dimanche 20 mai 2018

Une sortie de crise sans fin ?



État des lieux des défis sécuritaires en Côte d’Ivoire

  • Contexte historique
A la proclamation de son indépendance, le 7 août 1960, la Côte d’Ivoire entreprend de construire une armée républicaine, en signant notamment des accords de défense avec la France. Des accords dans lesquels la France s’engageait à apporter l’aide nécessaire à la constitution des forces armées ivoiriennes. C’est dans ce cadre que l’Etat ivoirien a envoyé les cadres de l’armée se former dans les grandes écoles de guerre françaises, notamment à Saint-Cyr.
L’Etat ivoirien va également créer des écoles de formation sur le territoire ivoirien pour donner à ceux qui veulent embrasser le métier des armes les rudiments nécessaires à l’exercice de ce métier. Ont ainsi vu le jour, l’école militaire préparatoire et technique de Bingerville (EMPT), les écoles nationales de Police et de Gendarmerie, l’école des Forces armées (EFA), l’école nationale des sous-officiers d’active (ENSOA). Ces différents efforts en matière de formation des hommes ont permis de donner à l’armée ivoirienne d’asseoir une organisation et une cohésion en son sein.
Mais la fin de ce que l’on a qualifié de « miracle ivoirien » et la sévère crise économique des années 80, ainsi que les bouleversements survenus dans le paysage sociopolitique et la succession des crises militaro-politiques de la fin des années 90 aux années 2000, ont fortement ébranlé les fondements de la société ivoirienne dans son ensemble et de l’armée en particulier. Une armée qui, dès lors, devait faire face en son sein aux maux qui traversaient la société ivoirienne, en l’occurrence, les divisions ethno-politiques et le clanisme, entre autres.

  • Des défis sécuritaires
L’après-crise de 2002 à 2011
Pour tenter de résoudre la crise politico-militaire et la partition de fait du pays consécutives à la rébellion armée de septembre 2002, les différents accords de paix qui s’en sont suivis ont préconisé l’intégration dans l’armée de contingents d’ex-forces nouvelles.
Après la crise postélectorale et la réunification des deux armées, les soldats des ex-Forces Armées des Forces Nouvelles (FAFN) ont été intégrés à la nouvelle armée baptisée FRCI. Au sein de cette armée la plupart des anciens chefs de guerre et des Com-zones ont été promus à des grades supérieurs et ont intégré le haut commandement des FRCI. Certains d’entre eux ont  été placés à la tête des unités et des corps d’élites. Certains de ces chefs ont maintenu les contacts avec leurs anciens éléments afin de garder une certaine influence sur cette armée en reconstruction, favorisant ainsi une chaîne de commandement parallèle.
La reconstruction d’une armée républicaine
La reconstruction de l’armée a connu bien des difficultés, et occasionné des frustrations ainsi qu’un déficit de cohésion au sein des troupes recomposées. En effet, l’armée actuelle est le fruit de la fusion entre les Forces armées régulière de Côte d’Ivoire (ex-FDS) et les Forces armées des Forces nouvelles (ex-FAFN), l’ex-rébellion. Créant un profond malaise dû à la division et à la méfiance au sein de l’armée, rebaptisée quelques années plus tard, à la faveur de la Réforme du secteur de la sécurité (RSS), Forces Armées de Côte d’Ivoire (FACI). Cela, pour, d’une part, tenter de créer un sentiment d’appartenance à un même corps. L’appellation FRCI (créées en pleine crise postélectorale) étant en effet perçue par les ex-FDS et une partie de la population comme étant le prolongement de l’ex-rébellion. Et d’autre part, tenter de redresser l’image d’une armée assimilée à des maux tels que la division, le clanisme, l’indiscipline, l’impunité...
La RSS
Pour remédier de manière plus globale et durable à tous ces maux, le gouvernement a initié en 2012 une réforme du secteur de la sécurité, mise en œuvre à travers le Conseil National de Sécurité (CNS), présidé par le Président de la République. La RSS a été couplée au processus de désarmement, démobilisation, réintégration (DDR), mis en œuvre par une Autorité créée à cet effet, l’ADDR.
Au terme de sa mission et de trois années d’activités, le 30 juin 2015, l’ADDR a dressé le bilan suivant : sur 74 028 ex-combattants inscrits dans la base de donnée de 2012, ce sont 57 791 qui ont effectivement été réintégrés ou en cours de l’être, soit 90% de la base de données réactualisée. L’ADDR a toutefois indiqué que 10 000 ex-combattants ne se sont pas manifestés, parce que pas intéressés par le processus. Toutefois, une Cellule de Coordination, de Suivi et Réinsertion (CCSR) a été créée à la fermeture de l’ADDR, pour gérer ces ex-combattants résiduels. La CCSR a depuis lors réorienté ses missions vers la prise en charge et la resocialisation des « enfants en conflit avec la loi » communément appelés « microbes ».
Le DDR
Concernant le processus de désarmement, de 2012 à 2015, l’ADDR a indiqué avoir collecté 12 474 fusils d’assaut (Kalachnikov) dont 76,6% fonctionnels, 9 695 grenades, 1051 roquettes, 2018 obus, 2 667 741 munitions de petit calibre, 12 492 armes marquées au niveau des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) qui ont été collectées par l’ADDR et 2958 armements collectés par l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (ONUCI), soit un total de 37 942 armements collectés. 
La Commission nationale de lutte contre les armes légères et de petit calibre (ComNat-ALPC), a 2012 à 2017, le bilan suivant : 12 913 armes collectées, 39 975 armes marquées, 18 216 armes détruites, dont 1526 mines anti-personnel.

