mardi 9 août 2016

Dans un silence médiatique total, Slobodan Milosevic a été disculpé de toutes accusations de crimes de guerre

Comme d'habitude, les informations qui arrivent en démenti de la propagande dont les autorités "démocratiques" (défense de rire) occidentales nous inondent depuis la victoire de 1945 ne sont jamais reprises et diffusées par les media dominants.
En matière d'information, le droit de réponse n'existe pas.
En dehors de savoir si Milosevic mérite ou non notre admiration ou notre rejet n'a pas réellement d'importance, cet article nous met en face de la sinistre réalités des sinistres méthodes utilisées pour justifier les guerres humanitaires menées au nom de la liberté pour mieux asseoir une emprise géostratégique bien juteuse à terme.
Que nous apprendra-t-on dans 30 ans sur Mouammar Kadhafi, Bachar El Assad, Saddam Hussein, et tant d'autres dictateurs dont la déposition à fait de leurs pays respectifs des ruines ?
Pozarevac, 10 Mars 2007 : L'enterrement de Milosevic.
© Marko Djurica / Reuters
La disculpation, par le TPIY, de feu Slobodan Milosevic, ancien président de la Yougoslavie, pour les crimes de guerre commis en Bosnie qui lui étaient reprochés, prouve une fois de plus qu'il faut prendre les accusations de l'OTAN à l'encontre de ses « ennemis officiels » non pas avec « un grain de sel », mais avec un plein camion. 
Depuis une bonne vingtaine d'années, les commentateurs néo-cons et les grosses légumes de l'« interventionnisme libéral » n'ont cessé de nous ressasser à toutes les occasions possibles, que Milosevic (dirigeant démocratiquement élu à la présidence d'un pays qui comptait 20 formations politiques fonctionnant librement) était un vil dictateur génocidaire, responsable de TOUS les morts des Balkans dans les années 1990. Répétez après moi, d'une voix de robot et en faisant des gestes de robot avec les bras : « agression génocidaire de Milosevic », « agression génocidaire de Milosevic »...[1]
Mais la fable officielle, tout comme celle qu'on nous a vendue en 2003 sur les Armes de Destruction Massive de l'Irak capables de nous atteindre en 45 minutes, était une pure invention chargée de justifier une opération de changement de régime forcé que souhaitaient depuis longtemps les factions dominantes occidentales.
La conclusion du TPIY qu'une des personnalités les plus démonisées des temps modernes était innocente des crimes atroces dont elle avait été accusée aurait dû faire la une et les gros titres de tous les médias dans le monde. Il n'en a rien été. Le TPIY lui-même a bien pris soin d'enfouir la nouvelle aussi profondément que possible dans son verdict de 2.590 pages du procès du leader serbe bosniaque Radovan Karadzic, condamné en mars dernier pour génocide (à Srébrénica), crimes de guerre et crimes contre l'humanité.
Pas la moindre annonce officielle ni la plus infime conférence de presse concernant la disculpation de Milosevic. Sans le journaliste et chercheur Andy Wilcoxon qui l'a déterrée pour nous, on n'en aurait rien su.
Ah, combien les choses étaient différentes quand le procès du prétendu « Boucher des Balkans » a débuté en février 2002 ! Là, il aurait fallu être enfermé au fond d'une garde-robe pour ne pas être au courant de ce qui se passait.
CNN assurait alors une couverture en béton de ce qui fut décrit comme « le procès le plus important depuis Nuremberg ». Bien entendu, la culpabilité de Milosevic allait de soi. « Quand la sentence tombera et qu'il disparaîtra au fond de sa cellule, personne au monde n'en entendra plus jamais parler », déclara l'avocate US Judith Armatta, de Coalition pour une Justice Internationale, organisation qui comptait l'ex-ambassadeur US en Yougoslavie Warren Zimmerman, dans son conseil consultatif.
Quiconque osait alors mettre en doute la ligne de l'OTAN se faisait traiter d'« apologiste de Milosevic », ou pire : de « négateur de génocide », par les « Responsables du maintien de la Vérité impériale ».
Mais, malgré le blabla et le battage qui entouraient le « procès du siècle », il fut vite évident que l'accusation pataugeait dans une très profonde choucroute. Le Sunday Times a même cité un expert qui disait que « 80% des attendus de l'acte d'accusation auraient été disqualifiés par n'importe quelle cour britannique, comme ne consistant que de rumeurs ». C'était à mon avis une estimation généreuse.
Le problème, c'est qu'il s'agissait d'un procès bidon, d'un procès-spectacle où la géopolitique a pris le pas sur les preuves tangibles. Il est important de se rappeler que les charges d'origine contre Milosevic, quant à de prétendus crimes de guerre au Kosovo ont été formulées en mai 1999, au plus fort de la campagne de bombardements massifs de l'OTAN sur la Yougoslavie, et à un moment où la guerre ne se déroulait pas comme prévu par les États-Unis et leurs alliés.
Les charges avaient clairement pour but de faire pression sur Milosevic, pour l'amener à céder aux exigences de l'OTAN [c’est-à-dire : à accepter de bonne grâce le démantèlement de son pays. (NdT)]
L'ennui pour l'OTAN, c'est qu'au moment où le procès de Milosevic allait débuter, la fable sur le Kosovo avait déjà commencé à se détricoter. Les dénonciations stridentes des USA et de leurs alliés à propos de génocide et de centaines de milliers de tués, remises à leur place ici par le grand John Pilger, s'étaient déjà avérées des calembredaines. En septembre 2001, une cour de justice de l'ONU allait établir qu'il n'y avait pas eu de génocide au Kosovo.
C'est pourquoi, pour tenter d'étoffer leur cause de plus en plus faible contre Milosevic, il fallait absolument que les procureurs de La Haye trouvent de nouveaux motifs d'inculpation dans la guerre de Bosnie. Ce qui fut fait en accusant « Slobo » d'avoir mis sur pied une conspiration criminelle visant au nettoyage ethnique des Croates et des musulmans de Bosnie, dans le but de réaliser son projet d'une « Grande Serbie ».
Dans un procès normal au criminel, on recherche les preuves, et quand elles sont jugées suffisantes, on énonce les charges. C'est le contraire qui s'est produit dans le cas de Milosevic : il a d'abord été accusé pour des raisons politiques, et on a ensuite essayé de prouver ce dont on l'accusait.
L'ironie veut que l'ancien président avait déjà été loué par le président Clinton pour le rôle qu'il avait joué en faveur des efforts de paix en Bosnie en 1995, efforts dont le résultat avait été le traité de paix signé à Dayton, Ohio.
La vérité, c'est que Milosevic n'a jamais été un nationaliste serbe mais – pendant toute sa vie – un socialiste qui s'est toujours efforcé de maintenir une Yougoslavie multiraciale, multi-ethnique, stable.
Son but, tout au long de ses années de pouvoir, n'a jamais été de bâtir une « Grande Serbie » mais d'essayer de maintenir entière et cohérente une Yougoslavie fédérale, ainsi que le reconnaît aujourd'hui, mais un peu tard, le TPIY.
