mercredi 7 mai 2014

Ukraine : un scénario à la yougoslave ?

Slobodan Despot
L'écrivain serbo-croate Slobodan Despot relève de nombreuses similitudes entre la crise ukrainienne et le conflit qui a déchiré la Yougoslavie. Il dénonce le jeu trouble de l'Occident qui place ses pions à l'Est sans souci des réalités locales. 

Loin d'instaurer la trêve qui a motivé jadis leur création, les Jeux Olympiques sont des périodes à hauts risques pour Vladimir Poutine. Il dut abandonner dare-dare l'ouverture des JO de Pékin en août 2008 pour diriger personnellement la contre-offensive en Ossétie du Sud, attaquée subitement par la Géorgie avec le soutien de l'OTAN. A Sotchi, où il était l'hôte, il n'eut pas le loisir d'enfiler son treillis. Les Russes sont orgueilleux jusqu'à l'enflure de leur grandeur sportive, et donc vulnérables lorsqu'ils ont l'occasion de la manifester. Résultat : l'effondrement de leur misérable allié Ianoukovitch a éclipsé la magnifique cérémonie de clôture. On surveillait les djihadistes caucasiens, or c'est par les bobos ukrainiens que le coup est venu. Occident-Russie : 1-1.
Seuls des journalistes-anesthésistes payés pour ne surtout pas réfléchir auront omis de relever ces drôleries du calendrier. Les mêmes continueront de prétendre sans ciller que le renversement de régime à Kiev ne fut rien d'autre qu'une révolte populaire spontanée que l'UE et les États-Unis auront suivie avec une légitime compassion, mais nullement suscitée et encore moins dirigée. Il s'agit là d'un axiome idéologique qu'aucun fait ne peut ébranler, pas même l'enregistrement des conversations entre l'ambassadeur américain en Ukraine et la secrétaire d'État adjointe Victoria Nuland — Madame « Fuck-the-EU ! » —, d'où l'on peut conclure que nos libérateurs de 45 considèrent l'ensemble du Vieux continent comme un vulgaire échiquier dont ils manipulent à la fois les pions et les règles du jeu. Quel État européen, déjà, a rappelé ses diplomates suite à cette insulte ? Aucun ? C'est que la poltronnerie va de pair avec le déni de réalité et que les dirigeants européens eux-mêmes sont prêts à « baiser l'Europe » si leurs patrons américains leur suggèrent de le faire.
Dans une autre vie, j'eusse pris cette comédie cum grano salis en observant le ratorium universel prophétisé par Alexandre Zinoviev, le premier à avoir compris que le totalitarisme n'était pas un accident de notre civilisation mais sa finalité. Mais dans la vie qui est présentement la mienne, j'ai vu la même comédie, la même bêtise, la même sentimentale partialité incendier le grand pays où je suis né, la Yougoslavie, et l'émietter en une poussière de baronnies ethno-ridicules rappelant l'Allemagne du temps des frères Grimm ou l'Italie du Décaméron.
Le « fuck » de Mme Nuland, cela ne vous rappelle rien ? Moi si. Suite aux accords péniblement mis sur pied par les Européens et leur ambassadeur Cutilheiro à Lisbonne au printemps 1992 en vue d'une partition pacifique de la Bosnie, il aura suffi d'un coup de fil et d'une promesse gratuite de l'ambassadeur U.S. à Belgrade à Alija Izetbegović, le président fondamentaliste de la partie musulmane, pour lui faire retirer sa signature encore humide et déclencher du même coup la guerre civile. « Fuck Europe, Alija ! Nous, on te donne toute la Bosnie ». C'est revendiqué tel quel, ou presque, dans les Mémoires du susnommé, Warren Zimmermann. Des Mémoires qu'aucun journalo-moraliste européen n'a lus ni cités, bien entendu.
La révolution « spontanée » de Maïdan ? Encadrée et formée par les spécialistes serbes d'Otpor, qui destituèrent élégamment (avec mon approbation naïve) le président Milošević en 2000 — celui-là même dont Jacques Chirac avait loué la responsabilité et l'esprit de coopération (gare au baiser de Judas !). Des spécialistes eux-mêmes formés par la National Endowment for Democracy et ses théoriciens anglo-saxons de la manipulation aux yeux desquels la révolution non-violente n'est qu'un des moyens — et des moins coûteux — de prise du pouvoir chez autrui. Autrui, c'est bien entendu tout régime moralement compromis sur la scène internationale qui hésitera du coup dans son recours à la force. Car on s'imagine bien ce qu'une démocratie occidentale sûre d'elle eût fait d'une révolte armée dans sa capitale ! Il n'est qu'à voir comment le régime de Paris a traité la Manif pour tous, non violente et bien plus massive que l'insurrection de Kiev où le néonazi s'illustra.
Les yougo-analogies sont frappantes. Comme en Croatie, au Kosovo et en Bosnie, les héritiers des perdants des deux guerres mondiales sont en train de déboulonner les monuments dressés par les vainqueurs. La résistance au nazisme est déjà assimilée en Ukraine occidentale à l'impérialisme grand-russe. Il est bien évident que les zones russophones du sud-est ukrainien n'accepteront pas le nouveau pouvoir de Kiev. Ils vont donc rompre avec le nouveau pouvoir central comme le firent jadis les Serbes de Krajina rejetant la sécession croate appuyée par l'Allemagne. Avec la prévisible hypocrisie qui les caractérise, les atlantistes dénonceront comme illégale cette sécession, oubliant bien vite qu'eux les premiers ont bafoué le processus démocratique ukrainien et sanctionné le pouvoir de la rue. Comme lors de l'éclatement yougoslave en 1991. Comme lors du renversement de Milošević en 2000.
C'est que les Occidentaux ont pour système de soutenir et de porter aux nues à l'Est des gens qu'ils s'empresseraient de jeter en prison chez eux.
Mais la « pédagogie de la mémoire », où la Russie soviétique excella un certain temps, est un art déjà ancien sous nos latitudes. Si les papes putschistes de Rome ont pu évincer de l'histoire ceux, légitimes, d'Avignon, Washington et Bruxelles n'auront aucune peine à convaincre leur opinion que le douteux pouvoir de Kiev est l'avant-poste de la démocratie aux portes des steppes eurasiennes. N'оnt-ils pas réussi à faire passer le général révisionniste croate Tudjman, dont les écrits eussent été interdits en France, pour un phare de civilisation face aux hordes serbes ? L'impudent BHL [Bernard-Henri Lévy, note de la Rédaction] n'est-il pas allé à Sarajevo glorifier son ami Izetbegović, islamiste vénéré et auteur de la belliqueuse Déclaration islamique ?
Et c'est ici que mon amusement face au « grand jeu » géopolitique dérobé par un voile humanitaire aux yeux des badauds cède la place à la mélancolie. Je songe aux déconvenues et à l'amertume qui attendent ces Ukrainiens qui dansent aujourd'hui aux portes de l'Europe comme les Belgradois de l'an 2000. La Serbie, depuis sa « révolution colorée », n'a pas vu ses conditions d'existence s'améliorer. En revanche, elle a vu défiler une invraisemblable galerie de potentats, chacun plus obséquieux envers l'Ouest que le précédent, chacun plus incompétent et chacun plus inepte. C'est que les Occidentaux ont pour système de soutenir et de porter aux nues à l'Est des gens qu'ils s'empresseraient de jeter en prison chez eux. Mais, comme Churchill le disait à MacLean lorsque celui-ci s'étonnait de l'abandon de la Yougoslavie aux communistes après la conférence de Téhéran : « Ni vous ni moi n'irons vivre là-bas. Alors ? »
Slobodan Despot
Slobodan Despot est écrivain et éditeur. Son dernier roman, Le Miel a été publié chez Gallimard en janvier 2014. 

