mardi 11 avril 2017

Hommage au dramaturge Armand Gatti

La voix d’un théâtre libertaire et poétique s’est tue

Armand Gatti est mort, hier, à 93 ans. Homme de théâtre, auteur, metteur en scène, il est le fondateur de la Parole errante à Montreuil, un lieu ouvert aux quatre vents, fidèle à son esprit rebelle.
© Anne-Christine Poujoulat / Afp
Pour l’état civil, il était Dante Sauveur Gatti. Pour nous tous, il était et restera à jamais Armand Gatti, poète, dramaturge, né en 1924 à Monaco, fils d’Auguste Rainier Gatti, éboueur, et de Letizia Luzona, femme de ménage. Il a vécu mille et une vies en une. Crinière blanche en désordre, sourire légèrement moqueur, il arborait au revers de sa veste un insigne, celui du commandant Durruti, qu’il montrait fièrement à ses interlocuteurs. Conformément à ses vœux, il sera enterré aux côtés de Nestor Makhno, au Père-Lachaise. On savait à qui on avait affaire. Gatti était anarchiste, adorait se disputer avec la terre entière, mais n’a eu de cesse de défendre tous les opprimés, qu’ils soient guatémaltèques, irlandais, ouvriers des chantiers navals, taulards ou loulous des banlieues. Son théâtre politique et militant en atteste. Un théâtre de combat, un théâtre poétique pour redonner de la dignité à tous ses frères humains. Gatti n’aura jamais trahi les siens, défendant sa cause du peuple, y compris contre ceux qui étaient passés du col Mao au Rotary Club.

Le Tour de France, Brando ou les manifestations ouvrières

Après avoir exercé plein de petits métiers, il sort tout juste de l’adolescence quand l’Allemagne nazie occupe la France. Il rejoint le maquis en Corrèze en 1942. Il est arrêté à Tarnac l’année suivante. Emprisonné à Bordeaux puis transféré à Hambourg, il s’évadera du camp pour rejoindre l’un des maquis dirigé par Guingouin. Après la défaite des nazis, Armand Gatti s’installe à Paris. Il entre en 1946 comme rédacteur stagiaire au Parisien libéré. Très vite, ses articles sont remarqués. Il devient grand reporter, voyagera au bout du monde, en Amérique du Sud, dans le Maghreb, en Russie, en Sibérie, en Chine... Après le Parisien il collabore à France Soir, aux Lettres françaises puis à Libération (qui était, à l’époque, un journal issu de la Résistance). Journaliste tout-terrain, il écrit aussi bien sur le métier de dompteur de fauves (qui lui vaudra le prix Albert-Londres en 1954) que sur le Tour de France. Il réalise des entretiens avec Miguel Angel Asturias, Marlon Brando, couvre les grandes manifestations des ouvriers de Saint-Nazaire en 1957. La nuit, il s’attelle à l’écriture de poèmes. Il termine ses premières pièces de théâtre en 1954, le Quetzal et le Crapaud-Buffle. Il côtoie Gilles Deleuze et Georges Arnaud, Karl Flinker et Michel Tournier, Yvan Audouard et Alejandro Otero, ou encore Kateb Yacine, qui se retrouvent tous sur l’île Saint-Louis, alors plus bohème que bourgeoise. En 1955, il part trois mois en Chine avec le cinéaste Chris Marker, Michel Leiris, Jean Lurçat, Paul Ricœur et René Dumont. Il découvre le théâtre chinois, rencontre Mei lan Fang, prodigieux comédien de l’Opéra de Pékin, et retrouve son ami Wang, connu à Paris à la fin des années 1940, qui l’introduit auprès de Mao. Au sujet de ses séjours en Chine, Lucien Attoun (fondateur du Théâtre ouvert) raconte une très jolie anecdote que lui avait racontée Gatti. Alors qu’il était en Chine pour présenter une de ses pièces, il se trouve face à un dramaturge chinois. S’ensuit une querelle pour savoir lequel des deux a écrit la pièce la plus révolutionnaire. Pour départager les impétrants, il est fait appel à Mao. Le lendemain, « le phare de la pensée mondiale » rendit son verdict : pour qu’une pièce soit révolutionnaire, il faut savoir qui l’écrit et à qui elle s’adresse. Gatti en riait encore, et nul n’a jamais pu vérifier si cette histoire était authentique...

