mardi 6 août 2013

LA CHUTE DE MORSI : QUELLE LECTURE POUR L’AFRIQUE ?

Il est consternant de remarquer encore une fois l'aveuglement qui s'empare des néo convertis à la Démocratie représentative avec son mythe de respect de la durée du mandat d'un élu.
L'entrée récente et massive de nos pays à la Démocratie représentative avec les exigences
Le Caire, place Tahrir
de tenue des élections à échéance régulière et en toute transparence, a fortement conditionné la conscience politique de l'écrasante majorité des jeunes dans nos pays.
C'est incontestablement une avancée progressiste qu'il faut consolider et défendre bec et ongles.
Cependant, il faut éviter de tomber dans le piège qui voudrait que l'élu, durant son mandat, ne soit comptable de sa politique, de sa gestion et de ses actes devant le peuple qui l'a élu, qu'à la fin de son mandat. Et que durant son mandat, fort du suffrage du peuple, il peut mener une politique aux antipodes des aspirations du peuple qui l'a élu !
C'est ce mythe que les peuples du monde entier sont en train de briser, en descendant dans les rues pour exiger des comptes, en cours de mandat, de leurs élus. C'est ce qui s'est passé chez nous, au Sénégal, avec la manifestation populaire de ce 23 juin historique de 2011, avec les « Printemps arabes », le mouvement des « indignés » en Europe du Sud, avec le mouvement « occupy Wall Street » aux USA, et récemment, en Turquie à la « Place Taksine » et au Brésil.
Ce sont ces nouvelles exigences des peuples que Morsi, en Egypte, n'a pas su intégrer dans sa politique, jusqu'à braquer son peuple contre lui. Pourtant, le peuple mécontent lui demandait tout juste de rendre compte en remettant son mandat en jeu. Le peuple réclamait des élections anticipées que Morsi refusait, sous prétexte que le peuple devait attendre la fin de son mandat. Morsi, et tous ceux qui s'émeuvent sur son sort semblent oublier que son parti, les « frères musulmans » n'a pas initié l'occupation de la « Place Tahrir », et qu'il avait pris le mouvement en marche, et fut même obligé de retirer ses slogans islamistes pour être accepté dans cette révolution démocratique et citoyenne en marche.
C’est différent de l’instrumentalisation du « Printemps arabe » en Libye et en Syrie, par les puissances occidentales, dans leur stratégie de reconfigurer le moyen Orient et l’Afrique du Nord, avec l’appui de l’Arabie Saoudite et du Qatar, pour mieux sécuriser la route des hydrocarbures et l’existence d’Israël, tout en coupant l’Afrique de sa partie Nord, déjà rattachée à un ensemble géostratégique et économique, dénommé officiellement par la Banque mondiale : « Zone Middle Est/Noth Africa » ou ( MENA).
Cette stratégie tente de briser l’aspiration profonde des peuples d’Afrique, de voir, un jour, se réaliser l’Unité de tous les Etats et tous les peuples de ce vaste et riche continent, du Nord au Sud, et de l’Est à l’Ouest, que l’Union Africaine (UA) a la charge de matérialiser.
C'est donc ce même peuple égyptien qui avait accepté Morsi et son parti, les « Frères musulmans », le 25 janvier 2011, qui leur refuse, aujourd’hui, le 30 juin 2013, le tournant islamiste, même modéré, qu'ils ont voulu donner à leur révolution.
Ainsi, en refusant de rendre compte comme le peuple le lui a exigé, Morsi s'est présenté en contre-révolutionnaire qui veut confisquer sa victoire et dénaturer le sens de son combat.
Le risque devenait donc énorme de voir l'Egypte imploser ; ce que l'armée a courageusement cherché à éviter en donnant une chance à Morsi de répondre positivement aux exigences du peuple dans la rue, en lui accordant 48 heures pour se décider.
L'on connait donc la suite. L'armée, en le débarquant, a créé les conditions pour que le peuple, par son suffrage, donne un nouveau souffle qui devrait le réconcilier avec ses prochains élus.
Y voir donc la main des USA ou de l'Europe, est non seulement une courte vue, mais exprime inconsciemment une conviction, que nos peuples sont incapables de prendre leur destin en main. C’est surtout ne pas saisir la portée stratégique de la position des États-Unis qui ont immédiatement dénoncé ce qui s’est passé et ont suspendu leur aide, et les sanctions prises par l’UA contre le peuple d’Egypte en lutte pour sa liberté.