 
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Source : LE FIGARO.fr 25/02/2014

mardi 6 mai 2014

La construction idéologique du « réalisme » houphouétiste ou le contentement du peu

Une contribution de Louis-Sévérin Anouma, économiste.  
Le "génie houphouétiste" n’a été que d’engager
des sommes pharaoniques à Yamoussoukro...
Après notre indépendance, certains ivoiriens se félicitaient de la transformation de leur pays sur le plan infrastructurel. Bon nombre, en comparaison avec les pays environnants, s’en gaudissaient et adoptaient un comportement suffisant. Avaient-ils cependant cherché à comprendre la logique qui sous tendait le développement de la Côte d’ivoire faisant d’elle une sorte de géant sous régional aux pieds d’argile ?
« Avez-vous visité nos voisins ? Nous au moins on a un peu ». Fallait-il donc se contenter de ce peu ou l’accroître et l’amener au stade de l’abondance ? Deux dynamiques opposées auxquelles se sont confrontées nos générations précédentes mais qui conservent tout leur intérêt d’autant plus que la notion du peu prête à équivoque.
Le peu au regard du moins que rien d’avant ou du chichement du voisin, tout en étant relatif, est générateur d’illusions tant ces termes sont synonymiques et représentatifs d’une situation intrinsèquement similaire.
Le contentement du peu ne peut donc sublimer. Il ne peut, tout au plus, qu’être un satisfécit à court terme. Il ne projette pas dans l’avenir.
Le contentement du peu n’édifie pas la société mais tend à la scléroser en maintenant sous le boisseau toute capacité émancipatrice. Aussi toute réflexion ou action visant à éclairer les concitoyens est-elle vite étouffée. Le contentement du peu est un cancer et il convient d’en éradiquer les résiliences sous toutes leurs formes.
Le contentement du peu et l’idéologie du « Grand chef »
L’attribut de Grand chef ou de toute vertu emblématique à un personnage voire à une personnalité politique, rime-t-il avec son bilan ? En principe ce qualificatif pompeux devrait s’examiner en termes de développement durable c'est-à-dire aux ressorts et dynamismes politiques, économiques et sociaux capables d’assurer un réel épanouissement aux générations suivantes.
Mais le contentement du peu ne serait-il pas, pour de bons nègres, de se satisfaire des miettes qui tombent de la table du riche.
Fier de sa condition, si l’esclave qui bénéficie de servitudes allégées se réjouit de la mansuétude de son maître, sa personnalité reste cependant liée à sa propre prise de conscience de sa situation ainsi que de celle de ses pairs.
Tel paraîtra mesquin et petit d’esprit en méprisant les autres ou en préservant jalousement ses acquis, tel autre apparaîtra responsable en permettant aux autres d’accéder à son niveau afin qu’ensemble ils puissent mettre un terme à la souffrance de leurs semblables.
Oui la Côte d’ivoire est en avance ? L’on était fier de se comparer au Togo, au Burkina et au Mali. Pourquoi ne pas nous comparer à la Corée ou à Singapour qui avaient en 1960, un niveau de développement semblable au notre ? Pourquoi alors le génie houphouétiste ne nous a-t-il pas engagés vers une dynamique plus audacieuse. En avait-il les moyens ? Etait-ce sa mission ?
Assurément non car engager la Cote d’Ivoire vers un réel développement n’était-il pas possible avec des hérauts de la colonisation.
Et toute réflexion faite, les colons après la phase de la répression, ouvraient celle de la collaboration (coopération) en laissant le soin aux potentats locaux de perpétuer l’état d’esprit de la dépendance.
C’est l’une des raisons pour lesquelles les régimes postcoloniaux étaient fantoches et ne subsistaient que grâce au soutien que leur apportait la France et nos Grand chefs bénéficiaient de toute l’attention des « blancs » aussi longtemps qu’ils excellaient de génie dans notre arrimage.
L’outrecuidance est à son comble quand certains, de génies novateurs, atteignent par la mystification, le stade de démiurges adulés par frénésie collective… Attention !!! Pas touche !!! Place aux contentés.
La perversité du contentement du peu
La conscience façonnée par une quarantaine d’années d’exaltation du Chef doté d’une intelligence exceptionnelle et d’une relative prospérité économique annihile les profiteurs du système de toute projection lumineuse, amnésiques qu’ils sont de la réalité historique de leur pays. Et certainement inconscients du fait que la structuration de notre économie était fonction des intérêts de la métropole et que la mise en valeur du territoire répondait à un objectif principal : l’approvisionnement de l’hexagone en matières premières indispensables.
Quoi de plus logique qu’après les indépendances, le développement des infrastructures, notamment routières, s’effectue en rapport avec celui des zones affectées aux cultures de rentes ? Que le déplacement à l’Ouest de la boucle du cacao entraine le développement de la côtière, du port de San Pedro, etc. ? Que le « V baoulé » ait peu bénéficié d’infrastructures car, excepté l’émigration vers les zones stratégiques, cette région ne présentait aucun intérêt pour les industries cacaoyères. Et qu’en dépit de toute logique économique, le génie houphouétiste n’a été que d’engager des sommes pharaoniques à Yamoussoukro.
C’est donc cette conscience étriquée du réalisme houphouétiste qui s’essaie ou s’évertue à rêver en prétendant, aujourd’hui plus qu’hier, avoir les moyens d’adopter une politique de rupture. Est-elle seulement ignorante qu’une telle option possède en son sein les germes de son non accomplissement ? Sait-elle qu’on ne reste pas dans les magnans pour les extirper ?
Stérile gesticulation intellectuelle car la Rupture c'est rompre avec les principes politique, économique et culturel qui sous-tendent l'assujettissement. Or l’houphouétisme nous y maintient. A l’horizon de l’émergence, tout ne serait-il pas diversion ?
En fait, ces adeptes d’une stratégie dépendantiste prônent la rupture en négociant une autre forme plus subtile de dépendance mais toute aussi infantilisante et toujours privative de libertés. Cela se traduit par ces doléances serviles : Bon maître pourrais-je obtenir quelques faveurs eu égard à mon comportement exemplaire ? Seriez-vous prêt à me permettre de souffler un tant soit peu pour mes bons et loyaux services ?
Doublement conscient que le développement est un projet idéologique et que les pays aujourd’hui émergents le sont au prix d’une profonde réflexion politique, l’Ivoirien imbu du panafricanisme touche, palpe l’houphouétisme au quotidien et digère mal sa propension à l’infantiliser. Il conçoit son avenir tout en s’interrogeant : Pourquoi se contenter du peu alors que plus d’audace, de rigueur et d’engagement conduiraient à un épanouissement certain.  

