mardi 17 janvier 2012

Rwanda : une vérité qui dérange en France

La vérité aura mis près de dix-huit ans à surgir, mais elle a une très grande portée historique et diplomatique. Car cette fois, elle n'est pas d'ordre politique mais scientifique : l'expertise menée à Kigali par le juge français Marc Trévidic établit que les tirs qui, le 6 avril 1994, ont abattu le Falcon 50 du président rwandais Juvénal Habyarimana sont partis du camp militaire de Kanombé, tenu par l'armée officielle, censée protéger le chef de l'Etat.

L'enquête établit donc que ce sont les extrémistes hutu qui ont assassiné le président Habyarimana parce qu'il venait d'accepter un partage du pouvoir avec les Tutsi. Et non par des combattants tutsi proches de l'actuel président Paul Kagamé, en guerre contre le régime Habyarimana, comme le juge Jean-Louis Bruguière, prédécesseur de M. Trévidic, l'avait affirmé en 2006 sans jamais avoir enquêté sur le terrain. A l'époque, ses conclusions avaient conduit le Rwanda à rompre ses relations diplomatiques avec la France.
Or cette vérité n'est pas seulement balistique : elle révèle une réalité historique qui établit le mécanisme terrible qui, cent jours durant, a conduit à la mort 800.000 Rwandais, essentiellement tutsi, mais aussi hutu modérés.
Elle montre que l'attentat contre l'avion présidentiel, qui fut le point de départ mais non la cause d'un génocide préparé de longue date, s'inscrit dans une stratégie de la terreur de la part des extrémistes hutu. Il s'agissait de provoquer une situation de chaos propice à la perpétration du massacre planifié et systématique des Tutsi et des opposants hutu. De fait, les tueries ont démarré immédiatement après le crash.
L'expertise judiciaire anéantit ainsi la thèse défendue notamment par le juge Bruguière et le journaliste Pierre Péan*, selon laquelle les soldats rebelles tutsi venus d'Ouganda et conduits par Paul Kagamé auraient, pour s'emparer du pouvoir, provoqué sciemment le génocide de leur propre peuple, les Tutsi de l'intérieur. L'enquête biaisée du juge Bruguière a failli aboutir non seulement à un terrifiant fiasco judiciaire, mais à une conclusion négationniste : le génocide des Tutsi aurait été organisé… par ceux-là mêmes qui allaient en être les victimes.
Parce qu'elle dérange beaucoup de monde, cette vérité a mis longtemps à être établie. Elle ne gêne pas tellement la France de Nicolas Sarkozy, qui a renoué avec le régime de Paul Kagamé et qui, à Kigali, a reconnu les "graves erreurs d'appréciation" de Paris. Mais plutôt la France de la cohabitation Mitterrand-Balladur, qui a soutenu jusqu'au bout le régime Habyarimana, et celle d'une armée tricolore qui, longtemps, a approvisionné et entraîné les militaires rwandais, dont certains allaient participer au génocide.
S'il a lieu un jour, le procès aux assises du crash de 1994 ne devra pas évacuer ces responsabilités. La vérité sur le génocide rwandais doit continuer à être recherchée indépendamment de la très inquiétante dérive autoritaire de l'actuel régime de Paul Kagamé. Car, avec le génocide, il s'agit d'une tragédie historique.
source : Le Monde.fr 11.01.12 (Mis à jour le 12.01.12)   
(*) - Auxquels il faut malheureusement joindre le Franco-Camerounais Charles Onana, qui, avant de prendre en marche le train de la défense de Laurent Gbagbo à travers son livre "Côte d'Ivoire. Le coup d'Etat", était surtout connu comme un défenseur des génocidaires rwandais. (Note de M. Amondji).

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samedi 14 janvier 2012

Le Sénégal ne veut pas extrader Hissène Habré vers la Belgique

Avec ce refus, le pays d'Abdoulaye Wade risque de perdre 50 millions de dollars d'aide américaine.(*)

La justice du Sénégal a rejeté le mercredi 11 janvier pour vice de forme, la demande d'extradition en Belgique de l'ancien chef d'Etat tchadien Hissène Habré, poursuivi pour crimes contre l'humanité et réfugié à Dakar depuis sa chute en 1990, a confirmé le ministère de la Justice. La Chambre d'accusation de la Cour d'appel de Dakar a rejeté la demande d'extradition de Hissène Habré en Belgique. Elle a estimé que la demande de la Belgique n'est pas conforme aux dispositions légales sénégalaises a affirmé un haut responsable du ministère. La Belgique n'a pas respecté la procédure, a-t-il indiqué sans plus de précision.