En effet, cette pression évidente sur l’armée égyptienne, que les USA ont façonnée trente ans durant par la corruption systématique pratiquée par la CIA, avec un puissant corps d’officiers totalement corrompu, qui fait partie aujourd’hui des nouvelles classes riches d’Égypte, devrait être considérée comme le plus grand danger pour cette deuxième révolution du peuple égyptien de ce 30 juin 2013.
Mais, il est évident, qu’avec cette intervention de l’armée, un puissant mouvement d’officiers patriotes a su s’imposer à la hiérarchie, pour l’amener à répondre positivement aux exigences du peuple, de tenue d’élections anticipées pour se faire entendre.
A cette pression des USA, qui cherchent visiblement à diviser l’armée, vient s’ajouter la sanction politique que l’Union Africaine, (l’UA) vient d’infliger à ce vaillant peuple, en le suspendant de tous les organes et de toutes les activités de cette organisation continentale, jusqu’au retour de l’ordre constitutionnel.
L’UA reste donc prisonnière du dogme du respect de la durée du mandat de l’élu, quel que soit le degré de rejet de sa politique, en cours de mandat, par le peuple, en conformité avec le dogme de la Démocratie représentative que les puissances occidentales, dans nos pays, utilisent, à géométrie variable, selon leurs intérêts stratégiques.
Mais, c’est aussi, et surtout, pour prémunir les Chefs d’Etat de cette organisation à vocation panafricaine, de sanctions populaires avant le terme de leurs mandats.
C’est la conjugaison des effets de cette pression américaine et de l’isolement politique décidé par l’UA, sur le déroulement de la crise ouverte par l’éviction de Morsi, qui a encouragé les « Frères musulmans » à se radicaliser, et les « Salafistes » à bloquer un choix consensuel de l’opposition d’un Premier Ministre de Transition.
Ce blocage est lourd d’hypothèques pour la paix civile et la stabilité politique nécessaire à cette transition.
S’il est évident que le rejet des « coups d’Etat, » comme mode d’accès au pouvoir est une ligne politique progressiste en conformité avec l’aspiration des peuples à décider, par leur suffrage, de leur destin, il ne faudrait pas, cependant, les confondre avec le « soulèvement » des peuples pour se réapproprier leur souveraineté, s’il leur est devenu évident que leurs aspirations sont dévoyées par leurs élus.
Ce droit des peuples au « soulèvement » relève, partout, de leurs droits démocratiques reconnus par les Constitutions démocratiques sous forme de droit de marche, et de rassemblement dans les places publiques, comme forme collective d’expression, à côté des droits individuels d’expression.
Les peuples sont aujourd’hui décidés d’exercer pleinement leurs droits collectifs à l’expression de leurs opinions, pour amener les élus à les prendre en considération en cours de mandat, ou de les obliger à remettre prématurément leur légitimité à la sanction de leur suffrage.
Les peuples refusent ainsi d’être prisonniers de leurs élus durant tout leur mandat, sous prétexte, que ceux-ci détiennent leur légitimité de leurs suffrages.
C’est cette mystification entretenue par la Démocratie représentative qui est prodiguée par les grandes puissances, qui est en train de voler en éclat, dans la rue, par l’action massive des peuples, décidés de recouvrer leur souveraineté confisquée par des élus, et dévoyée des objectifs d’émancipation économique, sociale et culturelle qu’ils attendaient deux, en les portant au pouvoir.
C’est lorsque l’élu refuse cette exigence démocratique, comme le fit Morsi, que toute armée républicaine, soucieuse de la stabilité politique et de la paix civile, devrait rentrer en action, pour créer les conditions les meilleures permettant l’organisation de l’expression du suffrage du peuple, afin de surmonter démocratiquement les contradictions, devenues irréductibles, entre la volonté de l’élu, et les exigences du peuple.
C’est pour cette raison, que taxer une telle intervention de l’armée de « coup d’Etat », est juste un amalgame pour trouver des prétextes pour étouffer l’aspiration des peuples à reprendre leur destin en main par le suffrage.
C'est donc contre cela, qu'il faut se battre sans concession, en exigeant fortement de l’UA, la levée immédiate de ses sanctions politiques contre le peuple d’Egypte, et en développant, dans tous les pays d’Afrique, un vaste mouvement de soutien à ce peuple frère, confronté à un tournant décisif de l’histoire des révolutions démocratiques et citoyennes de nos peuples, qui se joue, aujourd’hui, en terre d’Egypte.
 
