mardi 14 février 2012

Marthe Amon Ago : « le Cnrd a un rôle de résistance et de veille »


Dans cette interview exclusive (Notre Voie 14 février 2012), Marthe Amon Ago, secrétaire générale du Congrès national de la résistance pour la démocratie, nous dit ce que cette organisation représente à ses yeux. Une position courageuse et digne, aux antipodes de la posture capitularde de Laurent Fologo et consort

Notre Voie : La récente assemblée générale du Cnrd vous a nommée dans les fonctions de Secrétaire générale par intérim. Dans quel état se trouve ce mouvement politique au moment où vous prenez fonction ?
Amon Ago Marthe : La tenue d’un congrès me permettra de mieux apprécier l’état des lieux. Par exemple, par la  présence effective des membres… Sinon, la liste qui m’a été remise fait état de 39 organisations, membres au lieu de 27 lors de la signature de la Charte en 2006. Le Cnrd se porte donc bien au moment où je prends fonction.

N.V : Dans quel esprit le Cnrd a-t-il été créé et quels sont ses objectifs ?
A.A.M : Depuis l’attaque de la Côte d’Ivoire en 2002, nous avons tous assisté à un élan patriotique. Le Cnrd s’est voulu une plate-forme de regroupement et d’encadrement de tous ces  mouvements populaires. C’est pourquoi, le Cnrd s’est fixé comme objectifs principaux, la défense des institutions de la République, la sauvegarde de la souveraineté, la promotion de la démocratie, de l’Etat de droit, de la paix, de la restauration de l’image de la Côte d’Ivoire ainsi que de sa vocation traditionnelle de nation ouverte sur le monde (article. 3 de la Charte).

N.V : Qui peut donc être membre du Cnrd?
A.A.M : L’article 2 de la Charte dit ceci : « Sont parties à la présente Charte, les organisations politiques et sociales adhérant aux principes des libertés publiques et aux valeurs républicaines. Les parties contractantes affirment leur attachement au respect de la Constitution, notamment en ses dispositions consacrant le mode de dévolution du pouvoir par les élections et se déclarent opposées à tout recours à la force des armes comme moyen d’accession au pouvoir. »

N.V : Dans une interview, la semaine dernière, au quotidien gouvernemental Fraternité Matin, Laurent Dona Fologo, vice-président du Cnrd, a déclaré vouloir donner une nouvelle orientation à votre organisation. Il a notamment indiqué vouloir une opposition sans violence, qui respecte ceux qui gouvernent. Comment avez-vous accueilli cette déclaration ?
A.A.M : Permettez-moi de ne pas me prononcer sur les propos de M. Fologo qui est un membre de notre organisation. Au Cnrd, les opinions se partagent en assemblée. Ce n’est pas de manière fortuite que notre groupement porte le nom de Congrès national de la résistance pour la démocratie. En effet, l’appellation Congrès évoque l’idée d’une réunion de personnes qui se rassemblent pour échanger leurs idées ou se communiquer leurs études.

N.V : Est-ce à dire que le Cnrd n’a pas changé d’orientation ?
A.A.M : Si c’est par rapport aux propos de M. Fologo que vous me posez cette question, je ne vous répondrai pas. Pour une question de principe et d’éthique de notre organisation.

N.V : Depuis le premier congrès qui a fixé les objectifs et orientations du Cnrd, il n’y a donc pas eu un autre congrès pour imprimer une nouvelle orientation ?
A.A.M : A ma connaissance et au regard des documents reçus, non ! Cependant, il importe que vous sachiez qu’au Cnrd, le mot Congrès désigne certes l’organe suprême, mais il tient ses assises de deux manières. Pour le renouvellement des instances, le Congrès se tient tous les trois ans. Par contre, il doit tenir deux sessions ordinaires dans l’année (articles 15 et 17 des Statuts). Il peut également se réunir en session extraordinaire. 

N.V : Laurent Dona Fologo a également soutenu que le Cnrd doit servir de courroie de transmission entre le pouvoir et l’opposition. Ce qui suppose que le Cnrd n’est pas partie prenante dans le combat pour la défense des institutions. Où se situe donc finalement le Cnrd ?
A.A.M : Je vous réitère ma position, à savoir que je refuse de commenter les propos de M. Fologo qui est l’un des huit vice-présidents du bureau du Cnrd. Cependant, si vous me demandez en tant que Secrétaire générale, où se situe le Cnrd sur l’échiquier politique ivoirien, je peux vous répondre.

N.V : Je vous écoute…
A.A.M : Après lecture de la Charte, des Statuts et Règlement Intérieur, mes analyses se résument en ce qui suit : le Cnrd a son essence dans sa dénomination qui n’est certainement pas fortuite : « Résistance pour la Démocratie ». En effet, on parle de résistance lorsque les habitants d’un pays s’opposent à l’action d’un occupant. Quant à la démocratie, c’est l’idée selon laquelle, l’autorité suprême appartient à l’ensemble des citoyens d’un pays. Aussi, le Cnrd est-il le regroupement de toutes les forces patriotiques qui veulent la souveraineté de la Côte d’Ivoire, l’indépendance effective de la Côte d’Ivoire. En d’autres termes, il s’agit de personnes ou d’organisations qui revendiquent la souveraineté de la Côte d’Ivoire au plan international, la liberté et l’égalité des citoyens au plan national. Nous en déduisons que le Cnrd n’est pas La Majorité Présidentielle (Lmp) ; il n’est pas comparable au Rhdp. Il est certes un groupement politique, mais il n’est pas un regroupement de partis politiques uniquement, parce que non prévu pour gouverner comme c’est le cas pour Lmp ou le Rhdp. Le Cnrd est une force de défense des institutions de la République et de promotion de la démocratie par des voies et moyens spécifiques. Concrètement, le Cnrd a été créé pour s’opposer aux forces impérialistes qui menacent la souveraineté de notre pays, la Côte d’Ivoire, et l’empêchent de prendre librement son destin en mains, et à son peuple de choisir son chef et ses représentants. Une fois la souveraineté acquise, il est impératif de la préserver en veillant à une pratique démocratique véritable laquelle suppose un Etat de droit, le respect de la liberté et de l’égalité des citoyens. En conclusion, le Cnrd a un rôle de résistance et de veille. C’est pourquoi, peu importe que ses membres soit à l’opposition ou au pouvoir. Par exemple, le Pdci-Rda peut adhérer au Cnrd aujourd’hui si tant est qu’il est réellement attaché à l’indépendance et à la souveraineté de la Côte d’Ivoire ainsi qu’à la pratique de la démocratie.

N.V : En tant que Secrétaire générale nouvellement installée, quel est votre programme d’activités ?
A.A.M : Nous avons déjà élaboré notre programme d’activités, mais nous attendons qu’il soit adopté par le bureau avant de le rendre publique.

Interview réalisée par Boga Sivori 

lundi 13 février 2012

Le PS, Laurent Gbagbo, l’Internationale socialiste.

Une analyse de Jean-Luc Mélenchon (17 avril 2011)

