenu pour responsable par le Conseil de Sécurité des échecs des Résolutions 1633(2005) et 1721(2006) qui n’ont pas permis d’organiser l’élection ; alors que le scrutin fut possible grâce à l’Accord politique de Ouagadougou consécutif au « Dialogue direct » : une humiliation pour l’ONU qu’elle continue de faire payer à M. Laurent Gbagbo en le maintenant à la CPI.

4. AU LIEU DE « PROTÉGER LES CIVILS », comme le stipulait la Résolution 1975(2011), l’ONU a plutôt cautionné l’usage de la force armée préconisée par la France de Sarkozy ; alors que cette organisation qui prône la Paix et le respect des Droits de l’Homme aurait pu sauver des vies humaines en décidant de recompter les voix ou de faire reprendre le scrutin du 28 novembre 2010.
5. AU LIEU D’AIDER LES IVOIRIENS A SE RÉCONCILIER, après la grave crise postélectorale de 2010-2011, l’ONU s’en va ce 30 Juin 2017 en laissant une Côte d’Ivoire plus profondément divisée qu’avant sa venue dans le pays en 2004, entre pro-Gbagbo et pro-Ouattara :
- L’ONU a exigé le transfèrement du Président Gbagbo à la CPI, alors qu’elle demeure silencieuse face aux criminels-présumés du camp Ouattara ;
- L’ONU et sa CPI ne défendent que les victimes du camp Ouattara, alors que toutes les autres victimes des rebelles pro-Ouattara, notamment les populations de Duékoué, réclament aussi justice ;
- L’ONU part de la Côte d’Ivoire ce 30 Juin 2017, alors que le pays compte encore près de cinquante mille (50 000) exilés du fait de la crise de 2010 qui sont éparpillés dans les pays limitrophes, Liberia, Ghana, Bénin, Togo ou en Europe.
Le Groupe de Réflexion et d’Actions pour la Démocratie et les Droits de l’Homme en Afrique (GRADDH-AFRIQUE), membre de la coalition de l’opposition ivoirienne Ensemble pour la Démocratie et la Souveraineté (EDS), s’interroge donc pour finir, et interroge l’ONU ou toute la Communauté internationale :
Avec les mutineries qui se succèdent dans le pays depuis janvier 2017, ainsi que les caches d’armes qui se découvrent dans plusieurs sites à travers le pays, sans négliger les ambitions présidentielles du chef déclaré des rebelles, ce moment du départ de l’ONUCI n’expose-t-il pas la Côte d’Ivoire à des tentatives de coups d’État ?

Fait à Paris, le 2 Juillet 2017
Pour GRADDH-AFRIQUE, le président : Sako Gervais Boga.
Titre original : « GRADDH-AFRIQUE : BILAN-RÉSUMÉ DE 13 ANS D’ÉCHEC DE L’ONU EN CÔTE D’IVOIRE ».

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Sous cette rubrique, nous vous proposons des documents de provenance diverses et qui ne seront pas nécessairement à l'unisson avec notre ligne éditoriale, pourvu qu'ils soient en rapport avec l'actualité ou l'histoire de la Côte d'Ivoire et des Ivoiriens, ou que, par leur contenu informatif, ils soient de nature à faciliter la compréhension des causes, des mécanismes et des enjeux de la « crise ivoirienne ».

Source : IvoireBusiness 3 Juillet 2017.

mardi 4 juillet 2017

« Les oppositions africaines sont minables »