Ibrahima Sène
PIT/SENEGAL
Dakar le 7 juillet 2013

vendredi 2 août 2013

Burkina Faso : Affrontements violents entre forces de l’ordre et étudiants à Ouagadougou

Dans les rues des quartiers abritant les cités universitaires, c’était la course poursuite entre les forces de l’ordre et les étudiants. C’est une décision du Centre national des œuvres universitaires de fermer les cités et restaurants à compter du 1er août qui est à l’origine de ces manifestations.
Des heurts ont opposé les étudiants des cités universitaires de la ville de Ouagadougou aux forces de l’ordre, dans la soirée du jeudi 1er août. Plusieurs véhicules ont été incendiés et des scènes de guérilla urbaine se sont déroulées dans plusieurs quartiers de la capitale du Burkina Faso.
« Avant de fermer une cité universitaire ou du moins avant de fermer les restaurants universitaires, il doit y avoir une note officielle qui doit être adressée aux étudiants, estime Ousséini Ouédraogo, délégué général des étudiants d’une cité universitaire. Les étudiants peuvent alors prendre des dispositions pour quitter les cités avant la date donnée. Mais là, on a su juste la veille de la fermeture du restaurant. »
Plusieurs véhicules de l’administration publique ont été incendiés. Pour l’heure, aucun bilan définitif n’est disponible. Selon le service d’information de la police nationale, les forces de sécurité sont intervenues pour limiter les dégâts. Le commissaire de police Patrice Yéyé a conduit les opérations sur la cité universitaire de Kossodo à Ouagadougou : « Sans être exhaustif, le bilan partiel que nous avons de la situation est de 13 véhicules complètement incendiés, 24 dont les vitres et les roues ont été cassées. En ce qui concerne les deux-roues, 12 ont été complément brulés et deux endommagés. »
Pourtant le directeur général du Centre des œuvres universitaires avait expliqué la veille que les cités et restaurants universitaires resteraient ouverts jusqu’au 4 août. 

RFI
 

EN MARAUDE DANS LE WEB
Sous cette rubrique, nous vous proposons des documents de provenance diverses et qui ne seront pas nécessairement à l'unisson avec notre ligne éditoriale, pourvu qu'ils soient en rapport avec l'actualité ou l'histoire de la Côte d'Ivoire et des Ivoiriens, et que, par leur contenu informatif, ils soient de nature à faciliter la compréhension des causes, des mécanismes et des enjeux de la « crise ivoirienne ».
 

Source : Fraternité Matin 02 août 2013

ÇA N’ARRIVE PAS QUE CHEZ LES AUTRES…

Sénégal : Affrontement des villageois de Médina Bèye et Ndobène Gallo : Un chef du village abattu à coups de hache (Seneweb.com) 
L'origine de cette rixe étant une affaire de litige foncier actuellement pendante au niveau du tribunal régional de Kaolack pour les uns, déjà vidée pour les autres.
Une bataille rangée entre populations des villages voisins dans la communauté de Keur Socé, dans le département de Kaolack, a fait un mort et 17 blessés dont trois grièvement, dans la matinée d'hier. Le drame qui nous est rapporté par nos confrères de Libération, a coûté la vie au chef du village de Médina Bitéye, âgé de soixante-quatorze (74) ans.
L'origine de cette rixe étant une affaire de litige foncier actuellement pendante au niveau du tribunal régional de Kaolack pour les uns, déjà vidée pour les autres.
La gendarmerie a ouvert une enquête.  


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Source : Fraternité Matin 02 août 2013

LEUR MORALE (suite)

Quand un certain Charles Sanga fait l’apologie de la trahison... 

