vendredi 11 octobre 2013

Quelques remarques sur la récente « déclaration de la Coalition des patriotes ivoiriens en exil suite aux attaques contre le président du FPI, Pascal Affi N’Guessan ».


« Ceux-là nous reviendront donc de leur exil en ayant tout oublié des causes qui les y ont conduits, et sans avoir rien appris de cette terrible épreuve ! »
Telle est la crainte que j’ai depuis que j’ai lu la « Déclaration de la Coalition des Patriotes Ivoiriens en Exil suite aux attaques contre le président du FPI, Pascal Affi N’Guessan », datée du 30 septembre et signée : « Pour le Bureau Exécutif,  Le Président : Damana Adia Pickass ».
Mais, au moment de rendre publique cette réaction, qu’il me soit permis de préciser deux ou trois petites choses afin que nul ne se méprenne sur son sens. Ceci n’est en aucune façon un « droit de réponse » ; même si je ne pense rien de bon des tribulations de Pascal Affi NGuessan depuis sa sortie de prison, je ne me sens pas pour autant concerné par le procès en diffamation auquel se livrent Damana Adia Pickas et ses amis. D’ailleurs, je ne suis pas, je n’ai jamais été et je ne serai probablement jamais adhérent du FPI. Je n’ai pas, par conséquent, à juger de l’adéquation des démarches et des discours du président du FPI avec sa fonction, avec la ligne de son parti, ni même de leur cohérence avec les conditions et les nécessités réelles de notre lutte de libération nationale. L’histoire s’en chargera, et plus tôt que Damana et ses amis de « La COPIE » ne se l’imaginent peut-être… Seulement, comme citoyen, et comme patriote positionné depuis plus de 50 ans de ce même côté de la barricade, je revendique – pour moi et pour tous mes semblables – le droit de penser et de dire tout haut ce que nous estimons nécessaire et juste, de quiconque se présente à nous, à la nation, comme sauveur suprême. De penser et de dire, par exemple, qu’il nous paraît ou qu’il ne nous paraît pas digne de cette fonction ou de ce titre.
Au demeurant, s’agissant d’Affi Nguessan, je pense que le procès qu’on lui fait – procès dont il ne faut d’ailleurs pas exagérer la portée comme le voudrait Damana – est un mauvais procès. On ne peut pas demander à quelqu’un de devenir soudainement ce qu’il n’est pas naturellement, simplement parce qu’on aimerait qu’il le devienne. Sorti en l’an 2000 du chapeau magique de Laurent Gbagbo qui venait d’être élu président de la République, Affi n’est rien en lui-même, ce qu’il a du reste toujours eu le bon goût de reconnaître. Alors, il faut dépasser sa personne si on veut bien juger de ce qu’il fait ou de ce qu’il dit – ou qu’on lui fait dire – depuis qu’il est en liberté conditionnelle. C’est justement ce que je me propose de faire ici et maintenant, en m’appuyant sur quelques éléments de la déclaration de Damana.
1 – La réconciliation et ses conditions :
Est-ce que la libération de Laurent Gbagbo et de tous les autres prisonniers du régime fantoche, ainsi que le retour de tous les exilés, et leur rétablissement pur et simple dans leurs droits, suffiront à régler TOUS les problémes du pays ? Bien sûr que non ! Ça n’est même pas pensable. Et même si, à l’instar du PDCI, le FPI aussi se ralliait corps et âme au régime fantoche. D’ailleurs, je ne suis même pas sûr que Damana et ses amis se font des illusions à ce sujet ; leur façon de le dire suffit à marquer qu’ils n’y croient pas plus que ça, ou qu’ils envisagent cela seulement soit comme un miracle, soit comme un cadeau que leur feraient les successeurs de ceux qui ordonnèrent ou qui exécutèrent l’anéantissement de nos forces armées, le bombardement de la résidence officielle du chef de l’Etat et le meurtre de sang-froid de centaines de nos jeunes compatriotes militaires et civils afin d’imposer leurs marionnettes à la tête de la Côte d’Ivoire.
En faveur de cette troisième hypothèse, je citerais ce passage proprement extraordinaire : « La COPIE félicite le Président Pascal AFFI N’guessan pour la qualité du travail qu’il accomplit dépuis sa libération, en particulier, l’offensive diplomatique avec les représentations des Etats Unis, de la France, de l’Onuci pour partager avec ces institutions sa vision de sortie de crise ». Un comble !, quand nous ne savons absolument rien de ce qu’ont bien pu se dire Affi et ses différents interlocuteurs, dont l’un au moins, le désormais ancien ambassadeur des Etats-Unis en Côte d’Ivoire Phillip Carter III, fut l’un des acteurs directs de cette agression dont la nation porte encore les stigmates. On dirait, à lire Damana, que le simple fait d’avoir reçu Affi l’a absout, ainsi que ses complices : l’ambassadeur de France Jean-marc Simon et le représentant du secrétaire général de l’ONU, Young-jin Choi, de leur crime collectif. Mais, qui donc – ou qu’est-ce qui – aurait donné ce pouvoir extraordinaire au président du FPI à peine sorti de prison et toujours à la merci d’une justice aux ordres des pires ennemis de ce qu’il est censé représenter ?
Pour conclure ce premier point, j’emprunte à Koffi Annan, qui s’occupe beaucoup de nos affaires sans qu’on sache exactement à quel titre, sa définition de cette « réconciliation nationale » dont on nous rebat sans cesse les oreilles : « Il y a un seul pays pour tous les Ivoiriens. Il faut la réconciliation nationale, il faut travailler pour le pays et pour les générations futures. J’encourage donc tout le monde à accepter de travailler ensemble pour un pays stable et prospère » (D’après Le Patriote du 10 octobre 2013). En clair, ce à quoi cet illustre kpakpato nous invite et seulement nous les patriotes qui résistons à l’entreprise de recolonisation de notre patrie ! , c’est à nous soumettre purement et simplement à l’état de fait ; à abandonner tout esprit de résistance et toute volonté de rétablir un jour la terre de nos ancêtres et ses citoyens naturels je veux dire : ceux qui y ont toutes leurs tombes dans la plénitude de leurs droits naturels et constitutionnels.
2 – les états généraux de la République
Parmi nos amis lecteurs, peut-être ceux qui suivaient les événements en 1990 se souviennent-ils qu’à cette époque-là, le FPI, par la bouche de son président Laurent Gbagbo, rejeta sèchement une doléance identique présentée par le PIT en prétextant que « la conférence nationale n’était pas une panacée ». Ceux-là trouverons alors un peu court l’argument de Damana : 12 mots en tout et pour tout !, alors qu’ils aimeraient peut-être savoir très précisément pourquoi le FPI qui hier rejetait toute idée de « conférence nationale souveraine », croit aujourd’hui que de vagues « états généraux de la République » seraient un remède à la mesure d’un mal infiniment plus grave et plus pernicieux que celui dont la Côte d’Ivoire souffrait en 1990…
3 - le Président du FPI […] cristallise sur lui les attentes du peuple Ivoirien
Il s’agit là d’une assertion gravissime dans le contexte actuel, parce qu’elle est fausse. Et elle est d’autant plus grave que c’est une croyance très répandue parmi ceux qui parlent aujourd’hui au nom du FPI – et qui ont, d’ailleurs, un peu trop tendance à le faire comme si pour eux le Fpi englobait indistinctement l’ensemble de la Résistance nationale ! Selon eux, si on a libéré Affi et consort, c’est parce que prisonniers, ils faisaient peur à ceux qui les avaient fait jeter en prison. Mais ils semblent ne plus du tout savoir qui les a livrés à leurs ennemis, et aucun d’eux ne paraît même capable d’imaginer le rôle décisif d’une opinion nationale rétive, inflexible, irréductible, indomptable, comme déterminant principal de ce qu’ils célèbrent comme une victoire miraculeuse de leur seul parti ! Mais est-ce que des gens qui se sont toujours crus prédestinés par leur dieu particulier à diriger notre peuple, et qui concevaient cette fonction comme celle du berger et de ses chiens guidant des moutons, peuvent comprendre cela ?