L.-S.ANOUMA

lundi 5 mai 2014

11 avril 2011. Quand les donneurs d’ordres rendront-ils des comptes ?

Les héros du 11 avril 2011
Chirac, Alliot-Marie, Sarkozy, Obama, Ping,
Carter, Ouattara, Simon, ban Kimoon
Choi, Soro
Après l’intervention militaire d’Abidjan en avril 2011, l’Onuci et, au-delà, le système des Nations unies, ont renoué avec leur pire travers : ainsi l’Histoire rappelle que l’action du contingent international au Congo a été, en 1960, extrêmement ambiguë, notamment en se faisant le relais des intérêts américano-belges, et en contribuant à créer la situation qui a livré Patrice Lumumba à ses bourreaux.
Poussant à des élections mal préparées et sans désarmement des rebelles (l’ONUCI a tenu sous le boisseau un rapport interne qui dès fin 2010 dénonçait cette situation), le représentant du secrétaire général de l’Onu en Côte d'Ivoire, M. Choi, a fait plus : proclamant dans une séquence bien réglée par les ambassadeurs de France et des Etats-Unis M. Ouattara élu (au lieu de certifier l’élection comme le prévoyaient les accords de Ouagadougou) depuis son quartier général du Golf, il a monté une sanglante opération militaire pour renverser le régime de Laurent Gbagbo sous les bombes.
La « responsabilité de protéger » est bien morte début avril : détournant la résolution 1975 lui permettant de détruire les armes lourdes menaçant les civils, l’ONU est intervenu par des hélicoptères d’assaut en tuant, à l’inverse de son mandat et à l’encontre du droit international, des civils désarmés – quelques centaines ou quelques milliers ? En même temps que la résidence et la présidence, les hélicoptères de M. Choi ont en effet délibérément bombardé des camps habités par des familles de militaires (Agban et Akouédo), un supermarché, une université et un hôpital – puis ont tiré sur des civils proches du président Laurent Gbagbo, qui essayaient de faire autour de lui un bouclier humain, pour protéger leur régime et leur Constitution.
Transformant en cibles vivantes les personnels occidentaux et même africains des agences des Nations unies, cette forfaiture risque d’avoir de très graves conséquences pour l’institution et l’idéal de concorde entre nations égales, qu’elle a autrefois représenté : déjà au Nigeria le mouvement fondamentaliste Boko Haram s’en est pris violemment aux membres des Nations unies (18 morts à Abuja fin août dernier), et il est à craindre que ces actes se multiplient.

L’ambassadeur de France Jean-Marc Simon
convoyant des cartons de vivres vers l'hôtel du Golf
pendant la crise postélectorale