Cheick Modibo Diarra. Le nom de cet homme politique malien est clairement apparu au public africain, à sa nomination en tant que Premier ministre de son pays. Il avait été désigné à la tête d’un gouvernement de transition pour sortir le Mali de la crise politico-militaire. Mais, c’est surtout dans les domaines de l’aéronautique et de la science que cet astrophysicien de 61 ans s’est fait une renommée parmi les plus respectés dans le monde scientifique. Depuis 1984, en effet, Cheick Modibo Diarra a été recruté à la NASA. Dans cette agence spatiale américaine, n’entre pas qui veut. L’actuel président de Microsoft Afrique a gravi les échelons jusqu’à diriger l’un des programmes les plus importants de l’histoire la NASA, « Mars Pathfinder », l’exploration de la planète Mars.
Pour beaucoup, ce Malien de cœur, de nationalité et de naissance était perdu pour son pays et aussi pour l’Afrique. Les Etats-Unis ont suivi, depuis les universités françaises où il a eu ses premiers diplômes, sa progression. Ils ont détecté en lui, un cerveau scientifique de premier ordre. Mais, combien de Cheick Modibo Diarra l’Amérique compte-t-elle sur son sol ? Ils sont certainement des centaines de milliers : africains, chinois, européens ou sud-américains à être pistés. Depuis 1965 que ce pays a pris la décision stratégique de dominer le monde sur tous les plans, par les effets de la Loi Hart-Celler (qui a notamment supprimé les quotas sur l’immigration), le pays se donne les moyens. Ces naturalisés se trouvent dans tous les secteurs. Dans l’agriculture, dans les universités, dans les usines, dans les camps militaires. L’Amérique l’a voulu ainsi et elle ne s’en porte que bien. Le Congrès de ce pays a même autorisé le gouvernement à recruter des immigrés dans certains pays afin de les intégrer dans le tissu social. Chaque année, 55000 permis de séjour permanents sont attribués à des ressortissants de pays dont peu de citoyens émigrent vers les Etats-Unis, surtout en Afrique, en Europe et en Asie. Les droits et devoirs des porteurs de la carte sont en tous points identiques à ceux d’un citoyen américain, à l’exception du droit de vote. Une sorte « d’immigration choisie », avec le même objectif : attirer les cerveaux, les talents et la main d’œuvre. Comme quoi, on ne devient pas premier par hasard. Depuis, les Etats sont considérées première puissance mondiale.
Notre pays, la Côte d’Ivoire, lui aussi, aspire à être l’Eléphant d’Afrique dans le peloton des nations émergentes. Mais, nous sommes à la croisée des chemins. Car, depuis la disparition du Président Houphouët-Boigny, des politiciens à la courte vue, ont décidé de refermer le pays sur lui-même, rejetant systématiquement l’étranger, développant des théories d’exclusion et xénophobes. En fait, tout le contraire de la politique d’ouverture que le Père-fondateur a impulsée à la Côte d’Ivoire et qui vaut d’être ce qu’elle est aujourd’hui. Le débat revient, on prend les mêmes habitudes et on recommence. Le retrait par l’Assemblée Nationale, il y a quelques jours, de deux textes afin de permettre la ratification de deux Conventions internationales, l’une pour lutter contre l’apatridie, l’autre pour renforcer les droits des apatrides, est inquiétant. Cela signifie sinon une reculade, du moins une extrême prudence de l’Exécutif aux amalgames que certains adeptes de la race pure entretiennent dans l’opinion. Mais, jusqu’à quand la Côte d’Ivoire va-t-elle continuer de jouer avec son propre destin ? De se faire peur avec cette réalité qu’elle se cache à elle-même et qui, comme une bombe identitaire, menace toujours, tant qu’elle n’est pas désamorcée ? Alors qu’on croyait la crise politique partiellement résolue, suite aux élections générales et locales qui ont mis fin à l’illégitimité des institutions, la crise ivoiritaire qui nous empêche de poser les vrais problèmes de notre société, afin de nous regarder dans notre propre miroir, elle, est là. Il faut pourtant que ces questions de fond soient posées. Pour cela, sortir du piège de tout politique est essentiel. C’est un choix clair qu’il faut admettre.