A Dakar, en 2014, manifestation pour la libération de Karim Wade,
fils de l’ex-président Abdoulaye Wade et son retour en politique.
CRÉDITS : SEYLLOU/AF
L’auteur étrille les hommes qui dénoncent les systèmes au pouvoir sur le continent, et sont prêts pourtant à toutes les compromissions pour prendre leur place.
Les oppositions africaines ont la particularité de posséder souvent les mêmes tares que les pouvoirs dont elles dénoncent les actions et auxquels elles veulent succéder.
Les péripéties actuelles des opposants sénégalais au régime de Macky Sall prouvent leur incapacité à constituer une alternative pour une population qui pourtant est en droit d’attendre une offre de gouvernement crédible.
La campagne actuelle pour les législatives du 30 juillet est un bon laboratoire de ce que nos oppositions peuvent sécréter de négatif dans leur volonté d’accéder au pouvoir sans autre projet que celui de vaincre le régime.
D’abord, les opposants significatifs ont mis sur pied une coalition unique qui a fini par péricliter à la suite de querelles d’investitures et de leadership, accouchant ainsi de près de 50 listes concurrentes. Entre vieux routiers qui veulent toujours exister, jeunes pressés mais vides de propositions pertinentes et autres clowns politiciens, l’électeur sénégalais aura droit à un véritable cabinet de curiosités. Le PDS, l’ancien parti au pouvoir, a poussé l’ignominie jusqu’à investir Abdoulaye Wade, 91 ans, tête de liste de sa coalition.
Ailleurs, au Burkina Faso, je n’ai pas été surpris récemment de voir que le CDP, ancien parti de Blaise Compaoré, était convié à la marche de l’opposition officielle dirigée par Zéphirin Diabré. Dans ce pays, les mêmes incohérences et les mêmes ambitions de pouvoir produisent les mêmes effets : une décrédibilisation de l’opposition traditionnelle. Zéphirin Diabré et l’écrasante majorité des gens qui ont battu le pavé aux côtés du CDP pour pourfendre le gouvernement de Roch Marc Kaboré avaient tous souscrit à la décision scandaleuse durant la période de transition d’exclure les anciens partisans de Compaoré de toute compétition électorale. Cette décision était grave, car elle violait les principes démocratiques, et dangereuse, car elle montait des Burkinabés, jugés dignes, contre d’autres, frappés d’indignité nationale au regard de leur simple appartenance politique.
Moins de trois ans plus tard, par opportunisme, l’opposition accueille en son sein ceux qu’elle vouait aux gémonies, pour grossir les rangs de la contestation politicienne.
Dans toute leur évolution, les oppositions manquent cruellement de propositions pertinentes autres que des invectives et une litanie d’absurdités. Les citoyens ne méritent pas, selon eux, le respect qui exige de proposer un projet de société, un programme ou, a minima, des propositions qui laissent au moins croire à une réflexion sérieuse en amont. En un mot, nos hommes politiques nous font honte !
Entre regroupements contre nature, renonciations idéologiques et opportunisme compulsif, les oppositions n’inspirent plus confiance et poussent même des électeurs désabusés à voter pour des régimes qui pourtant ne gouvernent ni dans la vertu ni dans le respect de leurs engagements. Car, au fur et à mesure de leurs reniements et de leurs postures alambiquées, elles montrent que seul le pouvoir les intéresse et non la volonté d’apporter des ruptures transformatrices dans l’intérêt, notamment, des plus pauvres.
Les cas sénégalais et burkinabé ne sont pas isolés hélas, mais symptomatiques de l’écrasante majorité des oppositions dans nos pays.
« L’opposition congolaise est minable », avait dit le journaliste sénégalais Ousmane Ndiaye relativement aux incohérences de celle-ci dans son bras de fer avec Joseph Kabila et son traitement du retour de la dépouille d’Etienne Tshisekedi.
Je me suis largement exprimé à l’époque sur les Béninois qui avaient choisi les arguments les plus nauséabonds pour fustiger la candidature de Lionel Zinsou à la dernière présidentielle. En Guinée, l’opposition a aussi montré qu’elle ne valait pas mieux que le pouvoir qu’elle combattait. Et la liste est encore longue. Mais le plus important est que ce constat rend urgente l’émergence d’un nouveau leadership politique de rupture et de progrès dont nous pourrions nous sentir, enfin, fiers.

Hamidou Anne (chroniqueur Le Monde Afrique)


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Source : LE MONDE 13 juin 2017

dimanche 2 juillet 2017

Guillaume Ancel, un ancien officier de l’« Opération Turquoise » : « On nous a demandé de livrer des armes aux génocidaires dans les camps de réfugiés ».


Guillaume Ancel
(photo Laure de Vulpian/Radio Radio France)
Alors que l'association Survie a déposé, récemment, à Paris, une plainte contre des responsables politiques et militaires français pour « complicité de génocide et complicité de crimes contre l’humanité », lors du génocide au Rwanda, en 1994 , Guillaume Ancel, ancien officier de l’armée de terre, affirme, ce jeudi, sur franceinfo, que ses supérieurs lui ont clairement demandé de « livrer des armes aux génocidaires dans les camps de réfugiés ». Guillaume Ancel a pris part à l'opération Turquoise au Rwanda, en 1994, en tant que capitaine du 2e régiment étranger d'infanterie. Il a ensuite été en mission à Sarajevo pendant le siège de la ville, en 1995 (une expérience qu'il raconte dans Vent glacial sur Sarajevo, publié aux Belles Lettres). Il a quitté l'armée en 2005, et travaille aujourd'hui dans le secteur privé.

