dimanche 28 juillet 2013

Tunisie : marée humaine pour les funérailles du député Brahmi

Une marée humaine de plusieurs milliers de personnes venues de tout le pays était présente samedi aux funérailles du député opposant assassiné Mohamed Brahmi, enterré à Tunis dans un climat tendu au lendemain d'une grève générale et de manifestations anti-gouvernementales.
La tristesse mais aussi la colère se lisaient sur les visages lors de la procession funèbre, partie sous
Tunis 27 juillet 2013 (afp/Fethi Belaïd)
escorte militaire samedi matin du domicile du défunt dans la banlieue de l'Ariana, 10 km au nord de Tunis. Mohamed Brahmi, 58 ans, a été mis en terre à la mi-journée au cimetière d'El-Jellaz dans "le carré des martyrs" au côté de Chokri Belaïd, un autre opposant de gauche assassiné en février dernier.
Le cortège a parcouru l'avenue Habib Bourguiba, principale artère du centre de Tunis. Une marée de drapeaux tunisiens était visible, alors qu'un hélicoptère militaire survolait la capitale, a constaté une journaliste de l'AFP.
"Par notre âme, par notre sang, nous te vengerons", criait la foule.
Le défunt était accompagné d'une foule estimée à 10.000 personnes selon une source policière et entre 15.000 et 20.000 selon des journalistes présents alors que les autorités ont déployé un très important dispositif de sécurité, dans Tunis et aux alentours du cimetière.

Un manifestant tué

De nombreux dirigeants syndicalistes et politiques étaient présents, contrairement aux responsables du gouvernement, dont la présence n'était pas souhaitée par la famille. Le président Moncef Marzouki a chargé le chef d’état-major de l’armée de terre, le général Mohamed Salah Hamdi, de présider à ces funérailles. C'est lui qui a lu l'oraison funèbre et un imam a prononcé la prière des morts.
Opposant nationaliste de gauche, Mohamed Brahmi a été tué de 14 balles tirées à bout portant devant son domicile, sa famille accusant Ennahda, qui dément. Le gouvernement a nommément désigné un salafiste jihadiste, ajoutant que la même arme avait servi pour le meurtre de Chokri Belaïd.
L'assassinat a choqué les Tunisiens qui ont manifesté par centaines dans la capitale et dans les régions pour réclamer la chute du gouvernement qu'ils désignent comme responsable de l'assassinat.
Un manifestant a été tué dans la nuit de vendredi à samedi à Gafsa (sud-ouest) et des notables de Sidi Bouzid, ont mis en place un conseil pour gérer les affaires de la ville "jusqu'à la chute du pouvoir" actuel, mot d'ordre des manifestants depuis l’assassinat du député.
Par ailleurs, un véhicule de la Garde nationale (gendarmerie) a été visé tôt samedi par l'explosion d'un engin piégé à La Goulette, près de Tunis, a indiqué le ministère de l'Intérieur. Elle a légèrement blessé un gendarme, selon un résident.

Un scénario à l'égyptienne ?

Sur le plan politique, 42 députés ont annoncé la nuit dernière leur retrait de l'Assemblée nationale constituante, exigeant sa dissolution et la formation d'un gouvernement de salut national.
"Un scénario à l'égyptienne est-il possible?" écrivait le quotidien Le Temps, affirmant que la Tunisie est menacée de manifestations massives.
"Les masques ont tombés, où va la Tunisie" s'inquiétait de son côté le quotidien anti-gouvernemental le Maghreb.
A Tunis, des centaines de personnes avaient fait le déplacement de Sidi Bouzid, ville natale du défunt et berceau du soulèvement qui a renversé le régime de Ben Ali en 2011, théâtre de manifestations la nuit dernière contre le gouvernement dirigé par des islamistes.
"Dieu est le plus grand" ou "Il n'y a de dieu que Dieu et le martyr est son ami", ont crié d'une voix des milliers de personnes rassemblées dans l'enceinte du cimetière au-dessus duquel flottaient d'immenses drapeaux, rouge et banc, de la Tunisie.
A côté du cercueil également enveloppé du drapeau national sur un véhicule militaire, la veuve de l'opposant, Mbarka, se tenait debout faisant tantôt le V de la victoire, levant tantôt l'index, geste symbolisant l'unicité de Dieu pour les musulmans.
Plus politiques, des milliers de ses partisans scandaient des slogans hostiles au parti islamiste Ennahda au pouvoir, tenu pour responsable de l'assassinat de Brahmi jeudi, comme de celui de Chokri Belaïd.
"Le peuple veut la chute du régime", ou "Ennahda, bande de terroristes", ont-ils crié derrière Hamma Hammami, leader d'extrême gauche du Front populaire, une coalition comprenant des nationalistes et à laquelle appartenait le défunt. 

Source : AFP ‎27‎ ‎juillet‎ ‎2013

samedi 27 juillet 2013

Mali. Les dangers d’une élection précipitée

Les bailleurs de fonds internationaux, notamment la France et les États-Unis, ainsi que la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest font pression pour que les élections présidentielles au Mali se tiennent au mois de juillet.
Certains affirment cependant que cela risquerait d’entraîner des divisions dans le Nord, ce qui
Tiébilé Dramé, qui s'est retiré de la compétition
pour ne pas cautionner cette farce électorale.
(photo malijet.com)
déstabiliserait encore davantage cette région, mettrait en péril les négociations en cours concernant Kidal et ralentirait le processus de réconciliation et de dialogue. IRIN a interrogé des analystes, des citoyens militants et de futurs électeurs sur leur vision de la situation.
Les raisons pour lesquelles certains observateurs extérieurs font pression pour la tenue d’élections sont évidentes, a dit Jamie Bouverie dans un article d’Africa Report : la France a besoin de mettre en place une autorité légitime pour pouvoir déclarer résolu le problème du Mali, les États-Unis doivent pouvoir se baser sur une autorité élue démocratiquement pour relancer leurs aides et leurs investissements et les Nations Unies ont besoin d’un partenaire légitime pour la MINUSMA, leur mission de stabilisation.
« La tenue d’élections est la seule solution réaliste », a dit Paul Melly, chercheur associé pour le groupe de réflexion Chatham House. « En l’absence de rétablissement de structures démocratiques, le pays ne pourrait obtenir de l’aide de l’étranger et pourrait difficilement coopérer avec d’autres pays. »
Certains Maliens sont du même avis. Maimouna Dagnoko, commerçante à Bamako, a dit à IRIN : « le gouvernement doit faire tout ce qu’il peut pour que ces élections aient lieu en juillet. C’est le seul moyen pour nous de mettre en place une autorité légitime pour prendre la situation en main. Plus le gouvernement de transition est maintenu, plus nous sombrons. »
Or, si tous admettent la nécessité d’un processus électoral, nombreux sont ceux qui craignent que le faire de manière précipitée puisse déstabiliser davantage le Mali. Les violences intercommunautaires, les attentats suicides et les bombes en bordure de route sont récurrents dans le Nord. Or la France prévoit de réduire ses effectifs militaires à 1 000 hommes (contre 4 000 en avril) d’ici juillet, ce qui entraînerait selon certains un vide sécuritaire. Le déploiement total de la MINUSMA est prévu pour cette période, mais cela prendra un certain temps.
« Ce qui rend la tenue d’élection hautement difficile, c’est la situation dans le Nord — pas seulement à Kidal, qui monopolise l’attention, mais également à Ménaka, Gao et Tombouctou, dont la situation n’a pas encore été résolue », a dit Yvan Guichaoua. Ce maître de conférences en politique internationale à l’université d’East Anglia a notamment mentionné les exactions qui se poursuivent contre les personnes à la peau claire dans certaines zones du Nord et les violences intercommunautaires entre le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) et les combattants arabes à Ber (région de Tombouctou) et Anefis (région de Kidal). « La défiance est toujours très forte entre les communautés. Rappelez-vous le pacte national de 1992, qui était ambitieux, mais avait été suivi par trois nouvelles années de violences communautaires ».
La question de Kidal reste controversée : cette semaine, les troupes maliennes se sont emparées d’Anefis, à mi-chemin entre Gao et Kidal, dans le cadre d’une offensive militaire visant supposément à reprendre le contrôle de la région de Kidal des mains du MNLA. Cette offensive aura entravé les négociations menées actuellement sous les auspices du Burkina Faso entre le MNLA, le Haut Conseil de l’Azawad (dont les membres sont issus du MNLA et d’Ansar Dine) et les autorités maliennes. 