Non seulement Milosevic n'a rien eu à voir avec le nettoyage ethnique de Bosnie, mais il l'a au contraire condamné. Le jugement du TPIY note « les critiques et la désapprobation répétées [de Milosevic (NdT)] de la politique suivie par l'accusé (Karadzic) et les dirigeants serbes de Bosnie. » Milosevic, en homme pour qui toutes les formes de racisme étaient anathèmes, insistait pour que toutes les ethnies soient protégées.
Mais, afin de pouvoir punir Milosevic et mettre en garde ceux qui auraient l'audace de s'opposer aux volontés du pouvoir US, il fallait que l'histoire fût réécrite. Le socialiste yougoslave qui avait combattu la politique nationaliste des dirigeants bosniaques devait être déguisé à postériori en traître de mélodrame de la guerre de Bosnie et chargé pendant qu'on y était de tout le sang versé dans les Balkans. Pendant ce temps, le susmentionné ambassadeur US Warren Zimmerman, dont les interventions calomnieuses pour faire avorter toute solution diplomatique avaient contribué à déclencher le conflit bosniaque, s'en sortait blanc comme neige.
La campagne de dénigrement « tout est de la faute à Slobo » fit ce qu'il fallait pour que les faits réels soient escamotés. Un article écrit – je ne me moque pas de vous – par un « Professeur d'Études Européennes de l'Université d'Oxford » fit même de Milosevic le président de la Yougoslavie en 1991 (l'année où la Slovénie fit sécession), alors que, bien sûr, le président de la Yougoslavie était alors le Croate de Bosnie Ante Markovic.
Il était inévitable que Milosevic soit assimilé à Hitler. Il le fut. « On aurait dit Hitler revenu se pavaner », écrivit le rédacteur politique du News of the World, quand Milosevic eut la témérité de vouloir se défendre à la barre des accusés. « On a revu en éclairs à vous glacer le sang, un monstre nazi de la IIe Guerre Mondiale, quand le tyran serbe déposé s'est mis à haranguer la Cour. »
Pour bien s'assurer que les lecteurs ne rateraient pas l'équivalence Milosevic=Hitler, le même News of the World illustrait sa diatribe d'une photo d'Hitler, le « Boucher de Berlin », sur fond de camp de concentration et d'une photo de Milosevic, le « Boucher de Belgrade », plaquée sur celle d'un camp bosniaque.
Très commodément pour l'accusation, Milosevic est mort dans sa cellule en mars 2006.
Si on se base sur ce qu'on avait vu au procès jusque-là, il n'était pas concevable que le tribunal puisse déclarer l'accusé coupable. Toute une série de témoins de « flagrant délit » s'étaient avérés, l'un après l'autre, des pétards trempés.
Ainsi que je l'ai noté dans un autre article, le témoin-vedette Ratomir Tanic se révéla être un salarié des forces de sécurité occidentales, tandis que le chef de la police secrète yougoslave, Rade Markovic, qui devait à la fin donner le coup de grâce en faisant des révélations sensationnelles sur la façon dont son ancien maître avait ordonné l'expulsion des Albanais du Kosovo, fit exactement le contraire et déclara qu'on l'avait torturé pour l'obliger à mentir et que sa déposition écrite avait été falsifiée par l'accusation.
En plus de quoi, comme je l'ai écrit ailleurs[2], l'ex-chef chargé de la sécurité dans l'armée yougoslave, le général Geza Farkas (d'ethnie hongroise) vint témoigner que tous les soldats yougoslaves du Kosovo avaient reçu un document expliquant les lois internationales en matière de droits de l'homme, et qu'il leur avait été ordonné de désobéir à quiconque voudrait leur faire violer ces lois. Farkas devait révéler aussi que Milosevic avait donné des ordres pour qu'aucun groupe paramilitaire ne soit autorisé à opérer au Kosovo.
Quand Milosevic est mort, ses accusateurs ont clamé qu'il « flouait la justice ». Mais, dans la réalité, ainsi que le TPIY lui-même vient de le reconnaître, c'est « la Justice » qui a floué Milosevic.
Pendant qu'il était occupé à se défendre à La Haye contre des accusations fallacieuses à motivation politique, les USA et leurs alliés déclenchaient leur attaque aussi brutale qu'illégale contre l'Irak, dans une guerre qui devait causer la mort d'un million de gens. L'an dernier, un rapport de Body Count (« Décompte de cadavres ») révélait qu'au moins 1.3 millions de personnes auraient péri, du fait de la « guerre au terrorisme » des USA en Irak, en Afghanistan et au Pakistan.
Des chiffres de ce genre nous aident à remettre le Kosovo en perspective. Même si on considérait Milosevic et le gouvernement de l'époque responsables d'une partie des morts survenues dans le pays en 1999 (en combattant dans une guerre que l'Occident avait incontestablement voulue et provoquée) un nombre infiniment plus grand – et de très loin – de morts et de destructions a été le fait des pays qui se sont montrés les plus anxieux de flanquer l'ex-président de Yougoslavie au trou. Ainsi que John Pilger l’a noté en 2008, les bombardements de la Yougoslavie ont été « les plus parfaits précurseurs des bains de sang d'Afghanistan et d'Irak. »
Depuis lors, nous avons eu droit aussi à la destruction de la Libye, pays qui avait le plus haut standard de vie de toute l'Afrique, et à l'utilisation de soi-disant « rebelles » dans une tentative forcenée d'opérer un changement de régime en Syrie.
Il ne faut pas être Sherlock Holmes pour voir là un motif récurrent :
Avant toute guerre ou « intervention humanitaire » conduite par les USA contre un pays-cible donné, un certain nombre d'accusations criardes sont lancées contre le dirigeant du pays et son gouvernement. Ces « dénonciations » bénéficient d'un maximum de couverture de la part des médias, qui sont chargés de les répéter ad nauseam, jusqu'à ce que le public finisse par les accepter comme des vérités.
Plus tard, il finit toujours par s'avérer que les accusations étaient fausses (comme celle des ADM en Irak), non prouvées ou considérablement exagérées. Mais on est alors « passé à autre chose » : un nouveau cycle d'attaques et d'accusations a été entamé ailleurs, contre d'autres, chacun se gardant bien de faire la lumière sur les précédentes accusations frauduleuses mais se concentrant au contraire sur la dénonciation des agressions génocidaires du « nouvel Hitler » dont il faut bien qu'on s'occupe. En 1999, c'était Milosevic. Aujourd'hui, c'est Assad ou Poutine.
Et devinez quoi, cher lecteur ? Ce sont les mêmes « élites » occidentales aux mains souillées de sang qui ont perpétré les atrocités précédentes à coups de mensonges à la pelle, qui orchestrent les accusations.
Comme le dit un très vieux proverbe : Quand vous montrez quelqu'un du doigt, trois doigts se pointent sur vous.
Neil Clark - RT 02 août 2016 (Traduction c.l.)
Source : Thucydide - Agoravox 6 août 2016

