lundi 6 mars 2017

NOTRE HISTOIRE AVEC LE COLONIALISME FRANÇAIS (SUITE)

« …C’était la civilisation qui arrivait à Alger sous la forme d'une guillotine ». Victor Hugo*

Un article de Hassane Zerrouky

© Siné

Interviewée sur France 5 à propos d’Emmanuel Macron qualifiant la colonisation de crime contre l’Humanité, l’écrivaine Leïla Sebbar a eu cette réponse surprenante : « dans l’esprit de M. Macron, il s’agissait de faire plaisir aux algériens auxquels il rendait visite ! » Faire plaisir ? Un simple bouquet de fleurs accompagné de promesses de contrats juteux aurait suffi, non ? Or, il s’agit d’une reconnaissance, celle d’une période de domination et de soumission brutales qui a duré plus de 130 ans – ce qui n’est pas rien — avec ses lots de massacres à répétition, de destruction, de répression, de paysans dépossédés et chassés de leurs terres, voire de déportation, de misère, de pauvreté, sans compter l’analphabétisme (85% d’analphabètes recensés en 1960 par les autorités françaises). Tout cela, rétorquera-t-on, est connu, mais par ces temps de révisionnisme de l’histoire et sans faire dans le « trop de mémoire », il me semble utile de le rappeler. 
Dès lors, la colonisation est-elle un simple crime ou un crime contre l’humanité ? Henri Alleg y a répondu sans tergiversation et sans faire dans le juridisme suspect : « La seule chose que je voudrais, c’est qu’on n’attende pas cent cinquante ans comme dans le cas de l’esclavage : on n’a pas condamné les esclavagistes pour leurs crimes, mais l’esclavage en tant que tel. Je souhaite donc qu’on condamne la colonisation, en tant que système, comme un crime contre l’humanité » (in Politis octobre 2005). 
Avant de poursuivre, un mot sur la polémique suscitée par le livre « Si Bouaziz Bengana, dernier roi des Zibans », écrit par son arrière-petite-fille Ferial Furon. Tout ou presque a déjà été dit à ce sujet, notamment par notre ami Mohamed Balhi. En bref, l’histoire a déjà tranché. De plus, à ma connaissance, aucun écrit relatif au mouvement national n’a fait mention de l’assassinat par les autorités coloniales du bachagha Bengana le 17 juin 1945. Si cela avait été le cas, ça se serait su et le livre de Ferial Furon n’aurait sans doute pas suscité autant de réactions. 
Restons sur le terrain de la mémoire historique pour évoquer l’hommage rendu à Fernand Iveton (exécuté en février 1957) vendredi dernier à Paris, au siège du Parti communiste français (PCF), place du Colonel Fabien, hommage auquel j’ai pris part en qualité de modérateur d’une conférence-débat et à laquelle ont pris part l’ex-secrétaire général de l’ex-Pags, Sadek Hadjerès, qui a connu Iveton et qui fut un témoin et un acteur clé de cette période, l’historien et spécialiste de l’histoire coloniale Alain Ruscio et Frédéric Genevet, membre de la direction du PCF. 
Leurs interventions – Hadjerès a apporté de nombreuses clarifications sur les rapports FLN/PCA (Parti communiste algérien), la rencontre avec Abane Ramdane et les rapports PCA/PCF durant cette période. Ses propos, appréciés par une nombreuse assistance, étaient ponctués par des textes lus par la comédienne Sonia Maçon, comme cet écrit de Victor Hugo, datant de 1842, évoquant l’arrivée de la guillotine au port d’Alger à bord d’un bateau à vapeur : « Sur le débarcadère, des douaniers ouvraient les colis, et, à travers les ais des caisses entrebâillées, dans la paille à demi-écartée, sous les toiles d'emballage, on distinguait des objets étranges, deux longues solives peintes en rouge, une échelle peinte en rouge, un panier peint en rouge, une lourde traverse peinte en rouge, dans laquelle semblait emboîtée par un de ses côtés une lame épaisse et énorme de forme triangulaire (... ). C’était la civilisation qui arrivait à Alger sous la forme d'une guillotine »
Le 16 février 1843, Abdelkader Ben Zelouf sera le premier Algérien guillotiné en public pour meurtre, à Bab el Oued. Il y en aura plus de 300 entre 1843 et 1954 pour divers motifs, autant qu’en France sur la même période, nous dit Alain Ruscio. A quoi s’ajoutent les 222 militants du FLN/ALN guillotinés entre 1956 et 1962, soit une moyenne de 37 par an… 

H. Zerrouky


Source : http://www.lesoirdalgerie.com 02 mars 2017

samedi 4 mars 2017

NOTRE HISTOIRE AVEC LE COLONIALISME FRANÇAIS (SUITE)

Jean-Claude Djereke répond aux apologistes de la colonisation : « Non ! La colonisation ne fut pas partage de culture mais vols et viols ».