Les « règles du jeu » restent les mêmes 

Selon M. Guichaoua, le problème est que bien que le paysage politique ait légèrement évolué depuis le coup d’État militaire de mars 2012, dans l’ensemble, les nouveaux venus ne paraissent pas chercher davantage que leurs prédécesseurs à résoudre les problèmes de fond du pays. « Les parrains de la politique malienne sont toujours de la partie, les règles du jeu n’ont pas changé », a-t-il dit à IRIN.
Les élections doivent marquer un nouveau commencement et non une fin, a-t-il ajouté. Un scrutin réalisé de manière précipitée ne permettra pas de résoudre les problèmes d’aliénation dans le Nord, de l’effondrement de l’État, de l’incapacité à assurer des services essentiels de qualité, notamment en matière de santé et d’éducation, et de l’impunité des auteurs de violences commises récemment et dans les conflits antérieurs concernant le Nord.

Vérité et réconciliation 

Tous les analystes interrogés par IRIN ont souligné l’importance de la réconciliation et du dialogue à l’échelle communautaire et nationale. « Pendant plusieurs générations, les tensions entre les Touaregs nomades et les autres groupes ethniques ont ouvert des plaies profondes qui pourront seulement se refermer grâce à un processus de vérité et réconciliation », ont dit les universitaires Greg Mann et Bruce Whitehouse dans un article publié en mars. « Ce processus ne devrait pas se limiter aux évènements du Nord-Mali, mais devrait également inclure les méfaits commis dans l’ensemble du pays, y compris par le gouvernement précédent et par les soldats qui l’ont renversé il y a un an. »
Or, selon M. Guichaoua, la Commission dialogue et réconciliation, bien que déjà sur pied, ne fonctionne cependant pas encore à plein régime et son mandat est trop vaste. Qui plus est, plusieurs communautés, dont les Bella et celles qui sont représentées par le COREN (groupe nord-malien appelant à une unité dans la rébellion) ne la reconnaissent pas. 
 
Selon M. Guichaoua, le risque serait qu’aucun homme politique, une fois élu, ne veuille adopter un programme transformateur susceptible de déstabiliser son pouvoir. 
 
La plupart des Maliens du Sud en ont assez des rebellions touarègues et sont peu enthousiastes à l’idée d’un nouveau processus de réconciliation, a dit Baz Lecocq, maître de conférence en histoire à l’université de Ghent.
Les programmes de vérité et réconciliation au Mali ont rarement été une réussite, il existe donc peu de modèles sur lesquels se baser. La semaine dernière, des experts réunis à l’École des études orientales et africaines de Londres, ont discuté d’une tentative de réconciliation qui avait abouti en 1996 à Bourem, dans la région de Gao. Les chefs de plusieurs communautés avaient alors fait force commune pour mettre fin à la défiance mutuelle et à la violence. Selon un analyste, il existe cependant peu d’exemples actuels, mis à part le dialogue entrepris à l’échelle communautaire dans les camps de réfugiés burkinabés. « Mais ce n’est pas parce qu’il n’existe pas actuellement d’approche ascendante claire qu’il devrait y en avoir une descendante », a dit M. Guichaoua, « il est peu probable qu’une telle démarche soit productive à long terme ». 

Légitimité 

Pour certains, les élections sont le seul moyen de restaurer une quelconque légitimité au Mali. « Les élections ne vont pas tout résoudre [...], mais une absence de processus démocratique ne rendra pas les choses plus aisées non plus », a dit M. Melly de Chatham House.
Cela fait longtemps que les élus ont des problèmes de légitimité, que ce soit dans le sud ou dans le nord du Mali, où le taux de participation aux élections n’est que de 40 pour cent, a expliqué Gregory Mann, maître de conférence en études africaines à l’université de Columbia, dans une conversation sur un blog avec les universitaires et spécialistes du Mali Bruce Whitehouse, Baz Lecocq et Bruce Hall. Le soutien aux responsables politiques est par ailleurs encore plus faible lorsque l’État est incapable d’assurer les services essentiels à la population. 

« On a tendance à considérer cela comme un problème entre Bamako et Kidal [...], mais ce qui semble bien plus problématique pour l’avenir, c’est l’effondrement des services de santé et le fait que l’État se soit complètement discrédité et que ses infrastructures aient été détruites en 2012 », a dit Bruce Hall, maître de conférence en histoire africaine à l’université Duke, aux États-Unis. 

M. Guichaoua estime que les diplomates internationaux et les autorités locales devraient se méfier de leur manque de crédibilité. « Soit vous êtes légitime, soit vous ne l’êtes pas [...] Que se passera-t-il si un candidat battu tente d’enflammer la situation en arguant que les élections ont été manipulées ou truquées ? Il faut faire les choses sérieusement si l’on ne veut pas en payer le prix plus tard. »
« Le profond attachement envers les élections de la part de la communauté internationale a déjà conduit à des échecs [M. Guichaoua a mentionné le cas de la République démocratique du Congo] Pourquoi ne pas attendre un peu ? [...] Nous avons été confrontés à une crise terrible ces 15 derniers mois et cela pourrait être une expérience révélatrice. Si on laisse les choses se faire comme à l’habitude, quelle sera la prochaine crise ? » 

Logistique 

Outre les questions de sécurité et de paix durable, personne ne sait si la tenue d’élections en juillet est vraiment réalisable. Ce n’est pas le mois idéal, car il marquera le début du ramadan et les pluies empêcheront de nombreux électeurs ruraux de se rendre aux urnes. Les éleveurs pastoraux du Nord pourraient d’ailleurs utiliser cela comme un argument contre la légitimité du scrutin. « Même dans les meilleures circonstances, juillet est un mois épouvantable pour des élections au Mali », a dit Baz Lecocq.
Dans les villages du Nord, la plupart des votes se font dans des isoloirs mobiles, qui seraient probablement bloqués par les pluies. « Si vous voulez une faible participation électorale, organisez des élections en juillet », a-t-il dit en rappelant que c’est ce qui s’est produit par le passé. 