[1] - Voir l’acte d’accusation sur http://www.icty.org/x/cases/slobodan_milosevic/ind/fr/mil-ii990524f.htm

lundi 8 août 2016

L'INDÉPENDANCE, QUELLE INDÉPENDANCE ?


Cela fait aujourd'hui 56 ans que la France tient avec une force implacable le biberon pour la Côte d'Ivoire.
Tu n'en veux plus ? Je te le donne quand même, et tais-toi surtout. Tu n'as rien à dire.
Je parle pour toi, enfin plutôt contre toi à l'ONU.
Je prends tout ce que tu gagnes par la force de tes bras, et j'en garde une partie (50%) dans ma besace pour te le prêter avec intérêt parce que mes besoins sont énormes alors que toi, le biberon doit te suffire, que tu le veuilles ou non.
L'autre partie (50%) je la laisse à la BCEAO, la Banque centrale des États aliénés et opprimés, pour que tu puisses y avoir recours de temps en temps.
Mais attention, je peux te couper les vivres à tout moment parce que c'est moi qui ai les clés du coffre de la BCEAO, surtout si tu élis des dirigeants qui ont l'intention de remettre en cause ma monnaie.
Et puis, quel culot de qualifier ma monnaie de monnaie de singe ! Vous ne savez donc pas ce que vous êtes, alors qu'on vous l'a dit à Dakar en juillet 2007 ?
Vous voulez qu'on vous le répète ? Eh bien, vous n'êtes pas entrés dans l'histoire. Vous voulez qu'on vous le dise comment ?
C'est nous qui vous empêchons d'entrer dans l'histoire en vous maintenant aujourd'hui dans l'étau d'une DÉPENDANCE ORGANISÉE après vous avoir fait connaître l'enfer de la traite négrière, de l'esclavage et du travail forcé.
Et puis, si vous n'êtes pas contents, vous avez vu ce qu'on vous a montré en 2011, non ?
On avait dit avant qu'on allait partir mais ça, c'était pour vous endormir. Maintenant, on a changé le statut et la mission de nos militaires sur place qui sont désormais devenus les Forces Françaises en Côte d'Ivoire[i]. Les choses sont ainsi claires parce qu'on n'est pas prêts d'envisager de partir.
D'ailleurs, nous avons des partisans sur place qui militent pour que nous restions les seuls maîtres de votre destin, et qui ne demandent seulement qu'à en tirer des profits personnels, peu importe si l'écrasante majorité vit dans la misère. Et cela nous arrange bien. Alors …on continue.

Alexis Gnagno


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Source : La Dépêche d'Abidjan 7 Août 2016




[i] - Simple changement de nom, apparemment, comme les Français en ont l’habitude. Ainsi, lors de la commémoration du 56e anniversaire du semblant de décolonisation, le 7 août, l’unité française qui a participé au défilé militaire fut présentée comme …un « détachement du 43e Bataillon d’infanterie de marine de l’armée française ». Comme quoi, 43e BIMa ou Forces françaises de Côte d’Ivoire, pour eux, c’est kifkif bourricot. [Note de la rédaction].

dimanche 7 août 2016

Se battre au lieu de festoyer pour une indépendance fictive. Lettre à un ami diplomate, par Jean-Claude Djereke.

Jacques Foccart et son masque ivoirien

Cher ami, dans ta lettre du 2 août 2016, tu écris que, pour le 56e anniversaire de la commémoration de l’indépendance de la Côte d’Ivoire, on mangera, on boira et on dansera à gogo et que tu souhaiterais que je sois de la fête qui aura lieu dans les locaux de notre ambassade.