Ni 1999, ni 2000, ni 2002, ni 2011 ne leur auront appris cette humilité qui est l’une des qualités essentielles des plus grands conducteurs de peuples ! Aussi, dans leur bouche, une déclaration comme « La Coalition des patriotes ivoiriens en exil (COPIE) salue cette volonté clairement exprimée des dirigeants du Front Populaire Ivoirien de répondre aux aspirations véritables des populations ivoiriennes » sonne-t-elle comme une pure plaisanterie, si ce n’est pas la manifestation désinvolte d’un cynisme particulièrement odieux. Car si Damana et ses amis sont vraiment sérieux, s’ils ne sont que maladroits dans le choix de leurs mots, ils devraient au moins savoir que d’après la vulgate de leur parti, c’est depuis 1988, voire depuis 1982, qu’existerait chez eux « cette volonté… etc » ? Or, au bout des trente années écoulées depuis lors, qu’en est-il résulté ? Rien que cet immense chaos, qu’ils ont aussi püissamment contribué à installer.
4 – « La COPIE adhère pleinement à la vision du Président Pascal AFFI N’guessan sur la réconciliation nationale dont le Président Laurent Gbagbo est le socle et lui apporte un soutien total. »
Qu’est-ce qu’une telle profession de foi peut bien vouloir dire ? Inutile de chercher, ça n’a pas de sens !
Si ces gens étaient vraiment capables d’une véritable réflexion politique, ils devraient admettre que Laurent Gbagbo, s’il mérite certainement d’être rendu purement et simplement à la liberté, il n’a plus en revanche aucun avenir politique en Côte d’Ivoire ; que, même s’il avait l’ambition de « revenir », la Côte d’Ivoire, elle, a désormais tout intérêt à ce qu’il n’en fasse rien, car il ne pourrait revenir en politique que pour être un autre Bédié…
Pauvre Laurent ! Je ne doute pas que tu ais été parfois sincère, au moins à tes débuts, quand, porté par ton propre enthousiasme et par certaines complaisances médiatico-politiques hexagonales – pas toutes désintéressées –, tu croyais pouvoir voguer longtemps en toute sûreté sur les eaux troubles de la social-démocratie française. Aussi n’as-tu pas pris le temps ni la peine de te forger un instrument réellement à la mesure de ton ambition ou, au moins, à la mesure des conditions du combat politique dans un pays comme la Côte d’Ivoire houphouéto-foccartienne. De passage à Abidjan au début des années 1990, Abdoulaye Wade alors un drôle d’opposant lui-même, t’en avais pourtant averti quand il prononça cette formule étrange : « La Côte d’Ivoire n’est pas n’importe quel pays ! » Sous entendu : ça sera plus compliqué pour vous de vous en sortir que partout ailleurs…
FPI, pour Front populaire ivoirien. Refondation, pour tout programme… Un sigle et un slogan qui, dans un contexte historique particulièrement glauque, s’avèreront d’une formidable et d’une dangereuse efficacité, beaucoup y trouvant le camouflage idéal pour abriter leurs ambitions de carrière tout en faisant l’économie d’un véritable engagement idéologique. Ils y affluèrent donc comme les mouches autour d’un pot de miel. Il n’y manqua même pas les traîtres potentiels, qui s’y embusquèrent, ou qu’on y prépositionna, pour attendre le moment où ils pourraient servir : un Louis-Henri Dacoury-Tabley, un Raphaël Lakpé, un Mamadou Koulibaly, entre autres…
Tout alla bien tant que se maintint la ferveur populaire et la faveur des « amis de l’extérieur ». Et puis un jour, comme il advient toujours dans les pactes avec le Diable, les choses se gâtèrent quand il a fallu donner son âme. Et ce fut la comédie électorale de novembre 2010, puis le coup de grâce du 11 avril 2011… Mais ce jour-là, le vrai drame, ce ne fut pas la chute d’un homme et de son régime ; ce fut la révélation du néant politique que jusqu’alors le sigle « FPI » et le slogan « Refondation » cachaient aux foules de jeunes prêts à se sacrifier pour leur idole.
5 – en guise de conclusion
Une guerre, civile ou étrangère, se gagne ou se perd. Et puis, celui qui a perdu, pourvu qu’il ait assuré ses arrières en intégrant dans ses plans l’éventualité de cette défaite, peut espérer renaître… Nos « refondateurs », eux, n’avaient aucun plan, ni d’offensive ni de défensive. Encore heureux que nous ayons dans notre généalogie nationale ces peuples admirables, dont l’esprit d’indépendance, qui déjà exaspérait tant Angoulvant vers 1910 – il appelait cela l’« instinct atavivique d’indépendance » –, leur fait comme une carapace face à qui prétend les réduire à sa merci.
La force qui maintint Gbagbo à flots de 2002 à 2010, ce n’est pas son « charisme », ni l’appareil d’un FPI fantomatique, ni Blé Goudé et ses gesticulations, encore moins la science militaire de nos braves matamores de chefs d’état-major successifs, mais cet « instinct »-là !… C’est grâce à lui si après le 11 avril 2011, malgré tous les efforts de nos opiâtres et insatiables prédateurs pour nous démoraliser, nous ne sommes pas encore redevenus une consentante et inerte néocolonie française sous-traitée au Burkina Faso et aux autres pays-CEDEAO en guise d’« espace vital ». C’est grâce à lui si les vrais artisans du coup d’Etat le plus long de l’histoire, c’est-à-dire la France des affairistes sans scrupules, comprenant qu’elle ne nous aurait jamais à l’usure comme elle l’avait espéré, tente maintenant de récupérer les éléments modérés du FPI encore utilisables pour appâter l’opinion en vue de la retourner en faveur du régime fantoche. L’étrange ballet auquel nous assistons depuis la libération conditionnelle d’Affi et de ses compagnon n’a pas d’autre signification.
Je ne sais pas si c’est sciemment qu’Affi se prête à ce jeu de dupes. Je ne veux même pas me poser la question. Car dans cette affaire, en tout état de cause, Affi n’est que le pot de terre, et il ne pourra que se briser contre la volonté de domination de ceux qui ont tout organisé depuis 1993 afin que la disparition de leur cher Houphouët-Boigny ne signifie pas la fin de la main-mise de la Françafrique sur notre patrie. S’il le sait, tant mieux pour lui et pour le FPI. Sinon, il ne tardera pas à l’apprendre…
Des milliers d’Ivoiriennes et d’Ivoiriens sont morts en bravant les armes françaises et onusiennes parfois déguisées en « forces nouvelles ». Est-ce que, sous prétexte d’on ne sais quelle « réconciliation nationale », il faut laisser les ennemis de notre patrie croire que tous ces frères et sœurs, toutes ces filles et tous ces fils qu’ils nous ont tués depuis 1999 jusqu’à aujourd’hui, c’est « cadeau » ?
Voilà la seule vraie question à laquelle toute l’histoire de ce pays depuis ses commencements nous commande de répondre à cette heure ! Et ce serait le comble de l’aveuglement, voire une trahison, d’accepter que ceux qui, après avoir capté la confiance de tout un peuple, n’ont  pas été capables de le conduire à la victoire, ni de lui ménager les moyens de se protéger contre l’humiliation et les spoliations après la défaite, viennent dire qu’ils détiennent seuls la légitimité pour y répondre. Surtout quand nous les voyons si près de rendre les armes alors que le combat n’a pas cessé.
Marcel Amondji