Il s’installe à Montreuil après avoir bourlingué aux quatre coins du monde

© Sophie Bassouls/Leemage
En 1959, il publie son dernier article pour Paris Match : « La France pleure Gérard Philipe ». Dès lors, il se consacre entièrement à l’écriture dramatique. Vilar avait monté une première fois l’une de ses pièces. Succès mitigé. Mais cela ne le décourage pas. Le théâtre, l’écriture et la représentation théâtrales ne le lâchent plus depuis qu’un soir, dans les camps, il avait assisté à une représentation par des rabbins. Il est l’auteur de plus de soixante pièces ; on ne compte plus les mises en scène, lui qui passait son temps à les remettre sur le métier. Ses pièces se suivent et, si elles ne se ressemblent pas, elles témoignent sans relâche de son engagement permanent, malgré la censure qui pointe quelquefois son nez : le Crapaud-Buffle, la Deuxième Existence du camp de Tatemberg, les Sept Possibilités du train 713 en partance d’Auschwitz, l’Enfant rat, la Vie imaginaire de l’éboueur Auguste , la Passion du général Franco, V comme Vietnam ou Petit manuel de guérilla urbaine, Chant public devant deux chaises électriques , Ces empereurs aux ombrelles trouées, la Journée d’une infirmière, Rosa collective, Berlin, les personnages de théâtre meurent dans la rue  et Didascalie se promenant seule dans un théâtre vide... En 2010, au cours d’une résidence sur le plateau de Millevaches, il a créé Science et résistance battant des ailes pour donner aux femmes en noir de Tarnac un destin d’oiseau des altitudes avec trente étudiants français et étrangers, au gymnase du lycée forestier de Neuvic. Côté cinéma, Gatti ne chôme pas non plus. Impossible de citer sa filmographie. La Cinémathèque lui consacre en 2011 une rétrospective « Armand Gatti cinéaste. L’œuvre indispensable ».
Lorsqu’il s’installe à Montreuil après avoir bourlingué aux quatre coins du monde, joué et créé dans des endroits inattendus, il investit un lieu mis à sa disposition par la municipalité dans les anciens studios de Méliès : la Parole errante. Autour de lui, une réalisatrice, Hélène Châtelain, un réalisateur, Stéphane Gatti, un producteur, Jean-Jacques Hocquard, ensemble depuis plus de trente-cinq ans. Un lieu ouvert, la Maison de l’arbre, où la poésie circule en liberté. Un lieu vivant qui palpite au gré des rencontres. Une université populaire où les spectateurs sont au rendez-vous. Parfois, on ne fait qu’y passer. Parfois on reste plus longtemps. Le temps d’une représentation, qui ne commence ni ne finit jamais, laissant le temps de la rencontre se faire, doucement mais sûrement. C’est là que Peter Watkins y avait tourné la Commune. C’est là, à son bureau, que l’on pouvait saluer encore ces jours derniers Armand Gatti...

Marie-José Sirach (Chef de la rubrique culture)

Source : L'Humanité 7 Avril 2017

Quand les vainqueurs font l’histoire…


 Bombardement des positions des forces loyalistes par  l'ONU et les Français (AFP)

Les événements des 11 et 12 avril 2011 selon RFI, la voix de la France.


lundi 11 avril 2011

07h00 TU Des combats au sol opposent les forces de Gbagbo à celles de Ouattara. Selon un témoin, on entend des tirs à l'arme lourde et des rafales d'armes automatiques dans un secteur compris entre le siège de la télévision nationale (RTI) et l'école de gendarmerie, dans le quartier de Cocody. Dans la nuit, l'Onuci et la force française Licorne ont tiré des missiles sur le palais présidentiel et sur la résidence de Laurent Gbagbo qui refuse de se rendre.

9h30 TU Le conseiller spécial du président Sarkozy, Henri Guaino, affirme que « La France n'a pas pour mission de chasser Laurent Gbagbo militairement ». La force Licorne « travaille avec l'Onuci pour essayer de faire en sorte que nous ne retrouvions pas confrontés à un bain de sang à Abidjan », a ajouté M. Guaino sur la chaîne de télévision France 2.

