mardi 22 décembre 2015

Quand le griot confesse qu’il ne croit pas aux mirifiques promesses de son maître, ni à sa capacité de les tenir, à supposer qu’il en ait réellement la volonté.

C’était en 1990. Nous étions au début de notre démocratisation. Et les affrontements entre partis politiques, par étudiants interposés, commencèrent à l’université. Le premier mort fut un certain Thierry Zébié. Tué à coups de pierres par ses camarades étudiants. Qui fut  sanctionné véritablement ? Personne  à ma connaissance.
Zébié est le nom que ma mémoire a retenu. Mais il y eut toutes ces personnes lynchées par des étudiants dans des cités universitaires, parce que soupçonnées de vol. Sans que personne fronce le sourcil. Je me souviens de cet homme présenté comme un malade mental que des étudiants de Port-Bouët avaient tué, parce qu’il aurait volé un T-shirt.  Puis il y eut Habib Dodo. C’était vers la fin de 2004 ou en janvier 2005, je me souviens seulement avoir écrit ces lignes dans Fraternité Matin, le 15 janvier 2005 : «  Il s’appelait Habib Dodo et était étudiant ». 
D’après ce qui a été rapporté dans la presse, il aurait été enlevé au domicile d’un leader politique par d’autres étudiants, emmené sur le campus où il aurait subi un simulacre de procès au terme duquel il aurait été condamné à mort et pendu publiquement devant d’autres étudiants. Son corps a été retrouvé, quelques jours plus tard, dans un sac, près de la clôture du campus. Que s’est-il passé ensuite ? Rien ! Ou si peu. Quelques organisations de défense des droits de l’homme ont dénoncé ce crime et la vie a suivi son cours normal. Jusqu’à ce jour, aucune arrestation n’a eu lieu. 
Y a-t-il seulement une enquête pour essayer de retrouver les assassins de Habib Dodo ? L’Etat ne s’est pas senti concerné. A-t-on entendu un intellectuel, un leader politique ou religieux dénoncer ce crime abominable ? Ce n’était sans doute pas nécessaire, puisqu’il s’agissait d’une histoire d’étudiants. Mais lorsqu’une histoire d’étudiants se termine de cette façon, cela devient une histoire de notre société. Dans quelle société sommes-nous ? On dira que nous avons fabriqué des monstres. Mais les monstres ne naissent-ils pas aussi parfois de monstres ? Quelle société avons-nous fabriquée ? N’est-ce pas parce que notre société est devenue elle-même monstrueuse qu’elle crée de tels monstres ? »
A cette époque, personne n’avait réagi. Aucun magistrat, aucun ministre, aucune autorité. Et les étudiants continuèrent leurs forfaits. Ce fut, par la suite, une jeune fille qu’ils violèrent sur le campus. Puis, lorsque le pouvoir de Laurent Gbagbo prit fin, on découvrit plusieurs tombes et ossements sur le campus et à la cité universitaire Port-Bouët 3. Oh !, il y eut beaucoup d’autres crimes encore plus horribles dans le pays à cette époque. Mais nous nous en tenons aujourd’hui à ceux commis par les étudiants dont nous avons eu connaissance. Jusqu’à ce jour, aucun magistrat n’a jugé utile d’ouvrir le dossier Habib Dodo. Y a-t-il eu prescription ? Pas du tout ! Le procès des présumés assassins de Robert Guéï vient de s’ouvrir. Son meurtre est antérieur à celui d’Habib Dodo. Mais, sans doute, se dit-on que l’affaire de ce jeune homme est une histoire d’étudiants. Il n’y a donc pas de quoi gâcher la sieste d’un magistrat.
En son temps, on n’avait pas jugé les meurtriers de Thierry Zébié. Alors, pourquoi veut-on que les étudiants arrêtent de commettre des crimes ? L’un d’entre eux, Christian Wilfried Konin, a été tué, il y a un mois, par ses camarades. Et cela n’a ému absolument personne dans ce pays. À part, peut-être, mon confrère et ami André Silver Konan (Voir l’annexe). Aucun magistrat ne s’est senti concerné. Ni aucun leader politique ou religieux. Comme lorsque Habib Dodo avait été assassiné. Aujourd’hui, on parle de dissoudre des syndicats d’étudiants, d’exclure des étudiants de l’université ; il y a ceux qui sont pour et ceux qui sont contre, et personne ne parle du plus facile, du plus simple à faire dans un État qui se veut de droit et qui est la poursuite des assassins. 
Oui, André Silver Konan le répète tous les jours dans son billet : le plus simple à faire qui résoudrait tous les problèmes du même coup est de rechercher et sanctionner ceux qui ont tué cet étudiant, comme le prévoient nos lois. Est-il impossible, dans ce pays, de rechercher et d’arrêter les  assassins de Christian Wilfried Konin ? Quel est donc cet Ivoirien nouveau que l’on veut voir émerger si l’on n’est pas capable de sanctionner nos enfants lorsqu’ils commettent des fautes aussi graves que des meurtres ? Croyons-nous vraiment que nous pourrons faire émerger notre pays si nous bannissons le mot « sanction » de notre vocabulaire ? Quelle société voulons-nous donc bâtir si nous autorisons nos étudiants à tuer, à violer en toute impunité ? Est-ce cela la recherche de l’émergence ? En vérité, en vérité, je vous le dis, tant que nous n’aurons pas mis définitivement fin à l’impunité dans ce pays, nos enfants deviendront de plus en plus monstrueux et ce sera cela, l’Ivoirien nouveau dont on parle depuis quelque temps.
Venance Konan
Titre original : « Ivoirien nouveau = sanction ».
EN MARAUDE DANS LE WEB
Sous cette rubrique, nous vous proposons des documents de provenance diverses et qui ne seront pas nécessairement à l'unisson avec notre ligne éditoriale, pourvu qu'ils soient en rapport avec l'actualité ou l'histoire de la Côte d'Ivoire et des Ivoiriens, ou que, par leur contenu informatif, ils soient de nature à faciliter la compréhension des causes, des mécanismes et des enjeux de la « crise ivoirienne ».
Source : Fraternité Matin 21 décembre 2015

 

NOTRE COMMENTAIRE

Puisque Venance Konan cite « son ami André Silver Konan » à l’appui de sa thèse selon laquelle la mort tragique de Thierry Zébié aurait été un assassinat planifié et exécuté par des militants de la FESCI à l’appel des dirigeants de l’organisation estudiantine, nos amis lecteurs voudront sans doute en juger par eux-mêmes sur pièces. Nous leur en offrant la possibilité en publiant ci-dessous la chronique qu’André Silver Konan a consacrée à ce drame dans le quotidien ouattariste Le Nouveau Réveil du 23 janvier 2010. Même si ce journaliste partage l’intime conviction de « son ami » Venance Konan, il ne va tout de même pas jusqu’à écrire comme lui noir sur blanc que ce sont des étudiants et des membres de la Fesci qui ont tué Zébié. Plus prudent ou moins déhonté que « son ami », A.S. Konan se contente juste de laisser planer le doute… Il sait bien – et je gage que Venance Konan aussi le sait – que, dans ces temps gros d’une insurrection populaire dont la révolte des étudiants était le signe avant-coureur, un régime aux abois cherchait à se conserver coûte que coûte. On ne peut donc pas exclure que ce 17 juin 1991, parmi les étudiants en colère qui manifestaient, il y avait aussi très certainement des provocateurs professionnels en service commandé, et que c’est plutôt parmi eux, et non parmi les militants de la Fesci, qu’il faudrait chercher les meurtriers de Zébié.