jeudi 10 octobre 2013

"On venait de trouver du pétrole en Centrafrique et les Chinois allaient commencer un forage"…

zimbio.com

L'écrivain, journaliste et cavalier Jean-Louis Gouraud (La bride sur le cou, Actes Sud, 19 euros) a deux chagrins d'amour : son pays et la Centrafrique. Heureusement qu'il y a les chevaux pour le consoler. Ils sont au pré dans sa propriété du Gâtinais et aux murs dans son appartement de la rue Duguay-Trouin (Paris 6e). "La seule rue de Paris en forme de fer à cheval", se plaît-il à dire. C'est là que nous dînons chinois, ce soir, avec l'ancien président de la Centrafrique François Bozizé. Je ne devrais pas dire l'ancien car il n'y en a pas de nouveau, puisqu'il n'y a pas eu d'élections. Depuis le sommet de La Baule, en 1990, les présidents africains sont élus démocratiquement. Exemple récent : Paul Kagame, réélu président du Rwanda avec plus de 93 % des voix, sacre bizarre qui n'a ému aucune grande conscience morale occidentale. J'ai un faible pour Kagame – l'homme qui place la lecture avant l'amitié dans la liste de ses priorités humaines et qui se cache chaque jour pour manger son assiette de riz – mais, tout de même, je m'interroge. J'admets que j'aurais voté pour lui, d'une part parce qu'il était l'unique candidat encore vivant, d'autre part parce que c'est le seul homme politique dont les interviews me font rire. Je crois que, dans la presse française, c'est, avec les lectures de Beigbeder dans Le Figaro Magazine et les outrages de Bedos dans Elle, ce que je préfère lire.
François Bozizé, 67 ans. Calme du militaire dans l'élégance du sapeur. Un Africain ne sort jamais sans sa veste, surtout s'il vient d'en prendre une dans son pays. Élu deux fois démocratiquement président de la Centrafrique. A quitté Bangui le 23 mars 2013, sur l'insistance de l'ambassadeur de France, dont j'ai oublié le nom. On oublie le nom des ambassadeurs de France, sauf quand ils écrivent de la poésie. Les Centrafricains n'ont pas eu de chance : le pillage de leur pays et le massacre de leur population ont commencé au plus fort de la crise syrienne. La Syrie, c'est plus près de la France que la Centrafrique. Les Rwandais ont eu le même problème en 1994 : la guerre en ex-Yougoslavie a masqué leur génocide. Il ne peut pas y avoir deux massacres dans le même journal télévisé, c'est technique. Heureusement que la diplomatie russe a calmé le jeu au Moyen-Orient : du coup, les caméras ont pu se tourner vers Bangui et nous avons enfin mesuré l'étendue du drame vécu par les Centrafricains. Dans ce pays où il n'y avait pas grand-chose, il n'y a plus rien. "Les voyous de la Seleka ont même volé les portes, les fenêtres, les chaises", raconte Bozizé. Il n'y a plus de chaises en Centrafrique, du coup tout le monde est obligé de s'asseoir sur le sol maculé du sang des victimes de la Seleka. J'imagine les marchés soudanais et tchadiens : échoppes remplies de portes, de fenêtres et de chaises centrafricaines. Ça doit être encombrant. 80 % des miliciens de la Seleka, dont le nombre est estimé à 5 000 dans Bangui et à 15 000 en brousse, sont des étrangers venus des pays voisins, notamment le Tchad. Ce n'est pas une guerre civile, c'est une invasion, et elle a lieu avec une barbarie innommable. Bozizé, désemparé devant le désastre et son riz cantonais. Se sent trahi par ses voisins qui étaient ses amis : Deby, Nguesso, Bongo. Ne comprend pas pourquoi ils ont laissé faire un tel saccage. On venait de trouver du pétrole en Centrafrique et les Chinois allaient commencer un forage. Hasard du calendrier ? François Bozizé se lève. Demain, il part pour Bruxelles. On lui conseille en haut lieu, dit-on, de quitter la France. Victime, donc coupable ? Un président africain francophone, ayant fait ses études à l'École de guerre, démocratiquement élu à deux reprises, chassé du pouvoir par un putsch pensé et organisé d'un pays voisin, devrait au contraire être protégé par la France avant d'être rétabli, si besoin à la faveur d'une nouvelle élection, dans ses droits et prérogatives. Bozizé revient : son chauffeur a disparu avec la voiture. On retrouvera les deux quelques minutes plus tard, mais on a eu chaud.

Patrick Besson

Titre original : "BANGUI LA CROQUÉE"

Source : Le Point 10/10/2013

mercredi 9 octobre 2013

QUAND L’UTOPIE SE MUE EN TRAGÉDIE

PLANIFICATION ÉCONOMIQUE ET CONFLITS POLITIQUES EN CÔTE D’IVOIRE

1 - INTRODUCTION
Description d'une utopie récurrente

« La prospective est importante pour un pays. Il faut qu'on sache où on va pour mettre en place des plans afin d'atteindre les objectifs escomptés. Les politiques doivent prendre en compte les préoccupations des populations. » Pokou Koffi, secrétaire permanent du Bureau national de la prospective et de la veille stratégique (L'Inter 29/03/2013).

Le temps politique ivoirien se caractérise par une espèce d’immobilité ou plutôt de mouvement circulaire incessant, ce qui revient d’ailleurs au même. Sur le plan humain, cela se traduit par une forme d’amnésie rétrograde dont semblent affligés non seulement les politiciens professionnels, mais aussi tous les citoyens que leur profession rapproche de la politique à un titre ou à un autre : hauts fonctionnaires, universitaires, journalistes, hommes d’affaires, chefs coutumiers, syndicalistes, militants associatifs… C’est sans doute à cette particularité de la société ivoirienne que pensait le dramaturge Souleymane Koly lorsqu’il écrivait : « En  Côte d’ivoire, carrefour, émergence dans de nombreux domaines, les idées naissent, grandissent mais on ne les pérennise pas. En fait l’ensemble de la communauté ne s’empare pas de la chose pour en assurer le suivi ». L’histoire des programmes ou plans de développement que le pays a connu depuis que ses habitants ont recouvré – au moins en théorie – le droit de se gouverner eux-mêmes, constitue une bonne illustration de cette double réalité.

Entre 1970 et 1994, la Côte d’Ivoire s’est donné une série de programmes de développement économique, social et culturel. Ces programmes très ambitieux avaient nom Côte d’Ivoire 2000, Côte d’Ivoire 2010, Côte d’Ivoire 2025, les nombres représentant l’année (le millésime)  où le plan correspondant devait normalement produire les changements qualitatifs attendus sur la société ivoirienne et sur son environnement.

A côté de ces trois projets, conçus pour ainsi dire à froid et qui firent l’objet, chacun, d’une publication officielle du gouvernement, il y a lieu de signaler le Rapport de la Commission nationale de synthèse des Journées du dialogue de septembre 1989, plus connu comme le Plan Usher, du nom de l’ancien ministre des Affaires étrangères des années 1960-1970. Ce rapport, ou ce plan, fut donc rédigé alors que la crise du système Houphouët battait déjà son plein.

Remarque importante : aucun de ces programmes n’a pu être effectivement réalisé. Les deux premiers, essentiellement parce qu’ils n’avaient pas reçu l’aval d’Houphouët. Le troisième, parce que celui qui aurait pu – sous beaucoup de réserves – le réaliser, le président Henri Konan Bédié, fut chassé du pouvoir juste après son bouclage par le coup d’Etat de décembre 1999.

Même non appliqués, les deux programmes conçus sous le règne d’Houphouët n’en marquèrent pas moins l’histoire la Côte d’ivoire, notamment comme facteurs de complication des rapports naturellement conflictuels du pouvoir avec les élites ivoiriennes dont ces programmes traduisaient, en sourdine et d’une façon indirecte, le dépit de ne pas pouvoir remplir effectivement et pleinement leur fonction naturelle dans leur propre pays. Il suffit de parcourir ces différents programmes pour comprendre qu’ils sont les reflets des sentiments nationalistes rentrés et des frustrations recuites de leurs auteurs. C’est cette relation que je me suis proposé d’analyser ici en toute objectivité. J’entends par là : sans porter de jugement sur le contenu de ces textes ou sur les motivations supposées de leurs auteurs. Il s’agit seulement d’examiner les faits et leurs conséquences sur le cours de l’histoire de la Côte d’Ivoire – en particulier, leur coïncidence avec certains accidents de cette histoire –, afin d’en tirer des leçons pour une meilleure compréhension des causes et des enjeux de l’interminable crise ivoirienne.

La plus grande de ces leçons, la plus triste aussi, découle du constat de cette variété très particulière d’amnésie qui affecte spécifiquement les élites ivoiriennes. L’impuissance dans laquelle, malgré l’extraordinaire esprit de suite dont elles ont toujours fait preuve – comme en témoignent justement ces projets ambitieux –, elles furent sans cesse de mener à bien leur vieux rêve d’être enfin les vrais et les seuls maîtres dans leur propre pays, les a-t-elle persuadés qu’ils n’en étaient pas capables ou que cela n’en valait plus la peine ? Car, ce rêve qui leur tenait apparemment tant à cœur quand elles n’avaient aucune chance de pouvoir le réaliser, on dirait qu’elles l’ont totalement abandonné depuis que sa réalisation ne dépendrait plus que de leur seule volonté. Examinez bien le programme de chacun des grands partis qui étaient en lice lors de l’élection présidentielle de 2010 ; vous verrez qu’aucun d’eux n’a repris à son compte le moindre élément de ces programmes toujours en stand by, alors même que beaucoup de leurs membres, qu’il s’agisse de dirigeants ou de simples militants, collaborèrent avec enthousiasme à leur élaboration.