Crimes de guerres que partagent les militaires français de Licorne, forces spéciales faisant prisonnier un président nommé par son Conseil Constitutionnel en déployant chars et hélicoptères pour participer au même massacre : quand les donneurs d’ordre rendront-ils des comptes ?
Mais ce sont surtout Alassane Ouattara et son chef de guerre, Guillaume Soro, qui pourraient dans l’immédiat relever de la Cour pénale internationale, pour le « massacre d’Abidjan » commis pendant les mois d’avril et mai dans la capitale, l’épuration ethnique en brousse contre les peuples Guéré, Bété et Attié, faisant suite au massacre de Duékoué – plus de mille victimes hommes, femmes et enfants –, à tel point que le CICR est sorti de sa neutralité pour condamner implicitement le camp Ouattara pour cet acte qui pourrait être qualifié de génocidaire.
Quelle retenue des chancelleries, des médias et des « organisations des droits de l’homme » devant ces crimes de guerre – et pour certains, de génocide !
Il apparaît que les FRCI pro-Ouattara ont exterminé en deux mois plus de 3000 Ivoiriens au bas mot, le massacre étant « protégé » par les patrouilles de la force Licorne et de l’ONUCI qui, au lieu de sauvegarder les civils, ont laissé faire – et pourraient logiquement être poursuivis pour cette passivité ou même pour leur complicité.
Les ONG et le CICR n’en sortent pas indemnes : ils ont les chiffres et des morts civils de la « bataille d’Abidjan » (la Croix rouge ivoirienne ayant, par exemple, ramassé les cadavres) et des milliers de morts de la conquête de la capitale ou des colonnes infernales en brousse, et se refusent à les communiquer, renforçant par leur silence la gouvernance Ouattara.
Qu’ils aient ordonné ces massacres ou qu’ils aient échoué à les empêcher – l’instruction le dira –, Guillaume Soro et Alassane Ouattara en portent la responsabilité politique ; ni plus ni moins que Jean Pierre Bemba ou Charles Taylor dans leurs procès respectifs.
Si leur menace perpétuelle est actuellement de déférer Laurent Gbagbo à la CPI, leurs actes les rendent eux aussi passibles du même tribunal : nul doute que cette institution internationale, suspectée et même accusée d’être un relais des intérêts occidentaux et de pratiquer le « deux poids deux mesures » en Afrique voudra pour une fois équilibrer les inculpations.
Bien plus, depuis 2002, ces deux leaders du RDR et de la rébellion (dont 2011 a démontré la complicité active depuis leur coup d’Etat, en 2002) sont judiciairement comptables du « système de violence continue » qui a livré Bouaké, Korhogo et la partie septentrionale du pays à l’arbitraire total d’une guérilla sans foi ni loi, si ce n’est aux exactions bien pires des Dozos.
Combien de milliers de morts (sans doute plus de 8000 cadavres au passif des rebelles !), viols, ou exactions criminelles sont impunis et parfois méconnus ?
Leur déferrement éventuel à la CPI sera l’occasion de faire la lumière sur ces violences et de les punir enfin, tout en révélant les bailleurs de fonds, instructeurs et complices occidentaux (et sans doute français !) de la déstabilisation, depuis une décennie, de la Côte d’Ivoire.
Il est cependant une autre voie : devant cet équilibre de la terreur judiciaire, un pas vers la libération des prisonniers et des déportés politiques, une annulation de toute procédure judiciaire permettant leur réintégration dans le jeu politique en vue des législatives de décembre.
Bien sûr cela suppose aussi que des conditions équitables soient remplies : à la Commission électorale indépendante (CEI), les partisans de Laurent Gbagbo ont actuellement 3 délégués sur 31, les mouvements fantômes rebelles en possédant autant !
J.-M.Simon sous l'œil de P.Carter III, son homologue étatsunien :
« Aucune négociation avec Monsieur Laurent Gabgbo.
Monsieur Laurent Gabgbo n’existe plus.
Monsieur Laurent Gabgbo est enfermé
dans sa cave et il n’existe plus…
»
Présidée par Youssouf Bakayoko, par qui le coup d’Etat franco-onusien a été légitimé, cette institution très contestée prévoit de réintégrer des dizaines et peut-être de centaines de milliers d’« électeurs » pro Ouattara sur les listes électorales (sans compter les milliers de sahéliens s’installant dans la « nouvelle Côte d’ivoire », selon eux le « pays de tous ») : qui peut aller aux élections avec une commission électorale partisane et des listes d’électeurs truquées ?
Et que se passerait-il si l’Elysée cessait d’être un protagoniste et arrêtait de souffler sur les cendres du conflit ? Les élections françaises de 2012 pourraient être l’occasion pour une majorité de gauche de rompre avec le camp du néolibéralisme et de la Françafrique la plus sanglante, ce qu’incarne Alassane Ouattara. Si l’Occident retirait ses deux contingents militaires, Licorne et Onuci, la régulation du conflit se ferait spontanément – et sans nul doute, pour Abidjan et le Sud, au profit des partisans de Laurent Gbagbo.
Une solution négociée n’est-elle pas meilleure que ces perspectives ? Une judiciarisation du conflit, au lieu de conduire à la réconciliation, serait à coup sur le signal du retour à la violence, si ce n’est à la guerre civile. 

Michel Galy, politologue français 

 
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Source : La Dépêche d'Abidjan 3 Mai 2014

dimanche 4 mai 2014

La liberté de la presse et des journalistes sous les Ouattara

Une presse en liberté surveillée ?
Depuis le 11 avril 2011, la presse ivoirienne est en quête de repères, tant ses journalistes sont persécutés, réduits à se justifier, à s'humilier, voire à y laisser leur peau, simplement parce qu'ils n'aspirent qu'à exercer leur métier. Pour preuve, le cas Awa Ehoura et de certains autres confrères et tout récemment le cas de cinq journaux suspendus.
 
Il a fallu une collecte de fonds pour venir au chevet de l'ex-présentatrice vedette du 20h sur la Radiodiffusion télévision ivoirienne (RTI) pour l'aider à supporter la précarité financière dans laquelle l'a plongée les nouveaux dirigeants ivoiriens après leur accession au pouvoir le 11 avril 2011. Awa Ehoura a subi des menaces d'assassinat, le gel de ses comptes bancaires et un licenciement abusif de la RTI. Son péché ? En plus de présenter le 20h, elle présentait également une émission intitulée « Raison d'Etat » sur la première chaîne nationale. Et elle recevait sur le plateau de l'émission des juristes, des hommes politiques et de la société civile pour se prononcer sur le respect des institutions républicaines et de l'Etat, suite à la crise qui prévalait à l'issue du scrutin présidentiel de 2010. Pour mémoire, l'un de ces invités, le Français Philippe Rémond, a d'ailleurs été assassiné lors de la prise de Yamoussoukro par la milice de Ouattara en 2011.
En dépit de son état de santé (diabétique), Awa Ehoura n'a pas pu éviter la furia des
La journaliste Awa Ehoura
nouveaux maîtres de la Côte d'Ivoire, qui n'ont ménagé aucun effort pour la réduire à néant. Aujourd'hui encore, elle continue de payer au prix fort le choix de n'avoir rien fait d'autre que son métier, le journalisme.
Certains hommes de médias dont Pierre Brou Amessan, Débi Dally, Claude Franck About, Yo Claude Armand Virgile, Ben Zahui Degbou, Franck Anderson Kouassi, Franck Dally, Pol Dokoui, Ousmane Sy savané, Herman Aboua, Mambo Abbé, Mireille Abié, pour ne citer que ceux-là, se sont retrouvés soit emprisonnés, soit contraints à l'exil.
Dans l'ensemble, ces journalistes ont vu leurs domiciles pillés par les miliciens du nouveau régime d'Abidjan. Ils sont licenciés, déchus de leur poste de responsabilité sans droits, leur compte sont gelés et vivent sous la menace d'être à tout moment assassinés, parce qu'ils ont fait leur métier. Ils sont traqués pour avoir exercé sous Laurent Gbagbo. Ceux qui ont eu moins de chance (Sylvain Gagneteau, Désiré Oué...) ont purement et simplement été assassinés pour avoir fait leur travail.
Un tableau qui traduit fort bien la volonté manifeste de l'« homme fort d'Abidjan » de réduire au silence et d’avoir à sa merci la presse ivoirienne en vue de disposer d'elle à sa guise. La situation qu’ont connue les journaux Le Temps, Aujourd'hui, Le Quotidien d'Abidjan (opposition) et Soir Info (indépendant) dans la crise qui les opposait au CNP en est une illustration parfaite.
A l'exception de Bôlkotch, les responsables des autres journaux ont présenté leurs excuses à Raphaël Lapké afin de préserver les emplois et éviter la précarité à leurs journalistes. Du coup ils ont bénéficié de la clémence du CNP qui a levé la sanction qui leur avait été infligée. Tandis que l'hebdomadaire satirique créé par Laurent Gbagbo continue de digérer sa flagellation pour son insoumission à sa majesté.
Ainsi va la presse ivoirienne après 3 ans de pouvoir d'Alassane Dramane Ouattara. 