Un autre juge de la Cour d'appel de Dakar, a estimé qu'il y a vice de forme dans la demande formulée par la Belgique, sans non plus préciser lequel. Reed Brody, avocat membre de Human Rights Watch (HRW) et à la pointe des démarches pour faire juger Hissène Habré, a estimé que ce n'est pas un refus d'extradition en tant que tel. La justice sénégalaise a dit que les Belges n'avaient pas fourni l'original du mandat d'arrêt et d'autres documents. C'est un jugement purement technique qui laisse la porte ouverte à une nouvelle demande d'extradition belge, a affirmé M. Brody. Ce n'est pas un jugement définitif sur le bien-fondé de la demande, selon lui.
Avec cette situation, le Sénégal risque de perdre 50 millions de dollars d'aide des Etats-Unis en raison de son incapacité à juger ou extrader l'ex-chef d'Etat tchadien, Hissène Habré, a affirmé une ONG ouest-africaine. Plus de 25 milliards de francs CFA (50 millions de dollars) d'aide américaine du Sénégal risquent d'être totalement compromis par l'incapacité du Sénégal à juger ou extrader Hissène Habré conformément à ses obligations internationales, affirme cette ONG basée à Dakar, la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'homme (Raddho), dans un communiqué. Selon cette ONG, le Congrès américain avait décidé en décembre d'octroyer cette aide au Sénégal, mais des congressistes sont préoccupés par le fait que M. Habré n'a toujours pas été extradé pour être jugé pour crimes contre l'humanité. Ils ont demandé à la Secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, de soumettre avant le 6 février un rapport au Congrès sur les dispositions prises par le gouvernement sénégalais en faveur de la traduction de Hissène Habré en justice, selon la même source. La Raddho regrette qu'une aide aussi utile pour le Sénégal soit compromise à cause du manque de volonté des autorités sénégalaises de faire avancer le dossier Habré. Elle demande à Dakar de respecter ses obligations internationales en extradant Hissène Habré en Belgique dans les meilleurs délais.
Le 8 juillet, le gouvernement sénégalais avait annoncé qu'il allait expulser M. Habré au Tchad où il a été condamné à mort par contumace avant de revenir 48 heures plus tard sur sa décision, à la demande de l'ONU. Abdoulaye Wade a affirmé que le Sénégal n'avait pas refusé de juger Habré, mais ne disposait pas de juridiction ad hoc pour le faire et avait donc renoncé à tenir un procès à Dakar. La Belgique a lancé en septembre 2005 un mandat d'arrêt international contre Hissène Habré pour violations graves du droit humanitaire international et fait une demande d'extradition. Cette procédure se base sur une plainte déposée en 2000 par un Belge d'origine tchadienne, en vertu d'une loi belge dite de compétence universelle pour les crimes de droit international qui autorise les tribunaux à se saisir d'un tel dossier dès lors qu'un ou des citoyens de nationalité belge sont concernés ou que l'auteur présumé se trouve sur le territoire belge. Hissène Habré avait été renversé par l'actuel président tchadien Idriss Deby Itno qui, après avoir été un de ses proches était entré en rébellion avant de provoquer sa chute.
Par Ariane Nkoma (source : Tchadonline.com 12/01/2012)

(*) - COMBIEN LE POUVOIR HOUPHOUETO-OUATTARISTE A-T-IL PERCU POUR AVOIR LIVRE LAURENT GBAGBO A LA COUR PENALE INTERNATIONALE ?
M. AMONDJI

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samedi 7 janvier 2012

PANEM ET CIRCENCES…

“Une victoire à la Pyrrhus, on connaissait déjà l’expression. Maintenant on pourrait bien parler d’«une victoire à la Ouattara» concernant la Côte d’Ivoire. En effet, le vainqueur de la présidentielle du 28 novembre 2010 se trouve comme assiégé par trois camps. Il y a d’abord celui des vaincus mais irréductibles [...], et ceux des deux faiseurs de roi que sont les Forces nouvelles (ex-rebelles) de Guillaume Soro et le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci) de l’ex-président Henri Konan Bédié.”  Marcus Boni Teiga

Les ouattaristes avaient commencé l’année 2011 dans l’euphorie d’un remake de la célèbre « marche sur Rome » des bandes mussoliniennes. Moins de huit mois après « leur victoire » remportée grâce à l’intervention armée de la France sarkosyenne, les voilà déjà partis pour finir comme l’éphémère « République de Salo ».

D’abord il y a eu le fiasco monumental de ce qui aurait dû être des élections législatives et qui ne fut qu’une cooptation de prébendiers et de « mangecrates » avides de profiter de la bonne fortune de leur soi-disant coreligionnaire et compatriote du Nord. Les Ivoiriens, eux, ont massivement boudé ce scrutin, signifiant par là aux fantoches et à leurs parrains français, étatsuniens et onusiens leur rejet unanime du coup de force du 11-Avril. Avec seulement 15% à 20% de participation au mieux, probablement aucun des « élus » du 11 décembre 2011 n’a même atteint le taux de 50% des inscrits nécessaire pour l’être en toute légitimité. Mais la leçon la plus remarquable de ce scrutin à l’envers, c’est l´aveu implicite par le président de la Cei lui-même, de sa forfaiture de décembre 2010. Car comment croire encore que ce Youssouf Bakayoko était sincère lorsqu’il proclama le résultat du scrutin présidentiel, quand, après le 11 décembre, on l’a entendu mentir si effrontément sur le taux de participation, à seule fin d’enjoliver les résultats d’un scrutin sans véritable enjeu ?

Ensuite il y a eu les exactions récurrentes des prétendues « forces républicaines » et les vaines gesticulations de leurs patrons civils et militaires pour nous faire accroire qu’ils les tiennent bien en main. Mais, à peine Ouattara, Soro et leur chef d’état-major d’opérette ont-ils poussé leur coup de gueule convenu contre les tueurs de Vavoua, que ceux de Sikensi faisaient de nouveaux morts parmi les manifestants aux mains nues qui protestaient contre un premier meurtre. Il est clair que ces bandes hétéroclites n’ont même pas de chefs capables de se faire obéir d’elles. Ouattara et ses complices ont beau multiplier les pantalonnades, ce n’est pas encore demain la veille – à moins d’un miracle bien improbable – qu’ils changeront des mercenaires livrés à eux-mêmes depuis si longtemps et tellement accoutumés à l’impunité, en gentils petits soldats bien disciplinés. Il faut même s’attendre à voir les désordres actuels perdurer et s’aggraver même, car ce régime n’a pas d’autre force armée sur laquelle s’appuyer que celle-là, et il ne peut donc pas se permettre de se les mettre à dos en exigeant trop d’elle.