Le premier de ces projets, que la crise de l’endettement survenue juste au moment de son lancement, ainsi que les plans d’ajustement qu’elle déchaîna sur la Côte d’ivoire, relégueront d’ailleurs aux oubliettes dans l’indifférence générale, s’intitulait Côte d’Ivoire 2000 ou encore Projet de plan quinquennal 1976-1980. Pour le confectionner, le ministère du Plan avait fait appel – et c’était une première particulièrement symbolique – à l’Université nationale pour conduire, de 1973 à 1976, des enquêtes de terrain très poussées en vue de connaître les aspirations des Ivoiriens. Les résultats de ces enquêtes furent publiés sous forme de deux fascicules ronéotés : Opinions et attitudes des paysans et ouvriers ivoiriens face au développement. Enquêtes ponctuelles (en 1971), et Besoins culturels des Ivoiriens en milieu urbain. Enquêtes ponctuelles (1975).[1] On peut aussi en retrouver une partie dans le livre d’Henri Bourgoin intitulé L’Afrique malade du management.[2] Quant au plan lui-même, je n’en connais que la version condensée diffusée par le ministère du Plan sous la forme d’une luxueuse brochure en papier glacé.

Le deuxième projet, intitulé Réflexions prospectives 2010, et que ses auteurs présentaient comme la première phase de l’élaboration du Plan de développement 1986-1990, tombera lui aussi on ne peut plus mal, puisqu’à la crise de l’endettement s’ajoutait alors les difficultés provoquées par l’effondrement du prix du cacao. Ce document existe sous deux formes : une version intégrale et une version condensée, toutes les deux ronéotées.

Le Plan Usher tient une place à part tant à cause de l’histoire personnelle de son auteur principal qu’à cause de l’époque de sa confection. Voici ce qu’un hebdomadaire du Burkina Faso, Le Journal du jeudi, en disait dans sa livraison du 29 octobre 1992 : « On exagère à peine en disant que l’histoire déteste Me Arsène Usher Assouan. Sinon, il serait le signataire du programme le plus audacieux et le plus nationaliste de la Côte d’Ivoire. Porté à la tête de la commission nationale de synthèse des journées du dialogue des 21, 22, 23, 24, et 25 septembre 1989, l’ancien ministre des Affaires étrangères, alors maire de Cocody, avait dégagé des pistes qui, si elles étaient suivies, allaient déboucher sur des éclaircies notables. Ce qu’il est convenu d’appeler le plan Usher est l’expression du consensus national exprimé en 1989. Il porte la marque de toutes les forces vives du pays. Malheureusement, il fut écarté à la sauvette au profit d’abord du plan Koumoué Koffi, puis du plan [Alassane Ouattara]. Fait grave, les Ivoiriens n’ont jamais eu l’occasion de prendre connaissance des recommandations de la commission Usher. Cependant, les initiés découvrent que le Premier ministre lui-même puise dans ce plan et que le président de l’Assemblée nationale y a sans doute trouvé son idée d’emprunt national. Aujourd’hui, c’est clair, si le Pdci avait respecté les conclusions des journées nationales du dialogue, le pays serait épargné de bien des maux dont il souffre actuellement : fiscalité, faiblesse de l’épargne nationale, crise de l’école, malaise paysan, etc… ».

Le troisième projet, Côte d’Ivoire 2025, devait être le grand œuvre du règne d’Henri Konan Bédié. Nourri lui aussi par une enquête de terrain sur les aspirations des Ivoiriens réalisée pendant l’été 1993, ce projet « affichait, selon Daniel Kablan Duncan, le Premier ministre de cette époque, une volonté politique soutenue depuis l’aube de l’indépendance : s’affranchir de la dictature du court terme par l’anticipation dans les prises de décision qui engagent l’avenir de toute la communauté nationale et perpétuer une tradition qui peut compter sur le capital humain et l’expérience développées depuis plus d’un quart de siècle dans notre pays en matière de réflexion prospective. »[3]

Le quatrième de ces plans, enfin, Côte d’Ivoire 2040, lancé en 2009, promettait d’être particulièrement intéressant, sinon en lui-même, du moins parce que ses initiateurs l’ont fait précéder par tout un travail critique très exigeant sur toutes les études prospectives antérieures. Malheureusement lui aussi aura été victime d’un accident politique mortel : le scrutin présidentiel controversé de 2010 et la petite guerre civile qui s’en est suivie.


NOTES

[1] - Université nationale de la Côte d’Ivoire/Institut d’ethno-sociologie (UNCI/IES), Abidjan.

[2] - Editions Jean Picollec, Paris 1984.

[3] - Côte d'Ivoire 2025. Rapport de synthèse. Éditions Neter, Abidjan 1997.

(à suivre)

lundi 7 octobre 2013

Communiqué du porte-parole du président Laurent Gbagbo



J. Katinnan KONÉ
Depuis quelques temps, il m’est donné de constater que de nombreuses personnalités, au sortir d’une visite au président Laurent Gbagbo injustement incarcéré à La Haye, tiennent publiquement des propos qu’elles affirment détenir de lui.
Tout en témoignant que le président Laurent Gbagbo apprécie hautement et sincèrement ces visites qui lui sont accordées et s’honore de la grande mobilisation qui s’organise autour de sa personne, il tient cependant à démentir formellement tous les propos qui lui sont attribués ces derniers temps, propos relayés aussi bien par la presse écrite que par les réseaux sociaux.
C’est le lieu de rappeler à tous les compatriotes aussi bien de la Côte d’Ivoire que de la diaspora, aux démocrates africains et du monde entier, à la presse nationale et internationale, à la presse en ligne et aux animateurs des réseaux sociaux, que depuis le 26 mai 2011, le président Laurent Gbagbo a organisé lui-même la tenue de sa parole de la manière suivante :

1 - Toutes les questions juridiques et de procédures judiciaires relèvent uniquement de son conseil. C’est lui qui organise toute la communication autour de ces questions.

2 - Pour les autres questions, notamment politiques, il a nommé un porte-parole. C’est également à lui qu’incombe le devoir de relayer officiellement, la parole du Président Laurent Gbagbo.

Dans l’intérêt bien compris de nous tous, et dans le souci de rendre efficaces toutes les diverses actions qui sont entreprises pour obtenir sa libération attendue de tous, je demande, en son nom, de se conformer strictement à l’organisation qu’il a lui-même mise en place pour assurer la tenue de sa parole.

Justin Katinan Koné, ancien ministre, porte-parole du président Laurent Gbagbo.

Source : CIVOX. NET 7 octobre 2013

REQUIEM POUR UN IDÉAL ASSASSINÉ



A l’occasion du simulacre de congrès qui vient de reconduire à la direction nationale du Pdci-Rda d’Henri Konan Bédié, l’un des hommes peut-être les moins dignes de l’être depuis qu’il s’est spécialisé dans le rôle de faire-valoir de Ouattara, nous offrons à nos amis lecteurs et sympathisants ce billet de notre collaborateur Marcel Amondji. 
Article prémonitoire mais, paraît-il, fort mal compris lors de sa première parution dans Téré, l’éphémére organe du Parti ivoirien des travailleurs (Pit), sous son titre original : « Gardons nos rêves… ».