10h45 TU Selon Charles Blé Goudé, le chef des Jeunes patriotes, la résidence de Laurent Gbagbo est « partiellement détruite » par les derniers bombardements des forces de l'ONU et de la force française Licorne.

11h35 TU Une trentaine de véhicules blindés des forces françaises, appuyés par un hélicoptère, s'approchent de la résidence de Laurent Gbagbo à Abidjan, rapporte un témoin.

13h15 TU « Laurent Gbagbo a été arrêté par les forces spéciales françaises et a été remis à des chefs de la rébellion », a déclaré à l'agence Reuters Toussaint Alain, représentant pour l'Europe du chef de l'Etat sortant.

13h20 TU L’ambassadeur de France à Abidjan, Jean-Marc Simon, confirme l’arrestation de Laurent Gbagbo.

13h30 TU Laurent Gbagbo a été emmené à l'Hôtel du Golf, le quartier général d'Alassane Ouattara, annonce l'ambassadeur de France à Abidjan. 

13h45 TU L'épouse de Laurent Gbagbo, Simone, a été arrêtée avec son mari et conduite aussi à l'Hôtel du Golf, selon l'ambassadeur de Ouattara à Paris.

13h47 TU L'ambassadeur de France à Abidjan, précise que ce sont les Forces républicaines de Côte d'Ivoire qui ont arrêté Gbagbo (et non les forces françaises). Ce sont aussi les FRCI qui l'ont conduit à l'Hôtel du Golf.

14h00 TU Nicolas Sarkozy s’est entretenu longuement avec Alassane Ouattara au téléphone.

14h02 TU Sidiki Konaté, porte-parole du Premier ministre d’Alassane Ouattara, Guillaume Soro, précise sur RFI que Laurent Gbagbo a été arrêté «ce matin à 11h00 par les forces républicaines d’Alassane Ouattara dans la cave de sa résidence où il se trouvait avec toute sa famille » et qu’il a été « remis à la disposition du Président Ouattara à l’hôtel du Golf ».

14h05 TU Claude Guéant, ministre français de l’Intérieur déclare sur RFI : « De tout cœur, je souhaite qu’après les mois horribles qu’a connu la Côte d’Ivoire, le pouvoir reconnu par la communauté internationale va pouvoir s’installer et que, enfin, après les malheurs qui ont frappé ce pays, la Côte d’Ivoire va connaître à la fois la paix et un regain d’essor économique ».

14h18 TU L'ex-président ivoirien Laurent Gbagbo et son épouse Simone sont « aux arrêts » et « le cauchemar est terminé » pour les Ivoiriens, a déclaré lundi Guillaume Soro, Premier ministre d'Alassane Ouattara, reconnu président par la communauté internationale, sur la télévision pro-Ouattara. 

14h24 TU Laurent Gbagbo est « en bonne santé » et sera « présenté devant la justice pour être jugé » a indiqué l'ambassadeur de Côte d'Ivoire auprès de l'ONU, Youssoufou Bamba.

14h26 TU La chaine de télévision pro-Ouattara TCI diffuse des images de l’arrestation de Laurent Gbagbo.

14h26 TU Le porte-parole de l'état-major français des armées, le colonel Thierry Burkhard, déclare qu'«à aucun moment » les forces françaises n'ont pénétré lundi à Abidjan « dans les jardins ou la résidence présidentielle » où était réfugié Laurent Gbagbo. « Laurent Bagbo s'est rendu aux forces républicaines d'Alassane Ouattara », a-t-il indiqué.

14h36 TU Le Premier ministre d’Alassane Ouattara, Guillaume Soro, appelle les forces loyales à Laurent Gbagbo au ralliement. « Je m'adresse solennellement aux officiers, sous-officiers, militaires du rang de toutes les forces, je vous lance un dernier appel au ralliement. Il ne peut y avoir de chasse à l'homme, rejoignez donc les forces républicaines », a-t-il déclaré. M. Soro demande également à la population « de garder le calme ».

15h30 TU Selon une source du ministère français de la Défense citée par l'AFP, les forces françaises Licorne et l'Onuci étaient en soutien de l'opération qui a conduit à l'arrestation de Laurent Gbagbo, mais elles n'y ont pas participé.