Devant leur impopularité grandissante, et dans le vain espoir d’y remédier, les fantoches au pouvoir n’ont rien trouvé de mieux que d’offrir au bon peuple d’Abidjan des jeux et du pain comme cela se pratiquait dans la Rome impériale quand les dominants voulaient endormir la conscience des dominés. C’était la fonction des illuminations du Plateau et du feu d’artifice. Dans son allocution de nouvel an, Ouattara s’est glorifié des dons d’aliments qu’il aurait fait à des familles nécessiteuses. On a pu voir aussi dans la presse la photographie d’un préfet recevant à titre personnel une enveloppe des mains d’un représentant du ministère de l’Intérieur. Ce n’est sans doute pas une première en soi dans l’histoire de la CI que cette distribution d’enveloppes. C’était déjà le ressort secret du prétendu charisme d’Houphouët. Bédié en avait repris la pratique de façon ostentatoire, mais c’était encore devant des publics choisis – ce qui, soit dit en passant, n’empêcha pas que le jour de sa chute, aucun de ses prébendiers ne leva même le petit doigt pour le défendre –. La nouveauté, c’est que cette fois-ci cela s’est fait pour ainsi dire sur la place publique. Signe des temps ! En somme, celui que ses partisans surnomment « warifatchè » – c’est, comme qui dirait, l’homme qui transforme en or tout ce qu’il touche – nous prévient qu’en matière de corruption, non seulement il n’a pas plus de scrupules que ses prédécesseurs, mais il n’a même pas leur pudeur…

A cet égard, Guillaume Soro n’est pas en reste. Pour la nuit du 31 décembre, il s’est offert un petit triomphe dans son fief de Ferkessédougou, avec un spectacle musical à la Woodstock et un feu d’artifice grandiose, probablement le premier jamais tiré dans cette localité. Première mise de fonds pour s’acheter l’assise politique qui lui manquait, et dont sans doute le manque se fait sentir de plus en plus cruellement à mesure que se dissipe l’aura qui enveloppait « le Saint-Just des forces nouvelles » tant que celles-ci ne s’étaient pas montrées sous leur vrai jour comme à Duékoué, Abengourou, Vavoua, Sikensi et autres lieux.

 Le clou de ces réjouissances démagogiques a été l’exhibition de football qui eut lieu au stade Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan dans l’après-midi du 5 janvier. Pour s’attirer la sympathie des Abidjanais qu’ils savent friands de ce port, Ouattara et son gouvernement y affrontèrent la Fédération ivoirienne de football ! Les premiers l’emportèrent par un score de 3 à 0 auquel contribuèrent personnellement le président et le Premier ministre, chacun marquant son but. Le lendemain matin, tous les journaux proches du pouvoir montraient des images d’un « Félicia » archicomble. On se doute bien que des gens qui savent si bien bourrer les urnes et truquer les résultats électoraux n’ont rien laissé au hasard : le spectacle était gratuit… Reste à savoir si remplir un stade de milliers de badauds fanatiques aura suffi pour redorer le blason d’un régime déjà à bout de souffle après seulement huit petits mois d’existence.

 Un qui est aussi en quête de reconnaissance, mais qui peine visiblement à convaincre les Ivoiriens de sa bonne foi, c’est Charles Konan Banny, le président d’une très improbable Commission dialogue vérité et réconciliation qu’on désigne plus communément par l’acronyme : Cdvr. A ce propos, voyez comme parfois les mots nous jouent des tours. Prenez ce sigle, par exemple : « cdvr ». Placez un « a » après le « c » et après le « d », puis un « e » après le « r », et vous obtenez : « cadavre »… Simple coïncidence, certes. Mais, dans un pays comme la Côte d’Ivoire, où il y a encore tant de superstitieux – et Charles Konan Banny en est un notoire ! –, n’eut-il pas été plus sage d’appeler cette commission autrement ? Cependant ce souci-là est loin d’être le seul que notre apprenti réconciliateur aura à affronter. Voici deux anecdotes qui illustrent bien ce qui selon moi constitue le plus gros handicap de la Cdvr : la personnalité de son président, un dangereux cocktail de vanité, de naïveté et d’ambitions souvent déçues avec leurs séquelles de frustrations recuites, sur un fond d’houphouélâtrie familiale et de francophilie atavique... Il y a peu, des jeunes citoyens, partisans de Laurent Gbagbo, qu’il recevait en audience en ont fait la désagréable expérience. Cet « homme de dialogue » ne supportait pas qu’ils lui parlent comme des citoyens responsables libres de leurs opinions et de leur allégeance. Banny étala à cette occasion une conception si mesquine et si sectaire de la Justice comme de son propre rôle à la tête de la Cdvr qu’on pourrait douter de sa compétence pour une telle mission. Quelques jours plus tard, au cours d’une tournée dans l’Ouest martyr, il frisa le ridicule en déclarant qu’il considérait ses activités actuelles comme la poursuite de son programme de gouvernement quand il était Premier ministre. Il serait intéressant de savoir ce que ceux qui lui ont confié cette noble mission ainsi que les éminentes personnalités dont il s’est entouré ont pensé de cette manière égocentrique de comprendre le rôle de la Cdvr.
Chaque fois qu’il a l’occasion de prendre la parole – et il sait l’art de multiplier ces occasions –, Banny s’exprime comme si sa fonction à la tête de la Commission dialogue, vérité et réconciliation avait fait de lui le cogérant de la République. Ainsi, à l’occasion du nouvel an, il s’est lui aussi fendu d’une adresse aux Ivoiriens aussi longue que celle de Ouattara… Il n’est pas impossible que sa fonction lui soit montée à la tête et qu’il considère la présidence de la Cdvr comme une sorte d’apanage ou même comme un butin qu’il se serait acquis par sa contribution personnelle à la victoire de Ouattara. Le risque, c’est que cet organisme qui ne peut fonctionner efficacement que de manière collégiale et en s’ouvrant à la participation responsable de l’ensemble de la communauté nationale en soit bientôt réduit à n’être que le fonds de commerce de son seul président.