Femmes et enfants d'une colonie burkinabè du mont Peko.
Des apatrides ?
Comment espérer, effectivement, s’insérer dans l’économie mondiale si l’on dispose d’immenses étendues de terres inexploitées et d’une économie principalement agricole, mais que l’on manque d’une main d’œuvre suffisamment nombreuse pour exploiter ce potentiel ? Sans faire forcément du mimétisme, il faut reconnaître que, déjà, très tôt, Houphouët-Boigny avait opéré le choix de faire de la Côte d’Ivoire, un pays qui ouvre grandement les bras à toute l’Afrique. Si aujourd’hui, de gauche ou de droite, socialiste ou libéral, du Nord ou du Sud, musulman ou chrétien, nous sommes fiers du parcours de notre pays d’être la locomotive de la sous-région et d’en être le moteur de la croissance, cela, nous le devons à une option politique, clairement définie et qui, jusqu’à présent, n’a pas montré qu’elle va contre les intérêts de la Côte d’Ivoire. Notre pays s’est construit, en tout cas en grande partie, par l’apport migratoire comme l’ont été les Etats-Unis, l’Argentine, la Nouvelle Zélande, le Canada ou l’Australie, ces pays se reconnaissant comme nés de l’immigration. Au contraire de ceux, comme les pays européens, qui voient l’immigration comme un phénomène quelconque de leur construction. L’immigration et l’intégration sont donc deux notions qui se posent à la Côte d’Ivoire de nos jours. Notre pays a suivi un modèle qui tire ses racines de son histoire. Cette histoire qui a amené le gouvernement d’alors à faire appel à la main d’œuvre de plusieurs pays ouest africains afin de venir participer à la construction nationale, bien avant 1960. Il paraît juridiquement abusif et politiquement incorrect de s’enorgueillir d’un taux d’immigration élevé à « plus de 26% d’étrangers sur notre sol ». En fait, ce qui ne se dit pas, c’est que notre pays ne développe aucune politique d’intégration ou d’absorption des immigrés. Des gens sont présents sur le sol ivoirien depuis plusieurs générations. Ils n’ont aucun lien d’attache avec le pays d’origine de leurs parents, qu’ils n’ont, pour certains, d’ailleurs jamais connu. Certains parmi eux, ont leurs parents qui ont servi l’Etat ivoirien. Ils sont comptabilisés parmi ces « étrangers ». Les chiffres officiels donnent plus de 400000 apatrides sur notre sol. Doit-on en être fier ? Que non !
Apatridie, nationalité, foncier et immigration sont des notions méconnues dans la Côte d’Ivoire d’Houphouët-Boigny. C’est la somme de nos irresponsabilités, de nos dérives qui se posent à la Côte d’Ivoire. Malheureusement dans ce pays, tout est désormais querelles politiciennes posées à l’aune de stratégies électoralistes. Il faut pourtant penser au futur de ce pays, qui ne peut construire son avenir en dehors de son passé. Il est vrai, la Côte d’Ivoire n’est pas l’Italie. Elle n’est pas l’Algérie, encore moins la Chine. Notre identité, notre modèle de construction, ce qui a fait de nous ce que nous sommes aujourd’hui, ne saurait être abandonné pour des calculs politiciens. Si nous voulons, demain, devenir une puissance, être émergents, il nous faut accepter de nous ouvrir. De sortir la tête des fanges boueuses de l’exclusion et du repli identitaire. Pour cela, revisitons ensemble notre Histoire, pour éviter les histoires.