Comme par hasard, nos deux journalistes-moralisateurs se gardent bien de citer la presse de l’époque, où, à chaud, ces faits sont présentés à l’état brut, sans préjugés ni arrière-pensées, comme c’est le cas dans leurs articles que nous avons sous les yeux. On y voit clairement que Zébié reçut les premiers des coups dont il est mort lorsque, se voyant cerné de toutes parts par ses poursuivants, et comprenant qu’il ne devait attendre aucun secours de ses employeurs, il commença d’avouer qu’il était bien ce dont les étudiants l’accusaient d’être : un espion du pouvoir. On l’a tué pour l’empêcher n’en dire plus…

Voilà probablement la version de ce drame la plus proche de la vérité. Et c’est probablement la raison pour laquelle les autorités de l’époque et leurs épigones n’ont rien fait et ne feront rien pour retrouver les vrais coupables ?

Marcel Amondji

ANNEXE

 « Plus de 18 ans après : Lumière sur l’assassinat de Thierry Zébié ».


Qui était Thierry Zébié ? Comment a-t-il été tué ? Qui l'a tué et pourquoi ? Plus de dix-huit ans après la mort violente de cet étudiant de 24 ans, inscrit à la faculté de sciences et techniques de l'université d'Abidjan, témoins oculaires et auriculaires, acteurs directs ou indirects de cette affaire, commencent à briser la loi de l'omerta qui depuis le jour noir du lundi 17 juin 1991, maintient cette mort au panthéon des crimes non élucidés. Le début de la vérité sur ce crime attribué à la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d'Ivoire (Fesci), moins de deux ans après sa création ? Enquête sur un drame médiatisé qui a bouleversé le milieu scolaire et estudiantin.
« Nous ne sommes pas découragés, mais désolés et déçus d’avoir constaté que la Côte d’Ivoire ait pu fabriquer des produits de cette nature, les mêmes qui s’étaient signalés par l’assassinat de leur camarade Thierry Zébié, il y a quelques années ». A la veille de la fête de Noël 2002, en pleine crise politico-armée, Augustin Laurent Dona Fologo évoque un souvenir douloureux : la mort de Thierry Zébié Zirignon. Le président du Conseil économique et social ne cache pas son amertume. Désigné négociateur pour le compte de l’Etat de Côte d’Ivoire par le président de la République Laurent Gbagbo, quarante-cinq jours plus tôt, il revient du Togo, « la mort dans l’âme », selon ses propres termes. Il fait le parallèle entre la mort brutale de Thierry Zébié attribuée à la Fesci et la rébellion de ceux qui s’appelleront plus tard les Forces nouvelles, conduite par un certain Guillaume Soro, ex-secrétaire général de la Fesci, présent à Lomé.
L’accusation de Laurent Dona Fologo, ministre au moment des faits et secrétaire général du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI, parti alors au pouvoir) est à la fois impersonnelle et simple. Elle a toutefois le mérite de replacer la Fesci au banc des accusés de crimes. L’énoncé des faits, lui, n’est pas aussi simple.
« Le 17 juin, relate Alphonse Voho Sahi, actuel conseiller spécial du chef de l’Etat et enseignant syndicaliste à l’université d’Abidjan, à cette époque, dans son livre « Une chronique de la révolution démocratique en Côte d’Ivoire (1989-1995) », au cours d’un meeting organisé au parking de l’université, les étudiants décident de "libérer le Koweit". Un nom donné à la cité universitaire de Mermoz occupée par Zébié qui y règne en maître comme Saddam Hussein au Koweit. Nous sommes dans le contexte de la première guerre du Golfe dont les images sont retransmises chaque soir au Centre culturel français d’Abidjan, au journal télévisé de la nationale française France 2. Il faut donc "libérer" Mermoz comme les Américains, le Koweit. La marche rassemble tant de monde qu’au moment où la tête de manifestation se trouve au Cours secondaire protestant (CSP), la queue est toujours au campus. La foule n’est pas encore arrivée à la cité Mermoz quand on découvre le corps de Thierry Zébié, couvert de toutes sortes d’objets ; morceaux de bois et cailloux comme on en trouve sur un chien écrasé ». Il est un peu plus de 12 heures.
Négocier avec Zébié
Eugène Djué, alors numéro deux de la Fesci se souvient : « Quand nous convoquons notre meeting le lundi 17 juin 1990, au campus de Cocody, Thierry Zébié n’entreprend rien de grave. Nous finissons notre meeting sans incident. Les étudiants se dispersent. Mais certains membres du bureau restent là et nous nous rendons au "guédégbadrôme" (lieu de vente de beignets, NDLR). Il y a des gens qui criaient pendant le meeting, "Libérez le Koweit !" Mais cela ne relève d’aucune préméditation. Quand, à un moment donné, on décide de rentrer, nous voyons des étudiants en train de courir partout. On rencontre un, en sang, qui fuit. Nous devions passer par Mermoz pour aller chez Martial Ahipeaud, à la Sogephia. Sur notre passage, les gendarmes sont arrêtés au carrefour de Mermoz. Apparemment, ils ne sont pas informés qu’un drame vient de se produire. C’est quand nous arrivons chez Martial Ahipeaud qu’on apprend que Thierry Zébié a été tué ».
Martial Joseph Ahipeaud, alors secrétaire général de la Fesci, soutient qu’il fait tout ce qui est en son pouvoir, ce jour-là pour éviter le drame.
Dans un premier temps, il dit « avoir essayé de contenir la foule ». « Ce sont les filles de Mermoz qui sifflent pour convoquer un meeting au campus, sur le parking. La direction de la Fesci est prise de court car je m’apprête, ce jour-là à aller déposer la liste des loubards à la Primature pour exiger du gouvernement une action contre leurs exactions. C’est ainsi que je me retrouve sur le parking pour essayer de contenir la foule », relate-t-il. Il soutient avoir, dans un second temps, « envoyé certains responsables de la direction vers Mermoz pour négocier avec Zébié et ses amis en leur demandant de bien vouloir quitter la cité avant l’arrivée de la foule puisqu’elle est difficile à contenir. Car les filles de Mermoz exigent un meeting dans leur cité pour la libérer de l’emprise de Zébié et de sa terreur. Les camarades du bureau exécutif national de la Fesci, envoyés sur place, trouvent Zébié et ses camarades au kiosque. Lorsque les camarades leur donnent l’information, tous les autres prennent des taxis et quittent la cité. Sauf Zébié ».