Pour François Fillon, candidat de la droite et du centre à l’élection présidentielle de mai 2017 mais soupçonné de trafic d’influence, d’abus de biens sociaux et de détournement de fonds publics, « la France n’est pas coupable d’avoir voulu faire partager sa culture aux peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Nord » (déclaration faite le dimanche 28 août 2016, à Sablé-sur-Sarthe). Mais c’est quoi, la culture française ? Est-ce la langue française que l’on nous obligea à parler et qui progressivement mangea les langues africaines (la fameuse glottophagie de Louis-Jean Calvet dans « Linguistique et colonialisme ») appelées dédaigneusement dialectes par le colonisateur alors que, de l’avis de François Amon d’Aby dans « La couronne aux enchères », la langue de ce dernier pouvait prospérer chez nous sans tuer les nôtres ? Et puis, quel était le but recherché par cette France tellement généreuse qu’elle était désireuse de faire partager sa culture ? « Arracher les pitoyables tribus indigènes à l’atroce esclavage des démons tout en les protégeant contre l’exploitation des maîtres sans conscience », lit-on dans l’encyclique « Maximum Illud » de 1919 du pape Benoît XV.
Difficile de savoir si les missionnaires ont vraiment réussi à empêcher les Noirs d’aller en enfer. Ce que je sais, c’est que nos masques et autres objets d’art nous furent arrachés, sous le prétexte qu’ils avaient quelque chose à voir avec le diable, puis se retrouvèrent dans des musées européens qu’on ne visite pas gratuitement. Il est tout autant indiscutable que l’Occident n’a jamais cessé d’opprimer et d’exploiter les Africains (et cela au nez et à la barbe des missionnaires) et que, bien souvent, ces « maîtres sans conscience » ont été soutenus par ceux qui, au nom du « Messie crucifié », auraient dû se mettre du côté des exploités et des opprimés. Pour ne prendre que deux exemples, quel missionnaire européen ayant travaillé ou travaillant encore en Côte d’Ivoire a protesté contre le massacre des Ivoiriens en 2004 et en 2011 par l’armée française ? Quel pape et quelle conférence épiscopale européenne a une fois dénoncé les crimes de la France en Afrique et son immixtion dans les affaires des Africains ?
N’en déplaise au mari et ancien patron de Penelope, l’objectif de la France n’était point de faire partager sa culture mais de voler et de violer. Autrement dit, la colonisation fut « ni évangélisation, ni entreprise philanthropique, ni volonté de reculer les frontières de l’ignorance, de la maladie, de la tyrannie, ni élargissement de Dieu, ni extension du Droit » (Césaire). Certains feront remarquer que la France ne fut pas le seul pays à voler et à tuer et je ne peux que leur donner raison car l’Angleterre fut, elle aussi, une puissance colonisatrice mais les Anglais ne se contentèrent pas de prendre ; ils construisirent et laissèrent quelque chose (ponts, routes, bâtiments, etc.) dans leurs anciennes colonies alors que tout ce que la France a fait et continue de faire en Afrique francophone, c’est piller et ramener chez elle tout le fruit de son pillage. Voilà pourquoi Aimé Césaire écrit : « Sécurité ? Culture ? Juridisme ? En attendant, je regarde et je vois, partout où il y a, face à face, colonisateurs et colonisés, la force, la brutalité, la cruauté, le sadisme, le heurt et, en parodie de la formation culturelle, la fabrication hâtive de quelques milliers de fonctionnaires subalternes, de boys, d’artisans, d’employés de commerce et d’interprètes nécessaires à la bonne marche des affaires… Entre colonisateur et colonisé, il n’y a de place que pour la corvée, l’intimidation, la pression, la police, l’impôt, le vol, le viol, les cultures obligatoires, le mépris, la méfiance, la morgue, la suffisance, la muflerie, des élites décérébrées, des masses avilies. Aucun contact humain, mais des rapports de domination et de soumission qui transforment l’homme colonisateur en pion, en adjudant, en garde-chiourme, en chicote et l’homme indigène en instrument de production ».