Juillet et août sont habituellement des mois où certains élèves sont célébrés. Ils font la fête avec leurs parents et amis parce qu’ils sont sortis victorieux de l’épreuve du baccalauréat ou du brevet, parce qu’ils sont passés d’un niveau à un autre, d’une étape à une autre, parce qu’ils sont entrés dans une nouvelle vie, parce qu’ils ont accompli un bond qualificatif. D’après la Bible, les Juifs célébraient Pâque pour commémorer la sortie d’Égypte du peuple hébreu, la naissance d’Israël en tant que peuple et le passage à sec de la Mer Rouge. En somme, ils fêtaient leur liberté retrouvée, la fin de leur asservissement et oppression. Voilà pourquoi Pâque est une des fêtes les plus importantes de la religion juive. Chaque année, les chrétiens célèbrent Pâques en souvenir de la résurrection de Jésus, qui est son passage de la mort à la vie.
Notre pays a-t-il fait un seul bond qualitatif depuis le 7 août 1960 ? Sommes-nous sortis de la pauvreté et de la dépendance ? Les conditions de vie et de travail de notre peuple se sont-elles améliorées ? Les Ivoiriens vivent-ils plus longtemps aujourd’hui ? Hormis « la carte d’identité nationale et celle du parti unique qui sont les morceaux du pauvre dans le partage, et ont la sécheresse et la dureté de la chair du taureau » (pour parler comme Fama dans Les soleils des indépendances d’Ahmadou Kourouma), l’accession de notre pays à l’indépendance a-t-elle changé fondamentalement leur existence ? Bref, ont-ils gagné plus d’argent et de liberté ?
À toutes ces questions, je ne puis répondre que par la négative car, dans nos villages, les paysans utilisent encore la machette et la daba comme en 1960 alors que l’argent du cacao et du café aurait pu servir à mécaniser l’agriculture ; la ville n’est pas mieux lotie car les riches et leurs familles préfèrent se soigner en Europe parce qu’ils ne font pas confiance à nos hôpitaux et dispensaires qui manquent du strict minimum. Non seulement aucune nouvelle université digne de ce nom n’a été construite après 1960 mais les lycées et collèges qui marchaient bien autrefois se sont considérablement dégradés ; les internats se comptent sur les doigts de la main. Le 43e Bima est toujours présent à Port-Bouët alors que vous ne trouvez aucune base militaire anglaise au Ghana, en Zambie ou au Kenya et que le Portugal ne possède pas de base militaire en Angola ou au Mozambique.
Notre monnaie demeure le franc CFA qui n’est ni connu ni reconnu en France, pays auquel il profite d’abord et avant tout, pendant que chaque pays de l’Afrique anglophone dispose de sa propre monnaie et qu’il ne s’en porte pas plus mal. Nous n’avons pas arrêté de n’être que des pourvoyeurs de matières premières dont les prix continuent d’être fixés par l’Occident alors que certains pays asiatiques qui étaient au même niveau que nous en 1960 se sont industrialisés. L’ex-puissance coloniale n’a pas cessé d’intervenir dans nos affaires internes ; elle s’est même permis en 2011 de dire qui a gagné notre présidentielle de 2010 et de bombarder les symboles de notre souveraineté (résidence du chef de l’État, Télévision nationale, camps militaires, etc.) pour placer à la tête de notre pays un président à sa solde (rappelle-toi le « on a sorti Gbagbo et installé Ouattara, sans aucune polémique » de Sarkozy dans  l’ouvrage Ça reste entre nous, hein ? Deux ans de confidences de Nicolas Sarkozy publié par Nathalie Schuck et Frédéric Gerschel) et, depuis, c’est le retour en force des coopérants, conseillers et assistants techniques français sur les bords de la lagune Ébrié.
Je pourrais citer d’autres faits mais je me limite à ceux-ci pour montrer que notre indépendance est fictive. Il nous reste à conquérir la vraie indépendance, celle dont s’honore l’Algérie et que les Algériens n’ont pas reçue sur un plateau d’argent mais qu’ils ont arrachée après une lutte âpre et difficile où ils firent preuve de courage, de détermination et de solidarité. La vraie indépendance signifie être maître de son propre destin, elle « ne consiste pas à avoir un bon maître, mais à n'en point avoir » (Cicéron). Césaire a dit qu’il croyait à cette indépendance tout en se demandant si les Martiniquais la voulaient vraiment (cf : Nègre je suis, Nègre je resterai. Entretiens avec Françoise Vergès, Paris, Albin Michel, 2005, p. 43). Les Ivoiriens désirent-ils vraiment la liberté ? Sont-ils prêts à en payer le prix ? Car la liberté coûte cher. Par exemple, serions-nous capables, si les circonstances devaient nous y contraindre, de ne manger que l’attiéké et de ne boire que le bandji ? Accepterions-nous de nous soigner et de scolariser notre progéniture sur place ?
Une chose est certaine : ce n’est ni en nous amusant à longueur d’année, ni en dansant sans cesse que nous gagnerons la bataille de la vraie indépendance. Malheureusement, nous sommes bien contents quand une télé caporalisée nous sert la danse ad nauseam pour nous abrutir et nous détourner des enjeux de société comme la plèbe réclamait naguère le pain et les jeux (panem et circenses) dans la Rome antique. Je ne suis pas contre la danse en tant que telle ; je constate simplement que nous en faisons un peu trop dans ce domaine. Qu’est-ce qui peut arriver à un peuple qui danse trop ou passe le plus clair de son temps à se trémousser les fesses ? Réponse de l’écrivain congolais Henri Lopes : « L’Afrique à force de rire et de danser s’était laissée surprendre par les peuples plus austères, elle en avait été déportée et asservie » (cf. : Tribaliques, Yaoundé, CLE-Press pocket, 1983, p. 29).
Tu as promis qu’on dansera beaucoup, ce 7 août 2016. Je vous souhaite, à tes invités et à toi-même, de vous livrer à toutes les danses possibles, y compris à celles qu’on qualifie d’endiablées. Quant à moi, je resterai chez moi pour réfléchir à la situation de notre pays. Même des gens ayant soutenu Ouattara reconnaissent que cette situation est devenue catastrophique, que la Côte d’Ivoire va de plus en plus mal, que les prix de l’électricité augmentent mois après mois, ce qui jeta dernièrement plusieurs personnes dans la rue à Bouaké, Yamoussoukro, Tiassalé et Daloa, que l’argent ne circule que parmi les bénéficiaires du rattrapage ethnique, que pas un jour ne passe sans que des Ivoiriens ne perdent la vie sur les routes ; j’aurai une pensée pour les prisonniers et exilés politiques, pour tous ces hommes et femmes tués ou blessés par les « Microbes » et pour les Ivoiriens injustement expropriés ; je relirai volontiers Ki-Zerbo, Cheikh Anta Diop ou Fabien Eboussi Boulaga qui « tient pour une catastrophe sans nom que, pendant deux ou trois générations, tous ceux qui ont fait des études supérieures et secondaires aient été larbinisés, rendus serviles, tenus en laisse au moyen d’un salaire » (Fabien Eboussi, Lignes de résistance, Yaoundé, CLE, 1999).
C’est à dessein que le philosophe camerounais évite d’employer le mot « intellectuel ». Pour lui, on ne peut se dire intellectuel et verser facilement dans la lâcheté et la démission lorsque de graves menaces pèsent sur la Res publica. Comme Eboussi, Mongo Beti (Alexandre Biyidi Awala, de son vrai nom) préfère appeler tous ceux qui ont fréquenté le collège, le lycée et l’université de « simples diplômés » et non des intellectuels. Pourquoi ? Parce que, selon lui, être intellectuel, c’est se comporter comme les Français Émile Zola, Victor Hugo, Jean-Paul Sartre, André Malraux, le Tchèque Vaclav Havel, l’Argentin Adolfo Perez Esquivel, le Polonais Adam Michnik ou l’Américain Noam Chomsky. À leurs risques et périls, en effet, ces personnalités se sont mouillées pour le triomphe de la vérité et de la justice ; plusieurs fois, elles se sont prononcées ouvertement sur ce qui se passait dans leur pays. Jamais elles n’ont choisi de se réfugier dans le silence pour protéger de périssables avantages matériels. Jamais elles n’ont fait passer leur petit confort et leur tranquillité avant le salut du pays. En un mot, elles n’ont jamais accepté de jouer un rôle de spectateurs.
Pourquoi avons-nous, en Afrique, plus de diplômés que d’intellectuels ? Parce que, quoique conscients des problèmes et défis du continent et quoique « capables de critiquer avec compétence et lucidité les gouvernements africains dans un salon, ils sont incapables de passer à l’action et de s’engager par peur de représailles ». Or, ajoute Mongo Beti, « il ne suffit pas de dire j’ai été à l’école normale supérieure. Une élite qui ne peut pas s’engager n’existe pas » (Mongo Beti parle, testament d’un esprit rebelle. Entretiens avec Ambroise Kom, éditions Homnisphères, 2006).
Le 7 août 2016 ne sera pas un jour de fête pour moi car on ne célèbre que ce qu’on a conquis. Nous n’avons encore rien conquis. Bien au contraire, nous sommes en train de perdre le peu d’acquis arrachés de haute lutte par la gauche ivoirienne en 1990 : liberté d’opinion, liberté d’expression, liberté de réunion, liberté d’association, liberté de mouvement. Je le perçois plutôt comme un moment de recueillement et de réflexion. Ce sera aussi un moment pour relire l’histoire de notre pays. Je reste persuadé que l’Afrique ne peut pas s’en sortir si elle se contente de jouer et de danser. Elle a aussi besoin de lire ; les Africains doivent lire car « le livre et la lecture peuvent être une école de la vie, faire acquérir au lecteur des expériences et une sagesse qui n’ont pas nécessairement besoin de naître d’une confrontation avec les réalités de l’existence ; ils offrent au lecteur l’occasion d’une précocité intellectuelle » (Koffi Anyinéfa, Le fait littéraire dans l’œuvre de Henri Lopes : Éléments d’une sociologie de la littérature africaine, in Éthiopiques, revue trimestrielle de culture négro-africaine, n° 52, 1er semestre 1989 – vol. 6 n° 1).
En conclusion, je dirais que célébrer l’indépendance de notre pays n’a aucun sens au moment où notre pays est occupé militairement, économiquement et politiquement par la France ; au moment où ceux et celles qui se sont battus pour arracher le multipartisme en 1990 sont exilés ou incarcérés ; au moment où les rares banques nationales sont privatisées. Sortons d’abord notre pays de cette situation. Battons-nous pour qu’il ne nous soit pas complètement arraché. Cette bataille me semble plus importante et plus urgente que festoyer pour une indépendance de façade.

J.-C. Djereke


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Source : connectionivoirienne.net 5 août 2016

vendredi 5 août 2016

LE BÊTISIER RHDP

Georges Ezaley tout heureux de sa trouvaille mangécratique
Aujourd’hui, la parole au bien heureux Georges Philippe Ezaley, maire de Grand-Bassam et probable futur lauréat du concours national de léchage de bottes, qui, lors du lancement, le 4 août 2016, de l’opération Grand-Bassam ville propre, « dans l’intention de faire intérioriser la culture de la salubrité par les populations de la cité balnéaire », a eu ces mots sublimes : « Nous ne voulons plus que Grand-Bassam soit sale. C’est pourquoi nous demandons aux populations de s’inscrire dans cette initiative à compter d’aujourd’hui. (…). Notre ville n’est pas semblable aux autres car nous sommes classés au patrimoine mondial de l’Unesco. Et dans cette ville, on rencontre des rues qui incarnent les hautes personnalités de ce pays : le boulevard Alassane Ouattara, la rue Henri Konan Bedié et la rue Daniel Kablan Duncan. Nous ne devons donc pas salir ces rues mais plutôt les préserver ».