"Le parti de Laurent Gbagbo était membre de l’internationale socialiste. Quelle contribution a pris l’internationale socialiste au règlement de la crise ? Aucun. Quels ont été les membres de cette illustre organisation qui se sont interposés dans le drame ? Aucun. Pourtant le PS français assure la vice-présidence de cette organisation et Pierre Mauroy en a été le président ! Que dit cette organisation sur la capture de l’un des siens et son emprisonnement dans une zone contrôlée par des mercenaires sanguinaires ? Rien. Quant aux dirigeants français du PS, prompts à faire des visites sur place ? Rien. Combien d’années, le délégué national aux questions africaines a-t-il été aussi un intime de Laurent Gbagbo ? Lui, du moins, a-t-il assumé loyalement jusqu’au bout. Mais les autres ? Et euro RSCG, l’agence de communication de Dominique Strauss-Kahn, organisatrice de la campagne électorale de Laurent Gbagbo. Vont-ils rendre l’argent au nouveau pouvoir pur et sincère de monsieur Ouattara ? Non bien sur ! Sinon il faudrait rendre celui d’Eyadema, celui de Bongo et celui de combien d’autres ? Admettons. Admettons que chacun ait, en cours de route, découvert qu’ils ont soutenu par erreur un odieux tyran. Dans ce cas pourquoi ne demandent-ils pas à l’internationale socialiste une réunion pour prendre la mesure du nombre de ses membres qui viennent de perdre le pouvoir dans la violence ? Pourquoi n’ont-ils jamais demandé leur exclusion avant ? Pourquoi ont-ils gardé toutes leurs responsabilités dans cette organisation ?
Ces débats sur la nature et l’orientation de cette organisation m’ont été mille fois refusés, l’air excédé, par un François Hollande, du temps qu’il dirigeait le PS. Il n’y a pas eu une minute de débat quand leur ami De Larua fit tirer sur la foule argentine par ses policiers, ni quand leur ami président du Venezuela social démocrate fit tirer sur celle de Caracas, ni sur leur cher Alan Garcia élu président du Pérou avec l’aide de la droite qui fit massacrer paysans et prisonniers de droit commun. Aucune de mes mises en garde concernant cette organisation, faites de vive voix ou par écrit dans mes livres et articles, n’a jamais reçu un mot de réponse ni soulevé une minute de débat. Ils s’en moquent, ils ne savent pas où c’est, ils ne savent pas de qui il s’agit… On connait la musique. Ils soutiennent n’importe qui, n’importe comment, du moment que l’intéressé a un tampon de l’Internationale Socialiste et paye le voyage. « Nous ne permettons pas aux autres de nous dire ce que nous devons faire, de quel droit irions-nous leur dire ce qu’ils doivent faire eux » m’avait lancé François Hollande. Après quoi ils sont prêts à abandonner leurs amis d’un jour à la mare aux caïmans, quand ça tourne mal.
Mais le cas de Laurent Gbagbo ne ressemble à aucun autre. Je prends le risque de me voir affubler par bien des petites cervelles qui liront ces lignes une nouvelle fois de leurs simplifications offensantes. Mais je ne risque, moi, aucune confrontation désagréable avec mes actes. J’ai rencontré Simone Gbagbo du temps où elle était dans l’opposition. Je n’ai jamais été invité sous sa présidence. Je n’ai jamais participé à une conférence sur place, ni été défrayé pour cela, je n’ai pas eu de tâche d’écriture rémunérée par euro RSCG. Gbagbo ne m’a jamais téléphoné, écrit, fait porter des messages ou interpellé. J’étais, pour lui aussi, ce que j’étais pour ses chers amis du PS et de la gauche du PS. Une ombre au tableau. Mais il reste ceci : que ça plaise ou pas : Gbagbo a été la seule tentative de faire de la vraie sociale démocratie en Afrique. Qu’il ait échoué, dérivé ou ce que l’on voudra, mérite mieux que le lâche abandon auquel ont procédé les dirigeants du PS français. Les Ivoiriens méritaient au moins une tentative d’interposition politique. Aujourd’hui, au moins par compassion humaine, par respect pour leur propre passé et leur ancienne amitié, ils devraient se soucier de savoir ce que devient Laurent Gbagbo et sa famille entre les mains des mercenaires givrés d’Alassane Ouattara. Ils ne le feront pas. Ils espèrent juste que ça passe et qu’on ne leur demande aucun compte.
Je crois bien que les images de « l’arrestation » de Laurent Gbagbo devraient créer un grand malaise. Leur violence, le style « mercenaire aux yeux rouges » des assaillants, l’ambiance de lynchage des vaincus, les violences faites aux femmes, l’évidente main mise de notre armée sur l’opération, rien ne ressemblait moins à une opération de protection de la population sous mandat de l’ONU. Mais, depuis le début, Laurent Gbagbo est l’homme à abattre pour les concessionnaires français qu’il a menacé dans leurs intérêts un temps même s’il les a bien cajolé ensuite. Cela n’excuse rien, mais cela explique tout. Et d’abord la réécriture de la personnalité d’Alassane Ouattara. En fait, un vrai aventurier repeint en bon père de la démocratie. Soutenu par l’ancien président hier accusé de totalitarisme, Konan Bédié qui l’avait empêché en son temps d’être candidat à l’élection présidentielle, et par le premier ministre de Gbagbo, un soi disant « rebelle du nord », vrai seigneur de la guerre, dont les mercenaires ont été immédiatement maintenus en place et rebaptisés en « force républicaine », le changement de camp valant amnistie pour les crimes qui leur étaient hier reprochés. Alassane Ouattara est un chef de clan et rien de plus. L’argument de sa victoire électorale est une fiction qui pouvait être utile aussi longtemps qu’il pouvait y avoir une perspective d’accord sur ce point entre les parties. Mais il n’y en avait pas.
Ne restaient donc en présence qu’une addition de tricheries. Valider les mensonges des bourreurs d’urnes d’Alassane Ouattara revenait à prendre partie dans une guerre civile. Elle dure depuis 2003. La raconter obligerait à un récit qui prendrait trop de place. Aucune page n’y valut mieux que la précédente. Mais aucune ne correspond au récit simpliste de la lutte entre gentil et méchant qui repeint Gbagbo en tyran et Ouattara en démocrate. Car si l’on en a vu beaucoup montrer du doigt ce fait que Gbagbo n’a pas obéi aux injonctions de l’ONU, on dit moins, et même jamais, que Ouattara n’y a pas davantage obéi. Notamment parce que ses mercenaires n’avaient pas désarmé pendant l’élection, contrairement à la demande de l’ONU. Leur influence pédagogique explique sans doute les votes à 90 % en faveur de sa candidature dans les zones qu’ils contrôlaient. On vit clairement le parti pris quand fut refusé le recomptage des suffrages, demandé par Gbagbo et refusé par Ouattara. Pourquoi ? On l’avait bien fait aux USA, faut-il le rappeler ? A la fin il faut se souvenir que le mandat de l’ONU était de "protéger les civils" et d’"empêcher l’utilisation d’armes lourdes" contre eux, pas d’aller arrêter un président sortant en bombardant le palais présidentiel.
Mais qui s’en soucie ? « Vae victis », comme dirait Michel Denisot. Malheur aux vaincus ! Je crois que cette opération militaire déclenchée sans le début d’une discussion et ou d’un vote de l’assemblée nationale commence un mauvais style pour la suite de nos relations avec l’Afrique. Il est urgent que notre pays se ressaisisse. En premier lieu que le parlement ne laisse plus s’installer cette habitude qui voit dorénavant tous les artifices d’interprétation et de procédure réunis pour justifier que les parlementaires n’aient jamais leur mot à dire sur les expéditions militaires du pays. On n’a voté à l’Assemblée et au Sénat ni sur l’Afghanistan, ni sur la Libye, ni sur la Cote d’Ivoire ! Ni avant, ni pendant, ni depuis ! Et, bien sûr, c’est nous qui donnons des leçons de démocratie aux autres ! Mais nous, quel genre de démocratie est donc la nôtre entre l’Europe qui nous dicte des lois et des astreintes jamais délibérées et un régime présidentiel qui déclenche des guerres à sa guise et sans mandat ni contrôle du parlement ? Il me semble qu’une commission d’enquête parlementaire sur cette intervention est seule capable de faire la lumière sur l’enchaînement qui a conduit jusqu’à cette intervention militaire française dans la guerre civile ivoirienne.
(Source : Le blog de Théophile Kouamouo 02/02/2012)

samedi 11 février 2012

En attendant la Coupe…

Ce dimanche 12 février 2012 verra peut-être nos « Eléphants » rééditer leur exploit de 1992. Espérons que cette nouvelle victoire que nous souhaitons tous ne sera pas, comme la précédente, le prélude d'une nouvelle catastrophe nationale… En effet, à peine quelques jours après le retour triomphal des « Eléphants » avec le prestigieux trophée panafricain, éclatèrent les événements du 18 février 1992, qui virent l'arrestation de plusieurs dizaines d'opposants, dont Simone et Laurent Gbagbo ainsi que leur fils Michel. Alassane Ouattara était alors le Premier ministre, chef du gouvernement, et il assurait l'intérim du chef de l'Etat, absent du pays.
Que cette nouvelle finale de la CAN, que nos « Eléphants » la remportent demain ou pas, soit l'occasion de nous souvenir de ces événements tragiques et de ceux qui en firent les frais, d'autant plus que ce sont à peu près les mêmes qui a été embastillés le 11 avril 2011.
A l'époque, j'avais préparé pour le magazine « Le Nouvel Afrique Asie », auquel je collaborais, une réflexion sur le contexte de l'exploit de nos « Eléphants ». Je ne sais plus pour quelle raison, mais cet article fut refusé par la rédaction. Heureusement je l'ai conservé et je suis heureux de pouvoir l'offrir tel quel à nos amis visiteurs, dont beaucoup sont aussi des grands fans de nos « Eléphants ».
Marcel Amondji (11/02/2012)