15h43 TU Le responsable Afrique de l’organisation Human Rights Watch, Daniel Bekele, estime que Laurent Gbagbo « ne devrait pas bénéficier d'un exil doré » à l'étranger qui l'exempterait de poursuites pour « crimes contre l'humanité ».

15h45 TU Des gendarmes de l'ONU assurent la sécurité de Laurent Gbagbo et de son épouse.

16h30 TU Le ministre français de la Défense, Gérard Longuet, assure que l'arrestation de Laurent Gbagbo a été le fruit « d'une opération in fine entre Ivoiriens ». M. Longuet a réaffirmé qu’aucun soldat français et de l'Onuci n'avait pénétré dans la résidence présidentielle de M. Gbagbo.

16h50 TU L'arrestation de Laurent Gbagbo a été accueillie par une explosion de joie à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso. Quelque 3,5 millions de Burkinabès vivent en Côte d'Ivoire où ils travaillent en majorité comme ouvriers agricoles dans les plantations de café et de cacao dont la Côte d'Ivoire est le premier producteur mondial.

17h10 TU Des fidèles de Laurent Gbagbo se sont rassemblés sur les Champs-Elysées à Paris pour réaffirmer leur attachement sans faille à celui qu’ils appellent « leur président ». « Ce qui domine, c’est la colère ! », déclare l’un d’eux à RFI.

17h15 TU Plusieurs quartiers d'Abidjan ont explosé de joie lundi à l'annonce de l'arrestation de Laurent Gbagbo. Des Abidjanais ont pris le volant pour parcourir la ville en actionnant leur klaxon et manifester leur jubilation.

17h15 TU « Il fallait absolument mettre hors d’état de nuire les armes lourdes de Laurent Gbagbo » déclare sur RFI le porte-parole malien de l'Onuci, Hamadoun Touré. « Aucun soldat des Nations Unies n’était au sol lors de son arrestation », précise-t-il.

17h20 TU « Des chars conduits par les forces françaises ont bloqué toutes les voies d’accès vers Cocody durant la matinée.  Et les soldats français ont arrêté et désarmé nos militaires. C’est un coup d’Etat organisé par la France », affirme sur RFI, Ahoua Don Mello, porte-parole de Laurent Gbagbo.

18h00 TU Laurent Gbagbo lance un appel à l'arrêt des affrontements en Côte d'Ivoire lors d'une brève intervention sur la station de télévision TCI.

18h35 Au moins 800 personnes ont été tuées à Abidjan et dans le reste du pays depuis décembre 2010 jusqu'à la semaine dernière mais le chiffre réel est probablement « beaucoup plus élevé » indiquent des responsables de l'ONU.

19h00 TU L'Union européenne applaudit à l'arrestation de Laurent Gbagbo.  « Nous nous sommes engagés à agir pour favoriser le retour de la paix dans ce pays. Nous fournirons un soutien à long terme à la Côte d'Ivoire pour la prospérité afin de garantir la stabilité et aider à reconstruire le pays » déclare la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, dans un communiqué.

19h09 TU La porte-parole d'Alassane Ouattara fait savoir que le nouveau chef de l'Etat prononcera un discours sur la chaîne de télévision TCI à 20h00 TU.

19h30 TU Le coordonnateur humanitaire entre les agences de l'ONU et les Organisations non gouvernementales, Ndolamb Ngokwey, déclare à l'AFP avoir affaire à « de très vastes mouvements de population d'un quartier à l'autre» d'Abidjan «car aucun quartier n'est vraiment sécurisé ».

20h20 TU Sept policiers français ont été blessés lors d'échauffourées qui ont éclaté au cours d'une manifestation de partisans de Laurent Gbagbo sur les Champs-Elysées à Paris. Neuf personnes ont été interpellées durant ce défilé qui rassemblait environ 300 personnes.

20h37 TU Le président des Etats-Unis Barack Obama félicite l'ONU et la France pour les actions qu'elles ont entreprises afin de « protéger les civils » en Côte d'Ivoire, après l'arrestation de Laurent Gbagbo.

20h46TU Alassane Ouattara prédit « une nouvelle ère d'espérance » pour la Côte d'Ivoire et appelle à « s'abstenir de tout acte de représailles ou de violence» lors d'une brève allocution télévisée.