L’ancien maire de Fort-de-France ajoute : « À mon tour de poser une équation : colonisation = chosification. J’entends la tempête. On me parle de progrès, de "réalisations", de maladies guéries, de niveaux de vie élevés au-dessus d’eux-mêmes. Moi, je parle de sociétés vidées d’elles-mêmes, de cultures piétinées, d’institutions minées, de terres confisquées, de religions assassinées, de magnificences artistiques anéanties, d’extraordinaires possibilités supprimées. On me lance à la tête des faits, des statistiques, des kilométrages de routes, de canaux, de chemins de fer. Moi, je parle de milliers d’hommes sacrifiés au Congo-Océan. Je parle de ceux qui, à l’heure où j’écris, sont en train de creuser à la main le port d’Abidjan. Je parle de millions d’hommes arrachés à leurs dieux, à leur terre, à leurs habitudes, à leur vie, à la vie, à la danse, à la sagesse. Je parle de millions d’hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir, le larbinisme. On m’en donne plein la vue de tonnage de coton ou de cacao exporté, d’hectares d’oliviers ou de vignes plantés. Moi, je parle d’économies naturelles, d’économies harmonieuses et viables, d’économies à la mesure de l’homme indigène désorganisées, de cultures vivrières détruites, de sous-alimentation installée, de développement agricole orienté selon le seul bénéfice des métropoles, de rafles de produits, de rafles de matières premières ».
L’auteur du « Discours sur le colonialisme » conclut : « On se targue d’abus supprimés. Moi aussi, je parle d’abus, mais pour dire qu’aux anciens – très réels – on en a superposé d’autres– très détestables. On me parle de tyrans locaux mis à la raison ; mais je constate qu’en général ils font très bon ménage avec les nouveaux et que, de ceux-ci aux anciens et vice-versa, il s’est établi, au détriment des peuples, un circuit de bons services et de complicité. On me parle de civilisation, je parle de prolétarisation et de mystification ».
Je ne sais pas si Emmanuel Macron a lu l’immense Césaire mais il est intéressant qu’il abonde dans le même sens que le poète martiniquais en qualifiant la colonisation française de barbarie et de crime contre l’humanité. Les Français d’aujourd’hui devraient avoir honte des actes barbares perpétrés par leurs ancêtres et présenter des excuses au lieu de persister dans un déni stupide et irrationnel. Il est temps que leurs dirigeants se débarrassent des haillons de l’arrogance et de la suffisance pour revêtir le manteau de l’humilité. Car c’est aussi à la capacité de faire son mea culpa quand on a commis telle ou telle faute qu’on reconnaît les grands hommes ou les grands peuples. Les Allemands demandèrent pardon à la Namibie le 10 juillet 2015 pour le génocide des peuples hereros et namas ; les Anglais, au Kenya en 2013 pour la répression des Mau-Mau ; la Belgique, à la République démocratique du Congo le 5 février 2002 pour son rôle dans l’assassinat de Patrice Lumumba ; l’ONU au Rwanda en 1999 pour non-assistance à personnes en danger en 1994. Au nom et en vertu de quoi, la France ne s’excuserait-elle pas d’avoir exterminé des peuples qui ne faisaient que réclamer plus de justice et de liberté ? Les Français seraient-ils plus intelligents et plus forts que les autres peuples qui les ont précédés sur le chemin de la repentance ? « Présenter ses excuses, c’est purger l’Histoire pour construire le futur », dit l’écologiste Yannick Jadot. Fillon, Juppé, Sarkozy, Hollande, Marine et Marion Le Pen, ne revendiquez pas seulement la Révolution française, la Déclaration universelle des droits de l’homme, Victor Hugo, Émile Zola, Jean Jaurès et autres grandes figures politiques et intellectuelles françaises ! Assumez aussi le passé sombre et peu glorieux de votre pays ! Cessez de parler des bienfaits de la colonisation car d’autres pourraient aussi suggérer que Hitler, en occupant la France, voulait faire partager la culture allemande et vous a fait du bien, ce qui risquerait de vous mettre en colère ! Mettez de côté votre petit orgueil ! Présentez vos excuses à tous les peuples que l’État français a martyrisés, méprisés et piétinés et vous ferez mentir Albert Camus qui disait que « la bêtise insiste toujours ».