UNE POTION BIEN AMERE…
Elle contenait donc une potion bien amère, cette Coupe d'Afrique des nations (CAN) 1992 gagnée de haute lutte par les « Eléphants », puisque quelques jours seulement après l'accueil triomphal de ces nouveaux argonautes chargés de leur merveilleux trophée, les chants d'allégresse faisaient place aux clameurs de l'indignation et de la révolte ! Il aura suffi de quelques mots imprudents, des mots d'ailleurs bizarres dans la bouche d'un chef d'Etat en pareilles circonstances, pour que la Côte d'Ivoire renoue avec les tumultes des jours les plus sombres de l'année 1990 : « Vous croyez que je vais m'offrir la division de mon armée ? (…). Je ne prendrai aucune sanction (sous-entendu : contre le général Robert Guéi), il a fait son devoir, c'est le meilleur actuellement dans le pays (…). Quand le couteau vous blesse, vous ne le jetez pas, vous essuyez le sang et vous le remettez à la maison », aurait dit le président Houphouët-Boigny aux commissaires qu'il avait, huit mois auparavant, chargés d'enquêter sur les incidents de la nuit du 17 au 18 mai 1991 à la cité universitaire de Yopougon. Le rapport de ladite commission désigne le général Guéi – promu à ce grade après les faits et quoiqu'on n'ignorât point la part qu'il y avait prise – comme l'instigateur direct de cette agression…
Si brillant que soit ce militaire aux yeux du chef de l'Etat, le refus de le sanctionner ne risque-t-il pas d'apparaître comme une permission permanente donnée à la soldatesque de brutaliser quiconque leur déplaît ?
Les énormes risques pris par la plus haute autorité du pays à l'occasion de cette affaire sont de ceux qui font craindre que le désordre dans lequel la Côte d'Ivoire s'est installée depuis deux ans, n'affecte aussi, désormais, le cœur même du pouvoir. On serait tenté de parler d'une véritable provocation à l'émeute si on n'avait pas vu avec quel empressement les autorités ont cherché à monnayer l'exploit des « Eléphants » en termes de popularité, peut-être, d'ailleurs, en vue de préparer les esprits à accueillir la publication du rapport, remis au président un mois auparavant et gardé secret jusqu'alors, avec indulgence ou, au moins, avec indifférence ; et si on ignorait qu'à l'approche de la date de la toute première cérémonie de remise du « Prix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix », le parrain de cette récompense avait tout intérêt à ce que la paix règne dans sa propre capitale. Un succès éclatant de la cérémonie eût été une fort belle occasion à saisir pour s'en aller la tête haute. Mais, après ce flop, c'est à se demander ce qui pourrait encore être fait pour offrir à « l'homme de la paix » une sortie vraiment digne de lui.
Nul doute que le président Houphouët-Boigny rêvait de faire de cet événement le couronnement de sa longue carrière ; son chant du cygne, en somme. Du côté ivoirien, la préparation de la cérémonie faisait l'objet de soins attentifs depuis plusieurs mois, sous la direction de l'ancien ministre de l'Education et première victime du Printemps ivoirien, Balla Kéita, qui en a été récompensé récemment par un ministère honorifique, sorte d'évêché in partibus, à la présidence de la République, et par un siège au directoire de l'UNESCO. Il n'est pas facile de croire qu'on s'est donné toute cette peine, et qu'on a fait ensuite, délibérément, tout ce qu'il fallait pour que cela échoue si lamentablement.
Les convives du déjeuner de l'Elysée et les personnalités réunies place Fontenoy le 3 février n'ont pas pu ne pas entendre les clameurs qui remplissaient les rues d'Abidjan ce jour-là. Si la cérémonie a pu, malgré tout, se dérouler à peu près comme prévu, la participation de celui qui devait en être le parrain y fut remarquablement discrète. Il ne fait pas de doute que la situation qui régnait en Côte d'Ivoire pendant qu'elle avait lieu fut pour beaucoup dans la façon dont les médias ont traité son image comme si, un tel jour, Houphouët-Boigny n'était qu'un badaud quelconque. Comme quoi, s'il y a certainement beaucoup de mérite à rechercher la paix partout à travers le vaste monde, il y en a encore plus à l'établir solidement chez soi.
L'affaire du rapport sur les incidents de mai dernier n'est qu'une de ces gouttes d'eau qui font déborder les vases et signalent aux inattentifs qu'ils sont déjà trop pleins. La rechute de ces deux derniers mois prouve, s'il en était besoin, que la crise qui secoue la Côte d'Ivoire depuis deux ans est plus profonde qu'on ne veut bien le reconnaître, et, surtout, qu'il est tout à fait vain de croire qu'on la surmontera simplement en la faisant durer. D'autant que, sur le front de l'économie, en dépit des assurances optimistes qui se sont multipliées dans la dernière période, les choses n'ont toujours aucune tendance à s'arranger, bien au contraire. Depuis le lancement du plan Ouattara, la dette intérieure a plus que doublé, passant de 425 milliards de francs CFA au premier semestre 1990, à environ 1.000 milliards aujourd'hui. Toutes les mesures prises jusqu'à présent en vue de l'apurement de cette dette, condition sine qua non de la relance, se sont non seulement avérées inopérantes, mais encore, elles soulèvent toujours plus de mécontentement. Ce qui prouve doublement et la nécessité et l'urgence d'associer des mesures politiques honnêtes aux mesures économiques et financières dictées par les bailleurs de fonds.
Le président Houphouët-Boigny et son Premier ministre semblaient d'ailleurs en avoir pris leur parti depuis quelques mois, si on en juge d'après leurs appels réitérés à l'opposition chaque fois qu'ils eurent l'occasion de s'adresser publiquement aux Ivoiriens. Cela ne va jamais jusqu'à l'acceptation de la concertation nationale que réclame certains opposants ; mais, de source généralement bien informée, on assurait ces derniers temps que la Côte d'ivoire s'acheminait vers la formation d'un gouvernement pluraliste « à la sénégalaise ». Mais on peut désormais douter qu'un tel arrangement reste encore possible après l'effet si déplorable de la publication du rapport sur l'opinion publique.
La seule idée d'un gouvernement « à la sénégalaise » implique l'existence ou, au moins, la possibilité d'une entente sans préalable entre le FPI, le parti d'opposition actuellement le plus influent, et le PDCI majoritaire à l'Assemblée nationale. Or, le refus du président de la République de tirer toutes les conséquences du rapport et, qui plus est, dans un langage qui rappelle le ton de son célèbre discours-confession de 1983, ne semble pas précisément fait pour faciliter un aboutissement heureux, ni même la poursuite discrète des convergences qui se dessinaient entre certains milieux proches du pouvoir et la formation de Laurent Gbagbo. Car, les jeunes qui se sont spontanément répandus dans les rues après avoir appris que les auteurs de l'agression de Yopougon et leurs complices ne seraient pas sanctionnés, sont les mêmes qui constituent le public des meetings du FPI et des autres partis d'opposition.
Tandis que le président Houphouët-Boigny volait en concorde vers Paris ou s'y préparait, le fougueux leader du FPI lui lançait cet avertissement en forme d'ultimatum : « Si nos exigences ne sont pas prises en compte, il n'y aura plus de paix sociale pour toujours en Côte d'Ivoire ». Comme on pouvait s'y attendre, le bureau politique du PDCI n'a pas manqué de se saisir de cette rodomontade pour accuser l'ensemble de l'opposition d'entretenir le désordre pour assouvir des ambitions personnelles. Dès lors toutes les conditions étaient réunies pour l'éclatement des échauffourées du 18 février qui ont fourni à la police et à l'armée l'occasion d'humilier publiquement, dans la personne de plusieurs députés, du président de la Ligue ivoirienne des Droits de l'Homme (LIDHO) et de plusieurs dirigeants politiques et syndicaux, à la fois l'ensemble de la représentation nationale issue des élections de 1990 et l'ensemble de l'opinion publique nationale.
Remarquons que ces faits se sont produits alors que Houphouët-Boigny et d'autres personnalités de premier plan du régime se trouvaient à Paris depuis plusieurs semaines. On a dit que l'ordre de sévir avait été signé dans cette ville étrangère. Espérons qu'au moins la main qui l'a signé est ivoirienne…
Mais quoi qu'il en soit, la réunion de tous ces faits montre la profondeur de l'impasse ivoirienne. S'il fallait des preuves que ni le pouvoir, ni l'opposition dans son état actuel n'ont les moyens – ni la volonté peut-être – de rechercher la solution de la crise ivoirienne par des voies pacifiques, civilisées, les déclarations et les faits et gestes des uns et des autres depuis un mois en sont incontestablement.
Marcel Amondji (février 1992)