« Je demande à tous mes concitoyens de tout faire pour que la paix revienne définitivement dans notre pays. Aujourd'hui une page blanche s'ouvre devant nous... et c'est ensemble que nous allons écrire notre histoire dans la réconciliation et le pardon... ».

Il annonce « la création d'une commission vérité et réconciliation » et le lancement d'une « procédure judiciaire contre Laurent Gbagbo, son épouse et ses collaborateurs », affirmant que « toutes les dispositions sont prises » pour assurer leur « intégrité physique ».

Afin de construire un Etat de droit, je demanderai au Garde des Sceaux, ministre de la Justice et des Droits de l'homme, d'engager une procédure judiciaire à l'encontre de Laurent Gbagbo, de son épouse et de ses collaborateurs. Il leur sera réservé un traitement digne et leurs droits seront respectés...

mardi 12 avril 2011

04h12TU Ban Ki-moon, le secrétaire général des Nations unies a demandé au président ivoirien, Alassane Ouattara, d’éviter un nouveau « bain de sang », ainsi que des représailles à l’encontre des partisans de Laurent Gbagbo, le président sortant.

11h15TU Des pillages sont signalés dans des maisons notamment à Cocody-2 Plateaux ainsi que des coups de feu à Cocody-Riviera et Yopougon. A Treichville (sud) comme à Adjamé (nord), le calme semble prévaloir.

15h00 TU Des habitants de Koumassi et de Yopougon signalent que des jeunes armés  circulent dans leur quartier et se font désigner des habitants susceptibles d'avoir collaboré de « près ou de loin » avec Laurent Gbagbo. Par crainte d'actes de vengeance, des habitants ont fui Abidjan ces dernières heures.

17H03 TU Selon la Télévision de Côte d'Ivoire (TCI), les anciens chefs militaires qui se sont battus aux côtés du président sortant Laurent Gbagbo ont prêté allégeance à Alassane Ouattara.

18H01 TU Le chef d'état-major de l'armée ivoirienne et proche de Laurent Gbagbo, le général Philippe Mangou, a appelé toutes les forces de sécurité et de police à soutenir Alassane Ouattara.

19h19 TU Amnesty International a exigé des partisans d'Alassane Ouattara la cessation de toutes représailles et violences à l'encontre de ceux de Laurent Gbagbo.

21h19 TU Le gouvernement gabonais salue l'appel du président ivoirien Alassane Ouattara « à la réconciliation nationale et au pardon » après l'arrestation de l'ex-président Laurent Gbagbo.

21h20 TU Le président américain Barack Obama a téléphoné à Alassane Ouattara pour le féliciter. Les deux chefs d'Etat sont tombés d'accord pour qu'une enquête fasse la lumière sur toutes les « atrocités » commises ces derniers mois en Côte d'Ivoire, quels qu'en soient les auteurs présumés.

23h30 TU Laurent Gbagbo est assigné à résidence selon le gouvernement ivoirien du président Ouattara (AFP).


Source : RFI 14 avril 2011

dimanche 9 avril 2017

Des universitaires ivoiriens travaillant aux États-Unis interpellent le peuple français à propos de la situation en Côte d’Ivoire.