Jean-Claude Djereke

Source : Connectionivoirienne.net 1er Mar 2017

ANNEXE, EN GUISE D'ILLUSTRATION

Question écrite à M. le ministre de la Défense
à propos de l’assassinat de Thomas Sankara


M. Michel Billout (sénateur) attire l’attention de M. le ministre de la défense sur l’assassinat de Thomas Sankara et les modalités de déclassement de différentes archives. Nombre de témoignages mettent en cause la France et ses services secrets dans cet assassinat. Selon ces témoignages une entreprise de déstabilisation aurait été organisée suivant des formes qui rappellent d’autres affaires comme celle qui a abouti à l’assassinat d’Henri Curiel.
Le juge d’instruction burkinabè chargé de l’enquête sur l’assassinat de Thomas Sankara a lancé une commission rogatoire et demandé la levée du secret défense en France en octobre 2016.
Une réponse négative à cette requête serait un mauvais signal envoyé en direction des pays africains et de leur jeunesse pour laquelle Thomas Sankara est désormais la référence, mais aussi vis-à-vis de la population française qui est en droit de savoir quel rôle a pu jouer la France par le passé. Plus généralement, il lui demande s’il ne faudrait pas que les anciennes archives gouvernementales et présidentielles ne soient pas privatisées par les intéressés mais versées dans leur ensemble aux archives nationales. Cela pourrait permettre également de faire la lumière sur d’autres événements graves et plus récents comme celui du bombardement des positions françaises de Bouaké en 2004, pour lequel trois anciens ministres français font depuis le 2 février 2016 l’objet d’une ordonnance en vue de la saisine de la commission des requêtes de la Cour de justice de la République (CJR) et dans laquelle ils sont notamment accusés d’entrave à la justice au sujet de faits particulièrement graves.

Source : Connectionivoirienne.net 4 Mars 2017

mercredi 1 mars 2017

«  …une énorme histoire française avec encore beaucoup de points d’interrogation  »

Rencontre au siège newyorkais des Nations unies
Entre Laurent Gbagbo et la France, ce fut une décennie d'incompréhension et de défiance. Le divorce s'est conclu par une guerre ouverte dans les rues d'Abidjan.
Le 11 avril  2011, Laurent Gbagbo n’a pas été extrait par l'armée française de la résidence présidentielle où il s’était retranché avec les siens, mais c’est tout comme. Ce sont les blindés et les hélicoptères français de l’opération «  Licorne  » qui ont ouvert la voie aux fantassins de l’ex-rébellion ayant rallié Alassane ­Ouattara, le vainqueur de l’élection présidentielle qui s’était tenue quatre mois plus tôt. Pour Laurent Gbagbo, cela ne fait pas l’ombre d’un doute : depuis le coup d’Etat raté du 19 septembre  2002 mué en rébellion, Paris n’a cessé de comploter contre lui pour préserver ses intérêts et ­placer son affidé.
Dans un pays où fut inventé le concept de «  Françafrique  », la rhétorique martelée sans relâche a permis à M. Gbagbo, élu en 2000 dans des conditions qu’il a lui-même jugées « calamiteuses  » d’endosser les habits du héraut d’une ­seconde décolonisation. Une posture. De l’aveu de son porte-parole, Bernard Houdin, «  Laurent Gbagbo est un produit de la culture française et n’a jamais rien fait contre les entreprises françaises  ».

Dialogue de sourds

Dès lors, comment expliquer le divorce ? «  Gbagbo, c’est une énorme histoire française avec encore beaucoup de points d’interrogation  », avance Gildas Le Lidec, l’ambassadeur de France à Abidjan entre 2002 et 2005. «  La relation se dégrade à partir de la défaite de Lionel Jospin en 2002  », juge Guy Labertit, l’ex-délégué du PS à l’Afrique et rare socialiste français à avoir conservé des relations avec son camarade ivoirien. Deux ans plus tôt, le premier ministre de l’époque s’était opposé à Jacques Chirac qui préconisait une intervention militaire pour réinstaller au pouvoir Henri Konan Bédié, tout juste déposé par un coup d’Etat, le 24 décembre  1999. «  Les deux problèmes de Gbagbo, pour Chirac, étaient qu’il avait contribué à la chute de Bédié, qu’il voyait comme l’héritier d’Houphouët, et qu’il était mal élu, raconte Michel de Bonnecorse, l’ancien «  M.  Afrique  » de l’Elysée. Puis cela s’est envenimé lorsque l’on a refusé de dégommer les rebelles en 2002 qui s’étaient repliés sur Bouaké. Tout de suite après, les proches de Gbagbo ont parlé de double jeu alors que l’on avait fourni des armes à leurs soldats et protégé ­Abidjan d’une nouvelle attaque.  »
Dès lors, un dialogue de sourds s’installe entre l’ex-puissance coloniale et sa vitrine africaine. A Abidjan, on attend de la France qu’elle «  libère  » le pays de ces rebelles soutenus par le Burkina Faso. A l’Elysée, on dénonce les dérives «  fascistes  » du pouvoir ivoirien. Dans des courriers adressés à ses proches que Le Monde a pu consulter l’ambassadeur Renaud Vignal, aujourd’hui disparu, écrit, en novembre 2002, un mois avant son rappel à Paris  : «  Nous entrons de plus en plus dans la nuit totalitaire.  »

«  Bavure manipulée  »