Dans un troisième temps, il dit tenter la diversion : « Pour faire baisser la tension, je fais traîner la foule deux heures durant sur le campus en inventant la marche sinueuse qui devrait parcourir toutes les administrations de l’université ».
Sous la pression de « la foule d’étudiants qui exige que le secrétaire général les conduise à Mermoz qui doit être "libéré", car la Fesci doit y tenir son premier meeting contre l’avis des loubards », Martial Ahipeaud finit par prendre la voie de la cité universitaire de Mermoz. « Je suis à la montée de la colline du Collège de Cocody, fait-il savoir, quand l’incident du meurtre de Zébié me parvient ».
Le témoignage de Jean Blé Guirao, alors numéro trois de la Fesci est plus précis : « La foule d’étudiants qui devance le secrétaire général à Mermoz se retrouve nez à nez avec Thierry Zébié et trois de ses gars, au kiosque, devant la cité. Thierry Zébié est armé d’un pistolet. Devant la foule, il tire en l’air. Quand il sent que la pression de la foule ne faiblit pas, il s’enfuit et va trouver refuge dans la villa d’un couple qui, à ce temps, aide beaucoup les militants de la Fesci. Thierry Zébié sait, étant donné qu’il était l’un des nôtres au début, que quand on nous pourchasse de Mermoz, on se réfugie souvent là-bas. Les gens le suivent. Très vite, la villa est encerclée. Le salon est investi. De même que la chambre ».
Les dernières secondes de l’étudiant relèvent des fictions de mort violente. Selon Jean Blé Guirao, « Il y a trois personnes en tenue jeans complet avec des paires de basket, qui sont dans la cuisine. C’est l’un d’eux qui porte la brique sur la tête de Thierry Zébié qui s’écroule ».
Par la suite, selon les témoignages que Martial Ahipeaud dit avoir recueillis plus tard, l’individu « qui l’assomme le livre à la vindicte populaire ».
« L’irréparable »
La nouvelle de « l’irréparable », expression employée par le commentateur du reportage diffusé au journal de 13 heures à la télé nationale, le même jour, plonge la Nation dans l’émoi.
« C’est un événement douloureux, se rappelle Thérèse Yobouet, présentatrice du journal de 13 heures, ce jour-là. C’est la première fois qu’un tel drame survient et j’en suis complètement bouleversée, puisqu’il s’agit de la mort d’un homme ».
Comment en est-on arrivé là ? Dans un document disponible sur le site de son parti politique, l’Union pour le développement et les libertés (UDL), intitulé « De Zébié à Guéi : au nom de la liberté », Martial Ahipeaud, aujourd’hui titulaire d’un doctorat et résidant pour la plupart du temps en Europe, répertorie des actes qu’il attribue à Thierry Zébié, susceptibles d’expliquer son lynchage à mort, du moins la fronde des militants de la Fesci contre lui.
« Le 7 février 1991, écrit Martial Ahipeaud, Thierry Zébié conduit une action de sabotage de ma conférence de presse se tenant à l’amphi Robert Léon (…) Le 14 février 1991, Zébié et sa bande de loubards vont incendier la maison de mes parents adoptifs à Cocody Sogefia. Entre février et mai 1991, ses actes de violation de la dignité féminine sont légion à la cité universitaire de Mermoz. Le 15 mai 1991, à la tête d’une cohorte de loubards, Zébié attaque ma conférence de presse qui se tient au Forum de l’université. Notre camarade Marius Eponon a la paume transpercée quand il s’interpose entre le couteau d’un des loubards et moi. La nuit du 17 mai 1991, Zébié conduit les forces spéciales qui massacrent les étudiants à la cité universitaire de Yopougon. La nuit du 16 juin, il laisse dans le coma, un étudiant sur le campus parce qu’il conteste avec d’autres camarades la dernière décision du Président Houphouët de créer une commission nationale d’enquête (sur les événements de Yopougon, dans la nuit du 17 mai 1991, NDLR) alors que la Fesci veut une commission internationale. C’est cette énième action qui pousse les filles à organiser un meeting de protestation contre sa bande le lendemain alors que la direction de la Fesci avait donné le mot d’ordre de calme ».
La vengeance comme mobile du crime ?
« J’affirme haut et fort que ce n’est pas la Fesci qui a commis ce crime », se défend Martial Ahipeaud. Non coupable ! Telle est invariablement la ligne de défense de la direction de la Fesci.
« A l’époque, je suis étiqueté comme le dernier des extrémistes, mais pas une seule fois l’idée de tuer quelqu’un ne me vient en tête, en dépit, je précise, de tout ce que Thierry Zébié nous fait subir, à savoir les humiliations, les bastonnades, etc. Je suis là, sincère devant Dieu et je dis que jamais un jour l’idée ne nous est venue en tête de le tuer. Jamais. Peut-être l’effrayer, le frapper un peu et le laisser partir, mais aller jusqu’à le tuer, jamais ! », jure Eugène Djué.
Pour lui, le gouvernement (PDCI) du Premier ministre Alassane Ouattara, qui désigne quatre jours après, la Fesci comme étant responsable de la mort de Thierry Zébié, trouve en eux « le coupable idéal. Ceux qui tuent Thierry Zébié sont convaincus qu’ils ne seraient pas du tout soupçonnés, parce que le coupable désigné est là, c’est la Fesci qui avait tenu un meeting au cours duquel on a crié "Libérez le Koweit !" ». Mais « "Libérez le Koweit", c’est quoi ? Etait-ce aller tuer quelqu’un ? Non ! ».
Les responsables de la Fesci voient en cette mort, un coup monté du pouvoir.
« Les trois personnes en tenue jeans complet avec des paires de basket, sont habillées exactement comme les éléments de la brigade de recherche de la gendarmerie. Je savais comment ils s’habillaient parce qu’on était très souvent confronté à eux. Ceux qui ont kidnappé une étudiante devant la cité Rouge s’habillaient exactement ainsi. C’est l’un d’eux qui a porté la brique sur la tête de Thierry Zébié », accuse Jean Blé Guirao, aujourd’hui secrétaire général adjoint de l’Union pour la démocratie et la paix en Côte d’Ivoire (UDPCI, parti d’opposition). Dans quel but le pouvoir ferait-il tuer Thierry Zébié qui s’oppose à la Fesci, la bête noire du gouvernement ? Dans le but de noircir le casier judiciaire de ce mouvement et de détruire son honorabilité dans l’opinion ainsi que freiner son influence dans le milieu estudiantin, répondent en chœur les responsables de l’époque. « La preuve est que, démontre Martial Ahipeaud, le 21 juin 1991, soit quatorze mois jour pour jour après la création de la Fesci, symboliquement, le gouvernement prend une décision de dissolution de notre syndicat. A qui profite alors le crime ? ».