Source : AIP 5 août 2016

jeudi 4 août 2016

« …choquer le peuple, le brutaliser, l’humilier et le maintenir dans un état psychologique de terreur et de fragilité pour ainsi le réduire à la dépendance. »

Le 9 novembre 2004, devant l'hôtel Ivoire, juste avant le massacre
« À 15 heures, les manifestants sont à moins de deux mètres des blindés français. Certains
jeunes s’amusent, par défi, à aller toucher le canon des chars. Ils sont acclamés. À la suite
d’un mouvement de foule plus important, l’ordre de tirer est donné. En une minute, les
soldats français brûlent 2000 cartouches. […] Des soldats, bien campés sur leurs jambes,
tirent en rafales. Certains au-dessus des têtes, d’autres à tir tendu, le fusil au niveau de la
poitrine. Ils tirent sans même la protection de leurs véhicules blindés, qui sont rangés en
rempart juste derrière eux… Apparemment les soldats savent qu’ils ne risquent pas de riposte. »
(Paul Moreira, « Les Nouvelles censures », Robert Laffont, 2007).
De quoi s'agit-il ? Il faut déjà dire qu’il y a une situation qui motive le titre ci-dessus. En fait, un ami m'a appelé hier du pays – un cadre de son état –. Il me dit : « je suis en train de regarder une émission sur France24 dans laquelle on débat du terrorisme. Quand il y a des guerres chez nous, ces gens-là disent que c'est le nord musulman qui se bat contre le sud chrétien. On vient de tuer un prête. Alors qu'est-ce qui se passe chez vous là-bas ? Quelle est ta compréhension de ces choses-là ? Ensuite, il ajoute, ici au pays, ils nous ont mis quelqu'un. Je me dis que personne n'est éternel. Dix ans, c'est long ; mais il faut tenir parce qu'il partira au bout de ses dix ans. Et que ce n’est pas la peine d’amener des jeunes à l’abattoir ».
Là, « je n'ai pas été surpris » parce que j'ai pu mesurer qu'il n'est pas le seul à penser ainsi parmi nos compatriotes – malgré là-aussi son niveau d'études et sa situation sociale –. Peut-être, est-ce ce statut social même qui lui permet de penser qu’il peut supporter dix ans de Ouattara. 
Je suis « … un peu choqué » parce que ce genre de raisonnement est répandu par certains de ceux-là mêmes qui doivent éveiller la conscience du peuple notamment de la jeunesse. Parce qu’on ne peut pas accepter de vivre longtemps une telle situation. 
Mais je réponds à sa question en affirmant que la violence ne peut être justifiée d’où qu’elle vienne et que de mon point de vue, les élites en Occident et spécifiquement en France, mènent des débats entre elles pour se positionner. Parce qu’elles ne débattent pas des causes du terrorisme. Elles ne veulent même pas en parler. Elles font de la surenchère pour distraire une opinion à qui elles veulent cacher la vérité… 
Sur la situation du pays, je lui ai dit qu’il y a chez nombre d’Ivoiriens comme une cécité parfois involontaire mais surtout une naïveté méthodique qui participe de ce qui nous a amenés là. Croire que le problème c’est seulement Ouattara, au lieu d’intégrer que ce qui se passe, est la manifestation d’un système rampant questionne. 
Parce qu’il m’est donné de penser qu’après Ouattara, les acteurs de l’impérialisme ont déjà prévu celui qu’ils vont mettre. Des deux qui sont en pole position, il y a un « ou » et il y a un « et ». Croire donc qu’après dix ans, on rendra la liberté aux Ivoiriens, m’a « … choqué ». Et je lui ai dit qu’il vaut mieux mourir à l’abattoir que mourir d’un mal de tête ou de toute autre pathologie en réalité bénigne – parce que le moindre comprimé thérapeutique n’est pas disponible. 
En mourant dans la rue, l’opinion saura au moins qu’on est morts pour quelque chose. Et que depuis, c’est au cours de ces six dernières années que nous voyons autant de gens décéder de « petites maladies » et de l’AVC, notamment des jeunes. Il y a donc de nombreuses morts à cause d’hôpitaux qui sont aujourd’hui des mouroirs par manque de fournitures médicales dû à une absence de volonté politique, de santé publique, comme dans d’autres domaines. Parce que le sort de l’école est également connu… La « mort gratuite » est donc plus que scandaleuse qu’une mort pour le combat sur une  cause  juste. 
Toujours, sur la situation du pays. Je lui ai donné l’exemple de l’Algérie pour ne pas aussi citer celui du Vietnam. Je lui ai dit que les gens ont décidé, dans ces pays-là, un moment, de mourir nombreux. Et la pression de l’opinion publique internationale a fait céder les oppresseurs. La liberté et l'indépendance qui en ont résulté dans ces pays, font qu'aujourd’hui la France  ne  peut  pas  faire  ce  qu’elle  veut  en  Algérie. 
En traumatisant le peuple de Côte d’Ivoire par une intervention militaire barbare, c’était pour choquer le peuple, le brutaliser, l’humilier et le maintenir dans un état psychologique de terreur et de fragilité pour ainsi le réduire à la dépendance. 
Mais là, on peut voir qu’ils ont échoué parce que ce peuple qui a intégré l’esprit de la démocratie et de la liberté, ne compte pas accepter de se laisser intimider indéfiniment. 
Après, l’ami me demande des nouvelles de La Haye. Je lui réponds que des choses se font. Mais c’est une situation nouvelle en Côte d’Ivoire qui contribuera aussi à accélérer une prise de décision politique qui a la clé de ce bourbier qu’ils ont créé. 
Alors l’ami me répond : « Ah ! Maintenant, il veut changer la Constitution ; je suis en train de réfléchir pour trouver comment mener la bataille ».
Je n'ai donc pas été surpris mais j'ai été un peu choqué. Il reste tout de même que l'opposition ivoirienne doit arrêter le spectacle de l'émiettement suicidaire. La question d'un Etat, à plus forte raison le sort de populations en souffrance, devant aller au-delà de question entre des individus.
On ne saurait forcer personne à l'union. Mais il est essentiel et responsable d'aller à l'unité avec tous ceux qui se réclament du progressisme, pour délivrer le peuple de Côte d'Ivoire. Après, il sera juste et admissible de revendiquer sa propre chapelle, une fois le pays recouvré.

Claude Koudou
Titre original : « A propos de mon pays, je n'ai pas été surpris mais je suis un peu choqué. »


EN MARAUDE DANS LE WEB
Sous cette rubrique, nous vous proposons des documents de provenance diverses et qui ne seront pas nécessairement à l'unisson avec notre ligne éditoriale, pourvu qu'ils soient en rapport avec l'actualité ou l'histoire de la Côte d'Ivoire et des Ivoiriens, ou que, par leur contenu informatif, ils soient de nature à faciliter la compréhension des causes, des mécanismes et des enjeux de la « crise ivoirienne ».