La politique française à l’égard de la Côte d’Ivoire est alors divisée entre tenants du «  tout sauf Gbagbo  » et du «  rien sans Gbagbo  ». Les soldats de l’opération «  Licorne  » doivent s’interposer entre deux camps qui ne veulent pas la paix. «  Une erreur stratégique fondamentale qui expliquera tout l’échec de notre intervention  », tranche Gildas Le Lidec.
Viennent ensuite les négociations interivoiriennes, organisées à Linas-Marcoussis en janvier 2003, où certains ambitionnent de «  transformer Gbagbo en reine d’Angleterre  » en le dépossédant d’une partie de ses pouvoirs régaliens. Un fiasco qu’il retournera à son avantage, laissant ses proches attiser le sentiment antifrançais. Il atteindra son paroxysme en novembre 2004. Le 4, l'armée ivoirienne lance une offensive pour reprendre le contrôle du nord du pays. L’opération «  Dignité  » est un échec, mais le 6, deux Soukhoï bombardent la base française à Bouaké, tuant neuf soldats et un civil américain.
Les raisons de cet acte demeurent encore mystérieuses. Les services français y voient la main des durs du régime, qui entendent ainsi camoufler la défaite. L’entourage de Laurent Gbagbo avance la thèse d’«  une bavure manipulée  » par la France pour justifier un renversement. Dans la foulée, l’aviation ivoirienne est détruite, des colonnes de blindés tricolores foncent sur Abidjan. Dans la capitale économique ivoirienne, alors que les patriotes pro-Gbagbo enflamment la rue et les symboles de la présence de l’ancien colon, les soldats de «  Licorne  » tirent sur des manifestants. Des dizaines d’Ivoiriens – le nombre exact reste inconnu – sont tués. Cet événement marque une rupture dans la crise franco-ivoirienne.
Le dernier acte se jouera sept ans plus tard, en avril 2011. Alors que Laurent Gbagbo refuse de céder le pouvoir, en dépit de sa défaite dans les urnes certifiée par les ­Nations unies, Nicolas Sarkosy lance l’armée à l’assaut de la résidence présidentielle. Laurent Gbagbo, après avoir su si bien manœuvrer une classe politique française, est pris de court. Jusqu’au bout, il n’a pas voulu croire à cet engagement décisif de la France. Une erreur d’analyse qui s’est avérée fatale pour son pouvoir.

Titre original : « Côte d’Ivoire : une relation tumultueuse entre le président déchu et la France ».

EN MARAUDE DANS LE WEB
Sous cette rubrique, nous vous proposons des documents de provenance diverses et qui ne seront pas nécessairement à l'unisson avec notre ligne éditoriale, pourvu qu'ils soient en rapport avec l'actualité ou l'histoire de la Côte d'Ivoire et des Ivoiriens, ou que, par leur contenu informatif, ils soient de nature à faciliter la compréhension des causes, des mécanismes et des enjeux de la « crise ivoirienne ».
La Rédaction

Source : Le Monde 05 février 2016

mercredi 22 février 2017

« C’est la réconciliation et la paix qui amèneront l’émergence ». Interview de Gnamien Konan.

Chassé du gouvernement à la veille des dernières législatives, le président de l'Upci n’est pas pressé de revenir dans la combine du RHDP.

Votre parti, lors des dernières élections législatives, n’a pas présenté de candidats sur la liste du Rhdp, comme le souhaitaient les autres membres de l’alliance. Comment en est-on arrivé à cette situation ?
Personne ne nous a invité à fournir la liste de nos candidats afin de les inscrire sur une liste Rhdp. Par la suite, nous avons appris que les hommes forts du Rhdp ont décidé que chaque parti conserve sa position issue des élections législatives de 2011. Nous avons accepté d’appliquer cette règle pour l’élection présidentielle de 2015, mais nous demander deux fois de suite le même reniement, c’est quand même incroyable !

Comment avez-vous vécu votre départ du gouvernement au cours de cette crise ?
Le plus normalement du monde, puisque personne ne m’a jamais dit que je resterais au gouvernement toute ma vie. Et d’ailleurs cela n’a jamais été mon ambition.

Aujourd’hui avec le recul, regrettez-vous d’avoir fait cavalier seul à ces élections législatives ?
Non aucun regret. Car la seule chose qui m’a toujours intéressé, c’est être Président. Je vous rappelle que c’est pour cette raison que je me suis fait débarquer de la Direction générale des Douanes en 2008. Et à présent, je suis heureux à l’idée de poursuivre mon initiation au parlement.

Vous avez décidé de former un groupe parlementaire composé des députés Upci et Updci. Le divorce est-il consommé avec le Rhdp ?
Le Pdci et le Rdr forment déjà le couple parfait. Personnellement je leur souhaite de vivre heureux et d’avoir beaucoup d’enfants.

Y a-t-il eu des contacts entre vous et le directoire du Rhdp pour tenter de recoller les morceaux ?
Non aucun. Je vous prie de me croire, ils n’ont besoin de personne. Donc c’est à nous d’aller demander pardon.