jeudi 9 février 2012

Claude Guéant, les civilisations et le diable devenu ermite


A Serge Letchimy, député de la Martinique

Un qui finira bien par écrire son « Mein Kampf » à force d'accumuler des petites phrases sur l'inégalité des civilisations – ne dites plus « races », dites « civilisations » –, c'est le petit Claude Guéant. J'écris « petit », non à cause de sa taille, mais parce que le rapprochement de ce patronyme proche de « géant » avec l'étroitesse d'esprit de ce petit politicien de service – oui, de service, comme les escaliers de même nom et usage – fait l'effet d'un oxymoron. Qu'est-ce qu'un Claude Guéant, cette ombre portée de Nicolas Sarkozy ? Et qui sont-ils, ces membres du gouvernement que nous vimes s'enfuir de la chambre des députés, chassés par l'éclat des vérités énoncées par – horresco referens ! – un homme de couleur ? Ne participent-ils pas tous, avec Guéant et Sarkozy, de la même « droite décomplexée » ? Décomplexée comme celles où, de 1920 à 1945, s'illustrèrent Horthy, Mussolini, Salazar, Hitler, Franco ou Pétain… Ou bien, avant ceux-là, les thermidoriens ou un Adolf Thiers.





« Droite décomplexée », tel était en effet leur cri de guerre, et leur projet, quand, en 2007, ils s'élancèrent à l'assaut de la République française. Et depuis cinq ans, ils n'ont été que cette « droite décomplexée ». Et c'est ce qu'ils voudraient bien continuer à être en tentant, de faux dérapages en vraies provocations, d'attirer à eux les suffrages de ces égarés de lepenistes. Après le prochain scrutin présidentiel, si du moins ils gagnent encore cette élection, c'est ce qu'ils seront avec encore moins de réserve et moins de retenue.

Une chose m'étonne beaucoup dans tout le bruit qu'on fait autour de cette affaire de « civilisations » qui ne se vaudraient pas, c'est qu'on n'évoque jamais l'atavisme comme une possible cause de la propension de Claude Guéant ou de tel autre militant de cette « droite décomplexée » à toujours tout ramener aux dogmes qui étaient à la mode dans les milieux dominants de l'Occident entre les deux guerres. Qu'est-ce qui est scandaleux dans les paroles du député de la Martinique ? Est-ce qu'en France les femmes ont toujours joui des mêmes droits civiques (droit de voter, droit d'être élues) que les hommes ? Est-ce qu'il n'y a jamais eu en France, je ne dis pas nécessairement parmi les ascendants de Claude Guéant ou de François Fillon, mais peut-être dans leur voisinage proche ou lointain, des gens qui en firent tuer des milliers d'autres, ou qui les regardèrent mourir sans vraiment s'émouvoir parce que, selon eux, ils appartenaient à des « civilisations » inférieures à la leur ? Ha ! Quel bonheur de ne pas savoir garder la mémoire de ses propres laideurs, tout en étant capable de se rappeler toutes celles de son prochain !

Comme cette histoire de « génocide arménien », par exemple, que tout Turc, parce qu'il est Turc, devrait expier pour ainsi dire à perpétuité. Tandis qu'aucun Français, surtout ceux qui s'engraissèrent en faisant saigner le burnous ou le boubou, n'auraient absolument rien à se reprocher. Ou cette affaire de Libye où, Bernard-Henri Lévy jouant les éclaireurs, Sarkozy et Cameron allèrent bravement apporter la démocratie, comme il y a un siècle ou deux leurs aïeuls répandaient leur inégalable « civilisation ». Ou celle de Syrie, où ils n'ont peut-être pas allumé l'incendie, mais où ils sont en train de tout faire pour l'attiser afin qu'il se propage le plus loin et dure le plus longtemps possible. Ou encore celle de la Côte d'Ivoire où Paris s'est tant démené et tué ou fait tuer tant des nôtres… Et devinez pourquoi. Pour, s'il faut en croire Jean-Marc Simon, ambassadeur de France en Côte d'Ivoire et grand stratège de l'opération « Capturez Gbagbo ! », ressusciter Houphouët : « Après dix années de souffrance, voici que la France et la Côte d'Ivoire que certains, poursuivant des buts inavoués, ont voulu séparer d'une manière totalement artificielle, se retrouvent enfin dans la joie et dans l'espérance. (...). Nous avions su inventer vous et nous, sous l'impulsion du président Félix Houphouët-Boigny et du Général de Gaulle, cet art de vivre ensemble qui étonnait le monde et qui faisait l'envie de toute l'Afrique » (Le Nouveau Réveil 18 juin 2011).

Ils sont adossés à des armées formidables dotées de l'arme atomique. Ils entretiennent dans le monde entier des services secrets tentaculaires, c'est-à-dire des bandes d'espions, de provocateurs, de diversionnistes et même d'assassins. Grâce à quoi ils font aux peuples faibles, ou leur font faire, ce qu'ils veulent, sans se soucier le moins du monde de ce qu'il leur en coûte. Mais ne leur parlez surtout pas de Sétif, ni de Guelma, ni de Madagascar, ni d'octobre 1961, ni de Charonne, ni de la « semaine sanglante », ni de « bloody Sunday » ni de Boby Sand, ni de la baie des Cochons, ni des bombardements au napalm, ni de Guantanamo, ni de Dimbokro, ni de Séguéla, ni de Palakha, ni de Victor Biaka Boda, ni de Duékoué, ni des gendarmes de Bouaké et de leurs enfants, ni des danseuses d'adjanou, ni des soixante et quelques jeunes gens aux mains nues massacrés devant l'hôtel Ivoire, impunément, par les hommes du colonel Destremau, le 4 novembre 2004, etc., etc., etc.. Ça les offusquerait, les bonnes âmes…

Le diable est déjà fastidieux quand il se présente à nous sous son vrai jour, mais quand il s'est fait ermite et prétend nous faire la morale, il est tout à fait insupportable.
Marcel Amondji

mardi 7 février 2012

Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche à l’élection présidentielle, sur RMC le 6 février 2012 : IL FALLAIT RESPECTER L’INDEPENDANCE DES IVOIRIENS

«La politique qui a été appliquée en Côte d'Ivoire est une politique impériale. La France s'est immiscée dans la discussion rude qu'avaient entre eux les Ivoiriens. Cette discussion à laquelle elle n'aurait jamais dû se mêler. Il fallait respecter de manière extrêmement scrupuleuse l'indépendance des Ivoiriens. Il a été aussitôt organisé contre Laurent Gbagbo une sorte de pression internationale car son régime déplaisait, le Front populaire ivoirien, beaucoup à la droite internationale. Qui depuis des années manipulait leur marionnette, M. Ouattara, qui a précédemment nui au précédent président, et au précédent encore avant. Car c'est un homme qui a été en quelque sorte introduit par les instances internationales, et notamment par les Nord-Américains et les Français depuis de très nombreuses années. Et c'est cet homme [qui] a fomenté toutes sortes de complots, a épousé toutes sortes de rébellions absolument insupportables comme celle qui est venue du Nord du pays où se sont pratiquées les plus grosses fraudes électorales.

 
Et la France s'est mêlée de tout cela, est intervenue de manière militaire et elle a fait en quelque sorte que M. Gbagbo soit embastillé. Et il est aujourd'hui traduit devant le Tribunal pénal international alors que son pays n'a pas signé les clauses de ce Tribunal pénal international. Si l'on procède de cette manière, il y a un certain nombre d'Américains qui pourraient être arrêtés et envoyés au même tribunal, on ne le fait pas.

 
Maintenant, je vais vous dire une chose. Je plaide pour que l'on relâche le fils de M. Gbagbo, qui est un de nos compatriotes, qui est un Franco-Ivoirien, et qui est retenu sans aucune raison légale. Simplement du fait de son nom et de sa filiation avec son père M. Gbagbo, qui est détenu en prison. J'estime que la France s'honorerait en intervenant pour qu'il soit libéré.