Par Charles Sanga

Titre original : « Revisiter notre Histoire ».
 

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Source : Le Patriote 29 juillet 2013

Au Burkina Faso, les temps d’incertitude s’approchent

Le Burkina Faso se porte très mal. Les manifestations de la rue se sont multipliées ces derniers temps, soit pour dire non au Sénat, soit pour apporter une réplique ou encore pour dénoncer la Vie chère. Ces marches-meetings à répétition ont obligé les évêques du Burkina à sortir de leur silence pour tirer la sonnette d’alarme. A la suite de ces derniers, c’est au tour d’International Crisis Group d’attirer l’attention des uns et des autres sur les risques d’embrasement du pays. Nous reprenons pour vous la synthèse de ce document. 

 
Synthèse
 

Pour la première fois depuis 1987, la question de la succession du président burkinabè est ouvertement posée. La Constitution interdit en effet à Blaise Compaoré, au pouvoir depuis plus d’un quart de siècle, de briguer un nouveau mandat en 2015. Sa marge de manœuvre est très étroite. S’il respecte la loi fondamentale, sa succession risque d’être difficile tant il a dominé la vie politique et fermé les possibilités d’alternance. S’il modifie la Constitution et se porte candidat à un cinquième mandat consécutif, il prend le risque de déclencher un soulèvement populaire comme celui qui a fait vaciller son régime au premier semestre de l’année 2011. Les partenaires internationaux doivent l’inciter à respecter la loi fondamentale et permettre une transition démocratique en douceur. Préserver la stabilité du Burkina Faso est d’autant plus important que la région ouest-africaine, où le pays occupe une position géographique centrale, vit une période difficile. Le Mali voisin traverse un conflit politico-militaire qui a déjà eu des conséquences graves sur le Niger, autre pays frontalier du Faso.
Le Burkina a pour le moment été épargné par cette onde de choc parce que sa situation intérieure reste stable et son appareil de sécurité suffisamment solide, mais une détérioration de son climat politique à l’horizon 2015 le rendrait beaucoup plus vulnérable. Une élection présidentielle doit aussi être organisée cette même année en Côte d’Ivoire, un pays avec lequel le Burkina Faso est intimement lié. Une crise politique à Ouagadougou aurait des répercussions négatives sur une Côte d’Ivoire toujours fragile. Cette position géographique centrale se double d’une influence diplomatique majeure. En deux décennies, Blaise Compaoré a fait de son pays un point de passage obligé pour le règlement de la quasi-totalité des crises de la région. Avec une grande habileté, Compaoré et ses hommes ont su se rendre indispensables comme médiateurs ou comme « vigies » permettant à plusieurs puissances occidentales la surveillance sécuritaire de l’espace sahélo-saharien.
Une crise au Burkina Faso signifierait d’abord la perte d’un allié important et d’une base stratégique pour la France et les Etats-Unis ainsi qu’une possibilité réduite de déléguer à un pays africain le règlement des conflits régionaux. Pour l’Afrique de l’Ouest, la désorganisation de l’appareil diplomatique burkinabè impliquerait la perte d’un point de référence, d’une sorte d’autorité de régulation qui reste utile malgré de nombreuses limites. Le risque qu’une crise politique et sociale survienne au Burkina Faso est réel. Depuis 1987, Blaise Compaoré a construit un régime semi-autoritaire, dans lequel ouverture démocratique et répression cohabitent, qui lui a permis de gagner le pari de la stabilité perdu par tous ses prédécesseurs. Ce système perfectionné comporte néanmoins plusieurs failles et ne survivra probablement pas à l’épreuve du temps. Il s’articule autour d’un seul homme qui a exercé une emprise totale sur le jeu politique pendant plus de deux décennies, laissant peu d’espace pour une transition souple. Les possibilités pour son remplacement démocratique sont en effet peu nombreuses. L’opposition est divisée, sans ressources humaines et financières suffisantes ou trop jeune pour prendre à court terme la relève et aucun des cadres du parti présidentiel ne s’impose comme potentiel successeur incontesté.
L’un des premiers risques pour le pays est donc de se retrouver, en cas de départ mal encadré de Blaise Compaoré, face à une situation similaire à celle de la Côte d’Ivoire des années 1990, aspirée par le vide laissé par la mort de Félix Houphouët-Boigny après 33 ans de pouvoir. L’explosion sociale est l’autre menace qui pèse sur le Burkina Faso. La société a évolué plus vite que le système politique ne s’adaptait. Le Burkina s’est urbanisé et ouvert au monde avec pour conséquence une demande croissante de changement de la part d’une population majoritairement jeune. Les fruits du développement demeurent très mal partagés dans ce pays à forte croissance mais classé parmi les plus pauvres de la planète. Des changements ont été maintes fois promis sans jamais être réalisés, ce qui a entrainé un divorce entre l’Etat et ses administrés ainsi qu’une perte d’autorité à tous les niveaux.
Cette rupture de confiance s’est exprimée lors du premier semestre 2011 par de violentes émeutes qui ont touché plusieurs villes du pays et impliqué de nombreux segments de la société, y compris la base de l’armée. « La grande muette » est apparue pour la première fois divisée entre élites et hommes de rang, et en partie hostile à un président qui s’était pourtant employé à contrôler et à organiser une institution dont il est issu. Cette crise sociale n’a été éteinte qu’en apparence et en 2012 les micro-conflits locaux à caractères foncier, coutumier ou portant sur les droits des travailleurs se sont multipliés dans un pays qui a une longue tradition de luttes sociales et de tentations révolutionnaires depuis l’expérience de 1983 inspirée par le marxisme.
Enfin, le long règne de Blaise Compaoré, si perfectionné fût-il, a connu l’usure inévitable du temps. Plusieurs piliers de son régime ont quitté la scène, à l’image du maire de Ouagadougou, Simon Compaoré, qui a régulé pendant dix-sept ans la capitale, du milliardaire Oumarou Kanazoé, qui a joué un rôle de modérateur au sein de la communauté musulmane, ou du colonel libyen Mouammar Kadhafi qui fournissait une aide financière importante au « pays des hommes intègres ». Le président Compaoré a choisi de répondre à tous ces défis en effectuant quelques réformes superficielles qui ne répondent guère aux attentes de la population. Il a aussi opté pour le silence sur sa volonté de quitter le pouvoir en 2015.
Il a recentré la direction du pays et de son parti, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), autour d’un groupe restreint de fidèles et de membres de sa famille, au premier rang desquels son frère cadet, François Compaoré. Ce silence et la montée en puissance de son frère, élu pour la première fois député le 2 décembre 2012, continuent d’entretenir un lourd climat d’incertitude. Le chef de l’Etat burkinabè dispose d’un peu moins de trois ans pour préparer son départ et éviter ainsi une bataille de succession ou une nouvelle fronde populaire. Il lui appartient de faciliter cette transition. C’est d’abord en respectant la Constitution et en ne succombant pas à une tentation dynastique qu’il pourra confirmer la principale réussite de sa longue présidence : la stabilité.
Un choix contraire ouvrirait la porte à une période de troubles. De son côté, l’opposition burkinabè et la société civile doivent devenir des forces de proposition et travailler dès maintenant à créer les conditions d’un progrès démocratique compatible avec la paix et de la stabilité. Les partenaires extérieurs, notamment les puissances occidentales, doivent maintenant s’intéresser autant à l’évolution politique interne du Burkina Faso et à la consolidation démocratique qu’au rôle que son président joue dans des médiations politiques et la surveillance sécuritaire des foyers de tensions en Afrique de l’Ouest. 