Déjà, beaucoup d’Ivoiriens n’ont qu’une confiance limitée dans la Cdvr comme facteur de la réconciliation nationale. Au cours de sa tournée dans l’Ouest martyr, alors qu’il visitait le camp des déplacés de Naïbly dans la commune de Duékoué, Banny a pu l’apprendre de la bouche même de ces malheureux :

« (…) Vous demandez que chacun de nous plante la graine de la réconciliation. Nous sommes d’accord et nous sommes et restons fiers d’être Ivoiriens. Mais monsieur le président du Cdvr, vous avez également dit que toute réconciliation prend sa source dans la vérité. Sur nos terres où vous nous demandez de retourner, les Dozos et les FRCI y ont encore leurs barrages dressés dans de nombreux villages. La quasi-totalité de nos villages sont détruits et ont besoin d’être réhabilités. Nous sommes aussi confrontés au problème foncier qui a toujours été géré avec parti pris par la force des armes. Des hommes en armes ont même pris de force des portions de terres à nos populations. (…). Nous voulons retourner sur nos terres mais les armes se promènent encore partout. Aussi nous sommes indignés de voir des étrangers vêtus dans la tenue de l’armée de notre pays. »

Il est des circonstances où certaines paroles valent des actes. Le discours des déplacés de Naïbly est l’une de ces manifestations de plus en plus fréquentes et massives par lesquelles les Ivoiriens expriment leur ras-le-bol vis-à-vis de ce régime et de ses frci. Ce qu’on a entendu là, et ce qu’on a vu à Vavoua et à Sikensi, notamment, ce sont autant de preuves que le roi est nu... Il faut se rappeler que Vavoua était sous la botte des miliciens ouattaristes depuis 2002, et que les populations martyrisées qui se sont soulevées contre eux sont celles-là même parmi lesquelles et au nom desquelles ils ont été recrutés. Ces événements ont montré que non seulement les gens n’ont plus peur des frci, mais qu’ils sont prêts à prendre les plus grands risques pour en débarrasser le pays. Ainsi se confirme ce que j’écrivais dans mon précédent article : si nous avons bel et bien perdu la longue bataille de 2002-2010, nous n’avons pas encore perdu la guerre qui nous est imposée depuis des décennies par des gens qui se dissimulent de plus en plus mal derrière des prête-noms de plus en plus transparents.

L’avenir, dit Victor Hugo, n’appartient à personne… Je crois surtout qu’il faut seulement savoir qu’il n’y a pas de fatalité et que chacun a seulement l’avenir qu’il s’est mérité… Je souhaite que cette année qui commence sous des auspices aussi prometteurs nous rapproche de la réalisation de notre vieux rêve de liberté. Je sais bien que ce bonheur ne nous sera pas donné sans que nous consentions encore de lourds sacrifices. Je souhaite donc aussi, chers compatriotes et chers amis qui nous faites l’honneur de fréquenter ce blog, que nous ayons le courage de les accepter, afin que notre chère Côte d’Ivoire ait un jour le bel avenir qu’elle mérite.

Marcel Amondji


lundi 26 décembre 2011

Côte d'Ivoire : la politique à courte vue de la France

Source : Survie (communiqué du 7 décembre 2011)