Selon M. Guichaoua, il est par ailleurs essentiel de trouver une manière de permettre aux 174 129 réfugiés au Burkina Faso, au Niger et en Mauritanie de participer au scrutin, sans oublier les nombreux réfugiés non enregistrés qui tentent de s’en sortir dans les capitales comme Ouagadougou, Niamey et Nouakchott. « Comment peut-on identifier ces personnes ? », s’est-il interrogé. 

Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a affirmé dans un communiqué qu’il permettra aux autorités maliennes de procéder à une inscription des habitants des camps sur les listes électorales à titre volontaire.
Youssouf Kampo, membre de la commission électorale nationale indépendant, est optimiste : « Nous sommes en pleins préparatifs [...] Le matériel est déjà sur place, sauf dans certains secteurs de Tombouctou et de Gao où il a été détruit. Isoloirs, urnes, encre et autres sont en place. Je pense que nous allons être prêts à temps. »
Gal Siaka Sangaré, membre de la Délégation générale aux élections (DGE), a dit à IRIN que cet organe gouvernemental faisait des progrès dans l’inscription biométrique des électeurs, malgré quelques problèmes techniques. « Nous devons nous en tenir à la date du 28 juillet et prier Dieu pour que tout se passe bien », a-t-il dit. 

aj/ob/cb-ld/amz 

DAKAR/BAMAKO, 10 juin 2013 (IRIN) 

Source : maliactu.net 10 juin 2013

Burkina faso. La Convention nationale pour le progrès (CNPB) appelle à la mobilisation le 28 juillet

Ceci est une déclaration de la CNPB. Le parti appelle ses militants et sympathisants à sortir massivement le 28 juillet prochain pour dire, une fois de plus, non à la mise en place du Sénat.
Le 17 juin 2013, la CNPB lançait un « appel à une mobilisation générale et à un sursaut patriotique » et invitait, par la même occasion, ses militants et sympathisants ainsi que l’ensemble du peuple burkinabè conscient des dangers qui menacent la paix sociale et la
Manifestation de l'opposition à Ouagadougou
le 20 juillet 2013
stabilité du Burkina Faso à sortir nombreux le samedi 29 juin 2013 pour dire non au Sénat, non à la vie chère, non à la mal gouvernance, non à la corruption, non à toutes les dérives du régime qui menacent de nous conduire tous à un chaos infernal.
« Nous avons constaté avec satisfaction la grande mobilisation citoyenne du 29 juin 2013. C’est le lieu de saluer tous les militants et les sympathisants des partis politiques de l’opposition et la population de Ouagadougou dans ses différentes composantes. Cette mobilisation impressionnante a été la cause de l’organisation précipitée de la contre-marche-meeting du 6 juillet 2013.
Aujourd’hui, la CNPB vous dit merci. Merci pour votre sens du discernement. Merci pour votre courage, votre engagement et votre esprit de combativité. Merci d’être sortis nombreux le 29 juin 2013 pour dire et montrer votre volonté de voir les choses changer dans le bon sens.
Mais comme le dit si bien l’adage de chez nous, « ce n’est pas en frappant un seul coup que l’on parvient toujours à tuer le serpent ».
C’est pourquoi la CNPB vous demande encore de sortir plus nombreux le 28 juillet 2013 pour dire encore non au Sénat, non à la vie chère, non à la mal gouvernance, non aux dérives dictatoriales, non à la patrimonialisation du pouvoir d’Etat, non à la confiscation des ressources nationales au seul profit d’un groupe privilégié.
Depuis notre appel du 17 juin 2013, de nombreux fronts de résistance se sont constitués pour mener le même combat. On peut citer, entre autres, le « Balai Citoyen » de jeunes artistes musiciens engagés et le « Front de résistance citoyenne contre la confiscation de la souveraineté du peuple à des fins monarchiques » de vingt et une (21) organisations de la société civile.
Ceux qui luttent pour la juste cause viennent d’être confortés dans la justesse de leur combat par la prise de position très clairvoyante, très courageuse et bien argumentée de la Conférence épiscopale Burkina-Niger.
C’est pour cette raison que la CNPB, une fois encore, lance un appel pressant et urgent à ses militants et sympathisants, aux militants et sympathisants des partis de l’opposition regroupés au sein du CFOP et au peuple burkinabè, à une mobilisation citoyenne salvatrice, afin de donner encore plus de force à la nouvelle dynamique contre le Sénat, la vie chère, la corruption et la mal gouvernance.
En effet, face au danger qui guette le pays des Hommes intègres, aucun citoyen, aucune force sociale, aucune organisation prétendant défendre les intérêts supérieurs du pays ne peut demeurer en marge de la lutte citoyenne pour exiger une meilleure gouvernance et une utilisation plus judicieuse des ressources nationales.
Tous les hommes et femmes, sensés et bien-pensants, disent qu’en considération de la réalité de notre pays et de la situation du moment, le Sénat est inopportun, inutile, budgétivore et nuisible à la paix et la stabilité du Burkina Faso.
Comme la CNPB l’avait déjà écrit dans son appel du 17 juin 2013, l’heure n’est plus aux débats intellectualistes sur la légalité ou la légitimité constitutionnelle du Sénat. Il s’agit aujourd’hui de prendre conscience que l’institution du Sénat n’est ni une priorité ni une nécessité au Burkina, actuellement, au regard des problèmes urgents à régler dans le sens de la satisfaction des besoins fondamentaux des populations (santé, éducation, sécurité des personnes et des biens, accessibilité à l’eau et à la nourriture de base, etc.).
Encore plus nombreux que le 29 juin 2013, la CNPB vous appelle à sortir le 28 juillet 2013 pour dire :
NON au Sénat !
NON à la modification de l’article 37 !
NON à la vie chère !
NON à la mal gouvernance !
Halte à la patrimonialisation de l’Etat !
Halte à la monarchisation du pouvoir !
NON à la mauvaise utilisation des ressources nationales !