Appel du Caucus des Universitaires américains d’origine ivoirienne (CUNAMORI) au peuple français
Pascal Kokora, cofondateur du FPI,
professeur à l'Université Georgetown de Washington DC
La Côte d’Ivoire, pays d’Afrique francophone, vit depuis plus d’une décennie une situation d’injustice qui heurte la conscience humaine et appelle à l’action. En choisissant aujourd’hui d’interpeller le peuple français sur le martyre du peuple ivoirien, nous, Caucus des Universitaires Américains d’Origine Ivoirienne (CUNAMORI), sommes pleinement conscients du caractère iconoclaste de notre démarche. On le sait, la politique africaine de la France, de gauche comme de droite, obéit à des codes, normes et conventions immuables qui ont durablement aidé à installer dans l’opinion publique française la certitude selon laquelle il n’y a point de débat qui vaille dès lors qu’il s’agit de l’Afrique. Nous voulons ici et maintenant battre en brèche cette thèse, porter la discussion au cœur de la société française, au plus près de ses forces vives : syndicats, associations, étudiants, citoyens engagés ou en rupture de ban avec la politique. Ce faisant, nous entendons lever le voile sur le drame dans lequel la France de Jacques Chirac, de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, par ses choix hasardeux, a plongé un pays, la Côte d’Ivoire, moquée en prime comme le « joyau de sa couronne » coloniale !
Cher amis français, notre appel ne poursuit donc qu’une seule ambition: dévoiler la réalité de la situation de la Côte d’ivoire. L’exigence morale ainsi cernée appelle instamment à la vigilance du peuple français.
Ainsi, le Caucus des Universitaires Américains d’Origine Ivoirienne (CUNAMORI) entend-il d’abord rappeler au peuple français que c’est en son nom que la France officielle, émanation du suffrage universel, agit en Côte d’Ivoire, sans jamais lui rendre compte de son action dans ce pays.
Le Caucus des Universitaires Américains d’Origine Ivoirienne (CUNAMORI) exhorte donc le peuple français à prendre la pleine mesure de la gravité de la situation que vit le peuple de Côte d’ivoire.
Le Caucus des Universitaires Américains d’Origine Ivoirienne (CUNAMORI) signifie au peuple français qu’il est dès lors tout autant responsable que son gouvernement des impairs commis en Côte d’Ivoire.
Le Caucus des Universitaires Américains d’Origine Ivoirienne (CUNAMORI) soutient qu’il n’est plus possible au peuple français de continuer à s’abreuver à une grille de lecture manipulée qui nie l’injustice commise en Côte d’ Ivoire et foule aux pieds tout principe au nom des intérêts français. Les intérêts, parlons-en !
De grands groupes financiers se servant de l’exécutif français  comme VRP de luxe mènent le bal en Côte d’Ivoire. Bolloré a ainsi la haute main sur les deux ports stratégiques du pays, Bouygues détient le monopole de l’eau et de l’électricité tandis qu’Orange est un fournisseur incontournable de la téléphonie. La France est présente dans  le commerce du cacao, du café, des métaux précieux, du pétrole, etc... Quelque 300 PME hexagonales y prospèrent adossées aux gardes chiourme de l’armée française basée dans le pays. La diplomatie de la Côte d’Ivoire est inféodée à celle de Paris.
Le décor ainsi planté, expliquons maintenant au peuple français ce qui se passe réellement en Côte d’Ivoire depuis ces 20 dernières années ?
. Reconnaissons d’abord que la stabilité tant chantée de la Côte d’ Ivoire, vitrine-otage de la France en Afrique, n’était que flatteuse. À la mort du vieux Président Houphouët-Boigny a succédé une lutte féroce pour le pouvoir opposant deux fiers héritiers du parti unique : Henri Konan Bédié et Alassane Dramane Ouattara. Un Général, Robert Guéi, bras armé de l’oligarchie au pouvoir, leur ravit le graal et instaure une dictature militaire. Dès lors, la victoire de Laurent Gbagbo à l’élection présidentielle de septembre 2000 fut perçue comme une thérapie démocratique pour le pays. Opposant historique à Houphouët-Boigny et au parti unique, il prône l’accession au pouvoir par la voie des urnes. Très vite, cette vision novatrice et osée dérange en France où le vieux subconscient néocolonial n’a pas pris une ride.
Bien que conscient de l’interdépendance des Etats, Laurent Gbagbo reste cependant un souverainiste dans l’âme qui voulait faire de la Côte d’ Ivoire un pays indépendant au même titre que la France, votre pays. Tout naturellement, il ne peut se faire à cette idée raciste  qui fait de tout président africain un obligé de Paris. Contrairement aux usages,  il refuse de travailler sous la dictée du gouvernement français. L’exercice rétrograde et condescendant consistant à soumettre l’ordre du jour du conseil des ministres à l’approbation de Paris lui est insupportable. L’establishment français dans son ensemble lui fera payer cette outrecuidance. Laurent Gbagbo concentrera alors toutes les haines des gouvernements  successifs français offusqués qu’un leader ivoirien « sujet de son pré carré africain », ose remettre en cause l’idylle nouée avec Houphouët-Boigny et recyclée par Bédié et Ouattara.
Cette idylle a un nom : la Françafrique, un système d’exploitation multiforme honteux que François Mattei,  journaliste d’investigation français, décrivait ainsi en 2014 :
« Ce sont des mécanismes de domination coloniale qui sont supposés avoir disparu, qui officiellement ont disparu, mais qui sont en fait masqués. Les piliers de la Françafrique existent bel et bien : présence militaire française en Afrique avec plus de 10.000 hommes et des interventions fréquentes, des accords de défense qui permettent cette présence militaire, la haute main de la France sur le sous-sol de ces pays, par exemple pour l’uranium du Niger qui assure le quart de production électrique française, et le contrôle de la monnaie, le franc CFA, qui est imprimé en France, en Auvergne, et qui est géré par le Trésor public français. Aujourd’hui, la France prend 50 % des devises d’exportations de ces pays : ventes de cacao, café et minéraux, notamment, pour garantir la monnaie ».[1]