Source : CIVOX. NET 4 Août 2016

mercredi 3 août 2016

« CIVILISATION »

L’éditorial de Michel Guilloux dans L’Humanité du 2 août 2016

Alors que le sang, à peine séché des uns à Nice, a coulé de nouveau à Saint-Étienne-du-Rouvray, on assiste stupéfié à un contraste saisissant. Les images de fraternité et de paix des rassemblements entre croyants, de toute religion, et non-croyants revivifiaient l’image de « Celui qui croyait au ciel et celui qui n’y croyait pas », suppliciés alors, voilà plus de soixante-dix ans par une barbarie née du ventre fécond d’une autre bête immonde. Tandis que leurs émules contemporains redressent la tête, livrant ad nauseam leurs messages criminels de haine, avec des concepts tel celui de « grand remplacement », dont on ne mesure pas à quel cataclysme ils pourraient mener si l’extrême droite progressait encore et encore. Oui, ce week-end, et durant tout ce mois de juillet terrible, notre peuple démontre sa très grande dignité. Ceux qui jouent avec le pire, de débat sur la déchéance de nationalité et de course à l’échalote avec le FN sur le terrain du maintien de l’ordre ultrasécuritaire, devraient en prendre de la graine. Dans la période sanglante et lourde de menaces que traverse la France – et pas qu’elle –, il ne revient pas davantage au gouvernement de «qualifier» les religions. Ils pourraient être nombreux à sinspirer dune autre parole pour approcher une hauteur de vue qui les a bien désertés.
Terrorisme? « Je sais qu’il est dangereux de le dire, mais le terrorisme s’épanouit lorsqu’il n’y a pas d’autres options et lorsque l’argent devient dieu et que c’est lui qui est au centre de l’économie du monde et non la personne. C’est la première forme de terrorisme. C’est du terrorisme contre toute l’humanité. »
Guerre de religion? « Quand je parle de guerre, je parle de guerre vraiment, non de guerre de religion, non. Il y a une guerre d’intérêts, il y a une guerre pour l’argent, il y a une guerre pour les ressources de la nature, il y a une guerre pour la domination des peuples: cest cela la guerre. »
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Ces paroles sont du pape François, qui ne cède rien au sillon qu’il trace, persiste et signe en parlant des religions qui sont toutes « de paix », en ne taisant pas plus les fanatiques se réclamant de la sienne. Face aux tenants du « choc », voilà la visée de civilisation à laquelle il est digne et nécessaire de se situer.

Source : la page Facebook de José Fort

UN POUVOIR CONCENTRÉ[*]



Il y a 19 ans, le 2 août 1997, un homme de qualité nous a quittés.
Notre hommage à Charles Bauza Donwahi, ancien président de l’Association des Étudiants de la Côte d’Ivoire en France (AECIF), ancien d’Assabou, président de l’Assemblée nationale au moment de sa disparition.


Durant les quatre années que je passai au gouvernement, à aucun moment le regret d'avoir quitté la CICA ne m'effleura. Certes, la tâche de ministre paraissait immense, voire incom­mensurable ; toutefois, je la trouvais tout simplement passion­nante. Cependant, j'étais un peu naïf à l'époque, ne m'occupant pas de politique politicienne : j'étais préoccupé par ce que je faisais et ne perdais pas de temps dans les couloirs. J'aurais peut-être dû porter plus d'attention à tout ce qui se tramait car lorsque je fus arrêté, ce fut pour moi comme si le monde s'écrou­lait. Il me faut raconter les circonstances de ce terrible épisode.
Rappelons que ce fut Houphouët-Boigny lui-même qui avait créé le mouvement des jeunes, la JRDACI, lors d'un congrès constitutif en mars 1959. Pour lui, ce congrès était destiné à contenir les aspirations autonomistes de la jeunesse et à instaurer la mainmise de son parti sur la jeunesse. Pour les jeu­nes au contraire, il s'agissait du congrès de tous les espoirs. Conçu pour être un appendice du PDCI-RDA, la JRDACI avait au contraire cru devoir critiquer les méthodes et l'organisation du parti, recommander davantage de tolérance vis-à-vis des pri­ses de position des étudiants et revendiquer une plus grande implication des jeunes aux responsabilités politiques.
En apparence, on pourrait croire que le Président répondit à ces souhaits en constituant un gouvernement associant les jeu­nes élites du pays. Mais en réalité, la ligne politique de la JRDACI n'allait pas dans le sens de ses intérêts parce qu'elle ne partageait pas les options antifédéralistes du PDCI. Le di­vorce était patent entre le Président et le mouvement de la jeunesse en Côte d'Ivoire et en France. Il datait en fait du désapparentement communiste : dès 1951, la FEANF (dont je fus membre) accusa le RDA de collusion avec la puissance colo­niale. Lorsque Houphouët-Boigny avait siégé au banc du gou­vernement français à l'ONU pour défendre l'Algérie française, une délégation de la FEANF avait fait une démarche auprès de lui pour l'en dissuader, ce qui n'avait pas dû lui plaire... Par la suite, le mouvement étudiant avait dénoncé la politique de « balkanisation » de l'Afrique telle qu'elle était menée par le premier dirigeant de la Côte d'Ivoire. Autant de points de discordance qui avaient sans nul doute irrité le Président : il n'appréciait guère que les étudiants se posent en donneurs de leçons. Subtilement, il avait agi pour soustraire les étudiants ivoiriens à la prétendue influence communiste des étudiants ressortissants des autres territoires en leur accordant une attention particulière lorsqu'ils revenaient au pays à la fin de leurs études, attention dont je bénéficiai également comme on l'a vu.
Dans toutes les manœuvres politiques d'Houphouët-Boi­gny, les notions de tribalisme et d'ethnocentrisme étaient très présentes : ainsi, il s'appuyait sur les étudiants d'origine baoulé, son ethnie, dont il tirait une immense fierté corroborée par un sectarisme prononcé à l'égard des autres. Lors du fameux congrès de la JRDACI en 1959, plusieurs courants s'étaient affirmés ; je faisais partie du mouvement mené par Amadou Koné, un homme de confiance du Président – pour son malheur car il fut victime de cette position... En tout état de cause, le congrès constitutif de la JRDACI n'avait pas répondu aux souhaits d'Houphouët-Boigny. Ses manœuvres destinées à faire taire les étudiants en les dotant d'un organe politique avaient abouti à un résultat contraire à ses ambitions. En outre, des comités de base de la JRDACI avaient fleuri partout sur le territoire : dès sa création, le mouvement des jeunes apparut comme un parti ad­verse, ou tout du moins différent du PDCI. Houphouët-Boigny ne pouvait se permettre de laisser la JRDACI prendre de l'am­pleur, estimant qu'elle allait, à terme, menacer son pouvoir qu'il voulait absolu et sans partage. II avait coutume de dire : « Le cafard ne pénètre dans la maison que lorsque le mur est fendu ».
Il y eut un premier complot en 1959 qui visa et destitua Jean-Baptiste Mockey (ministre de l'Intérieur), appelé « le com­plot du chat noir » car l'homme avait prétendument tué et enterré un chat avec la photo d'Houphouët-Boigny dans les entrailles. Le ministre avait été limogé et arrêté à la suite de cette sordide affaire qui reposait essentiellement sur la croyance à des sorti­lèges et autres gris-gris. Il s'agissait là d'une première alerte. Elle aurait dû mettre nos sens en éveil...
Au début des années 1960, une paix sociale et un calme politique précaire régnaient en Côte d'Ivoire. Houphouët-Boi­gny avait une conscience claire du danger qui menaçait son régime, d'autant qu'il entendait mettre en place un parti unique et fort. Le système institué par le chef de l'Etat faisait de lui la seule source de droit. Il était le seul qui condamnait, emprison­nait et libérait de façon régalienne. Cette conception des choses prévalut dans toutes les affaires politiques.