Ouagadougou le 24/07/13

Pour le Bureau Exécutif Permanent, le président : Moussa BOLY

vendredi 26 juillet 2013

Encore un progressiste assassiné en Tunisie

Cinq mois après le meurtre de l'opposant de gauche Chokri Belaïd, tué devant chez lui par des hommes présumés liés à la mouvance salafiste, c'est une autre figure de la gauche tunisienne, le
Mohamed Brahmi
député de l'opposition Mohamed Brahmi, qui a été assassinée ce matin par balles devant son domicile à Tunis. Des manifestations spontanées anti-islamistes ont lieu à Tunis et à Sidi Bouzid.
« Mohamed Brahmi, coordinateur général du Mouvement populaire et membre de l'Assemblée nationale constituante (ANC), a été assassiné par balles devant son domicile dans le secteur d'Ariana », ont indiqué la télévision nationale et l'agence officielle TAP. Selon les médias locaux, cette figure de la gauche tunisienne a été atteinte par 11 balles tirées à bout portant par deux individus circulant à moto. L'ancien président du mouvement Echaâb (Peuple), l'un des ténors de la gauche, s'est illustré par ses critiques virulentes envers le parti islamiste Ennahdha, au pouvoir.
En février dernier, une autre figure de l'opposition tunisienne, Chokri Belaïd, chef du parti des Patriotes démocrates, a été tuée. Son assassinat avait déclenché de violentes manifestations et une profonde crise politique dans le pays. Arrêté deux fois sous l’ancien régime, Mohamed Brahmi avait créé son propre parti, le Mouvement du peuple, après la chute de Ben Ali.
Rached Ghannouchi, chef du parti Ennahda, a estimé que l'assassinat de Mohamed Brahmi avait pour but de « stopper le processus démocratique en Tunisie et de tuer le seul modèle réussi dans la région, particulièrement après les violences en Egypte, en Syrie et en Libye ». Hussein Abbasi, secrétaire-général de l'UGTT, la principale confédération syndicale du pays, a prédi jeudi « un bain de sang » après l'assassinat de Brahmi.
Manifestations anti-islamistes à Tunis et Sidi Bouzid
Des millers de Tunisiens se sont rassemblés jeudi à Tunis et dans la région de Sidi Bouzid pour dénoncer l'assassinat de Mohamed Brahmi, accusant le parti islamiste Ennahda au pouvoir. « La Tunisie est libre, les frères dégagent », ont-ils scandé en référence au lien d'Ennahda avec la confrérie des Frères musulmans en Egypte. « Ghannouchi assassin », « Ennahda doit tomber aujourd'hui », « l'Assemblée constituante doit être dissoute », ont crié les manifestants en colère qui ont commencé à se rassembler sur l'avenue Habib Bourguiba, dans le centre de Tunis aussitôt la nouvelle de l'assassinat connue. « Les commanditaires de ce crime ont choisi le jour où les Tunisiens fêtent la République pour perpétrer un deuxième assassinat politique », après la révolution, a dit à l'AFP, un manifestant s'identifiant comme Mohamed B. « C'est un complot contre le pays et le gouvernement en assume la responsabilité par l'absence de vigilance », a renchéri Fethi Mouelhi.
Dans le même temps, des manifestations ont éclaté à Sidi Bouzid, ville natale de Mohamed Brahmi et berceau de la « révolution de jasmin » de l'hiver 2010-2011, où des centaines de Tunisiens ont laissé éclater leur colère contre le chef du parti d'Ennahda Rached Ghannouchi, selon un journaliste de l'AFP. « Ghannouchi assassin, A bas le parti des frères (musulmans) à bas les tortionnaires du peuple », ont-ils scandé. Dans la même région, des milliers ont envahi les rues des quartiers de Meknassi et de Menzel Bouziane, avant de mettre le feu au siège local du parti Ennahda.

Source : L’Humanité 25 Juillet 2013

MASSENY BAMBA AUX CADRES DU NORD : « NOTRE PAYS S'EFFONDRE »

« Sœurs et frères, devons-nous cautionner cette politique dite de rattrapage ? »

A travers cette adresse, je voudrais interpeller mes sœurs et frères cadres du nord de notre patrie,
Masseny Bamba, ancienne députée
la Côte d’Ivoire, que nous aimons tous et que nous partageons avec nos… frères des autres groupes ethniques.
 