Carole Attioumou-Sérikpa

Titre original : « Liberté de la presse en Côte d'Ivoire : Le régime Ouattara humilie les journalistes » 


 
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Source : IVOIREBUSINESS 03/05/2014

samedi 3 mai 2014

« Quand la France respectera-t-elle les Africains… »

L. Keumayou
Louis Keumayou, président du Club de l’Information Africaine, revient sur la polémique entre la France et le Rwanda, mais également sur les relations entre Paris et ses anciennes colonies d’Afrique noire. 

Au moment où le Rwanda commémore le 20e anniversaire du génocide de 1994, la France a choisi de ne pas participer aux cérémonies. Elle devait y être représentée par Christiane Taubira, ministre de la Justice. À la suite d’une interview dans laquelle le président Paul Kagamé accuse la France d’avoir été complice et acteur de ce drame dans lequel près d’un million de Rwandais ont péri. Cette réaction épidermique aux propos du président Kagamé ne grandit pas la France. Et contribue, dans l’esprit des nouvelles générations d’Africains à entretenir cette image d’un ancien colon qui n’a jamais quitté ses habits de maître pour entamer un partenariat d’égal à égal avec les pays africains indépendants.
Sans vouloir prendre la défense de Paul Kagamé, qui n’en a pas besoin, il faut dire que la France et ses alliés tant au sein du Conseil de Sécurité des Nations Unies qu’en dehors (que l’on appelle pompeusement la communauté internationale) ont pris l’habitude, depuis la fin de la guerre froide, de s’impliquer lourdement et militairement dans les processus démocratiques des pays africains, en choisissant un camp contre l’autre. En le faisant, elle donne des coups et s’expose à en prendre. Le Rwanda n’en est qu’une illustration pratique. Pendant les négociations d’Arusha (entre juin 1992 et août 1993) dont le président Juvénal Habyarimana revenait quand son avion a été abattu avant le déclenchement du génocide en avril 1994, le gouvernement français aidait celui du Rwanda à combattre ses adversaires, dont le FPR de Paul Kagamé.
À la différence de la Côte d’Ivoire où le camp soutenu par la France officielle a gagné, c’est la rébellion conduite par Paul Kagamé qui l’a emporté au Rwanda. En Côte d’Ivoire le vainqueur Alassane Ouattara terrorise ceux que la communauté internationale l’a aidé à vaincre. La France ferme les yeux. Paul Kagamé terrorise ceux qui l’ont combattu hier et qu’il a vaincus. Tollé en France. Si la France veut se montrer juste dans sa critique de Paul Kagamé, elle devrait considérer qu’il s’agit d’abord d’un règlement de comptes entre un militaire et ses adversaires militaires d’hier.
Ce qu’elle tolère et encourage en Côte d’Ivoire, la France ne peut le condamner au Rwanda sans s’exposer au courroux des autorités en place. Elles sont au demeurant fondées de penser que cette même France, qui avait toujours nié sa responsabilité dans la tragédie des Juifs sur son sol lors de la seconde guerre mondiale avant de la reconnaître en 1995, soit plus de 50 ans après les faits, pourra bien un jour changer d’avis sur le rôle que son armée a joué au Rwanda en 1994. 