UN SCENARIO EFFRAYANT

Dès le mois de décembre 1962, le Président avait lait courir des rumeurs relatives à un grave complot visant à l'as­sassiner. Concernant mes amis et moi-même, le délateur était Christian Groguhet. Il rendit visite à trois d'entre nous, membres de la JRDACI : Issa Bamba, Amadou Koné et moi-même – j'étais alors membre du comité exécutif de ce mouvement. Il nous tint à peu près le discours suivant : « Je dirige un mouve­ment politique d'opposition au PDCI, qui est implanté partout. Mes partisans n'attendent qu'un signal pour semer le trouble ». Il nous invitait à se joindre à lui. Nous considérions ce Groguhet comme un simple provocateur en mission et n'accordâmes aucun crédit à ses allégations. En réalité, il était un homme choisi par Houphouët-Boigny car il nourrissait une rancœur à notre égard depuis que nous l'avions battu au congrès de la JRDACI. Stimulé par l'envie de prendre une revanche, il était ainsi l'ins­trument idéal aux yeux du Président pour monter de toutes piè­ces un complot.
Les dés étaient lancés. L'inexorable machine qui devait annihiler notre jeune mouvement était en marche. Le 11 janvier 1963, une loi portant création d'une Cour de sûreté de l'Etat fut adoptée par l'Assemblée Nationale. Le soir même, je fus convié avec mon épouse au dîner offert par le Président en l'honneur de l'ambassadeur d'Israël. Cette invitation démentait apparem­ment les rumeurs selon lesquelles la loi votée nous concernait. Comment imaginer qu'Houphouët-Boigny pouvait inviter à sa table un homme qu'il projetait d'arrêter quelques heures plus tard ?
En fait, ce dîner n'était qu'une mise en scène destinée à nous tromper pour mieux avoir raison de nous. Au moment où nous prenions congé, Houphouët lança à ma femme sur un ton léger : « Quand ton mari sera Président de la République, je serai son chauffeur ». Phrase troublante à laquelle elle décida pourtant de ne pas attacher d'importance, préférant croire qu'il s’agissait d'une plaisanterie au goût un peu douteux. Le fond de l’histoire était que le Président ne voulait pas nous faire confiance et, sentant son pouvoir menacé, il avait monté de toutes pièces l’accusation d'un complot dont il tirait toutes les ficelles.
Le lendemain de ce fameux dîner, je fus convoque avec Issa Bamba et Amadou Koné au palais présidentiel : nous étions vaguement inquiets mais ne pouvions croire que l'affaire irait aussi loin. Pourtant, l'ambiance était chargée de tension et la mise en scène effrayante : je fus surpris de découvrir des commandos armés dans la salle d'audience. Nous fûmes reçus par le Président Houphouët-Boigny, entouré de quelques dignitaires dont Philippe Yacé, Président de l'Assemblée Nationale : ce dernier lut l'acte d'accusation, en présence du sinistre Groguhet. Nos pires appréhensions furent confirmées... La nouvelle de notre garde à vue se répandit comme une traînée de poudre en ville et, pour calmer les esprits, Yacé fit une allocution pour expliquer que nous n'étions pas arrêtés, mais simplement logés « dans des chambres des hôtes de marque du palais présidentiel avant la réunion de Yamoussoukro où [ils] s'expliqueront ». En fait de résidences, nous fûmes bel et bien enfermés dans les sous-sols du palais. Je refusai de perdre espoir, faisant encore confiance à Houphouët-Boigny et aussi à Yacé, mon ancien instituteur. Je ne pouvais croire à une véritable arrestation. Ma femme fut prévenue par mon chauffeur. Comme moi, elle devait croire à un mauvais rêve, or je ne devais pas la revoir, ni mes enfants, avant quarante-trois interminables mois...
Quatorze janvier 1963, Yamoussoukro, dans l’enceinte de l'immense domaine privé d'Houphouët-Boigny, entouré d’un haut mur : ce jour-là, toute l'intelligentsia du pays se trouva réunie. Dans ce lieu, qui faisait penser à une souricière, toute la classe politique était comme prise en otage et soumise à un conditionnement psychologique d'intimidation. Devant une as­sistance médusée, le délateur Christian Groguhet, ravi de jouer un des premiers rôles, répéta qu'avec la connivence de la plupart d'entre nous, il avait mis en place une organisation visant à assassiner le Président. Il cita une liste de noms réellement sur­prenante, comportant quatre ministres – j'étais du lot –, neuf députés, des conseillers et de nombreux hauts fonctionnaires. Pratiquement tous les cadres de la Nation, qui avaient été formés à grands frais, faisaient partie de la charrette. Nous étions des dizaines de prévenus, tout cela semblait incroyable. Je pris la parole pour déclarer n'avoir participé à aucune réunion avec Groguhet et n'être que la victime d'une machination politique. Cependant, nous perdîmes tout espoir en entendant la déclaration d'Houphouët-Boigny clôturant le débat : « Je les arrête tous et tout de suite ». Nous étions consternés. C'était comme un cauchemar, toute ma foi en l'Homme se trouva ébranlée et même totalement brisée.
Plus tard, en prison, nous reconstituâmes toute l'affaire : il était évident que le Président lui-même était derrière tout cela. S'il ne nous avait pas arrêté, il n'aurait pu asseoir solidement sa position de chef incontesté et demeurer seul maître à bord. En coupant toute résistance de façon aussi radicale, il annihilait les éventuelles velléités de la JRDACI de contrer sa politique, concentrant ainsi tout le pouvoir entre ses mains. Nous avions une conception occidentale de la démocratie tandis qu'Houphouët-Boigny raisonnait comme un monarque absolu : le contrôle du pouvoir était l'affaire d'un maître unique et toutes les décisions lui appartenaient, sans conteste possible. En outre, il attachait de l'importance aux racines ethniques, considérant comme une fatalité que l'ethnie des Baoulés à laquelle il appartenait ne pouvait s'entendre avec les autres dont nous étions les représentants.
Je pense qu'il avait néanmoins certains remords à mon endroit, sachant que j'étais farouchement contre la violence Mais lorsque j'avais dit devant toute l'assemblée que je mi considérais comme « victime d'une horrible machination », j'avais augmenté son courroux, lequel devait devenir indécent tant il était injuste et cruel.
Les faits n'étaient évidemment pas relatés ainsi dans la presse, qui nous présenta plutôt comme de dangereuses menaces pour le gouvernement en place. Nous étions montrés du doigt comme de vulgaires criminels et même plus, comme un danger pour l'équilibre de la nation. Quelle hérésie... Houphouët-Boigny élargit même le champ de la conspiration à toute l'Afrique, indiquant que ce qui se préparait en Côte d'Ivoire participait d'un « complot communiste international visant à l'élimination physique des dirigeants africains légitimes ».
Des interrogatoires musclés commencèrent dès le 15 janvier. Dieu seul sait comment je trouvai la force de résister au supplice des tortures, dont Houphouët-Boigny en personne était témoin, faisant montre d'un sadisme sans bornes. Il est difficile de relater ces séances d'une violence inouïe, qui visaient à nous extorquer des aveux, inventés de toutes pièces : flagellations au nerf de bœuf ou à la matraque plombée et, surtout, des supplices avec de la pâte du plus fort piment du pays. Au-delà des sévices physiques, nous étions dégradés, humiliés, par des tortures terribles sur le plan mental, comme des mises à nu sous des flots d'injures et de sarcasmes. Les tortionnaires, éléments de la garde présidentielle, n'avaient cure de nos hurlements : on leur avait expliqué que le complot visait, au-delà du Président, toute la tribu Akoué dont il était originaire et qui dirigeait la Côte d'Ivoire. Il en allait donc de la sauvegarde du pays. Les premiers interrogatoires durèrent une semaine. J'étais désespéré. Que de­vait penser Thérèse ? Comment vivait-elle désormais ?