En effet, pour rappel, il est connu de tous que l’actuel chef de l’Etat, M. Alassane Dramane Ouattara a fait son entrée véritable en politique en 1994. Face à la traque de Bédié et de la justice ivoirienne qui le sommaient de fournir les preuves de sa nationalité ivoirienne, l’homme, au cours d’une conférence à Paris en 1999, prit le dangereux raccourci d’un discours justificatif au caractère ethno-religieux : « On ne veut pas que je sois candidat, parce que je suis musulman et du Nord ».
Ces propos marquaient une grande première dans le jeu politique ivoirien. Le choc ressenti dans le pays était à la mesure de la dangerosité et du caractère inédit du discours. Depuis lors, malheureusement, cette phrase destructrice a fait son chemin en Côte d’Ivoire.
Au début, les Ivoiriens dans leur ensemble hormis les « initiés », avaient cru qu’il s’agissait juste de propos politique pour rallier à sa cause les nordistes, communauté alors majoritairement militante du PDCI-RDA. D’ailleurs cette vision des choses se concrétisa, car la majorité des militants du RDR est aujourd’hui constituée des ressortissants du Nord de la Côte d’Ivoire. Cette adhésion massive à ce parti, il faut le reconnaitre, se manifesta de manière avérée à l’arrivée du président Laurent Gbagbo au pouvoir, ce à deux niveaux :
D’abord, tout le Nord de manière générale a servi de base à la rébellion qui a endeuillé les Ivoiriens à partir de 2002. Cette rébellion, par son positionnement géographique principal et l’origine de ses principaux leaders, donnait à penser à un conflit du Nord majoritairement musulman contre le Sud chrétien, selon le schéma décrit plus haut par M. Alassane Dramane Ouattara.
Les raisons servies par ceux qui ont porté le coup meurtrier à la mère patrie, sont que l’on venait pour restaurer la dignité du peuple du Nord longtemps bafouée, en plus de la promesse d’un bien-être social. Hélas ! Souvenir pour souvenir, après neuf ans d’occupation anarchique et d’exploitation incontrôlée de cette partie du pays, de Touba à Korhogo, en transitant par Séguéla, Kong, Odienné pour ne citer que ces localités, le constat est très amer : aggravation de la misère, décimation de la population active, exode des jeunes vers le Sud, propagation du VIH/SIDA, destruction de l’école avec l’utilisation des enfants comme des combattants, aggravation des conflits éleveurs-planteurs, mévente des produits (coton, anacarde), pauvreté généralisée…
Ensuite, avec les élections de 2010, cette population semble prendre fait et cause pour le candidat du RDR. Cette vision des choses est pourtant loin de la réalité, car la brave population du Nord s’est trouvée prise en otage par les rebelles du MPCI et contrainte par ces derniers, sous les armes, à voter « massivement » et même abusivement pour leur mentor, comme en témoignent les scores staliniens réalisés par le leader du RDR dans cette zone.
Après l’installation de M. Ouattara au pouvoir dans les conditions que nous connaissons, les Ivoiriens étaient légitimement en droit d’espérer en une véritable politique de réconciliation, d’union et de reconstruction, au sortir de plus d’une décennie de crise militaro-politique ponctuée par une terrible guerre postélectorale. Que nenni ! Il leur sert à leur grand étonnement une gestion outrancièrement ethno-tribale, conceptualisée et expérimentée sous le vocable de « rattrapage ethnique ».
En effet, en déclarant au journal français L’EXPRESS, à propos de sa politique de recrutements et de nominations exclusifs de ressortissants du Nord : « Il s’agit d’un simple rattrapage. Sous Gbagbo, les communautés du Nord, soit 40% de la population, étaient exclues des postes de responsabilité », M. Alassane Dramane Ouattara venait de jeter un autre pavé dans la mare déjà boueuse du microcosme politique ivoirien. Après « l’ivoirité » dont il s’est proclamé illustre victime, il venait, à son tour, de créer un concept monstrueux et nocif en Côte d’Ivoire.
En fait, le rattrapage ethnique accrédite la thèse selon laquelle le nord, grâce à Alassane Dramane Ouattara, se «rattrape » des injustices qu’il aurait subi au détriment des autres régions de la Côte d’Ivoire, particulièrement sous le règne du président Laurent Gbagbo.
Les observateurs de la vie politique dans notre pays et au-delà noteront que, c’est bien la première fois qu’un dirigeant africain, à cet ultime niveau de responsabilité, reconnait ouvertement et sereinement, qu’il fait ses nominations sur une base purement tribale et communautaire. Ils noteront également la contre-vérité flagrante qui accuse gratuitement le président Gbagbo de marginaliser les nordistes. Les preuves contraires surabondent, mais nous en ferons l’économie pour l’occasion, de peur de nous éloigner de la quintessence de notre sujet.
En réalité, avec la politique de « rattrapage » initiée par l’actuel Chef de l’Etat, la part belle est faite aux ressortissants du « Nord » dans l’administration centrale comme dans l’armée. Jugeons-en nous-mêmes : le gouvernement de la République de Côte d’Ivoire, les responsables d’institutions, d’administrations centrales et d’administrations décentralisées, les responsables des sociétés d’Etat sont tous majoritairement d’origine nordiste. L’armée de Côte d’Ivoire (FRCI) ainsi que toute la hiérarchie de cette armée qu’on peut sans risque de se tromper qualifier de tribale, appuyée par les supplétifs « dozos » est dominée par les anciens chefs de guerre, tous pratiquement de la même région.
Est-ce à dire que les nordistes ont la primauté sur les autres populations ivoiriennes ? Sont-ils les seuls dotés de compétences pour gérer ce pays ? Chacun conviendra que non. De feu Félix Houphouët-Boigny jusqu’au président Laurent Gbagbo en passant par les présidents Henri Konan Bédié et feu Robert Guéi, la Côte d’Ivoire a été gérée en ne lésant aucune région. « Le Nord n’est certainement pas moins développé que toutes les régions de la Côte d’Ivoire. Il suffit de voir les voies d’accès aux zones productrices de cacao, la principale source de devises du pays pour s’en rendre compte. Au sud, à l’Est, à l’Ouest et au Centre, il y a des localités inaccessibles, non électrifiées, sans centre de santé ni école » (Notre Voie n°4460 du 5 juillet 2013 P.2). D’où vient alors la marginalisation des nordistes qui justifierait un « rattrapage » ?
La gestion du pouvoir d’Etat à laquelle nous assistons aujourd’hui est loin de bâtir une cohésion entre les filles et les fils de ce pays. Pire, M. Ouattara, avec sa visite débutée le 02 juillet 2013 dans la Région des Savanes, affirme sans gêne et je le cite : « le Nord n’a pas eu sa part de redistribution nationale (…) donc je suis venu vous dire que j’ai de grandes ambitions pour le district des savanes (…) ».
Au-delà du discours purement électoraliste et populiste à l’endroit des siens, il est malheureux d’observer, de la part d’un chef d’Etat qui dit prôner « le vivre ensemble », l’apologie du tribalisme et du régionalisme. Ainsi, du rattrapage ethnique dans les nominations dans l’administration publique et les sociétés d’Etat, monsieur Ouattara vire au rattrapage régional par les investissements massifs annoncés au Nord, au détriment des autres régions du pays.
Face à cette situation qui fragilise notre nation depuis plusieurs mois, sœurs et frères cadres du Nord, devons-nous, par notre mutisme, cautionner cette politique dite de rattrapage ? Sous le prétexte que cette politique nous profite, allons-nous fermer les yeux sur le danger que court la Côte d’Ivoire avec une ethnocratie qui consiste à ne placer partout que des ressortissants du Nord de la Côte d’Ivoire ? Quelle image renvoyons-nous aux dizaines de milliers d’Ivoiriens licenciés de leurs services pour nécessité de rattrapage ? Et le sort des femmes et des enfants de ces familles livrées à elles-mêmes ? Allons-nous accepter plus longtemps que le Nord serve de « Goulags » et de camps de tortures pour bon nombre de nos compatriotes non nordistes, sous la surveillance d’une armée et d’une milice perçues comme tribales ?

BAMBA MASSENY 

Commentaires de Sily Camara
La plupart des gens qui s'agitent au le RDR sont d'un « Nord » qu'on n'arrive pas à repérer sur la carte de la Côte d'ivoire. Un grand imam l'a dit : « Seuls 15 pour cent des gens qui fréquentent les mosquées en Côte d'ivoire sont des ivoiriens ». Cela veut dire que seuls 15 pour cent (approximativement) des musulmans de Côte d'ivoire sont des Ivoiriens. Le RDR étant un parti ethno-tribal à 99,99 pour cent, il va sans dire que peu de ses militants connaissent notre Nord et y sont attachés. La petite frange originaire du Nord est constituée en majorité de « lèche-bottes » de Ouattara. Ils l'ont applaudi depuis 2002 malgré les souffrances qu'endurent nos parents. Cet appel peut-il, dès lors, être entendu ?

en maraude dans le web
Sous cette rubrique, nous vous proposons des documents de provenance diverses et qui ne seront pas nécessairement à l’unisson avec notre ligne éditoriale, pourvu qu’ils soient en rapport avec l’actualité ou l’histoire de la Côte d’Ivoire et des Ivoiriens, et aussi que par leur contenu informatif ils soient de nature à faciliter la compréhension des causes, des mécanismes et des enjeux de la « crise ivoirienne ».

Source: EBURNIENEWS.NET 22 juillet 2013

Les évêques du Burkina mettent en garde contre la dégradation du climat social

Lettre pastorale des évêques du Burkina Faso.
Dans leur lettre pastorale, les premiers responsables de l’Eglise du Burkina interpellent l’ensemble des citoyens sur le malaise social perceptible dans l’agitation que suscite la mise en place du sénat. Après avoir établi le diagnostic d’une gouvernance de plus en plus déconnectée de la réalité et de l’éthique sociale et une fracture sociale de plus en plus béante, ils s’interrogent sur la valeur ajoutée réelle que le sénat peut apporter à notre pays et à ses pratiques démocratiques. Ils rappellent enfin que « les institutions ne sont légitimes que si elles sont socialement utiles ».

Chers Fils et Filles de l’Eglise – Famille de Dieu qui est au Burkina Faso !