Le discours de la Baule

Le 20 juin 1990 le président français, François Mitterrand, prononce le fameux discours de la Baule lors de la 16e Conférence des chefs d’État d’Afrique et de France. Il demande à ses homologues africains d’accepter ce qui est devenu inéluctable : l’ouverture démocratique. L’on est à quatre ans de l’un des génocides les plus rapides du vingtième siècle : 800 000 victimes en moins de 3 mois. La jeunesse d’Afrique subsaharienne, bien avant le printemps arabe, a ouvert la saison de chasse des dictateurs.
La France ne commence à timidement écouter ces jeunes qu’au bout de 15 ans. La parenthèse est ouverte à Bamako (Mali), lors de la 23e Conférence des chefs d’État d’Afrique et de France. Tamoifo Nkom Marie, représentant la jeunesse africaine, y prononce un discours très applaudi. Auquel répondent les présidents français et africains réunis. La parenthèse est aussitôt fermée, pour ne plus jamais être ouverte.
L’Afrique d’aujourd’hui c’est plus de 60% de moins de 25 ans que la France ne voit pas, avec lesquels la France ne dialogue pas de façon formelle. Contre moins de 7% âgés entre 50 et 60 ans, avec lesquels elle multiplie les espaces de rencontre pour discuter de l’avenir de l’Afrique. L’Afrique en 2050 représentera 22% de la population active de notre planète, et l’Europe à peine 7%. La France se rend-t-elle seulement compte qu’elle ne parle de l’avenir de l’Afrique qu’avec ceux qui représentent le passé de ce continent de plus en plus jeune et de plus en plus ambitieux ?
Quand cette nouvelle génération a tendu la main à la France pour construire un espace démocratique sur son sol, elle lui a tourné le dos. Pire, elle l’a sacrifiée à l’autel de l’orthodoxie monétaire à travers la dévaluation du franc CFA subie en janvier 1994. Puis le coup de grâce lui a été asséné à travers les programmes d’ajustement structurel qui ont entraîné ces jeunes, diplômés ou pas, dans des situations de misère et de désespoir sans nom.
Si la situation d’austérité que traversent les économies européennes les plus fragiles depuis 2008 génère autant de dégâts et n’en finit plus de faire monter les extrêmes, imaginez ce que la mise sous coupe réglée des économies africaines a pu générer en un peu plus d’une génération. Encore une fois, la population africaine est jeune et n’a pas connu la période d’avant le déluge dont nous parlons ici. Elle n’a connu que l’austérité absolue. Cette jeunesse africaine n’attend pas de la France qu’elle lui parle d’un passé qu’elle n’a pas vécu. Elle veut des partenaires pour gagner aujourd’hui et demain. Autant elle n’a pas le temps de juger l’action passée de la France, autant la France l’insupporte lorsqu’elle n’a de cesse de juger ses dirigeants. Certains sont peut-être des dictateurs sanguinaires et corrompus, les Africains n’ont eu de cesse de le dire. Ils sont plus légitimes dans ce rôle que la France et des associations françaises dans celui de Robins des Bois des temps modernes. 

Les biens mal acquis

Robin des Bois prenait aux riches pour donner aux pauvres. C’était dans un royaume et le pouvoir judiciaire de l’époque n’était pas celui de nos sociétés actuelles. Avec le chemin démocratique parcouru en Afrique et en Europe, l’on peut considérer qu’il n’est plus indispensable de suivre les instructions du manuel de justice de Robin des Bois à la lettre. Or que constatons-nous dans cette affaire de biens mal acquis ? Une association de droit français qui n’était pas à l’origine de ce qui est devenu l’affaire des biens mal acquis se permet de déposer des plaintes contre des dirigeants africains en activité pour détournement et blanchiment d’argent public.
Les Africains qui s’étaient constitués partie civile sont écartés de l’affaire. Il n’empêche, les tribunaux français s’arrogent la compétence d’instruire ces plaintes. Elles sont instruites et certains biens saisis. Où étaient ces parangons de vertu auto-proclamés quand l’argent de ces Africains dont ils veulent aujourd’hui faire le bonheur malgré – et surtout sans – eux alimentaient par vagues généreuses et successives l’essor économique de la France au détriment des populations qui avaient – et ont toujours – un besoin vital de jouir de cet argent qui est, in fine, le leur ?
En attaquant la souveraineté des pays africains comme la France l’a fait en Côte d’Ivoire ou en Libye, les autorités françaises ont choisi leur camp. L’image que les jeunes Africains en France et en Afrique ont de la patrie dite des droits de l’homme est celle d’un pays qui viole la souveraineté de leurs pays (ou plus souvent du pays de leurs parents) à travers l’honneur piétiné de leurs dirigeants. Que penseraient les jeunes français si l’armée camerounaise ou algérienne attaquait ou soutenait l’attaque armée du Palais de l’Élysée ? Ou encore si une association étrangère décidait de faire saisir les biens de l’ambassade de France sur leurs sols en foulant au pied les règles internationales ? Faisait lancer un mandat d’arrêt international contre des autorités françaises en activité ?
L’histoire des relations entre la France et son ancien pré-carré africain est jalonnée de biens mal acquis qui semblent échapper à la vigilance de Sherpa et de l’initiative StAR (Stolen Asset Recovery Initiative) : les diamants de Bokassa, les propriétés de Bokassa ou du maréchal Mobutu… Mieux encore, le franc CFA et les comptes d’opération à la Banque de France des 15 pays africains qui l’utilisent. Ce franc CFA est un anachronisme et un boulet économiques par lesquels la France est la seule ancienne puissance coloniale à continuer de gérer son jardin africain comme au bon vieux temps des colonies.
La planète entière a salué l’élection d’un Noir : Barack Obama, à la présidence des Etats-Unis. Les Noirs de France aussi ont salué ce moment et rêvent tous d’un Obama français. C’est oublier que de 1947 à 1968, la France a eu Gaston Monnerville : élu guyanais noir, premier président du Conseil de la République, puis du Sénat et deuxième personnalité de la République après le chef de l’État. C’était à un moment où le mouvement pour les droits civiques aux Etats-Unis était encore à ses balbutiements. Au moment où le premier président noir des Etats-Unis termine son second mandat à la tête du pays, la France n’a que le sport et le divertissement à proposer à ses Noirs. Qu’il s’agisse de ceux de l’outre-Mer ou de ceux qui sont d’ascendance africaine plus récente. Le nouveau gouvernement de mi-mandat de François Hollande vient d’être constitué. 

Pas de place pour les Noirs et les Arabes

À la suite d’élections municipales dont l’un des faits majeurs est la défaite historique du Parti socialiste français, François Hollande a voulu donner un nouvel élan à sa présidence. Il a demandé à un immigré espagnol né en Espagne et naturalisé français en 1982 de constituer un gouvernement de combat. Celui-ci a constitué une équipe gouvernementale sans un(e) seul(e) Noir(e) naturalisé(e), comme lui, dans les années 1980. Et il n’y en a pas plus dans la liste des 14 secrétaires d’État qui a suivi.
Tout se passe comme si les jeunesses africaines en France doivent comprendre que leur seule représentativité est dans le sport et le divertissement autorisé et reconnu comme tel. Si vous voulez savoir ce que ça fait de ne pas se sentir représenté dans son pays de choix et d’être constamment indigné par l’irrespect de son pays de choix envers son pays d’origine ou le pays d’origine de ses parents, mettez-vous dans la peau des Noirs de France. 

Du kärcher à droite et à gauche ?