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« Gardons nos rêves… »

Houphouët aura joué bien des mauvais tours à ceux qui, les premiers, l’aidèrent à se hisser sur les sommets où il se tient, mais le plus mauvais de tous ses tours fut, sans aucun doute, celui qui eut pour conséquence cette désaffection des Ivoiriens – des plus jeunes surtout – vis-à-vis de tout ce qui touche à ces temps cruels et héroïques où la Côte d’Ivoire naquit à l’histoire comme nation, c’est-à-dire : comme « volonté consciente d’elle-même » et tendue vers cet idéal : recouvrer la dignité des femmes et des hommes qui la composent. 
Parlez, à des jeunes Ivoiriens, des années 1944, 1946, 1949 ou 1950, ils vous riront au nez : « Et en quoi cela nous concerne-t-il ? Nous n’étions pas nés. » Ou « Nous étions trop petits. Ce qui nous intéresse, c’est aujourd’hui ; c’est demain. C’est notre avenir… »
Et comment ne pas en convenir avec eux ! C’est, en effet, cela, leur avenir, qui est véritablement important !
Mais aussi, comment ne pas être inquiet ? Quel avenir pourront-ils construire, ces jeunes, s’ils ignorent ce que firent (ou furent) leurs pères et leurs grands-pères ; s’ils ignorent pourquoi ils le firent, et, aussi, pourquoi ils échouèrent. Et s’ils ignorent comment il s’est fait qu’eux, les enfants et petits-enfants de ces hommes, ils méprisent si ouvertement le rêve qu’ils firent il y a 45 ou 50 ans ; le rêve auquel ils sacrifièrent le meilleur d’eux-mêmes, mais qu’ils ne purent réaliser ?
La désaffection de la jeunesse vis-à-vis de tout ce qui touche au Pdci dans son acception actuelle est normale, hélas ! Et il serait absurde de la lui reprocher. Le seul coupable, c’est Houphouët. C’est lui qui a fait un repoussoir de ce nom qui fut si glorieux en 1949 et en 1950. Aujourd’hui, la jeunesse rejette le Pdci parce qu’elle rejette Houphouët avec ceux qui permirent son ascension et ceux qui favorisèrent son maintien. Cela est normal. Cela est sain, même. C’est la preuve que la jeunesse ivoirienne a faim d’autre chose que de faux-semblants et de mensonges.
Et il est tellement vrai que, depuis 1951, ce qu’on appelle le Pdci n’est qu’un faux-semblant et qu’un mensonge !
Mais, faut-il, avec l’eau de son bain, jeter aussi l’enfant ?
Au-delà d’un sigle devenu méprisable comme ceux qui s’en couvrent pour mieux tromper le peuple, il y a tout l’héritage des martyrs de notre mouvement anticolonialiste. La véritable tradition historique du Pdci-Rda est le patrimoine de tous les Ivoiriens, quel que soit leur âge. « Le Pdci, a dit un jour Philippe Yacé dans un étrange éclair de lucidité, le Pdci a été une patrie ! »(*) Notez bien l’emploi de ce passé révolu : « Le Pdci a été… ». Il ne l’était donc plus en 1970 !
Oui ! Le Pdci a été une patrie… Jusqu’en 1950. Et c’est cela, le Pdci en tant que patrie, que, depuis 1951, Houphouët s’est acharné à nous faire oublier, avec la complicité passive ou active de Philippe Yacé et de quelques autres.
Faut-il que nous leur donnions ce bonheur, de les laisser tous mourir avec le sentiment d’avoir réussi leur coup ? Or c’est le risque que l’on prend lorsque, pour désigner le ramassis d’arrivistes et de carriéristes qui grouillent aux pieds d’Houphouët, et dont les médiocres ambitions et l’appétit d’argent et de titres ont fait de notre patrie cette ruine, on traîne, à leur exemple, le nom de Pdci dans la boue.
Gardons-nous de rejeter les idéals de nos pères et de nos grands-pères avec ceux qui ont manqué à leurs devoirs envers eux. Laissons-leur le sigle, cette coquille aujourd’hui vide, puisqu’ils y tiennent tant – ainsi le vice rend hommage à la vertu –, mais gardons ce qu’il a représenté pour des millions de simples gens de ce pays.
Gardons notre rêve séculaire d’une patrie à reconquérir et à faire prospérer.

Marcel Amondji
(Téré n° 20 du 19 au 25 avril 1991)


(*) - Actes du Ve Congès du Pdci-Rda, 1970.

dimanche 6 octobre 2013

LES TROUS DE MÉMOIRE DU PRÉSIDENT BÉDIÉ



Lors de la cérémonie d'ouverure du 12ème Congrès du PDCI-RDA, le Président Bédié a procédé à juste titre à un rappel de l'actualité politique des 20 dernières années dans notre pays. Ce rappel historique s'avère très utile pour la compréhension du présent et de l'avenir.
Cependant, il le serait davantage pour les générations futures, s'il prenait en compte les éléments essentiels qui engagent en toute honnêteté la responsabilité de M. Bédié dans la longue crise que connaît notre pays. Car les faits sont têtus. Et sont de surcroît des faits contemporains dont je voulais rappeler ici quelques uns :
Bédié triomphant
après sa reélection à la présidence du Pdci.Rda
- M. Bédié aurait pu reconnaître la responsabilité de son Parti dans la déchirure que connait notre Nation en raison de sa politique de l'ivoirité qui s'est traduite par la révision des dispositions électorales à la Présidence de la République excluant Alassane Ouattara et entrainant la rupture de fait de l'équilibre socio-politique dans notre pays. Que ce soit le Coup d'état de 1999 ou la rebellion de septembre 2002. La principale revendication des auteurs a été la question de la recevabilité de la candidature de Ouattara. En initiant une politique à relents ivoiritaires M. Bédié a causé la fracture sociale de Nation par dissémination de germes conflictuels exclusionnistes dans un pays dont Houphouet avait fondé la richesse sur la diversité des peuples et des cultures. Avec sa politique de l'ivoirité M. Bédié est responsable de la fracture de la nation et de la cohésion sociale.. Il doit avoir le courage de l'assumer et le confesser. Qui ne se souvient des écrits terribles de son protégé Tapé Koulou, dont M. Bédié financait le tristement célèbre journal Le National, monté de toutes pièces pour divulguer la haine et le venin de M. Bédié contre Ouattara et les peuples du Nord. Le temps n'est pas synonyme d'oubli et de perte de mémoire collective.
- M. Bédié a cité les violations de la liberté d'expression des journalistes sous Gbagbo. J'aurais aimé qu'il cite un seul nom de journaliste mis en prison sous Gbagbo pour ses écrits par devoir de rigueur intellectuelle. Par contre, ce dont je me souviens encore comme hier, c'est plûtot M. Bédié qui a fait condamner Ahmed Bakayoko, alors directeur de publication du journal Le Patriote, pour avoir publié : « Bédié était au stade, le malheur aussi », suite à une défaite des Eléphants au stade Houphouët-Boigny. L'actuel ministre de l'Intérieur passera 8 mois à la Maca. C'est toujours sous M. Bédié que la dissolution de la Fesci a été prononcée. Comme on le fait dans les régimes communistes. Soro Guillaume, alors secrétaire général de la FESCI, poursuivi par toute la police nationale. Marcel Dibonan Koné, son ministre de la Sécurité se jouant le grand « shérif » sur les plateaux de Télé à la recherche de Soro alors « wanted ». Blé Goudé, secrétaire général à l'organisation de la FESCI, arrêté et enchaîné sur un lit d'hopital. La Fesci décapitée, dont les membres forment aujourd'hui la principale ossature de la rebellion de Ouattara, des patriotes de Gbagbo et des jeunes révoltés de notre pays. Car c'est dans l'adversité que se forgent les plus grandes révolutions. Tout cela est donc une création de la gestion du pouvoir d'Etat de M. Bédié. Par contre, je me souviens bien que c'est sous Gbagbo le dictateur que la loi dépénalisant les délits de presse a bien été prise en 2004.
- Par ailleurs, c'est encore le « dictateur » Gbagbo qui a permis à M. Bédié et à M. Ouattara de rentrer au pays suite au forum de réconciliation nationale que le « sanguinaire dictateur Gbagbo » a organisé, alors que ceux-ci étaient en exil en France depuis le coup d'Etat de 1999. Avant que Bédié ne rentre, c'est encore le « dictateur » Gbagbo qui a aménagé une résidence d'Etat ayant un mur mitoyen avec la Résidence officielle du Président à Cocody pour y accueillir M. Bédié. Gbagbo est un dictateur de type particulier qui pendant 8 ans a même continué de verser le salaire à ses militaires déserteurs qui étaient dans la rébellion. C'est vraiment trop facile de faire croire que tout a été la faute du seul Gbagbo, que je n'absous pas pour autant ! Mais il ne peut être seul comptable du déclin de notre nation. Chacun des soit-disant « 3 Grands » devrait humblement reconnaître et confesser sa responsabilité pour les générations futures.
- M. Bédié a aussi parlé de la gestion clanique du pouvoir Gbagbo. Des cadres du PDCI que le pouvoir Gbagbo aurait démis de leurs postes. Ne me faites pas rigoler. C'est le monde à l'envers. M. Bédié a oublié de parler de ce qu'on a appellé les Mercredis de Bédié. Sur la base de sa politique ivoiritaire, tous les conseils de ministres étaient l'occasion pour lui de licencier les Directeur général et Président du conseil d’administration, proches du RDR. C'est ainsi par exemple que N'Golo Coulibaly (actuel médiateur de la République de Ouattara), alors Président du conseil d’administration de la Société ivoirienne de raffinage (SIR), était renvoyé sans ménagements au profit d'un proche de Bédié en plein Conseil d'administration. Alors même que, la veille au soir, il avait pris part à une réunion avec son ministre de tutelle Niamien N'goran au cabinet qui n'a pas pris soin de lui remettre son courrier de limogeage que lui portera en main propre son successeur en plein Conseil d'administration le lendemain matin. C'est cruel. Et cela forge l'adversité. Pour avoir été conseiller technique de la plupart des différents Directeurs généraux du BNETD, je connais encore mieux le cas Ahmadou Gon (actuel secrétaire général de la Présidence), qui a vécu la pire des injustices au BNETD lorsque M. Bédié a préféré faire appel à Tidjane Thiam de l'extérieur plutôt que d'opter pour une promotion interne en faisant confiance à Ahmadon Gon issu de la mauvaise tribu à cette époque de l'ivoirité. Ahmadou Gon devant alors se contenter d'un poste de Directeur général adjoint oisif sans contenu réel. Il sera contraint à la démission et rejoindra Alassane Ouattara au FMI qui lui trouvera un point de chute dans son réseau de cabinets de consultance en Afrique centrale. Et ces exemples de frustrations des cadres du Nord font légion. C'est depuis cette date que tous ces cadres proches de Ouattara seront mis à la touche. Et c'est ce que son allié Ouattara croit vouloir régler en parlant maladroitement de rattrapage ethnique. Par contre, je me souviens bien que c'est la politique de recrutement par appels à candidature du « dictateur Gbagbo », initiée pour le recrutement des dirigeants des régies financières de notre pays, qui a révélé à la Côte d'Ivoire 3 hauts cadres du PDCI qui ne sont pas de son ethnie. Diby Koffi, cadre PDCI d'ethnie baoulé (actuel ministre des Affaires étrangères), alors Directeur général du Trésor, Niamien Konan, d'ethnie baoulé (actuel ministre de la fonction publique), alors Directeur général  de la Douane et Feh Kessé, militant PDCI (actuel conseiller du Premier ministre Duncan), alors Directeur général des impôts.
J'aimerais bien avoir le même souvenir d'un tel haut fait d'équité dans la gestion des Ressources Humaines sous M. Bédié, qui est un farouche partisan de la gestion clanique et tribaliste de l'Administration centrale. Allant jusqu'à écrire dans le seul livre dont il est l'auteur : « Seul le peuple Akan est prédestiné à la gestion de la chose publique et de l'Etat hérité de la royauté ». Sans commentaires !
M. Bédié devrait avoir le courage, l'humilité et l'honnêteté intellectuelle de reconnaître sa très grande part de responsabilité dans le déclin de notre pays. Hier c'est la constitution du pays qu'il avait amendé pour empêcher la candidature de Ouattara. Cela a créé le RDR et la fracture socio-ethnique dans notre pays. Aujourd'hui, ce sont les textes statutaires du PDCI qu'il [a changés] pour demeurer président à vie du Parti.... On verra bientôt l'ampleur des dégâts de sa dernière œuvre de destruction massive de l'héritage du Père fondateur.