Militant de la Fesci
A la Fesci, rétorque d’un côté le gouvernement et de l’autre, d’autres étudiants qui fustigent les méthodes de la Fesci. Parmi eux, Claude Daniel Djè Konan, alors étudiant au département d’allemand et président de la Jeunesse estudiantine du PDCI, section Yopougon-Toits rouges. Pour lui, « Thierry Zébié est au départ un militant de la Fesci. Il découvre par la suite que ce mouvement est plutôt une mafia à la solde de l’opposition d’alors pour renverser le pouvoir PDCI. Il se retire carrément. La Fesci ne lui pardonne pas ce qu’elle qualifie de "félonie". Elle cherche donc à l’éliminer. Non seulement pour se venger de lui mais pour passer un message très ferme à tous ceux qui, comme Thierry Zébié, seraient tentés de rallier le camp adverse. Des gens de la Fesci le ratent une première fois dans un maquis à Yopougon. La dernière tentative est l’opération conduite par Martial Ahipeaud lui-même à partir du campus. Presque toute la Fesci réussit à surprendre Zébié dans le kiosque à Mermoz ».
Eugène Djué reconnait, en effet, que Thierry Zébié est au départ l’un des leurs. « C’est lui qui nous aide à escalader les murs quand la police boucle certains endroits, au début de la lutte ».
Les allégations de Claude Daniel Djè Konan sont corroborées par Fabrice Sibry Mahi, étudiant en licence de mathématiques à cette époque et résident de la cité de Mermoz. « Je ne suis pas alors un ami de Thierry Zébié, juste quelqu’un qui échange de temps en temps avec lui », précise-t-il. Il se souvient de lui comme étant « un garçon brillant, un solide gaillard, adepte des arts martiaux, élégant et propre sur lui ». Fabrice Sibry Mahi, se disant aujourd’hui « libre penseur » fait savoir qu’il assiste de loin à la scène, « parce que tout cela lui fait peur. Ce jour-là, on sent que quelque chose de grave va se passer. Les militants de la Fesci sont comme pris d’une transe collective. Ils courent dans tous les sens, crient ». Il soutient qu’il voit des membres du bureau de la Fesci discuter avec Thierry Zébié et des gens autour de lui. « Je ne m’intéresse pas trop aux manifestations, de ce fait, je sais qu’ils sont membres du bureau de Martial Ahipeaud mais je ne connais pas leur nom. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle ils en veulent à Thierry Zébié. Ce dernier dans le milieu estudiantin est autant célèbre que Martial Ahipeaud, plus que Eugène Djué, le numéro deux et encore plus que Blé Guirao, que les étudiants connaissent à peine. En outre, nombre d’étudiants sont jaloux de lui parce qu’ils lui reprochent une vie ostentatoire. Ce qui n’est pas faux ». Fabrice Sibry Mahi, aujourd’hui cadre supérieur dans une entreprise privée, avance que « le 17 juin, vers midi, alors que la foule d’étudiants encercle de plus en plus Thierry Zébié, un coup de feu est tiré. Je ne vois pas Thierry Zébié tirer pas plus que celui qui tire. Mais la thèse défendue plus tard par les responsables de la Fesci, tendant à dire que Thierry Zébié tire avec un pistolet qu’il a sur lui, pour moi est totalement contradictoire ». La raison : « Si tant est qu’il possède un pistolet et qu’il sait tirer, pourquoi n’use-t-il pas de son arme pour se défendre quand il sent que son heure est proche parce que les militants de la Fesci l’ont rejoint dans la maison où il trouve refuge et le menacent avec des objets contondants divers ? ». Pour lui, « c’est justement ce coup de feu qui fait fuir Thierry Zébié, un garçon connu pour n’avoir peur de personne et qui plus est, inspire la crainte chez ses assaillants qui n’osent d’ailleurs pas l’approcher ». Fabrice Sibry Mahi est formel : « personnellement, je réprouve surtout la violence sexuelle attribuée à Thierry Zébié, cependant ma conviction est faite que les responsables de la Fesci de l’époque, ont minutieusement préparé son assassinat. Le motif est simple : il les combat ouvertement et son combat commence à trouver des soutiens dans d’autres cités, surtout celles de Cocody où certains étudiants que la Fesci qualifie de loubards s’organisent pour ne pas qu’elle y prenne pied ».
« Dieu nous pardonne »
La piste Fesci bénéficie de l’intime conviction de l’Union interafricaine des droits de l’homme (UIDH). Dans un communiqué publié en mai 2007, à la suite du saccage du siège de la Ligue ivoirienne des droits de l’homme (Lidho) par des individus présumés de la Fesci, l’UIDH affirme que « depuis quelques années, la Fesci a pris une forme proche d’une organisation mafieuse. Elle s’est illustrée de façon notoire, dans de nombreux cas de violations de droits de l’homme. Son nom est associé aux assassinats de Thierry Zébié, un étudiant hostile à ses agissements, d’Habib Dodo, un dirigeant de l’Association générale des élèves et étudiants de Côte d’Ivoire (Ageeci) ».
Pour sa part, Laurent Gbagbo monte au créneau quand Alassane Ouattara prend la décision de dissoudre la Fesci. Il parle d’une « grande erreur » et apporte officiellement son soutien politique à la Fesci.
Plus de dix-huit ans après ce drame qui continue vraisemblablement de hanter les souvenirs de nombre d’Ivoiriens et d’étudiants de cette époque, Martial Ahipaud continue de clamer son innocence : « Dieu est mon juge et il sait que je suis innocent de ce sang versé ».
En attendant la mise sur pied d’une commission d’enquête, qu’il réclame, il conclut que « le 17 juin 1991, un crime fut commis et fut mis sur le dos de la Fesci qui, par moi, avait tout tenté pour l’éviter. Dieu nous pardonne le sang versé ».