Quel sera l’avenir de l’Upci au sein du Rhdp ?
Nous allons parcourir la Côte d’Ivoire pour exposer notre projet de société qui n’a rien à voir avec une politique assise sur l’aide, l’endettement, le tribalisme et la division. Et pour cela, l’Upci n’a pas besoin du sein du Rhdp.

La situation socio-politique a été marquée par la mutinerie militaire et la grève des fonctionnaires. Comment avez-vous vécu cette situation ?
Tristesse. Nous nous rendons compte qu’on a vraiment embarqué notre pays sur la méditerranée, avec la promesse d’un paradis qui n’existe nulle part.

On ne vous a pas senti durant cette période. Vous n’avez fait aucune déclaration. Qu’est-ce qui explique ce silence ?
On ne savait pas trop quoi dire. On fait croire aux gens que la Côte d’Ivoire est un pays qui sera bientôt émergent, qu’il est même déjà pré-émergent. Alors les gens exigent qu’on leur donne déjà ce qu’on leur a promis ou ce qu’on leur doit, en attendant les salaires de l’émergence. Ce régime est victime de ses propres turpitudes.

Les arriérés de primes ont été payés aux soldats. Était-ce la solution pour vous ?
Tant que le Gouvernement négligera la réconciliation, qu’il organisera des concours dans la Fonction publique à tour de bras pour se faire de l’argent de poche, qu’il multipliera les institutions au nom de je ne sais quelle paix, il ne sera jamais crédible pour négocier avec les syndicats.

Comment jugez-vous les nouvelles nominations opérées dans l’armée à la suite de cette série de mutineries ?
Je me demande si on veut la paix ou si on se prépare à une autre guerre. Je me rappelle même que certains ne voulaient plus de la vie militaire. Ils voulaient se retirer pour mener une vie plus paisible. Il faut tourner la page pour bâtir une autre Côte d’Ivoire de paix et de fraternité, loin des rancœurs. Les feux d’artifices, les routes et les péages ne ramèneront pas à notre pays sa seconde religion. C’est la réconciliation et la paix qui amèneront l’émergence et non le contraire.

Le front social est entré également en ébullition dans le mois de janvier, avec la grève des fonctionnaires. Quelle est votre appréciation de cette grève qui a paralysé l’administration publique pendant trois semaines, en tant qu’ancien ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative ?
Je serai toujours contre la grève dans les services sociaux tels que l’École et la Santé. Je serai toujours opposé à une masse salariale de plus 35% de nos ressources propres dans le budget de l’État. Mais c’est ensemble, avec une vision partagée, avec des sacrifices équitablement repartis que nous construirons notre pays et l’avenir de nos enfants. Mais quand on crée un Senat alors qu’on peut faire sans, quand on crée une Chambre des rois alors que nous avons déjà une Médiature et un Conseil économique et social, on ne sait pas à quoi ils servent et un gouvernement de près de 30 ministres et une Vice-présidence, alors qu’on se débrouille avec les syndicats. Mais nous parlons aussi parce que c’est notre pays et nous tenons à ne pas le perdre.

A quand le retour de l’Upci aux réunions du directoire ?
Comme en politique tout est possible, je dirais quand les poules auront des dents.

Sercom Gnamien Konan
Titre original : « Gnamien Konan : L’UPCI reviendra au RHDP quand les poules auront des dents ».

Source : CIVOX.NET 21 Février 2017

dimanche 19 février 2017

LES INTERNAUTES IVOIRIENS, TELS DES CHATS ÉCHAUDÉS DEVANT L’EAU FROIDE…

Le colonel Jean Luc Kuntz, commandant des FFCI, pendant
sa conférence de presse au 43e BIMA, à Abidjan, le 03/02/2017.
© AFP par Sia Kambou
C’est un exercice bien étrange, celui auquel se sont livré, le 3 février, le colonel Kuntz et le lieutenant-colonel Gélan, chef et sous-chef des « Forces françaises en Côte d’Ivoire ». Notez que, déjà, cette appellation les contredit… Depuis quand la Côte d’Ivoire est un pays souverain ? Est-ce que la France a cessé un seul jour d’y entretenir des troupes et de les y promener sans trop se soucier de tout le sang qu’elles répandaient dans leur sillage ? Mais bon, de la part de « ces gens-là » − comme disait Jacques Brel −, notre pauvre patrie en a vu et en verra bien d’autres…

Il s’agissait, je crois, pour les deux « colons », de démentir plusieurs rumeurs écloses sur le fumier des événements de cause, d’origine et de nature diverses – mais ayant néanmoins la même signification – qui ont récemment chahuté le bel ordonnancement du chef-d’œuvre de leur compatriote, l’ex-gauleiter Jean-Marc Simon.