Dakar/Bruxelles, 22 juillet 2013 » 

Source : Lefaso.net 23 juillet 2013

jeudi 1 août 2013

Le bêtisier burkina-fasciste…

Aujourd’hui, la parole à Blaise Compaoré.

Lors de sa conférence de presse conjointe avec son compère Ouattara, comme on lui demandait : « Des manifestations contre la mise en place du Sénat se sont déroulées dans votre pays récemment. L’opposition et la société civile sont contre ce projet, l’Eglise catholique s’est prononcée et vous a recommandé de surseoir à cette initiative. Quel commentaire, monsieur le Président ? », le "président du Faso" répondit, très sûr lui  

« Pour revenir à la question du Sénat, ce qu’il faut retenir, c’est que nous vivons dans un monde nouveau. C'est-à-dire, un monde de liberté et de choix. Et toutes nos sociétés, ne l’oubliez pas, sont le plus souvent encadrés par des Constitutions. Et en tant que Chef d’Etat, nous avons le devoir de veiller au respect de la Constitution du Burkina Faso, en ce qui nous concerne. Quand on parle du Senat, il ne s’agit pas d’une créature que moi Compaoré, un matin, je me suis levé pour dire que je vais le créer au Burkina. Il s’agit d’une démarche qui est partie d’une annonce faite par moi, de la prise en compte de la création de ce Senat dans mon programme politique du quinquennat de 2010 à 2015. C’est à la suite d’un forum que j’ai organisé en 2011, avec toutes les forces politiques, avec la société civile, les communautés religieuses, coutumières qui ont donc participé à ce forum sur les reformes de notre Constitution. Et j’avais annoncé par la suite que ce qui ne serait pas consensuel lors de ce forum, ne serait pas pris en compte. Il s’est trouvé que la création du Senat a reçu le consensus du forum. L’Assemblée en juin 2012, a adopté l’inscription du Senat dans la Constitution du Burkina. Donc, je suis là pour appliquer la Constitution du Burkina. Donc, le Senat va être mis en place. Et c’est tout ce que je peux vous dire. Qu’il y ait des manifestations, qu’il y ait des avis contraires, ce n’est pas seulement au Burkina qu’on voit ça, par rapport aux dispositions légales et fonctionnelles. Jamais à Paris ou en Amérique une marche n’a changé une loi, n’a changé la Constitution. Ça n’existe pas. Il ne s’agit donc pas de créer une institution de plus. Mais notre pays a besoin de participation, de contribution, d’ouvrir les possibilités d’idées pour faire la loi, parce que la loi s’impose à tous. Et quand vous regardez une Chambre unique comme notre Assemblée nationale, d’abord c’est vrai que ce sont les représentants du peuple, mais on ne sélectionne pas les députés dans les forces politiques, donc pour représenter le peuple, il faut être politicien, alors que si par exemple on veut parler de l’économie de notre pays et faire des lois dans le domaine ou sur des questions culturelles ou sociales, ce n’est pas seulement aux politiciens qu’on doit s’adresser. Si après, il s’agit de dispositions qui s’imposent à toute la nation, il y a des forces sociales qui sont essentielles et qui peuvent contribuer à mieux éclairer sur les finances, sur l’économie… Ce que nous voulons faire, c’est que cette Chambre n’est pas la Chambre qui vote les lois, mais celle qui apprécie en deuxième lecture le projet de loi pour l’améliorer. Il y aura trois (3) Sénateurs par région, donc trente et neuf (39), et cela va donner une communauté d’énergie positive pour assurer la construction d’une société beaucoup plus sûre. »