 
Merci de m'avoir posé cette question, elle me permet de dire ce que je pense aux Ivoiriens qui se trouvent en France, avec toute mon affection.»

source : Le Nouveau Courrier 07 février 2012 (Le titre est de la rédaction du c-v-b-b).

samedi 4 février 2012

CNRD : Fologo est-il vraiment le bon choix ?



Ne faites pas de la maison de mon père une maison de trafic. Jn. 2 - 16
      
 

Vers le milieu des années 1950, alors que résonnait déjà le glas du « colonialisme de papa », les propagandistes du soi-disant « monde libre » inventèrent une machine destinée à inciter les peuples opprimés à abandonner leur lutte pour s'affranchir de leurs oppresseurs. A la place, ils prônaient le dialogue, la modération, bref, le renoncement à toute forme de résistance. Ils appelaient cela le « réarmement moral ». Mais, d'après nous, c'était en fait de désarmement moral qu'il s'agissait. D'ailleurs ils s'en cachaient à peine. Leur seul but était de désarmer les combattants de la liberté, qui, en Asie, en Afrique, en Amérique latine, revendiquaient, les armes à la main, le droit pour leurs peuples de se gouverner eux-mêmes comme ils l'entendaient.

Découvrant dans L'Intelligent d'Abidjan du 28 janvier 2012 ces paroles que Laurent Fologo aurait prononcées, la veille, lors de la réunion du Cnrd dont il serait depuis devenu le principal animateur, je croyais entendre encore l'un de ces chantres du désarmement moral : «Il faut que nous acceptions le dialogue, il faut que nos frères qui sont au pouvoir acceptent le dialogue (…) J'ai fait partie de tous les régimes sauf le régime militaire. Je suis comme le notable du village, je peux donc tenir ce langage. Je ne veux pas d'une opposition de belligérants, de conflits, de casses, de fusils. On peut ne pas être d'accord et se respecter (…) Un parti qui a la plupart de ses cadres à l'extérieur du pays, voire en prison, est affaibli, mais le rassemblement et le réalisme, la volonté de travailler avec sérénité et raisonnablement, sont les ingrédients qui peuvent donner la force à l'opposition. Je ne serai jamais du côté des casseurs. Nous devons, par le dialogue, renoncer à tout ce qui est violence, belligérance, conflit. Nous devons donc accepter de parler avec les uns et les autres. Tout ce que nous faisons pour la réconciliation et pour la paix n'aboutira à rien si nous refusons de nous parler. »