La droite UMP voulait les nettoyer au kärcher. Il est pour l’instant difficile de savoir ce que le PS (qui concentre encore entre ses mains plus de la moitié des pouvoirs en France, y compris celui de jeter un voile sur ses Noirs ultra-marins et ces Noirs naturalisés français qu’elle ne saurait voir) compte en faire. Ces Noirs-là aussi veulent être l’avant-garde. En France et en Afrique. À force de les combattre là-bas, et de les ignorer ici, les autorités françaises se fabriquent un adversaire qu’elles devront bien affronter un jour.
Pour le meilleur ou pour le pire. Si elles persistent dans la voie du discours de Dakar ou de celui sur les bienfaits de la colonisation, voire sur celui des bienfaits de l’opération Turquoise au Rwanda en 1994, ce sera pour le pire. Le prix à payer pour éviter ce choc dévastateur tient en une attitude : le respect mutuel. 

Louis Keumayou, président du Club de l’Information Africaine 

 
EN MARAUDE DANS LE WEB
Sous cette rubrique, nous vous proposons des documents de provenance diverses et qui ne seront pas nécessairement à l'unisson avec notre ligne éditoriale, pourvu qu'ils soient en rapport avec l'actualité ou l'histoire de la Côte d'Ivoire et des Ivoiriens, et que, par leur contenu informatif, ils soient de nature à faciliter la compréhension des causes, des mécanismes et des enjeux de la « crise ivoirienne ».
 

Source : afriqueactualite.com 14 avril 2014

vendredi 2 mai 2014

LE PREMIER-MAI des UNS et des AUTRES…

TANDIS QUE DKDANSE…  

 
DKD dansant avec Mme Bédié lors d'un gala
Notre Premier Ministre, Daniel Kablan Duncan, grand complice de notre président qui est rentré d’un séjour privé au moment où on s’y attendait le moins, a animé une historique conférence de presse le lundi 28 avril dernier.
Le moins qu’on puisse dire, c’est que le Premier ministre, d’ordinaire si pragmatique, a montré des signes inquiétants d’un homme qui commence à flirter avec les vertus de la communication politicienne.
Tout, pour lui, dans ce pays, va, désormais, pour le mieux, dans le meilleur des mondes possibles. L’environnement général au plan de la paix et de la sécurité ? Tout va bien, tout est stable !
Le rôle du secteur privé ? « Le gouvernement vise à le consolider». En permettant à des ministres de conduire des PME (affaire Cicar Amyot-Mamadou Sangafowa) à la faillite ?
Le racket ? « Il sera éradiqué avant la fin de l’année ». Bravo !
L’accès à l’eau potable pour tous ? « Il n’y aura plus de pénurie d’eau en Côte d’Ivoire, d’ici la fin de l’année 2014».
La cherté de la vie ? «La lutte en cette matière consiste à prévenir la hausse anarchique des prix». Bravo ! Mais aucune prévention n’est faite !
Le chômage ? Du calme, «d’ici à la fin de 2015, un million d’emplois seront créés ! » Comment et par qui ? Peu importe, il suffit de le dire pour que cela soit une réalité. Chômeurs de tout le pays, en voilà une nouvelle !
L’accès au logement ? Tous les Ivoiriens seront bientôt logés, très bientôt !
Défiscaliser pour accroître les investissements privés ? Mais non, tout va bien ! « La défiscalisation n’est pas la solution ! »
Bref, tout va bien, parce que « des résultats tangibles et vérifiables ont été atteints ».
Et, devant ces résultats que « même les aveugles voient », nous sommes priés d’applaudir. Parce que cela a été réalisé en si peu de temps…
(…)
Tout va bien, on vous dit ! 

D’après l’éditorial d’Assalé Tiémoko (L’Eléphant déchaîné 2-5 mai 2014)
Titre original : « Tout va bien ! » 

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CISL-DIGNITE : « LIBEREZ LES PRISONNIERS POLITIQUES 

La célébration de la fête du travail, édition 2014, a été marquée hier à la Primature par un discours courageux, fortement applaudi, du secrétaire général de la confédération internationale des syndicats libres (cisl)-dignité, Elie Boga Dago. « La Cisl-Dignité ne cesse de recommander depuis 2012 au chef de l’Etat de faire de la Côte d’Ivoire, l’une des destinations privilégiées des investisseurs étrangers, en prenant une décision de libération de tous les prisonniers politiques et militaires de l’ancien régime, prendre les mesures idoines pour un désarmement effectif des ex-combattants, prendre une décision vigoureuse visant à libérer, réhabiliter et restituer à leurs propriétaires, les domaines privés encore occupés par des éléments des Frci, prendre une mesure de dégel effectif des comptes de certaines personnalités proches de l’ancien régime. Car, que vaut un ex-prisonnier, un ex-exilé, un ex-refugié s’il ne peut avoir accès ni à son domicile ni à ses avoirs ? », a fustigé d’emblée Elie Boga Dago. Ainsi pour favoriser la cohésion sociale qui insufflera une dynamique à l’économie du pays, le successeur de Mahan Gahé Basile à la tête de la centrale dignité a recommandé la prise d’une mesure d’amnistie générale par Alassane Ouattara. « Force est de constater que nombre de juteuses promesses faites par les investisseurs ne sont pas encore concrétisées, de sorte que la question de l’emploi reste entière. elle l’est, d’autant plus qu’au nom de la politique de réinsertion et du rattrapage, des recrutements massifs sont toujours opérés sans concours dans toute l’administration publique, notamment dans les établissements pénitentiaires, la police nationale, les eaux et forêts, la douane et les autres régies financières », s’est voulu plus incisif, Elie Boga Dago. Pour qui les investisseurs sont réticents à cause d’un déni du droit de propriété. Tout en appelant à la levée de la mesure de suspension des précomptes opérés au titre des cotisations syndicales par le gouvernement, le nouveau patron de dignité a suggéré la revalorisation des salaires des travailleurs, la réduction des prix de location des loyers, de vente des maisons, le renforcement de la sécurité des ivoiriens et l’adoption de l’avant-projet de loi du code du travail. Les représentants des centrales syndicales unanimes : Soro Mamadou (Unatrci), Yves Kodibo (Fesaci), Traoré Dohia Mamadou et Joseph Ebagnerin (Ugtci), sont allés dans le même sens qu’Elie Boga Dago sur ces derniers points lors de leurs interventions. 