Armand Gérard OBOU, ingénieur expert en Économie numérique, libre citoyen

Sous cette rubrique, nous vous proposons des documents de provenance diverses et qui ne seront pas nécessairement à l’unisson avec notre ligne éditoriale, pourvu qu’ils soient en rapport avec l’actualité ou l’histoire de la Côte d’Ivoire et des Ivoiriens, et aussi que par leur contenu informatif ils soient de nature à faciliter la compréhension des causes, des mécanismes et des enjeux de la « crise ivoirienne ».

Source : La Dépêche d'Abidjan 6 Octobre 2013

jeudi 3 octobre 2013

« Est-il normal que le secrétaire général d’un parti ne soit pas associé à la préparation de son congrès ? »



Interview d’Alphonse Djédjé Mady

 Malgré l’enthousiasme du pré-congrès autour d’Henri Konan Bédié, président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci), Alphonse Djédjé, candidat à la succession de ce dernier, dit maintenir sa décision de l’affronter dans les urnes.



Avant le pré-congrès du Pdci-Rda, vous avez lancé un appel à la mobilisation des militants. Quels commentaires faites-vous du succès de ces travaux ?
Si le pré-congrès s’est bien passé, tant mieux. C’est ce que nous souhaitions. Le Pdci-Rda est avant tout un parti de paix, de dialogue, de tolérance. Nous souhaitons qu’on dise que le pré-congrès s’est bien passé. Mais ce n’est qu’un pré-congrès, une instance informelle. Il ne faut pas trop vite crier victoire. C’est un moment de déblayage du terrain, pour essayer d’élaguer les sujets qui peuvent être discutés au Congrès. Le pré-congrès n’est pas une instance statutaire, ni réglementaire du Pdci.

Pourquoi ne pas vite crier victoire ?
Mais des journaux ont titré : « des candidats en roue libre », « tel candidat déjà victorieux ». Personne n’a voté à ces pré-congrès pour des candidats. Quand généralement ceux qui sont chargés de préparer le Congrès sont l’équipe de campagne d’un candidat, c’est tout à fait normal qu’on s’attende à ce genre de choses. Attendons d’arriver au Congrès ; que tous les congressistes statutaires y soient, qu’ils s’expriment au bulletin secret, dans les urnes. C’est cela la démocratie. Celui qui aura gagné, aura gagné et va gérer le parti pendant les cinq années à venir, avec la collaboration de tous. Mais il ne faut pas crier victoire à partir d’instances qui ne sont pas des instances de décisions.

Les aspirations exprimées à ces pré-congrès n’influenceront-elles pas forcément le Congrès ?
On peut s’y attendre, il ne faut pas se méprendre. Je ne veux pas entrer dans les polémiques de ceux qui organisent mais je dis simplement que l’instance qui décide, c’est le Congrès. Tout le reste est informel…. Au Congrès, la véritable démocratie devra se manifester et faire en sorte que les élections soient transparentes et que le résultat soit incontestable.

Est-ce que vous êtes en train de dire que ceux qui ont organisé le pré-congrès sont favorables au président Bédié ?
Je ne le dis pas ; c’est ce qu’ils sont. C’est évident, l’équipe de préparation du Congrès a été mise en place par le président Bédié qui se passe des dispositions des statuts. Malheureusement, elle n’a pas l’intelligence nécessaire pour garder une relative neutralité. Ils sont en même temps Comité d’organisation et Comité de campagne. Cela n’est pas normal. Nous avons toujours demandé l’application des textes. Nous avons dit que ce qui se passe n’est pas conforme aux textes. Un seul petit exemple, le conclave des secrétaires généraux : vous trouvez normal que le secrétaire général du Pdci soit un invité spécial ? Est-ce normal que le secrétaire général d’un parti qui prépare son Congrès ne soit pas associé à l’organisation du pré-congrès ? C’est contre toutes les dispositions des statuts et du règlement intérieur. Lors de la dernière conférence de presse que nous avons animée à trois (avec Bertin Konan Kouadio et Yao Kouassi, ndlr) nous avons lancé l’appel qu’il faut respecter la démocratie, respecter les textes en vigueur ; y compris la manière dont le Congrès se prépare. Donc tout plébiscite préfabriqué ne m’impressionne aucunement.