Chers amis français, vous conviendrez que pareille ignominie n’est acceptable nulle part au monde. Encore moins en…France, un pays connu et reconnu pour son nationalisme sourcilleux. Le Général de Gaulle n’avait-il pas « foutu » les Américains dehors sans égard aucun pour leur déterminante contribution à la libération de la France des griffes du  nazisme ? Laurent Gbagbo est-il un épigone de de Gaulle ? A vous d’en juger.
Avant son accession au pouvoir d’Etat et aussi au cours de sa gouvernance, Laurent Gbagbo a témoigné de son aversion pour la Françafrique. L’agenda qu’il élabore pour lutter contre ce phénomène abject est très détaillé :
. Laurent Gbagbo veut obtenir le démantèlement du 43ème Bima, base militaire française installée à Port-Bouët, au sud d’Abidjan, par le Général de Gaulle et au plaisir obséquieux d’Houphouët-Boigny, premier Président du pays.
. Il entend se retirer du Franc CFA, cette monnaie coloniale qui travaille contre les économies africaines.
. Il rejette le tête-à-tête stérile avec la France pour promouvoir une politique du « donnant-donnant » et d’égalité en diversifiant les partenaires économiques. Il se rend ainsi en Chine en avril 2002 pour  toucher du doigt les leviers ayant permis à ce pays de sortir du sous-développement.
. Au rebours de ses pairs africains, il refuse la mendicité de l’aide au développement et met en place un « budget sécurisé ».  Ce budget réoriente radicalement la philosophie du développement en vigueur en décrétant que la Côte d’ Ivoire se doit d’abord de compter sur ses propres ressources et ne considérer tout apport extérieur que comme appoint. En principe, pareille innovation aurait dû ravir la France, elle qui − on ne nous le rappelle que trop souvent − se dit  contrainte de porter à bout de bras des pays africains défaillants. Que nenni ! Allez savoir pourquoi !
. Il dénonce un code des investissements irresponsable autorisant les entreprises étrangères − majoritairement françaises − installées en Côte d’ Ivoire à rapatrier la totalité de leurs bénéfices, obérant ainsi toute possibilité d’un véritable décollage économique du pays.
Au plan symbolique :
. Il dédaigne les fameux sommets franco-africains dont l’objectif inavoué est de réévaluer constamment et de conforter la place centrale de la France dans sa basse-cour africaine tout en infantilisant les dirigeants africains et leurs peuples.
. En patriote vigilant, il interdit à son armée de se joindre aux rituels défilés du 14 Juillet à Paris car il a conscience que ce faisant, il rétrocède l’indépendance de son pays à la France.
. Il n’accepte pas que l’on veuille faire financer les scrutins nationaux – baromètres de souveraineté - par la France avec laquelle il entendait d’ailleurs traiter d’égal à égal.
. Alors que ses pairs africains en villégiature imméritée en France, regardent ce pays comme un horizon indépassable, y dilapidant les deniers de leurs pays,  lui, trouve plaisir à se reposer dans les stations balnéaires modestes de la Côte d’Ivoire.
. N’ayant ni biens personnels ni comptes bancaires en France, il passe pour une anomalie aux yeux de ses pairs.
Visiblement, Laurent Gbagbo était devenu un symbole gênant que la France se devait de neutraliser  au plus vite au risque d’ouvrir la porte à une contagion mortelle dans sa sphère d’influence. La rébellion sanguinaire de septembre 2002 − rébellion de restauration du vieux système de privilèges − soutenue par les gouvernements de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy trouve ici tout son sens. Tout y passa: intelligence, soutien logistique, diabolisation et lynchage médiatique de Gbagbo, campagne diplomatique de pression, tout fut mis en œuvre pour tuer dans l’œuf une espérance, une expérience unique d’émancipation politique, économique et culturelle en Afrique francophone en ce début de 21e siècle. Laurent Gbagbo ne pourra plus gouverner librement et dérouler son programme de bien-être au profit des populations et devra, pour la sauvegarde de la paix, partager le pouvoir avec un groupement de rebelles adoubés par la France.
Ainsi seront signés les fameux Accords de Marcoussis − accords de paix en trompe l’œil − ayant permis à la France non seulement de temporiser pour réorganiser une rébellion de vieux soudards incapables mais aussi et surtout de déposséder le président Gbagbo de ses prérogatives légitimes, le tout dans un contexte de gouvernement d’union où dirigeants élus démocratiquement et rebelles incultes formaient un attelage improbable. Et pour cause, la France en grande ordonnatrice redoutait une sortie de crise avec un Laurent Gbagbo renforcé dans sa légitimité.
Un scrutin présidentiel truqué d’avance par les officines françaises et hanté par une rébellion toujours en armes se tient en 2010. Il oppose Laurent Gbagbo aux  deux obligés de la France, Henri Konan Bédié et Alassane Dramane Ouattara. Gbagbo est déclaré vainqueur par le Conseil Constitutionnel de son pays, juge suprême des élections. La Commission Électorale Indépendante à son tour proclame M. Ouattara élu au mépris des dispositions de la loi électorale mais avec le soutien ferme et constant des bénéficiaires de la déstabilisation du pays : la Communauté internationale, une entité qui se réduit ici à une poignée de pays occidentaux menés par la France. Sûr de son fait et par souci d’apaisement, Gbagbo préconise un recomptage des voix sous la supervision de l’Union Africaine ou de toute autre institution crédible. Refus hystérique de Ouattara et de ses alliés occidentaux menés par le Secrétaire Général de l’ONU, M. Ban Ki-Moon et son représentant en Côte d’Ivoire, M. Choi, un homme des basses besognes. Quant à Nicolas Sarkozy,  son hostilité envers Laurent Gbagbo et son activisme au profit de Ouattara laissent pantois. Ainsi, la solution du recomptage concédée à Al Gore en 2000 par la Cour Suprême de la Floride (recomptage annulé, il est vrai, après coup le 12 décembre 2000 par la Cour Suprême des États-Unis), préconisée ensuite en Haïti en 2010 par Bill Clinton et la France et récemment implémentée au Gabon en 2016, était du coup brocardée comme « perte de temps !!! ». On comprendra très vite le but de la manœuvre : imposer une solution militaire.
 