Ceci n'est pas une attaque dirigée contre la personne de Laurent Fologo. Je n'ai personnellement rien contre ce citoyen. D'ailleurs, je suis sûr qu'il est foncièrement honnête et que, tout au long d'une carrière qu'il n'avait pas briguée, mais qu'il n'était pas non plus en son pouvoir de refuser de faire, dans toutes les fonctions et missions que lui confièrent Houphouët, Bédié ou Gbagbo, il fut, quant à lui, constamment de bonne foi ; tandis que, très probablement, ceux qui l'ont employé n'ont jamais dû voir en lui qu'un… « idiot utile ». Je suis même prêt à reconnaître que, depuis 2002, Fologo a donné assez de preuves qu'il y avait chez lui un bon fond d'authentique patriotisme. Cela aurait pu le porter, malgré son extraordinaire inculture politique, à plus de discernement quant à ses engouements politiques. Malheureusement pour lui, il y a ce qu'on appelle la reconnaissance du ventre, et la politique de même nom… Fologo idolâtrait Houphouët pour tout ce qu'il en avait reçu ; et c'est une maladie dont, selon ses propres dires, il n'est toujours pas guéri à ce jour, malgré le 19 septembre 2002, malgré le 4 novembre 2004, malgré le 11 avril 2011… Si on voulait compiler tous les éloges d'Houphouët sortis de sa bouche seulement depuis son ralliement à Laurent Gbagbo, on en remplirait plusieurs volumes. C'est un premier reproche qui peut très légitimement fonder à son encontre la défiance de ceux qui sont convaincus que c'est à Houphouët, et à lui seul d'entre tous les Ivoiriens, que notre pays doit toutes les misères qu'il endure. Mais il y a un reproche encore plus grave : selon ses propres dires, L. Fologo est prêt à servir sous tous les régimes sans se poser des questions de conscience sur leur nature : « Oui, confiait-il naguère au Nouveau Réveil (07 septembre 2007), aujourd'hui comme hier, contre vents et marées, je réaffirme et assume le sens de mon modeste combat et de ma détermination : je suis pour le meilleur et pour la République. Mon choix est clair. J'ai soutenu, je soutiens, je soutiendrai toujours tout Président que, par la volonté de Dieu, le peuple ivoirien se donnera, quelles que soient son ethnie, sa région, ses croyances. »  Et aussi, sans doute, quelle que soit la manière dont il est devenu président… Autrement dit, le nouveau « vice-président du Cnrd doté des pleins pouvoirs » est un homme qui n'a, en principe, aucune raison de ne pas être, aujourd'hui, aussi proche du régime issu du coup d'Etat franco-onusien du 11 avril 2011 qu'il le fut, hier et avant-hier, de tous les régimes précédents. A l'exception, aime-t-il se vanter, de l'éphémère régime du général Guéi. Mais, si exception il y eut, n'était-ce pas seulement parce ce régime-là ne dura pas assez pour offrir à Sa Modeste Suffisance quelque bonne occasion de s'y rallier ?
Lorsque, en pleine réunion du Cnrd, Fologo proclame avec assurance : «Le CNRD doit être pour le FPI ce qu'est le RHDP pour les autres. Etre dans l'opposition ne signifie pas quitter la Côte d'Ivoire, ne plus travailler pour la Côte d'Ivoire ni empêcher de travailler pour la Côte d'Ivoire (…) Nous ne voulons pas d'un CNRD amputé, mais renforcé et déterminé à jouer son rôle, sous la responsabilité de Bernard Dadié, pour faire en sorte que nos camarades emprisonnés et exilés reviennent», il inscrit en fait cette coalition, ses objectifs et sa méthode dans la perspective qui est la sienne depuis toujours. Ce train de la résistance qu'il a pris en marche, il prétend régler sa vitesse et décider de sa destination à sa convenance, sans se soucier de ce que peuvent penser ou dire les autres voyageurs, en particulier ceux qui furent les premiers à s'y embarquer, ces populations de nos villes et de nos villages qui nous crient chaque jour leur ras-le-bol de ce régime de « nassarafôtigui » – c'est ainsi que les gens de Kong surnommèrent les premiers d'entre eux qui se vendirent aux Français –, et de ses Frci. Mais Fologo sait-il seulement où il va ? Mais est-ce qu'il s'en soucie vraiment ? Celui qui toujours a suivi les routes frayées, aplanies et balisées par d'autres est-il vraiment le mieux placé pour rechercher et pour découvrir la voie par laquelle la patrie meurtrie et asservie retrouvera son intégrité et sa liberté ? Et s'il est possible qu'il la découvre par hasard, aura-t-il la fermeté nécessaire pour affronter toutes les embûches que nos ennemis ne manqueront pas d'y multiplier ?
Si Fologo a cru pouvoir exposer aussi franchement ses vues sur l'objectif et la méthode du Cnrd, c'est aussi parce qu'il existe aujourd'hui dans cette coalition, une majorité pour partager sa vision collaborationniste. D'ailleurs il ne fut pas le seul à y défendre cette conception un peu molle de notre devoir sacré de résistance face aux ennemis de notre patrie. Danielle Boni, la digne fille de l'Alphonse Boni qui enfanta les lois scélérates qui permirent toutes les forfaitures des années 1960, et qui ouvrirent la porte à tous les attentats ultérieurs contre notre patrie, est prête, elle aussi, à toutes sortes d'arrangements avec ce régime de coup d'Etat. Et elle rêve même de nous y entraîner tous à sa suite. Après la séance où Fologo fut promu « homme fort » du Cnrd, D. Boni confia au « Trait d'union » (30 janvier 2012) : « Il faut que nous rentrions en négociation avec le pouvoir, avec les autorités pour pouvoir essayer d'entamer ce dialogue et faire bouger les choses, de façon à ce que la réconciliation soit une vraie réconciliation. (…). Il faut également que nous sachions nous mettre dans un nouveau contexte, parce que nous sommes l'opposition. Alors, il faut que là aussi, nous changions certaines manières de faire. De cette manière-là, je pense, nous pourrons arriver à nous entendre. C'est pour cela que vraiment je suis pour la réouverture des négociations. Qu'on s'assoit, que nous parlons, que nous discutons, (…). Le gouvernement a besoin de calme pour pouvoir travailler sur des dossiers importants ; (…). Tout doit se faire dans le calme avec une opposition qui, comme dans tous les pays, jouera son rôle de critique, mais aussi de proposition. A partir de là, je crois que le peuple ivoirien, qui n'attend et qui n'aspire qu'à la paix, veut une politique apaisée. Donc, une classe politique apaisée. » Une classe politique apaisée… On dirait un lointain écho de la « démocratie apaisée » de Bédié, qui n'empêcha point sa chute, ni tout ce qui s'en est suivi. Ironie de l'histoire, c'est en vertu des lois de circonstance forgées par son père que Danielle Boni et de nombreux autres citoyens furent assignés à résidence par les bénéficiaires du coup d'Etat du 11 avril 2011…
Cet article n'est pas non plus une ingérence dans les affaires intérieure du Cnrd auquel je n'appartiens pas, même si, comme je l'ai écrit à son président, mon maître et mon ami Bernard Dadié, au lendemain de sa création, c'est évidemment le lieu que j'aurais choisi pour exercer ma citoyenneté si je vivais au pays. Et si, avais-je cependant ajouté, le Cnrd avait adopté pour son manifeste la déclaration solennelle du FPI lue par Pascal Affi Nguessan le 16 janvier 2006. Rappelez-vous : « Au lieu de servir les intérêts de la paix en Côte d'Ivoire, l'Onuci, Licorne, le GTI et le Premier Ministre du Gouvernement de la Côte d'Ivoire sont devenus des instruments de la France au service de la déstabilisation et de la recolonisation de la Côte d'Ivoire. C'est au nez et à la barbe des forces de l'Onuci qu'en Novembre 2004, l'armée française en Côte d'Ivoire (Licorne) a massacré plus de 70 jeunes Ivoiriens aux mains nues et occasionné plus de 3000 blessés. A Guitrozon, A Gohitafla, à Anyama, Agboville, à Akouedo les rebelles ont pris d'assaut les casernes militaires, tiré sur les populations civiles et mis à rude épreuve la paix sociale dans l'indifférence méprisante des forces onusiennes et françaises. » J'ai pris la liberté d'intervenir à propos des changements intervenus parce qu'en tant que citoyen et en tant que patriote, je suis l'un de ceux pour lesquels et au nom desquels le Cnrd a été fondé. En ce sens, ce qui s'y passe me concerne aussi.
Pour bien juger de la dangerosité de cette exhibition de postures et de propos défaitistes, il faut aussi considérer le moment choisi. C'est au moment où Nicolas Sarkosy recevait en grande pompe le couple Ouattara, que cela eut lieu. Peut-être ne faut-il y voir qu'une coïncidence. Mais alors, ce serait une coïncidence bien malheureuse. Que dis-je ? Malheureuse ? Pas pour tout le monde, hélas ! Pour les colonialistes impénitents que nous avons vus, sur les images venues de Paris, gambader autour des Ouattara comme s'ils venaient de trouver un trésor, ce serait au contraire tout bénéfice que nous baissions les bras et les laissions s'emparer de tous les leviers du pouvoir chez nous sous le masque de Ouattara comme ils le firent en 1963 sous celui d'Houphouët. Du coup, il ne serait pas surprenant que les mêmes aient soufflé leurs drôles d'idées à Fologo et D. Boni, qui ne sont pas leurs ennemis, tant s'en faut !
A la recherche de documentation pour étayer cet article, je suis tombé par hasard sur cette confidence qu'un ancien « chargé de mission » au cabinet d'Houphouët aurait faite au journaliste résistant Didier Dépry « après les événements de novembre [2004] qui ont vu la force française Licorne tuer plus d'une soixantaine de jeunes Ivoiriens aux mains nues », et que celui-ci a rapportée dans « Notre Voie » du 10 septembre 2011 : « Le véritable Président de la Côte d'Ivoire, de 1960 jusqu'à la mort d'Houphouët, se nommait Jacques Foccart. Houphouët n'était qu'un vice-président. C'est Foccart qui décidait de tout, en réalité, dans notre pays. Il pouvait dénommer un ministre ou refuser qu'un cadre ivoirien x ou y soit nommé ministre. C'était lui, le manitou en Côte d'Ivoire. Ses visites étaient régulières à Abidjan et bien souvent Georges Ouégnin (le directeur de protocole sous Houphouët) lui cédait son bureau pour recevoir les personnalités dont il voulait tirer les oreilles ». Ce sont des choses que Fologo, qui aime tant à se vanter de sa longue fréquentation d'Houphouët, savait sans doute, même s'il s'est toujours gardé d'en parler en public. Et sans doute n'ignore-t-il pas non plus que telle est la situation promise à Ouattara par rapport à celui qui fait actuellement le Foccart auprès de Sarkosy. Quant à moi, même si je n'en avais pas encore une connaissance aussi précise avant d'avoir lu l'article de D. Dépry, cette révélation ne m'a point surpris car j'avais subodorée cette réalité dès 1959, à l'occasion d'une audience houleuse d'Houphouët, alors Premier ministre du gouvernement de la loi cadre. (« Félix Houphouët et la Côte d'Ivoire. L'envers d'une légende » ; pp. 230-232).
J'ai toujours considéré qu'il est impossible de bien comprendre ce qui se passe au présent en Côte d'Ivoire sans se référer à l'histoire de ce pays et de ses habitants naturels depuis qu'ils existent comme société politique. C'est ma différence essentielle avec bon nombre de nos concitoyens qui font comme s'il n'y avait aucune leçon dans notre histoire passée qui mériterait qu'on se la rappelle. C'est aussi la grande différence entre le nouveau vice-président du Cnrd revêtu de ses pleins pouvoirs et le président Bernard Dadié, raison pour laquelle celui-là aurait été choisi pour …suppléer celui-ci. Soit dit en passant, ce n'est pas la première fois que Fologo est appelé à remplacer Bernard Dadié. Il lui a déjà succédé une fois comme ministre de la Culture. Ça n'avait pas vraiment été une réussite…
Si Dieu le veut, et pourquoi ne le voudrait-il pas, Bernard Dadié sera centenaire dans moins d'un lustre. La dernière fois que je l'ai vu en chair et en os, c'était il y a six ou sept ans, il pétait la forme. Depuis, je l'ai eu quelques fois au téléphone, la dernière fois, pour parler résistance et du Cnrd, justement ; je n'ai jamais perçu dans sa voix qu'il avait perdu pied avec la réalité ; au contraire bien de sexagénaires et de septuagénaires à la mode pourraient envier sa cohérence avec notre drame national. En tout cas, d'après l'impression que j'ai retiré chaque fois de nos contacts, je suis absolument convaincu qu'on pourra aligner 10 ou même 100 Fologos à côté d'un Bernard Dadié même accablé par le poids de toutes ses années de lutte et de réflexion, ils ne feront jamais le poids.
Je croyais jusqu'à présent que de ce côté-ci du front, nous étions tous d'accord pour donner à cette longue crise, dont le 11-Avril n'a été qu'un paroxysme particulièrement violent, son véritable nom : une guerre du colonialisme français pour rétablir sur la Côte d'ivoire un régime fantoche totalement à sa dévotion. La comédie qui s'est jouée à Paris à l'occasion de la visite du couple Ouattara au couple Sarkosy a bien montré que c'est bien de cela qu'il s'est agi. Je constate que nous n'en sommes pas (ou n'en sommes plus) d'accord. A l'intérieur du pays ou parmi nos compatriotes exilés, des factions se sont formées ou se forment en vue de rechercher des arrangements « mangécratiques » avec nos adversaires. Après l'échec de l'opération Mamadou Koulibaly, on a essayé tour à tour les Gervais Coulibaly, les Kabran Appiah, les Théodore Mel, en vain. Alors on nous ressort Fologo, le passe-partout, avec peut-être le secret espoir que nous n'ayons retenu de lui que quelques phrases comme : « Je ne suis pas fier de ce qui arrive à mon pays (…). Malgré toutes les concessions faites par le Président Gbagbo depuis Lomé en passant par Marcoussis, Pretoria I et II, Accra, etc., nous avons aujourd'hui le sentiment d'avoir été bernés, floués, puisque nous nous retrouvons après près de huit ans, la guerre toujours devant nous. Hélas ! Ce qui me fait mal, ce n'est pas que les gens veuillent nous dominer. Mais qu'ils trouvent à l'intérieur de nos Etats des personnes pour les applaudir (…) » (Fraternité Matin 28 décembre 2010). Mais sait-on bien pourquoi toutes les tentatives précédentes ont échoué ? C'est parce que cette affaire n'est pas une affaire qui pourrait se régler seulement entre quelques-uns parce qu'ils sont les plus instruits ou les plus riches ou les plus connus et estimés à l'étranger, mais une affaire que les simples gens de notre pays sont déterminés à régler eux-mêmes, à leur manière, avec leurs faibles moyens mais avec la ferme volonté de ne plus se laisser berner par quiconque. Et, pour les conduire, ce ne sont pas des perroquets d'Houphouët, même dessillés, même convertis à l'anticolonialisme verbal, qu'il voudront prendre, mais des gens comme eux, parlant le même langage qu'eux et qui vont nécessairement surgir d'au milieu d'eux quand le temps sera venu.
Ce n'est pas sans raison qu'on a comparé la situation de la Côte d'Ivoire à la charnière 2010-2011 à celle des années 1963 et 1964. L'objectif de nos ennemis, se couvrant alors du masque d'Houphouët, était le même qu'aujourd'hui. Et ils y parvinrent en éliminant d'un coup tous ceux qui auraient pu contrecarrer les orientations néocolonialistes de leur fantoche. Mais il y a aussi une grande différence entre les deux situations : ce qui caractérise la situation politique consécutive au contentieux électoral de novembre 2010, c'est la volonté de résistance de la très grande majorité des Ivoiriens. Déjà manifeste dans les urnes du premier tour du scrutin présidentiel, elle s'est retrouvée dans le refus de Gbagbo, fort du soutien de l'opinion, de céder le fauteuil présidentiel au candidat de l'étranger appuyé par les égorgeurs du 19 septembre 2002, puis dans l'héroïque défense d'Abidjan, et enfin, dans le départ volontaire en exil de tous ceux, civils et militaires, qui n'ont pas voulu se soumettre au diktat de la France de Sarkosy. À l'inverse, après 1963-1964, n'ayant rencontré aucune résistance, les Français et leur fantoche purent impunément jouir de leur forfait  pendant les 30 années suivantes. Autre enseignement de cette époque lointaine : nous y avons déjà vu à l'œuvre les idées prônées par Fologo et consort, et nous savons où cela peut conduire de placer sa confiance dans de tels prophètes. Pour obtenir le désarmement moral de ses victimes et de ceux qui avaient partagé leurs misères, Houphouët organisa une cérémonie de réconciliation au cours de laquelle il avoua avoir été trompé par une de ses créatures, le policier Pierre Goba. Après quoi, une petite minorité des anciennes victimes des rafles de 1963 et de 1964 retrouvèrent leurs biens et leur situation sans que pour autant le pays ait recouvré sa pleine indépendance, et sans que la situation de la majorité des Ivoiriens se soit vraiment améliorée. Voilà tout ce que la grande majorité de nos concitoyens gagneraient aujourd'hui à se prêter aux arrangements sans principes auxquels les incitent Fologo et consort.
Pour conclure, et en guise d'illustration ou de justification de mon propos, voici l'amorce d'un débat sur le même sujet entre deux de nos compatriotes de la Diaspora, que l'un d'eux m'a spontanément communiquée alors que cet article était déjà presque entièrement rédigé. On devine le point de vue qui a ma préférence : je ne crois pas qu'il faille se taire devant Fologo ni devant quiconque prétend « qu'il faut accepter et solliciter le dialogue avec le pouvoir. » Ce n'est pas en cessant de résister qu'on gagne sa liberté. Mais selon moi, à ce stade, l'autre point de vue n'est pas moins respectable. Par conséquent, il est bon et utile que ce débat se poursuive. Aussi bien, ce qui nous a manqué le plus tout au long de nos cinquante et quelques années d'existence nationale, ce ne sont ni les faux consensus, ni les marchés de dupes, ni les réconciliations poudre-aux-yeux, mais de pouvoir débattre ; vraiment débattre…
Marcel Amondji   