Didier Kéi (Notre Voie 2 mai 2014)  

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LA FESACI DENONCE « LES VIOLATIONS DES LIBERTES SYNDICALES » 

La fédération des syndicats autonomes de côte d’ivoire (Fesaci) de Kouamé Kra Félix a dénoncé hier à Treichville dans une déclaration à l’occasion de la fête du 1er mai, « les violations récurrentes des libertés syndicales et des droits syndicaux ». Selon lui, le gouvernement d’Alassane Ouattara a mis en place une stratégie « ayant pour objectif, l’affaiblissement et la caporalisation des syndicats afin de les réduire à des coquilles vides et à terme, aboutir à leur dislocation ».
Kouamé Kra Félix a pour étayer ses propos, cité la convocation en juin 2012 des secrétaires généraux des trois plus grandes centrales syndicales (Ugtci, Fesaci et Dignité) par la police économique et financière.
Officiellement, il leur était reproché d’avoir détourné des deniers publics, d’avoir fait du faux et usage de faux en écriture comptable… en réalité, il leur était reproché selon l’orateur, leur prise de position contre « la mainmise de l’Etat sur la mutuelle des fonctionnaires ». Etté Marcel, fondateur de la Fesaci, Atté Boka, premier secrétaire général adjoint de la Fesaci, et Kouamé Kra ont été interpelés par la brigade de recherche de la gendarmerie en septembre dernier pour « avoir organisé le congrès de la Fesaci ». En fait le pouvoir Ouattara a décidé de reconnaitre une dissidence de la Fesaci conduite par M. Traoré Dohia. C’est pour cette raison à l’en croire, que le pouvoir a décidé « l’exclusion de la centrale Fesaci (fort de 78 syndicats sur 90) de toutes les cérémonies officielles ainsi que les représentations dans les institutions et structures tripartites ».
Le conférencier a aussi dénoncé l’attitude du ministre Dosso Moussa de l'emploi, des affaires sociales et de la formation professionnelle qui a fait supprimer les prélèvements obligatoires des fonctionnaires pour les syndicats arguant qu’il « ne veut pas permettre aux syndicats d’avoir les moyens de combattre le gouvernement », at-il révélé. Cela en violation « des conventions 87 et 98 (…) du Bit ».
Kouamé Kra s’est aussi insurgé contre « l’absence de discussion sur les revalorisations salariales, le paiement des avancements indiciaires et la réforme des profils de carrière dans les services de la fonction publique ». A l’en croire, Ouattara n’a fait que mettre à niveau les avancements indiciaires de seulement 20% des fonctionnaires alors que dans son discours à la nation, il avait fait croire que tous les fonctionnaires seraient concernés par cette mise à niveau.
Enfin, le secrétaire général de la Fesaci « légale et légitime » a dénoncé dans son adresse à la presse, les « révocations de milliers de fonctionnaires de leur poste pour des raisons politiques » et le recrutement d’ex-combattants et de partisans proches du pouvoir à la fonction publique. Il a révélé les discussions en cours entre les travailleurs et le patronat la revalorisation du salaire minimum agricole garanti (Smag). 

CouliBaly Zié Oumar (Notre Voie 2 mai 2014) 

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L’UGTCI FAIT LE PROCES DES EMPLOYEURS 

Les employeurs ont été vivement interpelés hier par l’union générale des travailleurs de Côte d’Ivoire (Ugtci). Devant des milliers de travailleurs rassemblés à l’auditorium du siège de cette centrale, sis à Treichville, Joseph Léon Ebagnérin, le secrétaire général de l’Ugtci a mis en garde les employeurs qui refusent d’appliquer le nouveau montant du salaire minimum interprofessionnel garanti (Smig). « Certains employeurs n’ont pour l’heure pas accepté de se mettre en conformité avec la loi. La loi s’impose à tous. Aujourd’hui, aucun travailleur, même journalier ne peut être payé sans bulletin de salaire. Tout travailleur doit être déclaré à la Cnps. En plus du certificat de travail délivré à tout travailleur quittant l’entreprise, un relevé nominatif de salaires doit lui être remis, afin qu’il ait la possibilité de faire vérifier l’effectivité de son immatriculation à la Cnps. Pour les travailleurs qui sont en 1ère catégorie, ils devront chaque mois percevoir un net d’impôt de 60.000 fcfa de Smig et 25.000 fcfa de prime de transport » a-t-il averti. Sur la question du paiement en dents de scie des gratifications aux travailleurs, Joseph Léon Ebagnérin a été catégorique. « Les employeurs doivent verser à leurs travailleurs, les trois quarts au moins de leur salaire catégoriel. Mais rien n’empêche qu’ils en donnent plus. Ce qui à notre sens permet d’impulser un meilleur climat en entreprise et une fidélisation des travailleurs. Qui dans une productivité plus accrue, permettent à l’employeur de réaliser des résultats au-delà de ses prévisions » a-t-il relevé. Il a également interpelé les employeurs sur leur obligation de revoir les minima de l’heure. Quitte selon lui, à une régularisation lorsque le barème des salaires aura été validé par les partenaires sociaux dans le cadre de la commission indépendante permanente de concertation (Cipc) et de la commission consultative du travail (Cct). Le cahier de revendications de l’Ugtci remis hier au chef du gouvernement à la Primature concerne les résolutions relatives à la réconciliation, à la sécurité des personnes et des biens, à la cherté de la vie, à la relance économique et à la création d’emplois, au dialogue social, aux droits et à la promotion des femmes.
Quant à N’Go Bakayoko, le représentant du ministre de l’emploi, M. Moussa dosso, il dépeint un tableau sombre des emplois sous le régime Ouattara. « Entre le 1er mai 2013 et le 30 avril 2014, 187 entreprises ont procédé à des licenciements collectifs pour motif économique, entrainant la perte de 3518 emplois ; 210 entreprises ont observé le chômage technique, entrainant la perte temporaire de 4694 emplois ; 115 conflits dont 10 avec arrêt de travail ont été enregistrés » a-t-il révélé. 

Charles Bédé (Notre Voie 2 mai 2014) 

 
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