Du 11 au 14 juin, selon le calendrier annuel, la Conférence Épiscopale Burkina-Niger a tenu à Ouagadougou son Assemblée plénière ordinaire.
1- A cette occasion vos pasteurs, les Évêques du Burkina Faso ne sont pas restés insensibles à la situation politico-sociale qui prévaut ces temps-ci, situation faite de tensions sociales et d’agitations, notamment autour de la mise en place du Sénat ; institution constitutionnelle dont la configuration vient d’être révélée avec l’adoption et la promulgation de la loi organique sur l’organisation et le fonctionnement du Parlement. L’agitation et les tensions sociales qui entourent cet événement laissent transparaître un malaise social un mal être de la société burkinabè en quête de repères. Voilà pourquoi vos Pasteurs les Évêques du Burkina Faso ont tenu à vous adresser une parole sur la situation nationale.
2- En effet, notre pays traverse depuis déjà quelques années une crise de société et connait des changements sociaux importants. Nous en avions déjà parlé dans le message que nous vous avions adressé lors de la célébration du cinquantenaire de l’indépendance de notre pays.

I)- La société burkinabè a profondément changé
Ce changement est perceptible au triple plan de la démographie, de la structuration sociale et des valeurs de référence.
3- Au plan démographique, le changement s’affiche à travers une population de plus en plus jeune.
En effet, 46,4% de la population burkinabé a moins de 15 ans, et 59,1% a moins de 20 ans. Cette jeunesse, non seulement se sent de moins en moins dépendante des anciens, mais est surtout insatisfaite et perdue à cause de l’absence de modèle social. L’image que leur renvoient tous ceux et toutes celles qui exercent quelque pouvoir est plutôt négative car elle est brouillée par la corruption et le clientélisme ; d’où la tentation pour une partie de cette jeunesse de couver la violence fondée sur des ressentiments, ou de s’engager dans des deals voire des relations maffieuses pourvu que ça rapporte de l’argent rapidement.
4- Au niveau de la structuration sociale, force est de relever une élévation du niveau de connaissance moyenne due à l’alphabétisation ; celle-ci, qui était de 16,17% en 1985, a doublé et se situe à 32% en 2012. On note, par ailleurs, un meilleur accès, sur une base sociale de plus en plus large, à l’information du fait des technologies de l’information et de la communication (téléphones portables, radios communautaires, radios et télévisions privées, Internet). En outre l’on constate un éveil de conscience des femmes de plus en plus alphabétisées. En 2012, 33% des femmes de 15 à 24 ans étaient scolarisées contre 47% d’hommes ; celles-ci sont en outre impliquées dans les activités rémunératrices de revenus, notamment en milieu rural, qui leur permettent de prendre, très souvent, en charge les ménages (éducation, santé, habillement et nourriture) et d’entretenir les familles. Quant à la jeunesse, absente de la gouvernance, elle se sent peu concernée et peu impliquée dans la gouvernance du pays.
5- En ce qui concerne les valeurs, l’analyse est celle d’une société dans laquelle l’appétit est orienté moins vers le savoir, que vers l’argent, devenu une valeur de référence au-dessus de la famille, de la nation, de la république et de Dieu. L’argent est aujourd’hui un véritable maître, une divinité idolâtrée par une jeunesse largement assoiffée de biens matériels et prête à tout pour s’en procurer ; cette divinité inocule le poison de la corruption dans le corps social à telle enseigne que la corruption est devenue aujourd’hui une culture administrative aux pratiques banalisées.
6- A côté de cette déliquescence des valeurs morales et éthiques qui touche toutes les couches de la société, il y a lieu de souligner le paradoxe de la religiosité dont est saisie la société burkinabè. Un paradoxe dans la mesure où la montée en puissance de la pratique religieuse ne s’accompagne pas d’une exigence à conformer les comportements sociaux aux préceptes et commandements religieux. Ne risque-t-on pas là de verser dans une pratique quantitative et formaliste de la religion qui se satisfait du paraître et qui se contente des apparences sans lien avec les exigences éthiques des vécus sociaux ?
7- Dans quelle mesure ces importants changements sociaux sont-ils pris en compte ?
A l’analyse, il s’avère que le diagnostic est celui d’une gouvernance de plus en plus déconnectée de la réalité et de l’éthique sociale. D’ailleurs dès 2007, le Comité National d’Éthique soulignait dans son rapport que « l’impunité, la politisation, la corruption engendrent des frustrations et aboutissent à des révoltes, c’est-à-dire, au non-respect des règles, au rejet de l’autorité et de ce qu’elle représente. C’est le terreau de l’indiscipline, et de l’incivisme. Elles substituent aux valeurs positives, d’autres valeurs qui sont à l’opposé de la morale comme l’argent et la position sociale. C’est par elles que surviennent les dysfonctionnements et les fractures sociales les plus graves ».