Fologo traite les militants du FPI d'extrémistes.


Chères sœurs, chers frères, 
Après le meeting du FPI du 21 janvier 2012, monsieur Fologo a eu l'audace de traiter les partisans de Gbagbo d'extrémistes. L'agent double dans son costume habituel. Il a abandonné les pas du Gbégbé pour le Goumbé.
C'est Fologo qui a fait chuter Gbagbo politiquement.
1) Dans le mois de juin 2010, monsieur Fologo répondait aux questions d'un journaliste de RFI.
RFI : Monsieur Fologo, est-ce que les élections présidentielles de 2010 pourront se tenir dans un pays coupé en deux ?
Réponse de monsieur Fologo : On n'a pas besoin de désarmer toute la Côte d'Ivoire avant d'aller aux élections.
Monsieur Fologo avait dit exactement ce que pensait l'Elysée pour emmener Gbagbo aux élections.
2) Après l'installation de Ouattara au pouvoir par l'impérialisme occidental, voici ce que déclarait Fologo : « Comme au sport et en football, lorsqu'on perd, il faut savoir perdre, il faut savoir féliciter le vainqueur... C'est ce que j'ai fait en me rendant au Golf hôtel saluer le président Ouattara... Donc, si le président Ouattara m'avait confié une mission, je l'aurais accomplie avec autant de dévouement et de loyauté... Je sers la république... Je ne sers pas les individus ». Sauf que notre ami Fologo oublie que celui qu'il appelle président a été mis en place de force par l'Occident qu'il combattait hier. On ne peut être combattant pour la souveraineté et accepter son contraire.
Monsieur Fologo invite le FPI au dialogue avec Ouattara. Je pose la question à Fologo de nous dire comment peut-on aller au dialogue avec quelqu'un qui propage la haine de l'autre et organise la terreur sur les populations du Sud ?
Fologo doit avoir la lucidité de dire que sa mission en politique est terminée. Il ne peut pas continuer de ruser avec le peuple ivoirien pour ses seuls intérêts et encore moins avec le FPI. Ne cédons pas au chantage.
Fologo et Alassane peuvent garder leurs prisonniers. Quelle est la différence entre quelqu'un en liberté avec son compte gelé et un prisonnier ? Il y a des cadres du FPI qui meurent étant en liberté parce que leurs comptes sont bloqués.
Restons vigilants !
L. G. (31 janvier 2012)



De S. L. à G. L.
Réponse à
Fologo traite les militants du FPI d'extrémistes.

Mon cher frère L...,
Quel objectif vises-tu en publiant cette lettre ouverte ? En quoi est-ce que c'est nécessaire pour la libération de LG et la CI ?
A mon humble avis, il faut éviter de dresser les Ivoiriens contre ce monsieur-là qui a même représenté LG à des sommets et qui a défendu des positions courageuses et patriotiques, qui a lancé des idées fortes comme le « sursaut national ». En tant que citoyen libre comme toi et moi, rien ne l'empêche de changer d'avis et de camp. Comme je l'ai déjà dit, il a dénoncé et fustigé l'extrémisme de tous les bords et de tous les camps. Or, l'extrémisme, c'est l'excès, et l'excès nuit à soi et aux autres. Ayons le courage de tuer en nous toute vindicte et toute passion. Ayons le courage de reconnaître nos erreurs pour ne pas les répéter. Bonne journée.  
L. S.(Mercredi 1er février 2012 12h34) 