Alors que la communauté internationale a le regard tourné vers le transfert de Laurent Gbagbo à la CPI, la Côte d’Ivoire organise le 11 décembre des élections législatives dans un contexte politique et sécuritaire dégradé. L’aveuglement volontaire de la France et de la communauté internationale est inacceptable.
Cette échéance électorale fait partie du chronogramme négocié par l’ex-président Laurent Gbagbo et les rebelles du Nord. Un processus certifié par l’ONU qui avait pourtant déjà renoncé à accompagner à son terme le désarmement, préalable à l’élection présidentielle de décembre 2010. Dans ces conditions, le pire scénario a pu se dérouler : l’installation par la force d’Alassane Ouattara par les ex-rebelles, avec l’appui déterminant du contingent militaire français et l'aval de la communauté internationale.
Huit mois après, la Côte d’Ivoire n’est toujours pas réunifiée. Le nord reste toujours sous la coupe d’ex-rebelles qui recouvrent des taxes, contrôlent les douanes et exportent les ressources du pays pour leur propre compte.
Sur le plan politique, l’opposition est décimée et le poids des ex-rebelles empêche l'application de l'accord électoral liant Alassane Ouattara à ses autres alliés politiques. En outre, avec un redécoupage électoral sur mesure, le résultat des élections législatives habillera les ex-dirigeants rebelles, devenus candidats aux législatives, d'une nouvelle légitimité.
La sécurité des Ivoiriens, confiée aux ex-rebelles, est toujours précaire. Une étude menée par trois organisations1 estime que des centaines de milliers de personnes déplacées vivent toujours dans des conditions indignes et que l'ouest, théâtre de crimes de masse, est particulièrement touché : « Compte tenu de la persistance d'attaques en représailles, d'arrestations arbitraires, de tueries, de violences sexuelles, de harcèlement verbal et de taxations illégales, la population continue de vivre dans la peur dans une région « inondée d'armes », selon la formule du Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies ».
L’impunité est toujours la règle et la justice partiale. Si des poursuites ont été engagées contre les partisans de l’ex-président, et que Laurent Gbagbo vient d'être confié à la Cour Pénale Internationale, « aucun membre des Forces Républicaines2 n'a été arrêté pour des crimes commis durant le conflit »3 malgré les promesses répétées d’Alassane Ouattara. Ces crimes sont pourtant documentés par de nombreuses organisations internationales.
Dans ces conditions, « la stabilisation de la Côte d'Ivoire sur les plans politique et sécuritaire pourrait, en fin de compte, dépendre de la tenue en temps voulu d'élections législatives et municipales libres, démocratiques et transparentes. L'organisation de ces élections, dans un pays où les divisions politiques sont profondes, où l'infrastructure électorale laisse à désirer et où les conditions de sécurité sont précaires, demeure une gageure. » a estimé le Groupe d'Experts de l’ONU sur la Côte d'Ivoire dans son rapport de mi-mandat d’octobre 20114. Ce dernier n’exclut d’ailleurs pas « une reconsolidation des groupes d'opposition et la perspective d'une reprise des hostilités à la suite des prochaines élections législatives » alors que les armes prolifèrent. Conscient de ce risque, le gouvernement français, plutôt que de miser sur le désarmement et l'apaisement, soutient la mise sur pied d'un dispositif répressif. Dépêché sur place, son ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, a fait don de matériel policier, en prélude à un grand programme d'équipement dans le cadre d'un contrat plan entre les deux pays5. Surtout, la présence militaire française a été réaffirmée par Nicolas Sarkozy et un accord de défense rénové sera signé très prochainement.
C’est à l’aune de ce constat que l’on mesure l’aveuglement de la diplomatie française, exprimé par Alain Juppé le 8 novembre, à l'Assemblée nationale : « Nous avons sur l'Afrique une ligne de conduite très claire. Pour nous, ce qui est prépondérant c'est d'assurer à l'Afrique des élections qui soient claires, transparentes, garanties par une surveillance internationale et qui permettent de faire émerger des régimes véritablement démocratiques. (…) C'est le combat que nous avons mené en Côte d'Ivoire (..). Ce sera le fil conducteur de notre politique africaine ».
L’association Survie demande :
·  le retrait définitif des militaires français de Côte d’Ivoire ;
·  que la lumière soit faite sur l’implication de l’armée française et de l’ONU dans l’avancée vers Abidjan des ex-rebelles (soupçonnés pour certains de crimes contre l'humanité) lors de la crise poste-électorale de 2010-2011;
·  que le parlement français exerce son contrôle sur l’opération Licorne, conformément aux dispositions prévues par la réforme de la Constitution de juillet 2008, et crée une commission d’enquête parlementaire sur l’ensemble de cette action depuis son déploiement en 2002 ;
·  de conditionner les relations avec le nouveau pouvoir ivoirien à l’obligation de poursuivre les responsables des crimes commis en particulier dans l’ouest de la Côte d’Ivoire et de les exclure de tout rôle politique ou militaire ;
·  qu'en particulier, la coopération franco-ivoirienne sur le plan de la sécurité respecte l'embargo international sur le matériel militaire et les matériels connexes à destination de la Côte d'Ivoire, en vigueur depuis 2004.

Contact presse :
Stéphanie Dubois de Prisque, chargée de communication

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mardi 20 décembre 2011

DES NOUVELLES FRAÎCHES de MAMADOU KOULIBALY


Il faut sauver le soldat Koulibaly... même malgré lui
Par Grégory Protche* (source : Le Nouveau Courrier 19 décembre 2011)