André Silver Konan

mercredi 9 décembre 2015

NOTRE HISTOIRE AVEC LE COLONIALISME FRANÇAIS (SUITE)

Thiaroye, 1er décembre 1944 : 70 soldats africains sous uniforme français assassinés « pour l’exemple » !*


« Dan'o se voyait sur la place d'armes d'une caserne entourée de bâtiments récemment blanchis à la chaux et éclatants dans la lumière douce du petit matin. Au  centre de la place se dressait un mât au sommet duquel on venait de hisser les trois couleurs. Et, tout autour de ce symbole que, par leurs sacrifices, eux aussi avaient contribué à relever de la boue où la trahison l’avait fait choir, des centaines de tirailleurs en grande tenue, figés dans un impeccable garde-à-vous, presque tous couverts de médailles et de croix, tous d'anciens prisonniers de guerre des Allemands ou des évadés ayant vaillamment pris leur part aux combats de la Résistance et de la Libération, qui avaient été rassemblés là après leur débarquement à Dakar pour y attendre le moment d'être rendus à leurs villages. D'abord tout était calme et immobile comme une photographie. Et soudain l'apocalypse ! » (Extrait de Sidjè ou La Marche des femmes sur la prison de Grand-Bassam, de Marcel Amondji)


Il est des recherches d’historien qui virent peu à peu à l’enquête de police, sans l’inconvénient des lois de prescription. Il en est ainsi des travaux d’Armelle Mabon, maître de conférences à l’université Bretagne-Sud, à Lorient (Morbihan). Depuis 1996, cette femme combative tente d’élucider ce qu’il reste d’énigme dans l’un des grands drames de l’histoire coloniale française : le massacre par l’armée française de dizaines de tirailleurs africains à Thiaroye, au Sénégal, le matin du 1er décembre 1944.
Les archives officielles – rapports, circulaires, enquêtes – se livrant à une réécriture de l’affaire, il lui a fallu trouver ailleurs la vérité. Depuis dix-sept ans, elle convoque donc la science balistique, collationne les expertises d’armuriers, confronte les récits et les chronologies des témoins ou de leurs descendants, repère les contradictions au sein des rapports qu’elle répertorie patiemment dans des tableaux Excel. Bref, de l’investigation à part entière, d’où affleure peu à peu la vérité.
UN MENSONGE D’ETAT DEPUIS SOIXANTE-DIX ANS
Thiaroye : de prime abord, cette page d’histoire est connue et même reconnue. La France a officiellement admis le massacre, en 2004. Lors d’un voyage au Sénégal, en octobre 2012, François Hollande a fait explicitement référence à cette « répression sanglante » dans un discours prononcé à Dakar. Mais, en même temps, le scénario de la fusillade et jusqu’au nombre des victimes restent en grande partie obscurs. L’armée française s’est toujours abritée derrière l’explication de la réaction à une mutinerie armée. « Un mensonge d’Etat depuis soixante-dix ans », peste l’historienne. « Une fable », confirme le général André Bach, ancien responsable des archives de l’armée de terre.
Rappel des faits ou du moins de ce que l’on en sait. En 1940, les tirailleurs sénégalais – appellation générique désignant des combattants de plusieurs pays d’Afrique noire – participent à la campagne de France. Des milliers meurent au combat. Entre 1.500 et 3.000 d’entre eux, sitôt faits prisonniers, sont froidement abattus par des soldats allemands gavés d’idéologie suprémaciste. Après l’armistice, près de 70.000 soldats indigènes venus de tout l’empire sont internés dans des camps de prisonniers aménagés sur le territoire français (frontstalags), le régime nazi ne voulant pas de la présence de ces « races inférieures » sur le sol du Reich. La sous-alimentation, le froid, la maladie et le travail forcé déciment les prisonniers. Des internés parviennent à s’évader, cachés par la population complice, et rejoignent parfois les rangs de la Résistance.
ARRIÉRÉS DE SOLDE
Dès 1944, les frontstalags sont libérés au fil de l’avancée des forces alliées. L’administration organise le rapatriement de leurs occupants africains vers les colonies. Deux mille tirailleurs se retrouvent ainsi, le 3 novembre 1944, à Morlaix (Finistère). De là, ils doivent embarquer sur le Circassia. Mais les soldats exigent au préalable de recevoir leurs arriérés de solde, quelques milliers de francs de l’époque. Trois cents s’obstinent, refusent de monter à bord et sont expédiés manu militari dans un centre de détention des Côtes-d’Armor. Les autres obtempèrent finalement après avoir touché un quart de la somme et surtout après avoir reçu la promesse de recevoir le reste à l’arrivée.
Une nouvelle grogne éclate lors d’une escale à Casablanca et 400 tirailleurs restent à quai. Ce sont 1.280 soldats qui arrivent finalement à Dakar, le 21 novembre 1944. Ils sont aussitôt enfermés dans des baraquements, à quelques kilomètres de là, dans la caserne de Thiaroye. Les autorités coloniales entendent les renvoyer dans leurs foyers. Les hommes réclament d’abord leur dû. Le 28 novembre, la tension monte. Cinq cents hommes sont sommés de prendre un train pour Bamako. Ils refusent. Venu négocier, le général Dagnan est pris à partie. Il promet le paiement des arriérés. Mais le 1er décembre au matin, le camp est encerclé par un imposant dispositif humain et matériel.
DES RAPPORTS LITIGIEUX
A partir de là, rien n’est clair, si ce n’est qu’une fusillade éclate peu après 9 heures. C’est ici que l’historienne doit se [faire ?] limier, tant les rapports sont litigieux. « Le témoignage écrit du lieutenant-colonel Le Berre diverge ainsi de celui du chef de bataillon Le Treut, du capitaine Olivier, du colonel Carbillet, du général Dagnan, du lieutenant-colonel Siméoni, du lieutenant de gendarmerie Pontjean, du colonel Le Masle ou du général de Perier, qui diligentera une commission d’enquête en 1945. Certaines circulaires ou certains comptes rendus sont même introuvables », explique l’historienne, qui a exploré les différents centres où sont conservés les documents de l’époque, en France, mais aussi au Sénégal.
Au fil des versions se développe l’idée d’une riposte à des tirs à la mitraillette ou au pistolet-mitrailleur venus des mutins. Le général Dagnan a fait à l’époque une liste des armes prétendument retrouvées. Armelle Mabon l’a fait examiner par des experts de l’Union française, des amateurs d’armes. Rien ne tient dans cet inventaire ni ne justifie d’utiliser de tels moyens – un char, deux half-tracks, trois automitrailleuses – pour y répondre.
Officiellement, 35 tirailleurs furent tués ce 1er décembre, chiffre repris par François Hollande dans son discours à Dakar. Vingt-quatre seraient morts sur le coup et onze à l’hôpital. Mais le rapport du général Dagnan daté du 5 décembre fait état de « 24 tués et 46 blessés transportés à l’hôpital et décédés par la suite », soit 70 victimes. « Pourquoi aurait-il eu intérêt à alourdir le bilan ? », demande l’historienne qui accrédite plutôt ce dernier chiffre.
TUÉS POUR L’EXEMPLE
Armelle Mabon conclut que les autorités militaires au plus haut niveau voulaient, depuis la veille, faire un exemple contre des soldats qu’elles estimaient en état de rébellion. « Les contradictions multiples et les nombreuses incohérences associées aux témoignages suggèrent fortement la préméditation », affirme-t-elle. Les officiers auraient pris prétexte d’un début d’échauffourée pour tirer. Certaines des victimes avançaient sur les hommes qui les encerclaient, exhibant leurs galons français.
Une trentaine de mutins seront condamnés à des peines allant jusqu’à dix ans de prison, avant de bénéficier d’une grâce amnistiante du président Auriol en 1947. A une exception [près], les auteurs de la fusillade et ceux qui l’auront ordonnée ou couverte ne furent jamais inquiétés. Cependant, passant au crible leurs dossiers personnels, Armelle Mabon a pu constater que leur carrière fut entravée à dater de ce jour : mise à la retraite d’office, avancement refusé, annotations négatives. « Ils ont été sanctionnés en préservant l’honneur de l’armée », conclut l’historienne. Un aveu déguisé que des fautes ont été commises.
GRAVE BAVURE MILITAIRE
« Il faut réhabiliter les tirailleurs morts, blessés, pour avoir simplement réclamé un droit dont ils ont été spoliés », estime Armelle Mabon, qui publiera ses conclusions dans un ouvrage collectif à paraître aux PUF en octobre 2013 : Nouvelle histoire des colonisations européennes (XIXe-XXe siècles). Sociétés, cultures, politiques.
Thiaroye n’est pas resté simplement dans l’Histoire comme une grave bavure militaire. La fusillade s’inscrit, avec les événements de Sétif et d’autres, dans cette période où les autorités coloniales, après s’être comportées souvent sans grand honneur pendant le conflit, furent incapables de percevoir les changements induits par la seconde guerre mondiale. Les tirailleurs rentraient d’Europe porteurs de valeurs nouvelles. « Ils viennent à la colonie avec l’idée bien arrêtée d’être les maîtres, de chasser les Français », redoute ainsi le lieutenant-colonel Le Berre dans son rapport. Le général Dagnan craint que ces hommes ne « forment le noyau agissant de tous les groupements hostiles à la souveraineté française ».
CITOYENS À PART ENTIÈRE
Face à eux, la caste administrative conservait ses préjugés racistes. Dans de multiples textes d’époque, la hiérarchie militaire dénie ainsi aux tirailleurs le droit à un argent qu’ils seraient incapables de gérer. Pour Armelle Mabon, avec Thiaroye, « il s’agit de réimposer la domination coloniale ébranlée par la guerre ».
Le peu de cas fait de ces tirailleurs qui s’étaient battus pour la France apportait un démenti à ceux qui espéraient que les indigènes de l’empire pourraient devenir des citoyens à part entière de la République. Lamine Guèye, avocat des « mutins », et Léopold Sédar Senghor, qui demanda leur amnistie, deviendront bientôt deux artisans de l’indépendance.

Benoît Hopquin
(*) - Titre original : « Devoir de mémoire : 1er décembre 1944. C’est le jour où la France décima les soldats africains qui contribuèrent à la délivrer de l’horreur du nazisme ».