 
Jamais ? Vraiment ?
 
Ça n’existe pas ? Il n’est jamais arrivé de voir un président quitter son palais sous les huées de son peuple ? Même pas à un certain Maurice Yaméogo, dans ce qui était encore la Haute Volta ? 
 
Il est vrai qu’à l’instar de votre « frère » Thomas Sankara, Maurice Yaméogo non plus n’avait pas des protecteurs aussi puissants que les vôtres… Mais qui sait de quoi demain sera fait ?
 
La Rédaction

Chapeau ! l’artiste…

Une délégation du « Rassemblement du peuple de Côte d’Ivoire Alternative crédible » (Rpci-Ac) a rendu une visite de courtoisie à l’acteur de renommée internationale Sidiki Bakaba, émérite homme de culture ivoirien, et ex-directeur général du Palais de la Culture d’Abidjan, aujourd’hui en exil en France depuis les événements du 11 avril 2011.
S. Bakaba (au centre)
Christian Vabé, président du Rpci-Ac, a tenu à rendre visite au doyen Sidiki Bakaba qui était présent aux côtés du Président Laurent Gbagbo et de son épouse Simone Ehivet Gbagbo, au Palais présidentiel d’Abidjan-Cocody au moment de son bombardement par l’armée française et l’Onuci. Atteint de plusieurs balles par les rafales des hélicoptères de guerre français à la résidence, il a miraculeusement survécu à ses blessures. Les images de Sidiki Bakaba, agonisant dans une mare de sang sur un divan du Bunker de Laurent Gbagbo, avaient alors fait le tour du monde et ému l’opinion internationale.
Le 11 avril 2011, lors de l’arrestation du Président Gbagbo, c’est inconscient qu’il fut capturé par la force Licorne, l’Onuci et par Chérif Ousmane, chef de guerre Frci. Dans la foulée, un coup de poignard lui fut assené dans le dos par des éléments Frci surexcités et visiblement drogués. Il survivra là encore miraculeusement.
Lors de son transfert au Golf hôtel, décision fut prise par les Frci de l’abattre en cours de route comme ce fut le cas pour bien d’autres, dont le ministre Désiré Tagro, passé par les armes d’une balle dans la tête.
Mais grâce à la vigilance de son ami l’artiste Paul Madys, également au Bunker au moment des faits et aujourd’hui exilé dans un pays africain, il eut la vie sauve avant d’être rapatrié quelques temps plus tard en France grâce aux démarches de son épouse française, ex-directrice adjointe du Palais de la Culture.
C’est un homme plein de vie, requinqué à bloc, plus rajeuni et plus fortifié que jamais par les épreuves, qui a rencontré Christian Vabé et Michel Baroan, ex-DG du Burida en Côte d’Ivoire, hier lundi 29 juillet 2013 dans un restaurant parisien.
La délégation du Rpci-Ac lui a rendu un vibrant hommage pour cette leçon de fidélité, de vie, et courage dont les nouvelles générations devraient s'inspirer.
 

Mireille (Mimi) Kouamé
Titre original : « Une délégation du Rpci-Ac rend une visite de courtoisie à l’acteur Sidiki Bakaba, rescapé du "BUNKER" le 11 avril 2011. » 

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Source : IVOIREBUSINESS 30 juillet 2013