Je viens de lire un article de Mamadou Koulibaly, Législatives sous hyper-présidence : Quelques leçons, paru le 16 décembre dans L'Inter. Long. Trop. Pour masquer le vide : le trop plein ? Comme les chanteurs font 22 titres sur un cd quand ils n'en ont pas trouvé un d'assez fort pour faire un single... le bon. Beaucoup de lignes, de chiffres, mais pas une idée. Pas une idée importante. Essentielle. Et cruciale aujourd'hui. Ce qui est rare venant de lui. Et triste. Du commentaire. De la rhétorique. Du vide. Du bout du stylo. Comme s'il n'avait pas participé, comme s'il ne s'était pas présenté, comme s'il n'avait pas accepté les inacceptables conditions d'élections au mieux inutiles et au pire dommageables.
MK pose trois questions en ouverture de son article. 1) Les partis politiques ont-ils été à la hauteur des enjeux ? 2) La classe politique est-elle encore crédible dans notre pays? 3) Les élections servent-elles encore à quelque chose? Trois questions fondamentales mais hors de propos. Anachroniques. Dérisoires. Il annonce ensuite que son analyse s'appuiera sur les chiffres de la Commission électorale indépendante… Pourquoi ? Pourquoi faire ? Qui croit encore à l'indépendance de cette commission au point qu'on en ait besoin pour s'en défier… MK plonge dans une piscine vide sous les yeux du public pour informer celui-ci qu'il n'y a plus d'eau dedans.
Un petit doigt d'égo, lorsqu’il découvre que sa défaite "semble focaliser" les attentions… c'est désagréable car énoncé presque narquoisement : Mamadou Koulibaly douterait-il (vraiment) de l'attention que les gens intelligents portent à son parcours ? Et donc de son importance dans le jeu politique, non pas seulement ivoirien, mais africain, panafricain même ? Françafricain au moins. Bien sûr que ceux qui voient en lui un traître se réjouissent de son fiasco. Bien sûr aussi que ceux qui pensent que rien n'est si simple sont consternés par cette évitable et inutile Bérézina annoncée. Quand MK rappelle que son parti est né il y a quatre mois à peine et qu'il est privé de ressources par Alassane Ouattara, on a envie de lui dire : autant de raisons de ne pas cautionner un prétendu jeu démocratique aux règles aussi viciées que vicieuses… C'est en comptant ses fractures que le plongeur se souvient qu'il avait vu le gardien vider la piscine.
Alassane Ouattara devient sous sa plume un "hyper président". Une façon comme une autre de le légitimer, de le sarkozyser, grogneront certains. D'oublier dans quelles conditions il est devenu cet hyper président… Mais là n'est pas le plus grave. Puisque tous les partis ivoiriens ont vu leur audience baisser, en raison d'une abstention qu'il ne commentera pas, celle du Lider, son parti, est à l'unisson. Pas plus, pas moins. Sauf que le Lider, en soi, n'existe pas. Le Lider, c'est son leader : Mamadou Koulibaly. Et c'est tout. Comme un étudiant fainéant, il paraphrase et traduit les chiffres en mots. Et là, on commence à comprendre le but, naïf, de sa manœuvre : trouver une explication politique, politicienne, à une erreur intellectuelle. À une faute morale. Lorsqu'il avance que "le vainqueur (RDR, ndlr) a pris soin de violer toutes les règles démocratiques pour mettre en déroute ses adversaires, terroriser les populations, intimider l’électorat et utiliser les moyens financiers de l’Etat pour soutenir les candidats de son choix", ce n'est que pour oser, derrière, l'infamant : "Le FPI, avec son refus de participer au scrutin, a laissé tomber son électorat et le débat national pour se focaliser sur ses urgences du moment : se réjouir du faible taux de participation". Comment, moi, Gaulois vaguement au fait des "Ivoireries", puis-je être au courant que le FPI a boycotté ce scrutin en raison de l'arrestation, suite à l'intervention française, puis du transfert de Laurent Gbagbo devant la CPI, et pas Mamadou Koulibaly ?
Rien n’est pire que l’intelligence qui joue à l’imbécile, à part peut-être un idiot qui fait le savant.
On peine pour lui en le voyant évoquer la situation politique en Côte d'Ivoire comme si elle n'avait pas été "perturbée" par l'intervention française, comme si cette intervention n'avait pas eu lieu, comme si elle n'avait pas tout changé… Comme si "l'absence" de Laurent Gbagbo n'était qu'un détail.
On a du mal à distinguer encore le pourfendeur du franc CFA et des pratiques de la Françafrique derrière ces coupables et pathétiques omissions : un père, ça ne se tue qu'une fois. Et en reconnaissant Ouattara, il l'avait déjà fait…
Si je pouvais l’interviewer aujourd’hui, ce serait ma seule question : pourquoi le 12 avril 2011, prenant Accra pour Londres et vous-même pour de Gaulle, ne vous êtes-vous pas proclamé, en vertu de votre poste de président del’Assemblée nationale, président de fait puisqu’il y avait vacance du pouvoir… ?
L'intelligence ne fait pas tout. Pas plus en politique qu'ailleurs. Il faut du cœur, des tripes et le sens de l'histoire. On ne passe pas à côté d'un destin pour une carrière lorsqu'on s'appelle Mamadou Koulibaly. On n'en a pas le droit. Même si je persiste, depuis mon petit point de vue, à prétendre qu'il ne faut pas jeter le bébé politique Koulibaly avec l'eau vaseuse du bain électoral ivoirien. Aucun pays ne peut se permettre le luxe de se priver d'un cerveau comme le sien. Bref : il faut sauver le soldat Koulibaly... y compris malgré lui.
*Rédacteur en chef du Gri-Gri International, auteur de "On a gagné les élections, mais on a perdu la guerre".

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Sous cette rubrique, nous vous proposons des documents de provenances diverses et qui ne seront pas nécessairement à l'unisson avec notre ligne éditoriale, pourvu qu'ils soient en rapport avec l'actualité ou l'histoire de la Côte d'Ivoire et des Ivoiriens et que, par leur contenu informatif, ils soient de nature à faciliter la compréhension des causes, des mécanismes et des enjeux de la «crise ivoirienne ». Selon la formule consacrée, les propos tenus dans ces articles n’engagent que leurs auteurs.

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samedi 17 décembre 2011

Qui a remporté les élections en Côte d’Ivoire ?