Source : Lemonde.fr

mardi 8 décembre 2015

NUL N’EST PROPHÈTE DANS SON PAYS

Hervé Renard, l’ancien sélectionneur des Éléphants, serait-il devenu francophobe à force d’avoir été adulé par …les Ivoiriens ? On serait tenté de le croire, à lire ce jugement peu amène sur ses compatriotes :

« On peut en parler, de la France. Vous savez, moi qui ai voyagé un petit peu – ça va choquer les gens, mais c'est important de le dire – si tu passes dans la rue avec une Bentley, il y a certains pays où on va dire : "Je veux tout faire pour obtenir cette voiture. J'ai cette ambition". En France, on va dire : "Regarde-moi ce connard, comment il a fait pour se payer cette voiture-là ? Il se la pète". […] C'est ça le problème de la France. Je ne peux pas l'expliquer, parce que la France est un pays fabuleux, en termes d'histoire, de géographie, de monuments historiques, mais les Français... C'est dommage qu'il y en ait tant en France. » (Propos rapportés par François Kulawik, in Sports.fr 8 décembre 2015)

Reste à savoir s’il a toujours pensé ainsi ou bien s’il n’a dit ça que parce que, entre les footeux de Lille et lui, le courant n’est pas très bien passé.

La Rédaction 

lundi 7 décembre 2015

Christian Bouquet ment, Christian Bouquet est ouattariste…

Christian Bouquet (Image d'archives).

Tous au front ! Les relais français dans le monde du journalisme et de la recherche sont plus que jamais au travail, au lendemain de sa victoire électorale sans péril (donc de son triomphe sans gloire) de dimanche dernier [25 octobre, ndlr]. Et le moins qu’on puisse dire est que la version française du magazine en ligne The Conversation (qui mêle parole universitaire et écrits journalistiques) est un de leurs quartiers généraux. C’est dans cet organe de presse que pontifie désormais Thomas Hofnung, ancien « spécialiste » Afrique de Libération, dont l’ancien journal reprenait le 28 octobre un article truffé de chiffres erronés surévaluant par exemple la force du PDCI d’Henri Konan Bédié tout en minorant l’emprise de Laurent Gbagbo sur l’opinion ivoirienne en 2010.
Le lendemain, c’est Le Monde qui reprenait une tribune initialement publiée dans The Conversation. Son auteur ? Christian Bouquet, un propagandiste pro-Ouattara bien camouflé derrière sa toge de géographe et de « professeur émérite ». Dans une sorte de démonstration de transparence, The Conversation écrit à son propos : « Christian Bouquet ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre appartenance que son poste universitaire. » Bien. Peut-être fallait-il préciser qu’il a été décoré en janvier 2012 par Alassane Ouattara à l’ambassade de Côte d’Ivoire à Paris, ce qui est pour le moins un signe d’affinité ou de reconnaissance. Bref.
La tribune de Christian Bouquet donne au lecteur pas très vigilant une impression de « juste milieu ». Il semble mettre dos à dos les anti-Ouattara qui parlent de « score soviétique » et les pro-Ouattara qui parlent de « victoire écrasante ». Il s’agit là de « chiffres en trompe l’œil », annonce-t-il en titre. La participation a été modérée, affirme-t-il. Mais c’est pour mieux faire entendre sa petite musique lancinante. Elle nous susurre que :
◦Toute évocation d’une quelconque fraude électorale n’est pas « acceptable ». Le score de Ouattara et le taux de participation sont inattaquables.
◦Puisque ce score et ce taux de participation sont inattaquables et que le nombre de votants que Ouattara aurait mobilisés est supérieur à ce que la Commission électorale qu’il contrôlait déjà en 2010 lui avait octroyé (et à ce qu’elle avait octroyé à Gbagbo), cela signifie qu’il est structurellement majoritaire hier et aujourd’hui. « Cela devrait à la fois solder le contentieux arithmétique entre les deux camps, et surtout conforter le vainqueur du jour dans l’idée que sa cause, son bilan et son programme bénéficient d’une approbation qui ne s’est pas démentie après cinq années de mandat ». C’est beau un homme qui sait cirer les pompes d’un autre en toute élégance !
◦Les opposants qui ont boycotté le scrutin parce qu’ils dénonçaient une mascarade électorale tentaient « de justifier leur échec annoncé. » En gros, les conditions d’organisation du scrutin étaient acceptables, et quiconque prétend le contraire est de mauvaise foi.
Au secours de sa démonstration, qui est comme on l’a vu bien plus partisane qu’elle ne veut se montrer, Christian Bouquet laisse échapper quelques mensonges et omissions. Il écrit par exemple : « Il n’est pas non plus acceptable d’ajouter, pour achever de déprécier l’évènement, que l’élection était truquée, car elle était surveillée et contrôlée de très près par plusieurs plateformes d’observation de la société civile, ainsi que par une forme de vérification citoyenne exercée à l’aide des téléphones portables. Celles-ci ont fait remonter par SMS les résultats des 19 849 bureaux de vote tels que chaque électeur avait pu en prendre connaissance en assistant au dépouillement et au comptage. Au final, la CEI (Commission électorale indépendante) a publié des résultats qui correspondaient, à la virgule près, aux remontées parallèles enregistrées ici et là. »
En réalité, le système de « vérification citoyenne » (il y a beaucoup à dire à ce sujet…) dont il parle ne concerne pas, loin de là, les 19 849 bureaux de vote de Côte d’Ivoire. La Plateforme d’Observation (POECI) à laquelle il fait allusion ne « monitorait » que 755 bureaux de vote (soit 3,8% de l’ensemble), selon son site Internet. Selon le quotidien Libération, la POECI a mobilisé 755 observateurs effectivement présents dans 175 bureaux de votes (soit moins de 1% de l’ensemble). Christian Bouquet est seul à avoir vu des observateurs dans chacun des bureaux de vote. Soit c’est du mensonge, soit c’est de la mythomanie !
De plus, les « remontées parallèles » (très incomplètes, comme on l’a vu) de la société civile ne correspondaient pas, « à la virgule près », aux résultats de la CEI. Les remontées en question évoquaient, sur la base d’un échantillon très étroit, un taux de participation de 53,05%. Avant que ce taux ne sorte du « chapeau » de la POECI, le premier vice-président de la Commission électorale, Sourou Koné (représentant Ouattara himself) avait évoqué un taux de participation « autour de 60% », à affiner. Puis l’institution a rétropédalé, désavoué Koné et proclamé un taux de participation de 54,63%… puis de 52,86%. L’hypothèse la plus probable est que la CEI s’est débrouillée pour faire sortir de sa « marmite électorale » des chiffres se rapprochant de ce qui avait déjà été posé comme pourcentage acceptable par une société civile qui, il faut le dire, est dépendante financièrement de l’USAID, organisme gouvernemental américain et du NDI, ONG proche du Parti démocrate américain.
Christian Bouquet poursuit : « Le PDCI est resté uni, et même fidèle en alliance puisque ses voix se sont – apparemment – aussi massivement reportées sur Ouattara qu’en 2010 ».
A quoi sert donc ce « apparemment » ? A se laisser une marge pour rétropédaler… en cas de cas. En effet, si l’on compare les scores attribués par la CEI à Ouattara au second tour 2010 et au premier et unique tour 2015, dans le « V » baoulé, fief de référence du PDCI, l’on se rend compte de la supercherie du « professeur émérite ». Au second tour, nous disait la CEI en 2010, Ouattara avait obtenu 71 446 voix à Yamoussoukro. Et en 2015, 37693. A Bouaké, ses 136 943 voix supposées de 2010 ont fait place à 102 077 voix. A Daoukro, fief de Bédié, le nombre d’inscrits passe de 47 805 personnes à 52 715. Mais les voix qui vont à Ouattara passent de 29 160 (60,99% des inscrits) à 25 480 (48,33%). Certes, dans certains départements comme Didiévi, dont est originaire un des directeurs de campagne de Ouattara, les scores officiels s’améliorent. Mais globalement, on note une désaffection de la partie de l’électorat PDCI qui ne s’habitue pas au fameux Rassemblement des houphouétistes (RHDP). Christian Bouquet ment donc. Ou se trompe.