franceinfo : Que vous inspire cette plainte contre les responsables politiques et militaires français de l'époque ?
Guillaume Ancel : Force est de constater que, 23 ans après le génocide des Tutsis au Rwanda, nous ne connaissons toujours pas le rôle que la France a joué, et je pense qu'il serait grand temps qu'on arrête de raconter aux Français ce qu'ils doivent en penser et qu'on leur permette de juger par eux-mêmes. C’est-à-dire d'ouvrir les archives, de faire la lumière sur ce qu'il s'est passé, et d'arrêter d'être dans ce déni permanent d'une réalité à laquelle, moi, j'ai assisté.
Je ne vais prendre qu'un exemple : j'étais officier détaché dans une unité de la Légion étrangère, quand nous sommes partis dans cette opération humanitaire. La première partie de l'opération était clairement destinée à remettre au pouvoir le gouvernement génocidaire. On pourrait dire que l'on n'en avait pas parfaitement conscience, alors, qu'en réalité, la DGSE avait largement informé le gouvernement de l'époque. Dans la deuxième partie, quand on a enfin renoncé à remettre au pouvoir ce gouvernement génocidaire, on a juste protégé sa fuite en créant une zone humanitaire.
Non seulement les génocidaires ont pu tranquillement aller se réfugier au Zaïre [aujourd'hui République démocratique du Congo] mais, en plus, on les a laissés organiser l'exode de leur population, qui a quand même dû faire 100 000 morts supplémentaires. Et puis, c'est l'épisode, à mon avis, le plus indéfendable parce que ce n'est pas un sujet de confusion ou de manque de clairvoyance, c'est pour moi, un sujet de complicité de génocide : on nous a demandés de livrer des armes aux génocidaires dans les camps de réfugiés. Moi j'ai assisté à une de ces livraisons, c'était la deuxième quinzaine de juillet 1994 : je revenais d'une opération d'extraction qui s'était mal passée. Quand j'arrive sur la base, le commandant adjoint du détachement me demande de détourner l'attention des journalistes parce que, je le cite, « un convoi d'armes va partir vers le Zaïre ».
Je fais ce qu'il m'a demandé parce que je n'ai pas eu le temps de réagir plus que ça, et, le soir, au débriefing, qui est évidemment très dur, je demande des explications sur ce sujet. Là, j'entends les commandants du groupement m'expliquer sans y croire qu'en fait, on livre des armes à ces hommes qui ont conduit des massacres parce qu'il faut éviter qu'ils se retournent contre l'armée française. Ce n'est pas en les réarmant qu'on les rendra moins dangereux, et je comprends, à ce moment-là, qu'ils ne font qu'exécuter des directives qui viennent du plus haut niveau de l'Etat. Il y a eu un manque total de clairvoyance du gouvernement de cohabitation de l'époque et, maintenant, ils s'enferment dans un déni total plutôt que d'oser expliquer aux Français les décisions qu'ils ont prises à l'époque.
Il n'y a qu'un point qui m'ennuie un petit peu dans les mises en accusations dont on a parlé : je trouve un peu dommage qu'on s'en prenne à mes compagnons d'armes. Je suis solidaire d'eux, parce que, de toute façon, j'ai participé à ses actions, mais je pense qu'ils ont fait ce qu'on attendait d'eux. Même si un officier est forcément responsable des ordres qu'il donne, il faut se rappeler qu'on était dans le cadre d'une politique qui était décidée au plus haut sommet de l'Etat.

Vous dites que les militaires n'avaient pas le choix, qu'ils devaient obéir ?
La Revue XXI a révélé ce que même moi j'ignorais, c'est à dire qu'il y a des officiers beaucoup plus courageux que moi qui ont rapporté au plus haut niveau de l'état-major français qu'ils étaient contre cette politique et qu'ils ne comprenaient pas pourquoi on nous demandait de livrer des armes aux génocidaires dans des camps de réfugiés. Ce rapport arrive à l'Elysée, et un homme de l'Elysée, « H.V. », sans doute Hubert Védrine, met cette mention terrifiante : « Appliquez la directive ». Vous vous rendez compte de ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu'il y avait une directive de fournir des armes à des génocidaires dans des camps de réfugiés alors qu'on est sous un mandat humanitaire de l'ONU.

Hubert Védrine, devant la commission de la défense, le 16 avril 2014, a reconnu que des livraisons d'armes s'étaient bien poursuives depuis le début du massacre, tout en disant que cela n'avait rien à voir avec le génocide. Qu'en pensez-vous ?
Ce n'est pas la peine d'avoir fait Saint-Cyr pour comprendre, quand on arrive sur un territoire, que les gens qui ont du sang jusqu'aux coudes, et qui se vantent des massacres qu'ils ont conduit – on en a eu l'exemple dans les collines de Bisesero, où l'on a vu les forces gouvernementales massacrer la population civile –, que les gens que l'on nous demande d'aider sont ceux qui organisent les massacres. Ce qui explique la totale réticence de l'armée française. Aujourd'hui, on les a mis dans une situation extrêmement délicate parce que, en gros, pendant 22 ans ils ont été obligés de couvrir ce secret d'Etat. Maintenant, c'est délicat de leur demander de raconter la réalité qu'ils n'ont jamais pu dire pendant toutes ces années. Très clairement, on avait toutes les informations pour changer de politique, et si cela n'a pas été fait, cela doit être justifié par des raisons que je ne comprends toujours pas.

Source : Franceinfo 29 juin 2017