Sur les cendres encore chaudes de l'élection présidentielle de 2010, des élections législatives viennent de se dérouler en Côte d'Ivoire. Un fait, a cependant sauté aux yeux de tous. Les Ivoiriens ne se sont pas bousculés aux portes des bureaux de vote. Pour tout dire, nombreux parmi ceux qui ont pris part à l'élection présidentielle de décembre 2010, ne se sont pas senti concerné par ce vote. Au regard de ce flagrant manque d'engouement, certains ont parlé de « désert électoral », quand d'autres ironisaient : « Bureaux de vote cherchent électeurs ». Soulignons aussi, le mot d'ordre de boycotte lancé par le FPI, principal parti d'opposition crée par Laurent Gbagbo. Ce parti avait appelé ses militants et sympathisants à « rester chez eux », de sorte à ne pas prendre part à ces législatives. Ceci, expliquerait cela.
Nonobstant toutes les agitations de l'opposition autour du taux de participation, le pouvoir Ouattara pouvait dormir sur ses deux oreilles, sûr de détenir l'arme sécrète : Monsieur CEI, l'expert dans l'art des résultats mystérieux. Cet homme n'avait pas encore dit son dernier mot. Mais c'est maintenant chose faite. Car des méandres du laboratoire si sophistiqué de la CEI, la nouvelle vient de tomber : 36,56% de taux de participation à ces législatives de 2011. Là où certains ne donnaient pas plus de 20%. Formidable Youssouf Bakayoko, tu ne cesseras jamais de nous dribbler !
Ces élections législatives feront couler beaucoup d'encre et de salives. Pas plus. Ouvrons ici une petite parenthèse : Les perdants du PDCI, peuvent crier, ou même pleurer. Faire toutes les acrobaties les plus burlesques. Tant pis pour eux ! Car, tant que le sphinx de Daoukro, président du PDCI, convole en noces mielleuses avec Alassane Ouattara, président du RDR, ces frustrés peuvent « aller voir ailleurs ». Refermons très vite cette parenthèse sur les sanglots et les lamentations honteuses du PDCI. Ces gens sont assez grands pour assumer leur alliance de « dupeur-dupé ».
Vous avez dit élections législatives ? Alors que le pays est loin d'avoir dépassé les terribles répercussions de cette guerre inique. Des législatives dans un tel contexte, c'est un joli pansement qu'on tente ainsi d'appliquer sur des plaies purulentes et auxquelles l'ont s'est bien gardé d'apporter des soins appropriés.
Les plaies dont souffre la Côte d'Ivoire sont là, béantes et pas du tout jolies. Ce pays souffre des ses fils et filles portés disparus ou en exil. De ses enfants emprisonnés ou déportés. De ses femmes, de ses jeunes et de ses hommes victimes de la barbarie et de l'injustice des sbires du nouveau régime. Ce pays souffre de ne pas connaitre la vérité. Cette vérité qui libèrera et soulagera à la fois les cœurs et les esprits : « Qui a remporté l'élection présidentielle de 2010 en Côte d'Ivoire ? ». Ce jour où des preuves ne souffrant d'aucun doute répondront à cette question, ce jour et ce jour là seulement la Côte d'Ivoire pourra enfin pousser un profond soupir de soulagement. Elle pourra alors appeler ses fils et filles autour d'une vraie cohésion sociale, au-delà de simples et vains mots. Or, tant que le souvenir des bombes françaises hantera nos nuits les plus profondes, ce pays continuera de souffrir de ses cauchemars.
Les Ivoiriens ont été appelés à choisir. Aujourd'hui encore. Mais quel choix y a-t-il à faire lorsque le choix de la communauté dite internationale s'impose, depuis avril 2011, aux Ivoiriens ? Quel choix y a-t-il faire lorsque l'un des principaux protagonistes du jeu démocratique ivoirien et son parti politique sont absents, voire exclus ? Il eut fallu que celui qui tire sa légitimité de « la communauté internationale », s'en réfère justement à cette communauté pour choisir ses députés. Au lieu d'ennuyer les Ivoiriens plus préoccupés par leur sort quotidien dans la nouvelle république RHDP.
Cela aurait été juste et convenable au regard de l'historique [contentieux] électoral qui a cours depuis 2010. Toute tentative contraire reste et ne sera que mascarade.
Les Ivoiriens, ont refusé d'aller à ces législatives. Par ce désaveu cinglant, ils ont renvoyé Monsieur Alassane Ouattara à « sa communauté internationale ». Car le peuple est et reste le dernier recours. Beaucoup de chefs d'Etat l'ont appris, ces derniers temps, à leurs dépens.
N'empêche, Hamed Bakayoko, ministre de l'intérieur d'Alassane Ouattara, interrogé sur la question de l'enjeu de ces législatives, répond : « L'enjeu de cette élection n`était pas le taux de participation, c`était d`abord d`organiser une élection apaisée ». En d'autres termes, que les Ivoiriens aient participé ou non à ces élections, cela leur est égal. « La communauté internationale a constaté qu'il n'y a eu aucun incident lors de ces élections ». Hamed Bakayoko peut dire ce qu'il veut pour sauver la face à son patron. Youssouf Bakayoko peut annoncer les chiffres qui font plaisir à ses employeurs, avec à la clé des promesses de séjours dorés en France. Les Ivoiriens ont fait usage de leur droit. Le droit d'exprimer leur désapprobation : « Non, nous ne voulons pas de ces élections wouya wouya (sans aucune valeur) ».
Et la démocratie dans cette histoire ? Alassane Ouattara n'a, en effet qu'une volonté factice d'ouvrir le jeu démocratique en Côte d'Ivoire. Et montre qu'il se souci peut de ce que les Ivoiriens pensent ou ressentent. Qu'ils croupissent en prison, qu'ils meurent en exil, qu'ils subissent les exactions de tous genres ou la justice des vainqueurs, il n'en a rien à cirer. Le plus important, pour lui, c'est de montrer à la « communauté internationale », que « tout va très bien en Côte d'Ivoire » et de surtout s'offrir une législature taillée sur mesure. Une assemblée nationale où l'on pourrait facilement conduire les débats en dioula, du fait de sa très forte coloration nordique.
Alors les Ivoiriens, qui ont très vite comprit cela, ne se sont pas fait prier pour refuser de prendre part à ces législatives. On n'entend d'ici, certains caciques du pouvoir s'évertuer à minimiser le faible taux de participation : « le scrutin a été libre et transparent » ; « la légitimité du prochain parlement n'est pas liée au taux de participation », et patati et patata… Quoi qu'il en soit, l'arrière goût amer de ce refus leur restera longtemps encore en travers de la gorge.
En l'absence des Ivoiriens, dans leur large majorité, de qui Ouattara tient-il donc sa légitimité ? Répondre à cette question revient à répondre aussi à celle-ci : « Qui a remporté l'élection présidentielle de 2010 en Côte d'Ivoire ? ».
Marc Micael
(Source : Ivorian.Net 16 décembre 2011)