Vous avez dit plébiscite. Cet enthousiasme autour du président-candidat Bédié ne vous interpelle-t-il pas à vous remettre en cause ?
Pourquoi me remettrai-je en cause ? Car je ne crois pas au plébiscite.

Croyez-vous qu’il y a réellement un plébiscite ?
Je ne crois pas. Les nouvelles que nous avons de ces concertations ne parlent que de plébiscite. Allons-y aux urnes ! Est-ce que cela est compliqué ? Quand on a le soutien de ceux qui vont voter, il faut leur donner l’occasion de voter normalement, en toute liberté, en toute honnêteté et en toute démocratie. Et vous verrez le résultat escompté.

Sur quoi comptez-vous ?
Sur vous …

Nous ne sommes pas militants du Pdci…
Vous, les journalistes, pour que vous passiez les informations objectives et qu’il n’y ait pas d’intoxication de l’opinion. L’essentiel, c’est que la démocratie triomphe, que les congressistes prévus par les statuts soient au Congrès. Ils vont apporter la preuve de ce qu’on leur prête comme plébiscite, à l’endroit de tel ou tel candidat.

Le secrétaire général du Pdci, candidat à la présidence de ce parti, se laisse-t-il impressionner par des écrits de journaux ?
Je ne suis pas impressionné. Je vous dis ce que disent les journaux et moi je n’y crois pas. Rendons-nous aux urnes et elles donneront la vérité démocratique.

Quelles sont vos chances de tomber Bédié ?
Je ne cherche pas à tomber quelqu’un. Est-ce que la présidence appartient à quelqu’un ? Est-ce que le Pdci appartient à quelqu’un ? Le Pdci est le parti démocratique de Côte d’Ivoire. N’importe lequel de ses militants qui remplit les conditions peut être candidat à sa présidence. Il ne sera pas candidat contre quelqu’un. Il est candidat pour essayer d’apporter sa contribution à la gestion du parti. Dieu me garde d’être candidat contre quelqu’un. Ce n’est ni contre KKB, ni contre Kouassi Yao, ni contre les candidats à venir, encore moins contre le président Bédié. Donc je suis, à l’heure où nous parlons, le secrétaire général de par sa volonté. Donc qu’on ne me prête pas des intentions.

Une certaine opinion vous compte parmi les militants du Pdci qui s’opposent à la reconduction du président Ouattara. Qu’en dites-vous ?
Mais pourquoi ? Est-ce quelqu’un qui veut la reconduction d’un autre ? La philosophie d’un parti politique qui se respecte, c’est d’avoir un programme, une idéologie et de vouloir gagner les élections pour réaliser son programme. C’est ce qui fait qu’il y a plusieurs partis. Sinon, il y aurait un seul parti. Donc quand il doit y avoir une élection présidentielle, chaque parti a le droit, s’il le veut, de présenter un candidat. Ce n’est un crime contre personne. Dans l’accord qui lie le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp), chaque parti est libre de présenter un candidat au premier tour des élections. Au second tour, on soutient celui qui est mieux placé. Nous savons tous ce qui s’est passé en 2010. Cela n’a pas encore changé. Anaky (président du Mouvement des forces d’avenir, Mfa, ndlr) a crié qu’il faut un candidat unique dès le départ. Il n’a pas été suivi.

Ainsi, vous voulez être président du Pdci pour être candidat, face à Alassane Ouattara en 2015 ?
Ce n’est pas face à Ouattara, si le Pdci a un candidat… Pourquoi voulez-vous toujours créer des problèmes de personnes ? Quand on veut faire des propositions, est-ce forcément parce qu’on est contre le président en exercice ? Par définition, chaque parti politique a pour mission de chercher à conquérir le pouvoir d’Etat, démocratiquement, pendant les élections. Chaque parti est libre de présenter un candidat, s’il le veut. S’il ne veut pas présenter de candidat, on ne va pas l’obliger. Mais reconnaissez au moins qu’en démocratie, chaque parti est libre de présenter un candidat.

Allez-vous à ces élections parce que le Pdci pourrait ne pas présenter un candidat à la présidence ainsi que le craignent certains de vos camarades ?
Je n’en suis pas à ça. Je suis préoccupé par le fait que je vais aux élections de la présidence du Pdci parce que le Pdci doit avoir un candidat. Il faut que le Pdci vive. Et l’une de ses missions, c’est d’être candidat quand il y a des élections. Mais il y a d’autres objectifs. Aujourd’hui, en tant que partenaire du Rhdp, il doit faire preuve de fidélité et aider le président Ouattara à assumer le mandat, conformément à l’accord qui nous lie. Vous n’insistez pas sur notre contribution à faire ramener la paix au pays, pour que les perspectives d’un pays émergent en l’an 2020 soient une réalité. Au moment des élections, chaque parti devrait pouvoir présenter des candidats là où il pense qu’il a des chances de gagner.

Le Pdci aura-t-il donc un candidat en 2015 ?
Bien sûr, le Pdci doit avoir un candidat en 2015 ; ce n’est peut-être contre personne. Il y a une convention de désignation des candidats. Le moment venu, le Pdci désignera son candidat ou il dira qu’il n’en a pas. Il ne m’appartient pas, à moi de le dire.

Même le Haut-Sassandra, votre région d’origine et dont vous êtes le président du Conseil régional, dit « oui » à M. Bédié. N’est-ce pas une interpellation ?
Attendez les urnes. Les gens défendent leur bifteck. Ils n’ont pas le courage d’affirmer ce qu’ils pensent réellement. Attendons de voir… Je souhaite qu’ils soient sincères. C’est leur liberté, je ne suis pas si régionaliste que cela. Des gens de ma région peuvent ne pas me supporter comme des gens d’autres régions peuvent me soutenir. Ce n’est pas cela la démocratie. Ce n’est pas notre vœu pour la Côte d’Ivoire. Vous verrez si, au niveau du Haut-Sassandra, les congressistes ne voteront pas pour leur candidat favori. Ils doivent être libres le jour du scrutin. Des gens défendent leurs postes. Leur accord, c’est leur droit.

Que comptez-vous apporter de plus au Pdci ?
Beaucoup de choses. Qu’est-ce qui manque à une famille de sorte que le chef de famille va toujours au travail pour avoir son salaire à la fin du mois ? Il faut donc que le Pdci récupère sa place qu’il a perdue lors des élections dernières. Je suis responsable du Pdci, je suis comptable de la perte du terrain qu’il connaît actuellement. J’assume ma responsabilité de secrétaire général. Quand on reconnait sa responsabilité, on se prend des résolutions pour mieux faire. Le Pdci a trop perdu, je veux améliorer son score. C’est pourquoi je dis que je ne suis candidat contre personne. Je suis candidat pour apporter l’expérience acquise de mes 48 années de présence militante au Pdci.

Après la conférence de presse que vous avez co-animée avec Konan Kouadio Bertin (KKB) et Kouassi Yao, le 21 août, certains de vos camarades on fini par dire que vous confirmez enfin que KKB avait derrière lui Djédjé Mady.
Pourquoi voulez-vous que moi je rentre dans la tête des gens ? Nous menons ensemble un combat pour demander l’application des textes du parti. Ils sont candidats comme moi. Nous demandons qu’effectivement l’équipe chargée de préparer le Congrès ne soit pas en même temps l’équipe de campagne d’un candidat : Ce n’est pas sain. Et c’est ce que nous avons fait. Est-ce qu’il viendra un jour où nous nous mettrons ensemble, je ne suis pas Dieu pour lire dans l’avenir. On verra, mais pour le moment, je les respecte en tant que candidats. Il n’y a vraiment pas de problème. Et ils se sont déclarés candidats, il n’y a pas de problème.

L’Ard-Pdci, votre alliance est qualifiée de contrepoids au camp Bédié. Assumez-vous cette étiquette ?
C’est vous qui le dites. Cela ne m’engage en rien. Je ne l’ai jamais dit, je ne l’ai jamais pensé.