II)- La fracture sociale est de plus en plus béante
8- La fracture sociale est profonde du fait notamment de :
ü  la pauvreté de masse lancinante ; celle-ci atteint en effet 43,9% de la population qui vit en-dessous du seuil de pauvreté en 2010 contre 46,4% en 2003 ; cependant la croissance de la population de 3,1% par an tend à maintenir au même niveau, voire à faire croître, le taux de la pauvreté,
ü  la polarisation de la richesse au niveau d’un groupe qui se partage les pouvoirs politiques et financiers ;
ü  la corruption et la patrimonialisation de l’État.
9- L’espace socio-économique qui, normalement, doit être le plus large possible pour éviter l’exclusion et la marginalisation d’un grand nombre de personnes, s’est au contraire dangereusement réduit avec, en sus, le développement de la ploutocratie (le gouvernement par les riches). De nos jours, les ressorts de la démocratie sociale sont fragilisés, désamorcés voire inexistants.
A la polarisation politique et clanique de la richesse répond une pauvreté de masse qui voit plus des 2/5 (deux cinquièmes) de burkinabè vivre avec moins d’un demi-dollar (250CFA) par jour. Pendant que la base de la pauvreté s’élargit, le pouvoir financier est entre les mains d’un petit groupe. On assiste ainsi à une dégradation de la solidarité et du sens du bien commun au profit d’un individualisme prédateur.
10- C’est ainsi que, comme l’a constaté le Rapport Général de l’Étude Nationale Prospective Burkina 2025 « […] On s’étonne aujourd’hui qu’au Burkina Faso, malgré la croissance relativement soutenue qu’a connue le pays ces dernières années, la pauvreté n’ait pas reculé d’un pouce mais ait plutôt marqué une relative progression. Cela étonne parce qu’on a oublié le facteur social, sa relative primauté sur, ou, en tout cas, forte liaison avec le facteur purement économique ».
11- Cette situation conduit à des attitudes de rejet ou de défiance, surtout de la part de la jeunesse, qui ne croit plus aux discours populistes et électoralistes et à l’égalité de chances parce qu’estimant vivre dans l’impasse, sans avenir, sans perspectives, et en qui s’accroit le sentiment de l’injustice ; « si tu ne connais personne là-haut tu ne peux rien obtenir, tu ne peux rien devenir », vont se répétant souvent bon nombre de jeunes.
Il s’ensuit un changement de mentalité et d’attitude des populations dans l’appréhension de la réalité sociale. La plupart des individus n’acceptent plus la pauvreté.
12- Dans un tel contexte de pauvreté de masse, on constate une montée de la violence qui s’exprime parfois sous forme d’incivisme et qui est la traduction d’un mécontentement profond. En effet, face à un avenir qui apparaît bouché, sans perspective de solution, une aigreur, voire une haine sourde, monte dans les cœurs et dans les esprits de la jeunesse. Cette violence est en train de devenir une culture dont les formes d’expression sont la justice vindicative et expéditive (véhicules brûlés), la montée de l’intolérance, les attaques contre les symboles de l’État et de la réussite. Il s’agit d’une vraie mutation qui refuse la résignation et qui s’inscrit dans le rejet et dans l’initiative tendant à agir pour rétablir un certain ordre se référant davantage aux principes moraux d’une justice proactive et d’une solidarité sociale effective.
13- Dans un tel climat de grande pauvreté où les besoins essentiels de base (santé, éducation, emploi, logement, nourriture) ne sont pas suffisamment couverts et un contexte d’une montée de jeunes à l’avenir incertain on peut s’interroger légitimement sur l’opportunité de la mise en place d’un Sénat ? Cette question interpelle plus d’un citoyen. Quelle valeur ajoutée un tel Sénat va-t-il apporter, réellement, à notre pays et à ses pratiques démocratiques ? N’est-il pas possible de faire un meilleur emploi des ressources financières limitées dont dispose le Burkina Faso pour mieux couvrir les besoins fondamentaux des populations en santé, éducation et emploi ? Ces questions sont, parmi d’autres, celles que se posent des citoyennes et des citoyens de notre pays, classé par le PNUD selon l’indice de développement humain (IDH) 183e sur 187 pays.
III)- Les institutions ne sont légitimes que si elles sont socialement utiles
14- « Le Burkina Faso est un Etat démocratique… ». Il pèse sur cette démocratie plusieurs risques susceptibles de dénaturer ses idéaux ainsi que son fonctionnement ; il en est ainsi notamment des mimétismes démocratiques ou des despotismes juridiques, des majorités fictives, des clanismes et des clientélismes et les corruptions financières qui leur sont attachées. Ils constituent autant de maladies qui menacent sa vie, sa survie et ses performances. En raison de cela, la démocratie doit être vécue par la communauté nationale comme une vigilance collective en gardant mémoire de l’intolérable, pour découvrir à temps les dangers invisibles et combattre les périls évidents.
15- La prévention de tels risques et le traitement de telles infections sociales requièrent que les acteurs qui animent la majorité électorale (parlementaire ou présidentielle) soient suffisamment avisés et sages pour rechercher à pratiquer des formes appropriées et des modes crédibles de démocratie consensuelle, consultative et inclusive. Les différents forums et journées nationales semblent vouloir répondre à ce souci mais un tel souci de prévention est-il une forme volontariste de la vigilance collective ? Il requiert des dirigeants du moment une assurance et une vision politiques. Ainsi atteindront-ils le but escompté, une intégrité morale. L’ingénierie et l’appui d’une communication ouverte la crédibilisent, notamment par rapport à l’élaboration et à la mise en œuvre des stratégies fondamentales de sécurité alimentaire, de l’éducation pour tous, de la santé de proximité, d’emplois pour les jeunes, de l’eau potable accessible pour tous, des petites et moyennes entreprises produisant notamment la technologie, etc.
16- A la vérité, la démocratie, en rendant possible et en facilitant l’émergence de pouvoirs compensateurs et correcteurs, dans la société civile (organisations non gouvernementales), renforce, ce faisant, ses propres capacités de vigilance pour combattre et limiter l’avènement de l’antidémocratisme dû aux ambitions égoïstes.
Les sociétés démocratiques, comme toutes les sociétés humaines, ont besoin d’une rédemption divine, de prières et de grâces, pour une transformation radicale et une guérison des âmes perturbées par le mal. Elles ont besoin de conversion intérieure pour adhérer à la vérité qui fonde les réconciliations sociales et porte les succès démocratiques…
17- Pour sa part, « L’Église respecte l’autonomie légitime de l’ordre démocratique et elle n’a pas qualité pour exprimer une préférence de l’une ou l’autre solution institutionnelle ou constitutionnelle. La contribution qu’elle offre à ce titre est justement celle de sa conception de la dignité de la personne qui apparaît en toute plénitude dans le mystère du Verbe incarné  » (Jean-Paul II, Centesimus Annus, 47). Elle considère que la politique est l’utilisation du pouvoir légitime pour atteindre le bien commun de la société, bien commun qui, comme l’affirme le Concile Vatican II, se concrétise dans « l’ensemble des conditions de vie sociale qui rendent possible pour les hommes, les familles et les groupes un accomplissement d’eux-mêmes plus plénier et plus aisé ». L’Eglise et les chrétiens doivent mettre la priorité sur cette recherche éthique, à la lumière de l’Évangile. Par des prises de position courageuses, ils doivent constamment contribuer à mettre l’humain au centre de toute évolution sociale.
18- Ainsi, devant des propositions économiques ou politique jugées bonnes par les gouvernants et par une partie de l’opinion, il y a parfois lieu de s’interroger pour savoir : « C’est pour le bien de qui ? Quelles sont les conséquences de telle ou telle décision ? ». Ce faisant, si les institutions démocratiques ont pour rôle d’arbitrer les tensions et de maintenir l’équilibre entre ces aspirations concurrentes que sont la diversité et l’uniformité, l’individuel et le collectif, elles doivent le faire dans le but de renforcer la cohésion et la solidarité sociales. En effet, une démocratie sans valeurs éthiques se transforme facilement en un totalitarisme déclaré ou sournois, en des despotismes légaux, comme le montre l’histoire. L’utilité sociale des institutions doit constamment nous interpeler pour ne pas tomber dans les dérives du légalisme moralisateur car, ainsi que l’écrit André Louf, « Se contenter ainsi systématiquement et exclusivement de l’application des normes, même justifiées en soi, nous conduirait facilement à ce légalisme moralisateur, qui suffit sans doute pour asseoir une vie extérieurement honnête, mais dont les conséquences seront funestes à l’expérience intérieure ».