 
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vendredi 16 décembre 2011

Les législatives ne changent pas la donne

Analyse - La réconciliation nationale reste le principal défi d’Alassane Ouattara, toujours controversé.
Par MARIA MALAGARDIS (Envoyée spéciale à Abidjan) Libération (Paris) 14 décembre 2011

Les absents ont-ils eu raison ? C’est en tout cas ce que voulaient croire hier les partisans de l’ancien président, Laurent Gbagbo, en jubilant devant le très faible taux de participation aux législatives de dimanche en Côte-d’Ivoire. Eux dont le parti avait boycotté le scrutin voyaient dans cette désaffection de l’électorat le signe d’une «sanction» contre l’actuel président, Alassane Ouattara, dont ils contestent toujours la légitimité, et une victoire à distance pour Gbagbo, détenu par la Cour pénale internationale de La Haye depuis le 29 novembre.


« Est-ce vraiment le boycott des partisans de Gbagbo qui a pesé ? Il ne faut pas comparer les législatives de dimanche avec la présidentielle de décembre 2010, mais avec les dernières législatives, il y a onze ans. Le taux de participation n’était déjà que de 32%. Ce qui n’avait pas empêché à l’époque Laurent Gbagbo de juger son assemblée légitime », rappelle, un brin désabusé, Boureima Badini. Cet homme discret a joué un rôle clé dans le long processus de sortie de crise qui a abouti aux élections de dimanche.


Coulisses

Dans son bureau qui domine la lagune d’Abidjan, un grand portrait du président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, rappelle qu’il est avant tout le représentant de l’homme fort de la région. Ce dernier est devenu le « facilitateur » du conflit ivoirien en 2007, lorsque fut signé l’accord de Ouagadougou entre Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara et Guillaume Soro, alors chef des forces rebelles qui occupaient le nord du pays. Pendant quatre ans, Boureima Badini n’a cessé de maintenir le dialogue entre les frères ennemis ivoiriens, menant une diplomatie de coulisses qui a bien failli voler en éclats lorsque Gbagbo a refusé le verdict de la présidentielle de 2010. Mais aujourd’hui, Badini est bien placé pour évaluer les enjeux de l’après-législatives. Il semble convaincu que tout dépendra de « la capacité des vainqueurs à tendre la main aux vaincus de la crise » : « Dans nos sociétés fragiles, la majorité, même légitimée par les urnes, ne peut pas se permettre d’ignorer la minorité », explique-t-il. Le Rassemblement des républicains (RDR), le parti de l’actuel président, est assuré de rafler la majorité des 255 sièges de l’Assemblée. « Mais il devra se montrer le plus inclusif possible et tendre la main à ses adversaires », souligne encore Badini.


Reste que le parti de Gbagbo, le Front populaire ivoirien (FPI), bien qu’affaibli, n’a dans l’immédiat aucun intérêt à collaborer avec le pouvoir. C’est donc Ouattara et ses alliés qui devront seuls gérer les défis immédiats : la reprise économique et le retour de la sécurité. En principe, c’est le grand allié du RDR qui devrait décrocher le poste de Premier ministre. L’ancien parti unique fondé par Félix Houphouët-Boigny, le Parti démocratique de Côte-d’Ivoire (PDCI), avait permis à Ouattara de gagner la présidentielle en lui apportant le soutien du sud et du centre du pays. Mais comme beaucoup d’observateurs, Badini spécule sur le maintien de l’actuel chef du gouvernement à son poste : Guillaume Soro a l’avantage d’être obéi par les forces rebelles, qu’il a commandées et dont les chefs ont été promus dans la nouvelle hiérarchie militaire.


Complices

 « Ouattara et Soro sont devenus très complices, note le négociateur burkinabé, qui connaît bien les deux hommes. De plus, ils sont complémentaires : Ouattara assure la reprise économique, et Soro s’occupe de la réforme de l’armée et de la sécurité. » Est-ce que ce sera suffisant pour faire taire les vieux démons ? « Une partie de la population continue à voir en Ouattara un étranger d’origine burkinabée, reconnaît Badini, forcément sensible à la stigmatisation dont ses nombreux compatriotes ont fait l’objet pendant tant d’années de tensions. La crise ivoirienne a été avant tout identitaire. On s’est alors attaqué aux immigrés, qui forment un tiers de la population active. » Badini n’ignore pas que la reprise économique s’accompagnera de nouvelles revendications sociales, tant les attentes sont fortes. Seront-elles exploitées par les partis politiques, alliés ou non du gouvernement ?


« A terme, il y a bien un risque de voir une partie du PDCI reformer une grande alliance du Sud avec les héritiers du FPI », estime un cadre du PDCI qui, bien qu’hostile à Gbagbo, reconnaît à ce dernier « des atouts qui manquent à Ouattara : une certaine ferveur, un contact facile avec le peuple ». L’actuel président, lui, voyage beaucoup à l’étranger, « mais jusqu’à présent, il s’est peu déplacé dans le pays, rappelle-t-il. Or, bien plus que de nouveaux députés, les Ivoiriens veulent un leader qui leur parle et leur redonne confiance ».




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