Théophile Kouamouo, Journaliste à Mondafrique
Titre original : « Propagande pro-Ouattara : les mensonges de Christian Bouquet, « spécialiste » français de la Côte d’Ivoire ». 

EN MARAUDE DANS LE WEB
Sous cette rubrique, nous vous proposons des documents de provenance diverses et qui ne seront pas nécessairement à l'unisson avec notre ligne éditoriale, pourvu qu'ils soient en rapport avec l'actualité ou l'histoire de la Côte d'Ivoire et des Ivoiriens, ou que, par leur contenu informatif, ils soient de nature à faciliter la compréhension des causes, des mécanismes et des enjeux de la « crise ivoirienne ».

Source : IvoireBusiness 30 octobre 2015.

samedi 5 décembre 2015

« IL NE FAUT PAS COMPTER SUR LES OCCIDENTAUX QUI NOUS MENACENT ET VEULENT DESTABILISER NOS ETATS »

Le président équato-guinéen et son homologue chinois
Interview du président Obiang à l’occasion du 45e anniversaire de l’indépendance de la guinée équatoriale
Votre pays vient de célébrer le 45e anniversaire de son indépendance. Sous quel signe avez-vous placé cette célébration ?
Je vous remercie d’avoir répondu à notre invitation pour nous accompagner dans la célébration de ce moment important de la vie de la Guinée équatoriale. Nous devons travailler à léguer le leadership aux Africains […] L’Afrique est parvenue à un demi-siècle de sa souveraineté. Les dirigeants africains ne doivent plus avoir peur. Certes, nous n’allons pas résoudre tous nos problèmes par un coup de baguette magique, mais il faut y travailler.
Quel regard jetez-vous sur le chemin parcouru par la Guinée équatoriale jusqu’à ce jour et comment entrevoyez-vous l’avenir ?
Je vous remercie pour l’intérêt porté sur le passé de la Guinée équatoriale, son parcours et par ailleurs la trajectoire à prendre pour l’avenir. Nous avons profité de la célébration des 45 ans de l’indépendance de la Guinée équatoriale pour tenter de faire un bilan de l’histoire de notre pays. Notre pays a évolué en deux étapes.
Les premières années de notre indépendance ont été caractérisées par l’absence totale de développement. Pendant cette période, le pays, au lieu de se développer, est tombé dans le déclin. Ceci était dû au système politique qui s’était totalement écarté de l’opinion du peuple. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle beaucoup de citoyens équato-guinéens se sont vus obligés de se disperser à travers le monde. Il y avait un déficit criant d’infrastructures. Et le peu d’infrastructures laissées par les colons n’était pas entretenu. C’est bien simple : le pays n’avait ni eau, ni électricité, les écoles étaient fermées, les hôpitaux ne fonctionnaient pas normalement et le peuple était plongé dans la misère.
Après cette époque, notamment après la révolution nous nous sommes engagés à construire le pays. Ceci, à travers le programme économique développé par le gouvernement. Ce programme a été adapté et adopté au cours d’une conférence économique. Nous sommes donc en train de travailler pour faire émerger la Guinée équatoriale d’ici à 2020. Je pense que nous sommes en train d’atteindre les objectifs de ce programme. Aujourd’hui si vous jetez un regard, une grande partie du pays a été désenclavée. En Guinée équatoriale, presque toutes les routes sont goudronnées.
Pour mettre notre vaste programme en marche, nous sensibilisons notre peuple. Nous consolidons aussi les relations avec le monde international, notamment avec les pays africains. Notre priorité, c’est l’Afrique. Aujourd’hui, la voix de la Guinée équatoriale porte.
Notre pays a été l’unique nation à élever la voix contre les pays qui ont agressé la Libye et attaqué Kadhafi.
Nous remettons en cause la notion d’intervention humanitaire que la communauté internationale approuve. Ce nouveau concept, de notre point de vue, devrait se traduire par la mobilisation des ressources économiques au profit des nations qui souffrent et non faire la guerre à un pays souverain sous le couvert d’une intervention dite « humanitaire ».
Après Malabo 2, la Guinée équatoriale est engagée dans un processus de création d’une ville à Oyala. Cette nouvelle ville constitue-t-elle le symbole de votre nouvelle vision à l’instar de Brasilia au Brésil ou plus proche de nous, Abuja au Nigeria ?
Nous sommes en train de créer une petite ville au sud de l’île. Nous travaillons pour donner plus de facilités au peuple de la Guinée équatoriale, à désenclaver le pays. C’est à juste titre, si le gouvernement met un accent particulier sur le développement local. Tout cela, nous le faisons sur nos ressources propres. Toutefois, la Chine nous a aidés en nous accordant un prêt de 2 milliards de dollars (environ mille milliards F CFA). Partout dans le pays, nous avons engagé des programmes et nous devons les accomplir. Les ressources sont utilisées d’une façon rationnelle. Tout le développement que nous mettons en œuvre surprend d’ailleurs notre population.
Nombre d’entreprises nous font des propositions. Par exemple, une entreprise européenne nous a proposé la construction d’un chemin de fer. Mais la Guinée équatoriale est une petite nation qui n’a pas forcément besoin d’un chemin de fer qui traverse tout le pays. Nous avons rejeté ce projet qui coûte beaucoup d’argent. Nous préférons construire des routes. Elles nous permettent d’avoir accès à toutes les parties du pays. Nous avons donc rejeté catégoriquement ce type de projet qui coûte beaucoup d’argent.
Nous recevons beaucoup de projets qui viennent des pays occidentaux. Mais, nous les analysons minutieusement. Nous avons même des contentieux avec des pays qui sont venus avec des propositions et lorsque nous avons accepté, ils nous ont tendu un piège sans aller au bout de leur contrat. Ils nous ont plutôt conduits devant les tribunaux internationaux. Malheureusement, le constat que nous faisons est là : ils ne viennent pas pour nous aider, mais pour nous voler. 
Ces divers chantiers ne menacent-ils pas l’environnement qui est devenu aujourd’hui un enjeu mondial ? Y a-t-il des mesures pour préserver la nature ?
Je vais vous prendre un exemple pour illustrer notre parti pris pour la protection de l’environnement. Vous avez visité la plateforme Punta Europa où est située l’industrie gazière. Tous ces macro-projets de transformation du gaz ont été mis sur pied parce que j’ai refusé de brûler le gaz (à travers des torchères, ndlr) comme on le fait dans la plupart des pays afin d’éviter la production de cumulus dans l’atmosphère. Nous avons donc exigé la transformation du gaz pour limiter les effets de pollution. L’une des solutions retenues a par exemple été de fabriquer de l’électricité grâce à ce gaz. Aujourd’hui, nous vendons le gaz liquéfié. C’est un bénéfice pour le pays. C’est une mesure de protection de l’environnement.
D’autres exemples : nous avons réglementé l’exploitation des ressources forestières. La priorité est donnée à la transformation du bois dans les zones autorisées. Nous protégeons nos eaux par une veille et la détection des produits polluants enfouis dans l’eau, etc. C’est vous dire que nous sommes pleinement conscients des enjeux environnementaux et notre développement ne se fait pas au détriment de la Nature.