Dans tous les cas, peut-on aller défier un candidat de la trempe de M. Bédié sans avoir ou être un contrepoids ?
Est-ce que chacun, en soi, ne peut pas être un contrepoids ? Il ne faut pas insulter les autres. Celui qui se présente à une élection, c’est parce qu’il est capable de faire quelque chose. Il ne compte pas sur d’autres personnes, d’autres candidats pour faire un contrepoids. Essayons d’éviter les insultes et la minimisation des autres. Moi, j’ai 68 ans. Au plan intellectuel, au plan de ma petite expérience, je pense qu’après 48 ans de militantisme au Pdci, je peux me présenter candidat. Le Congrès décidera…

Mais quand vous voulez poser ce genre de questions, si on y prend garde, on est obligé d’attaquer les autres candidats.
Je ne suis pas de ce type là. Donc ne me parlez pas de contrepoids à l’égard du président Bédié pour qui j’ai beaucoup de respect. Et je suis pendant cette campagne, dans ma position, tout ce que je demande au bon Dieu c’est d’écarter de ma bouche toute insulte et toute invective. De ne dire que ce qui est légal. Vous dites lutter pour le respect des textes, alors que vos camarades disent qu’ils peuvent être appliqués immédiatement une fois modifiés. Il y a un arsenal de textes qui gèrent une situation dans un pays. Pour que les partis politiques, le multipartisme puisse revenir, il a d’abord fallu prévoir, dans la Constitution de la Côte d’Ivoire, la possibilité d’existence du multipartisme. Et depuis la première Constitution du pays, le multipartisme a toujours été prévu, même au temps du parti unique. La Constitution comportait la nécessité de l’existence de plusieurs partis. Seulement cela n’était pas mis en œuvre. Et le 30 avril 1990, le parti unique tenant son bureau politique a déclaré la mise en pratique des dispositions. Quand la Constitution prévoit l’existence de plusieurs partis, elle ne rentre pas dans les détails. Donc à partir de la Constitution, l’Etat de Côte d’Ivoire prend une loi qui explicite les obligations auxquelles les partis politiques doivent se soumettre. Et c’est à partir de cette loi que les partis politiques s’organisent dans la République.

Vous parlez de la loi de n°93-668 d’août 1993 ?
La loi de 1993 vient dire comment doit être constitués ces partis politiques et comment ça doit marcher. Et après chaque partis, maintenant, fait ses textes internes. C’est pourquoi quand chaque parti a fini de faire ses modifications en interne, il les soumet à l’Etat de Côte d’Ivoire par l’entremise du ministère de l’Intérieur, pour dire : conformément à cette loi, voilà ce que nous pensons pouvoir faire. Puisque vous me posez la question, je vais vous montrer, par exemple, les statuts et règlement intérieur du Pdci-Rda. Ils s’adossent à cette loi. Le l’article 107 est le dernier article des statuts du Pdci-Rda. Que dit-il ? Cet article dit : « Les dispositions des présents statuts seront publiés conformément aux lois et règlements en vigueur, notamment la loi n° 93-668 du 9 août 1993 relative aux partis et aux groupements politiques ». C’est donc à cette loi que s’adosse les statuts du Pdci-Rda. Le dernier article du règlement intérieur dit la même chose. Je vous le lis : « Article 147, copie du présent règlement intérieur, ainsi que celles de toutes modifications y apportées, seront déposées au ministère de l’Intérieur conformément aux articles 12 et 13 de la loi n° 93-668 du 9 août 1993 relative aux partis et groupements politiques ». Or, cette loi dit en son article 12 que quand il s’agit d’un congrès constitutif, les pièces à fournir qu’il faut déposer à l’article 13 au ministère de l’Intérieur qui a trois mois pour donner la suite. Durant ces trois mois s’il y a des remarques à faire, il convoque les membres fondateurs. Au bout de trois mois, s’il n’a rien dit, c’est que les documents déposés sont agréés. Mais l’article 16 de la même loi dit que quand il y a des modifications des statuts, comme le rappelle même le dernier article du règlement intérieur, s’il y a des modifications, les textes modifiés doivent subir le même parcours que lors de la déclaration quand on crée pour la première fois le parti. Ce n’est pas moi qui le dis. Oui mais il s’agit d’amender les textes d’un parti existant. Le ministère de l’Intérieur ne fait que prendre acte des modifications. La loi dit que quand on crée un parti politique, pour qu’il soit agréé il faut déposer les documents. La même loi dit : « Article 16, toute modification apportée aux statuts et règlement intérieur des partis ou groupements politiques sont soumis aux mêmes formalités que la déclaration ». Cela veut dire que quand les documents sont modifiés, il faut dire au ministère de l’Intérieur que les documents qu’on avait déposés ne sont plus valables, voilà les nouveaux que nous avons adoptés. Et le ministère de l’Intérieur dispose du même délai prévu à l’article 13, qui donne ces trois mois au ministère pour approuver ou invalider les textes soit après un Congrès constitutif, soit après un congrès qui a modifié les documents qui deviennent les nouveaux documents qui gèrent la formation.

Le camp du président Bédié est formel ; il dit qu’on peut modifier les textes et les appliquer. Et ce ne sera pas la première fois ?
Vous savez que ça ne peut pas aller. La loi interdit le vol. Et il y a des gens qui violent la loi et qui volent. Si on les attrape, on les juge comme voleurs. Si on ne les a pas attrapés, personne ne dit qu’ils sont voleurs. Il y a même des juristes qui disent que la loi est faite pour être violée. Des gens qui veulent violer la loi. Est-ce que c’est ce que demande la loi ? Il y a le principe général qu’aucune loi n’est rétroactive. Le Congrès est organisé sur la base des statuts qui sont actuellement en vigueur. La modification entre en vigueur après que les textes aient été déposés au ministère de l’Intérieur. Donc normalement, les textes ne sont pas immédiatement applicables. Ce n’est pas possible.

(…)

L’un de vos camarades du Rhdp, Innocent Anaky Kobena, président du Mfa, qualifie le Rhdp de coquille vide. Que pensez-vous du fonctionnement même du Rhdp ?
Je pense que le Rhdp fonctionne, peut-être pas en plein régime. Mais le il fonctionne. Il y a des problèmes que nous devons chercher à résoudre. Il y a ce problème que soulève Anaky Kobena à répétions. Son parti est le seul du Rhdp qui n’est pas représenté au gouvernement conformément à l’accord qui nous disait que quel que soit celui qui gagne, on se met ensemble pour gouverner. Je crois qu’il se plaint essentiellement du fait qu’au sein du gouvernement, es qualité, le Mfa ne soit pas représenté.

(…)

Quel regard portez-vous sur la gouvernance Ouattara, sous-entendu la gouvernance Rhdp ?
Je pense que les choses ne sont pas faciles. Il y a des moments où il faut se souvenir de certaines phrases qui ont été dites. A l’époque, le président Gbagbo avait dit : « On ne sort pas d’une crise comme on sort d’un dîner-gala ». Je crois que c’est une réalité qu’on ne sort pas d’une crise qui a duré plus de dix ans comme si on sortait d’un dîner-gala.

Vous concédez donc au président Ouattara « l’échec » que lui reproche d’autre ?
Il faut donc concéder tous les efforts que fait le président Ouattara pour la normalisation de la situation. La Côte d’Ivoire revient aujourd’hui à un bon niveau. La Côte d’Ivoire reprend sa place en Afrique de l’Ouest. Elle reprend sa place dans le monde, le pays se rénove. Notre patrie essaie d’avoir plusieurs chantiers en cours pour essayer de se construire. La Côte d’Ivoire règle beaucoup de problèmes de fond et est attelée à réconcilier des Ivoiriens après des dizaines et des dizaines de morts d’une guerre qui s’est déroulée entre nous. Ce n’est pas facile. Nous devons encourager le président Ouattara en ce sens. Il vient de faire libérer des responsables de premier plan du Fpi. C’est une mesure à reconnaître. C’est un effort à encourager. On doit faire davantage…

Propos recueilis par Ignace Bidi
Titre original : « Djédjé Mady, Sg Pdci-rda : "Comment je vais battre Bédié". »

Sous cette rubrique, nous vous proposons des documents de provenance diverses et qui ne seront pas nécessairement à l’unisson avec notre ligne éditoriale, pourvu qu’ils soient en rapport avec l’actualité ou l’histoire de la Côte d’Ivoire et des Ivoiriens, et aussi que par leur contenu informatif ils soient de nature à faciliter la compréhension des causes, des mécanismes et des enjeux de la « crise ivoirienne ».  

Source : Nord-Sud Quotidien 03/09/2013