L’AFP, l’agence française de presse, benoitement relayée par la presse locale, nous a fourni l’essentiel de leurs propos :

« Nous ne sommes plus l’opération Licorne. Les dispositions du traité de partenariat ont changé et les forces françaises ici n’ont aucune vocation à intervenir dans les affaires ivoiriennes. La République de Côte d’Ivoire est un Etat souverain. Sa sécurité, ses affaires politiques sont de son ressort. Elles ne sont pas du ressort de la France et encore moins des Forces armées françaises. Nous ne sommes pas là pour cela. (…). Le cadre général dans lequel s’inscrit les Forces françaises en Côte d’Ivoire est celui du traité de partenariat qui unie les deux pays. [Cette collaboration est] particulièrement équilibrée et se traduit par une vraie coopération dans de nombreux domaines mais surtout dans le domaine militaire. (…). Les Forces françaises en Côte d’Ivoire n’ont pas vocation à interférer dans les affaires ivoiriennes. Ce temps est révolu. Nous ne sommes plus Licorne. Il n’y a eu aucune sollicitation de la part du gouvernement ivoirien. Et il n’y a eu aucune directive particulière de Paris. Il n’y a eu aucun renfort qui a été envoyé ici au sein des FFCI. (…). Dans le cadre de notre mission, on fournit du matériel et des personnels à nos camarades français qui combattent avec nos camarades africains dans le dispositif Barkhane. Donc ne soyez pas étonnés si vous voyez sur les routes de Côte d’Ivoire des convois de véhicules de matériels qui débarquent au port d’Abidjan, qu’on met sur des containers et qu’on achemine plus au nord pour fournir des moyens logistiques à nos camarades sur le terrain ».

Mais dis donc, qui est deuxième gaou pour gober ça ?

Pas les Ivoiriens en tout cas. A preuve ces réactions à chaud de quelques internautes aux élucubrations des deux conférenciers FFCI. Car, tandis que, plus « I’voient rien » que jamais, les soi-disant leaders de l’opposition sont trop accaparés par leurs querelles d’Allemands pour s’intéresser aux choses vraiment sérieuses, les simples citoyens, qui, eux, savent ce qu’ils veulent, n’envoient pas dire à ces enfarineurs français ce qu’ils pensent de leur conte à dormir debout ! Mais, jugez-en par vous-mêmes…

Marcel Amondji


« Poulet n’aime pas amusement où on tord cou… »

Arrêtez votre jeu de caméléon, que la France s'occupe de ses oignons et libère l'Afrique. L'Eternel gendarme de l'Afrique doit savoir qu'il est temps que les Africains se prennent eux-mêmes en charge. L'Afrique souffre trop de votre esclavage économique inavoué.

Si l'armée française n'a pas vocation à intervenir dans les affaires intérieures de la Côte d'Ivoire, alors quelle est donc la raison de sa présence permanente en Côte d'Ivoire depuis la nuit de temps ? Protéger ces apprentis politiciens ivoiriens qui ne roulent que pour les intérêts illégaux français ?

Seuls les chefs d'Etat en exercice peuvent décider du départ de l'armée française. Il y a des accords mais tout peut se négocier. Nos pays francophones ont été vendus à la France. Hélas. Il faut finir avec cette pratique.

La France a presque démantelé toutes ses casernes militaires en France mais, par contre, elle préfère maintenir ses bases militaires dans certains pays francophones dont la seule visée est de protéger certains chefs d'Etat pantins et aussi de consolider son hégémonie sur ces pays afin de pouvoir les piller tranquillement. Sinon comment peut-on comprendre qu'après 57 ans de soi-disant indépendance, la France joue encore la politique néocoloniale en Côte d'Ivoire ?

La politique française éternelle roublardise, que du démoniaque dans tous les domaines !!!

N'oubliez pas que l'armée française nous aide à éteindre les grands incendies à Abidjan aux côtés du GSPM et les pompiers de la SIR. En plus de cela la formation des soldats ivoiriens, il faut tirer le positif et cesser de trop dénoncer. Ces soldats ne bastonnent personne, ne roulent pas en sens interdit, ...

MDRRRR

Yao Silvère, réveille-toi ! L'Afrique a trop souffert de vos raisonnements pessimistes. Mettez-vous à jour maintenant !