  • Un bilan mitigé
Cinq années après le lancement de la RSS et deux ans après la fin officielle du DDR, la résolution des défis qui ont sous-tendu la mise en œuvre de ces processus interrogent quant à leur efficacité. Car la RSS, qui intégrait le DDR, se voulait holistique, et ambitionnait d’impulser l’émergence d’une Côte d’Ivoire nouvelle. Par la mise en œuvre, à court, moyen et long terme, de 108 réformes axées autour de six piliers que sont : la Sécurité nationale; la Reconstruction post-crise ; l’Etat de droit et les relations internationales ; le Contrôle démocratique; la Gouvernance économique ; la Dimension humaine et sociale.
Malgré les nombreux efforts fournis par le gouvernement au sortir de la crise postélectorale de 2011 pour normaliser la situation au niveau sécuritaire, politique, économique et social. Avec de nombreux voyants au vert au niveau macro-économique notamment, avec des taux de croissance tournant autour de 8%. Et un indice général de sécurité qui est passé de 3,8% en janvier 2012 à 1,2 en décembre 2016. Force est de constater que de nombreux défis perdurent avec acuité, créant un sentiment de confusion et de grande incertitude alimentées notamment par les mutineries et mouvement d’humeur à répétition des soldats et des ex-combattants en mal de resocialisation. En effet, les mutineries de janvier et de mai 2017 du contingent des 8400, et la tentative réprimée du contingent des 2600, sont venues mettre en lumière la délicatesse du processus de sortie de crise en Côte d’Ivoire.
D’autant que les défis auxquels la Côte d’Ivoire doit faire face sont nombreux. Ce sont, pêle-mêle : Le déficit de contrôle des armes ; la redistribution inéquitable des richesses ; la question de la terre ; les rivalités politiques au sommet de l’Etat ; l’immigration ; la question identitaire ; la réconciliation nationale ; la corruption endémique ; la défaillance du système judiciaire ; la question des dozos ; le phénomène des « microbes » ; le phénomène des coupeurs de route ; le chômage des jeunes avec plus de 6.000.000 de jeunes en situation de sous-emploi ou de non-emploi ; les processus électoraux qui sont sources de tensions et de violences ; la violence comme moyen d’expression ; le délitement de l’autorité de l’Etat…

  • Conclusion
A ces défis, qui s’apparentent à de véritables périls, la réponse doit résider dans la justice sociale, le respect de la diversité ethnique, culturelle, politique et religieuse. Dans une gouvernance politique, sociale, économique, sécuritaire inclusive et responsable.

Michèle Pépé

EN MARAUDE DANS LE WEB
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Source : http://serentinews.com 18 avril 2018

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