Le 31 janvier, nous fûmes à nouveau amenés dans la propriété d'Houphouët-Boigny à Yamoussoukro. Le discours qu'il prononça fut particulièrement cynique et témoigna de la violence du personnage. Il nous accusa d'avoir créé la SACCI (Société africaine de culture de Côte d'Ivoire), un groupement communiste – ce dont la presse se fit docilement l'écho. Il nous qualifia de « fils d'éleveurs de poulets » et nous annonça que nous, qu'il considérait comme moins que des prisonniers de droit commun, serions jugés ici à Yamoussoukro, à huis clos. A un moment de son discours, il nous éclaira sur le sens des propos qu'il avait tenus à mon épouse après le dîner avec l'ambassadeur d'Israël quelques semaines plus tôt (« Je serai le chauffeur de ton mari quand celui-ci sera Président de la République. ») : c'était pour nous montrer qu'il était au courant de notre prétendu complot. A l'évidence, ce discours visait à qualifier l'injustifia­ble qu'il entendait perpétrer. Nous, les prisonniers, ne nous fai­sions plus aucune illusion. La situation était tellement injuste, voire absurde, que nous ne pouvions plus croire en rien. Qu'al­lait-il advenir de nous ?
Le procès eut lieu du 4 au 9 avril 1963 dans la résidence d'Houphouët-Boigny à Yamoussoukro, transformée en camp re­tranché. Début février, il avait été mis fin aux fonctions d'Ernest Boka, président de la Cour suprême – le malheureux allait connaître un funeste sort.
Philippe Yacé était commissaire du gouvernement, bien que restant président de l'Assemblée nationale. La défense était assurée par des avocats commis d'office ; autant dire qu'il n'y avait pas de défense. Le seul et unique dénonciateur était Christian Groguhet. Dire que le sort de dizaines d'hommes reposait sur son seul témoignage ! Quelle aberration... Les chefs d'accusation, outre la tentative d'assassinat sur la personne du Président, mentionnaient la constitution d'un mouvement subversif d'inspiration communiste et l'alliance avec des puissances étrangères.
Tout se passait à huis clos et pour cause. Les mesures décidées lors du procès furent énoncées comme suit : « Des per­quisitions ont lieu en ce moment même dans vos domiciles : le moindre papier trouvé chez vous suffira à établir votre culpabi­lité. Tous les fonctionnaires de Côte d'Ivoire vont signer un engagement sur l'honneur de ne pas adhérer au communisme. Vous serez jugés ici par ceux qui ont souffert pour le parti. Mais nous ne ferons pas de vous des martyrs ; parce que seuls les coupables seront châtiés et sévèrement châtiés ». Le verdict était sans appel.
Lors de ma déposition, je réaffirmai ma conviction d'être victime d'une machination politique. Mais j'étais conscient que notre défense était vaine. Aucune évocation d'actes établis, au­cune preuve ; c'était à se demander si la Cour cherchait à connaî­tre la vérité. Tous les membres de ce tribunal ad hoc semblaient ne s'intéresser qu'au passé de militants gauchistes des étudiants que nous avions été. Les sanctions tombèrent comme un cou­peret : treize condamnations à mort, sept aux travaux forcés à perpétuité et quarante-trois aux travaux forcés – Dieu merci, les peines capitales furent par la suite commuées. Les condamna­tions étaient assorties de la confiscation de la totalité des biens et d'un emprisonnement immédiat. Pour ma part, j'écopai d'une peine de vingt ans. Vingt ans... une très longue tranche de vie.

TEL PÈRE, MAIS PAS TEL FILS ?

Petite anthologie des déclarations musclées d’Alain-Richard Donwahi, leur ministre délégué à la Défense, à propos des récents incidents de Bouaké. Ministre de la Défense, c’est pas pour défendre les gens ? Mais celui-ci nous parle comme s’il était le ministre de la Police politique d’une de ces dictatures sud-américaines du bon vieux temps… Mais écoutez-le plutôt :
« Nous avons affaire à des vandales. C’est ce que nous avons pu constater. »
« Il faut arrêter de nous faire croire que c’est pour (les factures) que des personnes sont venues manifester. Ce n’est pas pour cela. Il y en a qui sont venus ici simplement pour piller, voler le bien d’autrui. »
« Ces actes de vandalisme ne resteront pas impunis. »
« Nous pouvons vous assurer que nous allons faire en sorte de pouvoir protéger les biens et les personnes. C’est notre rôle. Nous allons mettre l’effectif qu’il faut à Bouaké pour faire cela. »
« Nous avons procédé à des interpellations, nous allons continuer à le faire, mettre aux arrêts ceux qui se sont rendus coupables de méfaits. Nous allons être fermes pour que cela cesse. »
Alain-Richard Donwahi, le jour de son baptême, dans les bras
de son parrain, Ernest Boka, président de la Cour suprême,
qu’on retrouvera sans vie, un jour d’avril 1964, dans la geôle
privée d’Houphouët, à Assabou, rompu et déchiré de toutes 
parts, comme s’il avait été roué vif.
Et maintenant, écoutez la noble voix du père de ce ministre :
• « Respectons-nous les uns les autres, pour que nous soyons dignes de notre nation. Ayons confiance les uns dans les autres […]. Nous le devons car nos populations souffrent encore des effets dévastateurs de la crise. » (Ouverture de la 2e session ordinaire - 4 octobre 95).
• « II faut arrêter de voir partout des ennemis autour de soi. » (Divo, le 13 novembre 1994).
• « Réconcilier, c'est d'abord désarmer. Et, en l'occurrence, le désarmement de notre mémoire historique passe évidemment par la juste reconstitution des faits, la reconnaissance des erreurs communes et la réhabilitation des victimes du mensonge et de la manipulation. » (Discours du 27 avril 1997).
(D’après Eugénie Douayérê – Fraternité Matin 27 août 1997)


([*]) - Extraits de « La Foi et l’Action. Itinéraire d’un humaniste », de Charles Bauza Donwahi, ©De Mémoire d’Homme, 1997 ; pp. 61-70.
De Mémoire d’Homme, 1997 ; pp. 61-70.