Kas Kotofasse · Montréal
Si vous n'avez pas l'intention d'intervenir dans nos affaires, alors rentrez chez vous bandes d'ordures qui empoisonnent nos vies. On n'a pas besoin de votre présence, ou bien c'est tout juste pour intimider les faibles. Allez mouiller dans les eaux du Nigeria ou de la Chine et vous verrez ce qui va vous arriver. Tant que la France sera en Afrique, point d'indépendance pour les pays d'Afrique de l'Ouest, d'Afrique Noire et nous voulons notre indépendance ; je me demande quand est-ce que ce sera clair. Hors de l'Afrique noire, la France n'a aucune influence dans le monde. Elle n'a jamais pesé que sur ces pauvres pays qui eux aussi se complaisent dans leur état de quémandeurs éternels. Quel malheur ! et qu'a-t-on fait au Bon Dieu pour mériter une telle situation avec un tel pays ! Pauvre de nous Africains noirs francophones !

Moi j'ai juste compris que l'armée française représente les intérêts de la France dans ses colonies seulement, nous sommes condamnés à rester les peuples colonisés et ça de nos parents jusqu'aux générations futures. Merci à leurs complices africains.

Tu as bien compris mais ne versons pas dans le désespoir, nous ne gagnerons pas facilement notre indépendance économique !

La Côte d'Ivoire va bientôt installer une base militaire à PARIS. Là, ça va faire UN BUT PARTOUT. Lol

LOL ! Tu sembles oublier certaines conditions élémentaires : avoir les moyens militaires et logistiques d'une part ; la France en fasse la demande et signe un accord avec la Côte d'Ivoire d'autre part. C'est bien comme ça que les choses se sont passées avec l'installation des bases militaires françaises en Afrique. N'est-ce pas ? − Do not reason like Donald Trump !

Elimba Dikalo, C'est la même chose qui va se passer.

Encore faudrait-il avoir des militaires qui ont des couilles, intègres et le sens du bien commun.

Lol
Journalisme n'est pas forcé. En quoi les autres mentent ? Y a-t-il une armée ivoirienne en France ? Qu'y a-t-il de différent entre ce qui est dit et ce qui a été fait en 2011 ? Qu'on n’a rien écrit, on se repose. On crée pas les faits.

Le droit d'ingérence militaire n'est jamais appliqué chez eux. Ils ne nous diront jamais la vérité.

Pourquoi ? Nous sommes un pays souverain et le pays a sa propre armée.

N'importe quoi, nous connaissons leur mode d'emploi !

Ils parlent peut-être à ceux qu'ils ont mis au pouvoir, pas à nous. Nous on veut pas de vous ici. Rentrez chez vous. C'est tout ce qu'on vous demande. Mendiant, son problème est compliqué deh. Où on doit avoir honte, lui il n'a pas honte.

Forces françaises de Côte d'Ivoire ? Un pays souverain ? Depuis 2011 ? Ailleurs, ce sont les journalistes qui informent la population. Ici, ce sont les journalistes qui sont informés, manipulés.

Ne vous moquez pas des enfants d’esclaves que nous sommes. Je ne sais pas si vous vous êtes trompé de chiffres en parlant de 200.000 hommes armés de la France en Côte d’Ivoire. En près de 70 ans (d'indépendance), le pays n’a jamais eu plus de 30.000 hommes toutes forces confondues. S’il s’avère que la France envoie des tueurs chez nous avec des arguments fallacieux pour prendre le pays en otage, il est honteux que l’on raconte des salades. Que l’armée française sorte de nos pays car en plus de 130 ans que la France côtoie notre population, nous avons toujours été leur chair à canon. Poulet n’aime pas amusement où on tord cou…

Alors qu'on nous dise ce que cette force fait en CI. Juste pour notre compréhension.

Nous ne faisons plus jamais confiance dans cette force française basée à BIMA Port-Bouët, qui a réquisitionné l'aéroport, bloqué le port en 2011, bombardé les postions des FDS, bombardé la résidence de Gbagbo pour le « capturer » et le livrer à ses pires ennemis Ouattara Dramane et ses chiens de guerre ; ces forces qui ont convoyé des rebelles armés au cœur d'Abidjan pour faire un carnage, notamment à Duékoué. Cette force armée a été capable de bombarder des camps militaires sans aucune déclaration de guerre, mais comme des lâches en se servant de l'ONU. C'est une Force hostile de destruction massive qui « capture » des leaders politiques au profit de la France et qui aujourd'hui vient raconter quoi ? Si la Côte d'Ivoire est un pays souverain, l'armée française n'a pas vocation à avoir une base militaire et des zones à défendre. C'est un non-sens et c'est inacceptable. Alors on en a assez de nous prendre pour des pigeons pour les intérêts de la France, capable de changer des forces de « coopération » en forces hostiles Licorne grâce à un véto de la France au Conseil de sécurité, sous couvert de l'ONU ! RESPECTEZ la souveraineté de ce pays et quittez-le avec votre arsenal politico-militaire maudit d’ingérence sauvage !