Mon cher S..., 
J'ai simplement peur du syndrome du complot du chat noir de 1963 (sic). En 1963, l'impérialisme occidental et Houphouët-Boigny avaient emprisonné tous les opposants. Ces prisonniers politiques avaient été humiliés et affamés. Avant leur libération, la France et Houphouët avaient exigé de leurs prisonniers des garanties. C'est-à-dire abandonner la lutte démocratique au profit du parti unique. C'est comme çà les partis d'opposition ont été étouffés sous la pression de l'impérialisme français. Nous sommes dans la même situation aujourd'hui. Ouattara utilise les mêmes méthodes en empêchant les meetings de l'opposition. Il crée la terreur comme Houphouët l'avait fait en 1963. Fologo, Madame Boni Claverie ont tous changé de discours et sont prêts à se soumettre à la dictature de Ouattara. La France a mis Gbagbo en prison pour arrêter la lutte. Tu es un des premiers à le prouver. Sarkozy a trouvé la faille. Arrêtez Gbagbo et ses partisans et les Français pourront tranquillement exploiter la Côte d'Ivoire. Et si Sarkozy refusait de libérer Gbagbo ? Nous allons arrêter toutes manifestations politiques en Côte d'Ivoire ? Dans ce cas il faudra dissoudre le FPI. La différence entre toi et moi, c'est que tu lies ton combat à un homme. Je me bats d'abord contre l'occupation occidentale en Côte d'Ivoire et en Afrique en général. Fologo n'est pas un combattant. Il fait la politique de celui qui arrive au pouvoir. Il a toujours choisi le camp des gagnants, c'est un griot politique et non un combattant pour la démocratie. Les Tagro Désiré, Bohoun Bouabré feront partie de l'histoire de la lutte démocratique. Continuons le combat pour la libération de la Côte d'Ivoire. Nos prisonniers sont aussi entrés dans l'histoire. Pourquoi as-tu peur pour Gbagbo ?
La lutte continue.
L. G. (jeudi 02 février 2012) 

mercredi 1 février 2012

Cardinal TUMI : Il fallait laisser les Ivoiriens résoudre leurs problèmes.


Le cardinal Christian Tumi devant la cathédrale de Douala en 2004. AFP / I. Sanogo


On connaissait déjà le franc-parler du cardinal Christian Tumi, l'archevêque émérite de Douala. Mais à 81 ans, le prélat camerounais va encore plus loin. Aux éditions Veritas, il publie Ma foi : un Cameroun à remettre à neuf. Et au micro de Christophe Boisbouvier, il parle sans détour de la situation de son pays, de la Côte d'Ivoire et du Nigéria, et fait quelques confidences sur le dernier conclave de 2005 où a été élu le pape Benoît XVI.


RFI : Pourquoi dites vous qu'il faut remettre le Cameroun à neuf ?   
Cardinal Christian Tumi : Je me suis dis qu'il faut que l'homme soit converti, c'est-à-dire qu'il change son cœur et qu'il se laisse gouverner par ce principe d'éthique humaine : faire toujours le bien, éviter toujours le mal. J'ai essayé de montrer que si tout allait bien spirituellement, beaucoup de choses iront dans notre vie politique.

RFI : Le Cameroun peut-il être remis à neuf, sans alternance politique ?   
CCT : Non, je crois qu'il faut l'alternance politique. Mais je n'ai jamais vu des élections bien organisées.

RFI : C'est-à-dire que depuis l'indépendance, vous n'avez jamais vu d'élections libres dans votre pays ?   
CCT : Non, je n'en ai jamais vu. J'avais deux cartes d'électeurs, je pouvais voter deux fois.

RFI : Vous-même, vous aviez deux cartes ?   
CCT : Oui, moi-même.

RFI : Et beaucoup d'autres gens avaient aussi deux cartes ?   
CCT : Non, une dizaine, une vingtaine de cartes.

RFI : Pour une seule personne ?   
CCT : Ils pouvaient voter vingt fois.

RFI : Pourquoi y a-t-il une alternance politique dans beaucoup de pays d'Afrique de l'Ouest et dans très peu de pays d'Afrique centrale ?   
CCT : Je crois que les anglophones insistent beaucoup plus sur la liberté et l'objectivité des choses et je crois que la France soutient nos leaders. Les Anglais ont beaucoup moins d'influence en Afrique.

RFI : Et que pensez-vous du rôle qu'a joué la France en Côte d'Ivoire, l'année dernière ?   
CCT : Je ne suis pas d'accord avec ce que la France et l'ONU ont fait en Côte d'Ivoire. J'ai posé une question à un évêque là-bas : « Qui a gagné les élections chez vous ? » Il m'a dit, sans hésitation, « c'est Gbagbo ». Maintenant, il est à La Haye. C'est pénible pour l'Afrique à mon avis.

RFI : Quand vous avez vu le transfert de Laurent Gbagbo à La Haye, vous n'avez pas du tout apprécié...?   
CCT : Non, pas du tout. Il fallait qu'il soit jugé dans son pays, pourquoi à La Haye ? Le camp international a déjà pris position contre lui !

RFI : Mais l'ONU dit que c'est Alassane Ouattara qui a gagné...   
CCT : Oui, oui, mais on ne sait pas pourquoi ils disent ça. Il fallait qu'ils laissent les Ivoiriens résoudre leurs problèmes. Je crois que quand l'extérieur intervient, il aggrave les choses en donnant des armes.

RFI : Vous avez fait vos études sacerdotales au Nigeria. Comment réagissez-vous aux massacres de plusieurs centaines de chrétiens dans le nord de ce pays ?   
CCT : C'est un crime contre l'humanité. Le droit fondamental de l'homme, c'est son droit d'adhérer à une religion de son choix. Les musulmans peuvent avoir la liberté de pratiquer leur religion, qu'ils laissent les autres aussi libres de pratiquer leur religion. Ils sont allés tuer les gens en pleine célébration à Noël, c'est intolérable !
Les gens croient à tort que les musulmans sont majoritaires au Nord-Cameroun, ce qui est faux. La présence musulmane est importante, mais on oublie qu'il y a quatre diocèses là-bas, au Cameroun du Nord, avec un siège métropolitain à Garoua. On obligeait les gens à devenir musulmans ou bien à changer leur nom chrétien pour avoir la promotion, pour avoir la bourse. Donc j'ai réagi contre cela, et je crois que cela a apaisé un peu les choses.
Mais il faut que les musulmans soient tolérants. Je leur ai dit que si un catholique se convertit à l'islam en toute liberté, ça va me faire beaucoup de mal mais je ne peux pas l'obliger à rester catholique. C'est sa liberté qui doit être respectée.

RFI : On dit souvent que Boko Haram est une secte isolée. Mais est-ce que son message antichrétien n'est pas en train d'être suivi par de plus en plus de musulmans ?CCT : De plus en plus, à cause de la peur. Car les musulmans qui ne sont pas dans ces sectes-là ont aussi peur, on peut également les attaquer. Les musulmans modérés seront aussi attaqués par les extrémistes.

RFI : Et que pensez-vous des réactions au sud où des mosquées sont incendiées ?   
CCT : Il ne faut pas que les chrétiens fassent la même chose. Il ne faut pas la vengeance. Ce n'est pas parce que l'autre me fait du mal que je dois aussi lui faire du mal. Ce n'est pas chrétien.

RFI : Vous êtes cardinal mais vous avez passé le cap des 80 ans, donc vous n'êtes plus électeur au conclave.   
CCT : Exact.

RFI : Est-ce que le prochain pape sera encore européen ou ne faut-il pas qu'il vienne d'un autre continent ?   
CCT : Cette question de nationalité ne se pose pas. On est en face d'un acte spirituel : quel chrétien peut bien conduire le peuple de Dieu ? C'est la seule question qu'on se pose. Qu'il soit Européen ou Africain, cela ne nous dit rien. Mais [il faut voir, ndlr] qui est compétent en ce moment.

RFI : Et est-ce qu'il y a des Africains compétents aujourd'hui pour être pape ?   
CCT : Je crois oui. Mais il faut savoir que dans le dernier conclave, il y avait des noms d'Africains qui sont sortis.

RFI : Notamment celui d'un Nigerian ?   
CCT : Je peux vous dire seulement qu'il y avait des noms d'Africains.

RFI : Plusieurs ?    
CCT : Deux, je crois (rires)

RFI : Anglophones ?   
CCT : Je ne peux pas dire plus !

RFI : Ils sont allés loin dans l'élection ?   
CCT : Pas beaucoup. A vrai dire dans cette élection, dès le début on peut le dire maintenant, c'est Joseph Ratzinger qui était à la tête dès le début.

RFI : Dès le premier tour ?   
CCT : Dès le premier tour.

RFI :      Mais il y avait deux collègues.CCT : Il y avait deux autres aussi de l'Amérique du Sud qui étaient des voix assez respectables mais l'actuel pape était toujours à la tête.

RFI : Mais la prochaine fois ?  
CCT : La prochaine fois on verra, avec l'aide de l'Esprit Saint.


Entretien avec Christophe Boisbouvier   - RFI 30 janvier 2012

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