La Guinée équatoriale fait l’objet de vives critiques concernant la vie politique. Des élections générales se sont déroulées en mai dernier [2013], quelle est la place de l’opposition dans le processus démocratique dans votre pays ?
L’introduction de la démocratie dans notre pays a débouché sur le multipartisme. Une convention a été mise en œuvre pour fixer le cadre, déterminer les possibilités de coalition, etc. D’ailleurs, les partis politiques ont ratifié ce pacte et ont du reste le loisir de le dénoncer à tout moment. Nous sommes dans une dynamique d’ouverture. La majorité des formations politiques sont en alliance avec le parti au pouvoir car elles ont observé que notre parti présente un programme positif, un projet de société de nature à impulser le développement et elles y ont librement adhéré. La plupart des leaders de l’opposition sont dans le gouvernement. Certains sont représentés au Sénat, à l’Assemblée nationale et dirigent des communes. Les partis politiques sans exclusive participent ainsi à l’animation de la scène politique.
Pourtant, la Guinée équatoriale est toujours perçue comme une dictature…
Il ne faut pas compter sur les Occidentaux qui nous menacent et veulent déstabiliser nos Etats. Nous n’attendons rien d’eux. Lors des dernières élections générales, j’ai refusé la présence des observateurs occidentaux mandatés sous le couvert de l’Union européenne. En revanche, nous avons accrédité les observateurs issus des pays ACP (Afrique-Caraïbes-Pacifique). L’Afrique doit se sentir comme une entité souveraine et indépendante.
Le président de la République de Guinée équatoriale a été désigné président d’honneur du Conseil africain des médias (Cam) et la ville de Malabo retenue pour en abriter le siège. En tant que président de la République, qu’est-ce que cela représente pour votre pays ?
C’est une reconnaissance de la politique panafricaine que le gouvernement équato-guinéen impulse en ce moment. La presse a un rôle prépondérant à jouer dans notre continent. Beaucoup de médias ont dénigré l’Afrique à travers de larges échos venus de l’Occident. La presse africaine doit dénoncer et répondre aux attaques que subit l’Afrique. Certains dirigeants africains sont téléguidés par les puissances occidentales.
Il faudrait mettre fin à cette façon de faire. La presse africaine a un rôle crucial à jouer dans ce sens. Avec les médias africains, nous voulons que les Occidentaux connaissent mieux notre continent et le respectent. Nous devons travailler avec un sentiment d’appartenance à l’Afrique. J’ai d’ailleurs décidé d’appuyer le Conseil africain des médias avec un million de dollars. Je vous recommande d’aller également vers d’autres pays africains.
Quelle appréciation faites-vous au sujet de la Cour pénale internationale qui a épinglé des présidents africains et comment jugez-vous la position de l’Union africaine en rapport avec cette juridiction internationale ?
Lorsque j’étais président en exercice de l’Union africaine, j’ai proposé la création d’une Cour pénale africaine (Cpa) où on peut juger des Africains. L’ancien président de la commission de l’Ua, Jean Ping en est témoin. Je n’ai pas encore reçu l’avis de mes homologues africains. Je demande néanmoins que l’Union africaine crée cette Cour pénale africaine. Vous verrez que si cette cour est mise sur pied, la Cpi va disparaître. En ce qui la concerne, la Guinée équatoriale n’a pas ratifié les Accords de Rome car nous sommes contre la Cour pénale internationale. Le fait qu’on refuse le visa à Omar El Béchir (président du Soudan, ndlr) afin qu’il prenne part à l’Assemblée générale de l’Onu est un acte grave. Ce refus va à l’encontre des principes des Nations unies. Le fait de convoquer un chef d’Etat africain encore au pouvoir à la Cpi est aussi grave. Nous avons observé que seuls les Africains y sont jugés : Laurent Gbagbo, Charles Taylor…
Mais on oublie les crimes que les autres ont commis. L’Irak a été détruit au prétexte fallacieux qu’il détenait des armes de destruction massive. George Bush, président des Etats-Unis d’Amérique à cette époque, n’a jamais été traduit à la Cpi pour les crimes commis contre le peuple irakien. Je souhaitais que les Africains soient jugés en Afrique. Je n’ai pas vu des dirigeants asiatiques, étasuniens convoqués à la Cpi. C’est une mesure discriminatoire. Nous, Africains, sommes malmenés et considérés encore comme des esclaves. Cela doit cesser.
Le plan directeur de la Guinée équatoriale mis en place en 2008 au lendemain de la conférence économique, prévoit l’émergence du pays en 2020. Au regard de l’immensité de la tâche, pensez-vous sincèrement que cet objectif sera atteint ?
Notre objectif est de rendre concret notre programme. Nous travaillons à surmonter toutes les difficultés auxquelles nous faisons face. Notre ambition est de faire de la Guinée équatoriale un pays autosuffisant. Nous sommes en train de préparer une conférence sur l’industrialisation parce que nous voulons arrêter avec la dépendance aux producteurs étrangers. Car, si on ne parvient pas à une autoproduction, notre pays sera exposé et ne pourra pas atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés. C’est un programme assez difficile, mais nous l’avons déjà fait.
Un autre problème aussi important est de trouver des mécanismes pour donner de l’emploi à la jeunesse, surtout celle qui est formée. L’un des problèmes qui crée l’instabilité dans les pays africains est le manque d’emploi. La conférence que nous nous proposons de faire, va permettre de voir comment la masse des jeunes désœuvrés peut s’auto-employer ou créer de petites et moyennes entreprises, susceptibles de recruter leurs compatriotes. Nous avons actuellement de grandes entreprises étrangères sur notre territoire. Nous les obligeons à s’associer aux entreprises nationales afin d’absorber la main d’œuvre locale.
Des centaines de jeunes Africains ont trouvé récemment la mort au large des côtes italiennes où ils tentaient une immigration. Selon vous, comment faire pour éviter la tragédie du genre de Lampedusa ?
Les dirigeants africains ont la responsabilité de trouver des conditions pour l’émancipation de la jeunesse. Je pose la question de savoir ce qu’il y a en Europe aujourd’hui. Nous devons créer des conditions de l’emploi aux jeunes en Afrique. Nombre d’Equato-guinéens immigrés hier, sont de retour au pays.
En tant que dirigeants, nous devons œuvrer à ce que nos citoyens restent dans nos pays. Il y va de la responsabilité de nos gouvernements. Nous avons décidé que toutes les entreprises étrangères recrutent 75% de la main d’œuvre locale. Aucun travailleur équato-guinéen ne doit souffrir de discrimination.

Le MessagerTitre original : « Pour développer l’Afrique, il ne faut pas compter sur les Occidentaux qui déstabilisent nos Etats »


Source : iciabidjan.com 5 décembre 2015