19- Dans tout processus démocratique, la société, à travers l’action de ses gouvernants, doit s’attacher tout particulièrement à satisfaire les besoins économiques fondamentaux des couches défavorisées, assurant ainsi leur pleine intégration au processus de la démocratie. Sans une telle préoccupation qui pointe vers un type de société qui se veut plus juste, la marginalisation d’une grande frange de la population, notamment les jeunes, ne peut conduire qu’à une remise en cause du mode de gouvernance appliqué. C’est en cela que l’Eglise catholique se laisse interpeler par le positionnement des institutions dans la société.
20- Sur la question qui divise l’opinion burkinabè, vos évêques tiennent à réaffirmer ici que l’Eglise catholique n’a pas à faire obstacle aux choix institutionnels et à l’adoption du Sénat. C’est ce qui explique qu’après avoir attiré l’attention des participants au CCRP sur l’inopportunité de la création du Sénat au point d’apparaître comme un empêcheur de tourner en rond, elle s’est rangée à l’opinion majoritaire non sans avoir exprimé ses regrets que n’aient pas été définis au sein du CCRP le contenu, la composition, les pouvoirs et les rapports d’une telle institution avec l’Assemblée nationale, en somme, la configuration du futur Sénat.
21- Nous gardons en mémoire l’exposé des motifs du projet de loi ayant conduit à l’adoption de la loi constitutionnelle N°001-2002/AN du 22 janvier 2002 supprimant la Chambre des Représentants et dans lequel il était écrit :
ü  « […] Après dix ans de fonctionnement régulier de nos institutions, notre processus démocratique a aujourd’hui atteint sa vitesse de croisière et l’assemblée nationale fait preuve d’une efficacité progressive incontestable.
ü  En outre, l’institution de la fonction publique parlementaire a permis aux députés de disposer d’un encadrement suffisant pour les aider à émettre des avis conséquents à l’occasion du travail législatif.
ü  Il importe également de noter que le Gouvernement, pour plus d’efficacité dans le travail législatif, s’est doté d’une commission technique de vérification des avant-projets de loi avec pour mission de procéder à un toilettage systématique et conséquent des textes des avant-projets de loi avant leur soumission au Conseil des Ministres puis éventuellement à l’Assemblée nationale.
ü  Enfin, l’expérience des parlements bicaméraux révèle une lourdeur administrative source de lenteur, en sus des coûts de fonctionnement très élevés pour les fragiles économies de nos Etats.
ü  Dans notre pays, l’option prise de lutter contre la pauvreté commande que nous tenions compte de la question des coûts tout en ne perdant pas de vue la nécessité d’élargir la base du débat démocratique […] »
22- Aujourd’hui plus qu’hier, les arguments ayant présidé au rejet du bicaméralisme sonnent encore plus vrais au regard de la configuration donnée au Sénat et ce, d’autant plus qu’une telle configuration, contrairement au principe de sa création, n’a nullement fait l’objet d’une approbation consensuelle.
23- L’Eglise catholique ne peut s’opposer aux choix institutionnels pour autant que les principes moraux et institutionnels sont respectés. Elle se doit de prendre la parole lorsque des valeurs essentielles de la vie sociale sont mises en cause. Se taire dans ces cas relèverait de l’infidélité au message du Christ que l’Eglise se doit de « répéter à temps et à contre temps » (Saint Paul). En effet, il est toujours du devoir de l’Eglise de rappeler les lignes directrices d’un engagement politique qui se veuille en accord avec les valeurs évangéliques que sont :
ü  la valeur absolue de la personne humaine parce que c’est elle qui est la fin véritable de toute politique et non les lois de l’histoire ou de l’économie ;
ü  l’attention particulière aux petits et aux pauvres parce qu’ils ont le plus besoin d’attention vu qu’il est tentant et facile de les laisser de côté ;
ü  la recherche de la justice, parce qu’elle est le minimum de l’amour et le fondement de la paix de la paix sociale ;
ü  la solidarité humaine parce que tous les êtres humains sont créés à l’image de Dieu, d’où leur égale dignité ;
ü  L’unité nationale qui exclut toute tendance xénophobe, régionaliste, et ethniciste dans la gestion de la chose publique.
ü  Le dialogue inter-religieux et culturel qui exclut tout fondamentalisme et tout fanatisme de quelque bord qu’il vienne.
ü  le souci du bien commun parce que ce que le chrétien est appelé à rechercher dans le domaine politique, c’est le bien d’une communauté humaine concrète. Il s’agit d’une communauté d’hommes et de femmes, jeunes et vieux, aimés de Dieu et pécheurs, imparfaits et infiniment respectables.
IV)- Un sursaut éthique et moral est plus qu’impérieux
24- Ainsi que nous l’avons relevé, c’est le déficit de démocratie sociale qui explique les tensions sociales qui agitent aujourd’hui le Burkina Faso. La démocratie pluraliste, que nous étions censés construire, s’est transformée en scepticisme, en désespoir, voire en colère, du fait que ce changement politique ne rime pas suffisamment avec l’espoir d’un meilleur devenir.
25- Il s’agit d’une situation qui fait craindre que le Burkina Faso ne devienne une poudrière sociale, si rien n’est fait pour conjurer ce danger. Dans ce contexte d’incertitude, rechercher la justice sociale, œuvrer pour une transformation sociale et démocratique profonde, promouvoir les valeurs cardinales de solidarité et de subsidiarité, doit être aujourd’hui, plus qu’hier, la préoccupation majeure de ceux qui gouvernent : séparation des pouvoirs, indépendance de la justice, effectivité de la décentralisation etc… Il en est ainsi parce que, de plus en plus avertis, les citoyennes et les citoyens attendent de leurs gouvernants :
ü  plus d’équité dans la redistribution des richesses ;
ü  plus de transparence dans la gestion des affaires publiques ;
ü  plus d’éthique dans les comportements sociaux et politiques.
26- Toutes choses qui exigent une gouvernance qui poursuive le bien commun car, comme le soulignait le Pape Jean Paul II, « L’exercice du pouvoir politique doit se baser sur l’esprit de service qui, joint à la compétence et à l’efficacité nécessaires, est indispensable pour rendre « transparente » et « propre » l’activité des hommes politiques, comme du reste le peuple l’exige fort justement. Cela requiert la lutte ouverte et la victoire contre certaines tentations, comme le recours à des manœuvres déloyales, au mensonge, le détournement des fonds publics au profit de quelques-uns ou à des fins de « clientélisme », l’usage de procédés équivoques et illicites pour conquérir, maintenir et élargir le pouvoir à tout prix. ».
27- Il est plus qu’urgent d’enclencher un sursaut éthique de la société car tout ce climat prépare un avenir incertain, un avenir de tous les dangers. Il est temps que tout un chacun se ressaisisse et à tous les niveaux afin d’aller, par une véritable introspection, vers plus de justice sociale, l’acceptation de l’autre dans sa différence et plus de tolérance. Ce n’est qu’à ce prix que se construiront une nation burkinabè harmonieuse et une société véritablement démocratique au triple plan politique, économique et social.
28- Le Burkina Faso a besoin de justice, de réconciliation et de paix. Les protagonistes des tensions sociales actuelles (partis politiques de la majorité et de l’opposition, mouvements et associations, société civile), devraient éviter toute violence, tout débordement et toute action qui seraient de nature à aggraver les tensions, à porter atteinte à la dignité de la personne humaine et au bien commun, et à conduire notre pays vers le chaos.
29- Vos Évêques sont animés par la volonté de contribuer à l’édification d’un État de droit garantissant l’exercice des droits collectifs et individuels, la liberté, la dignité, la sûreté, le bien-être, le développement, l’égalité et la justice comme valeurs fondamentales d’une société. Ils vous adressent à vous tous et toutes, fils et filles de la Famille de Dieu au Burkina et à vous hommes et femmes de bonne volonté ces paroles de Jésus-Christ, notre rédempteur :
ü  « Heureux les miséricordieux : il leur sera fait miséricorde. »
ü  « Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu ».
 
Ouagadougou, le 15 juillet 2013
 
Les Évêques du Burkina Faso
 
Source : Lefaso.net 21 juillet 2013