La  guerre en Côte d’Ivoire sera atroce, faisant plus de 20 000 morts. Sur le terrain, lors de la bataille décisive d’Abidjan en avril 2011, la déroute des mercenaires de Ouattara contraint la France, son alliée, à jeter le masque. Les hélicoptères d’attaque du contingent français “La Licorne” massacrent alors les populations civiles indignées qui tentaient de rallier le quartier présidentiel de Cocody. Le bilan macabre, largement sous-évalué, fait état de 300 morts en l’espace d’une journée.  L’armée d’occupation de Sarkozy épaulée par le contingent des Nations-Unies, pilonne également les casernes militaires d’Agban et d’Akouédo à Abidjan. Enfin, toujours appuyées par les hélicoptères de combat, les forces françaises bombardent au lance-missile le palais présidentiel d’un pays indépendant et capturent son Président légitime pour, in  fine, rétablir la domination impériale de la France sur la Côte d’Ivoire, son ancienne colonie.
Chers amis français, méfiez-vous des campagnes d’intoxication financées à coup de milliards d’euros par le pouvoir d’Abidjan et menées par certains journalistes corrompus de l’Hexagone. Retenez que M. Ouattara n’a pas gagné l’élection présidentielle de 2010. Pour conforter son pouvoir usurpé, il a dû, au pas de charge et contre tout bon sens, transférer Laurent Gbagbo à la Cour Pénale Internationale pour y être jugé pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Aujourd’hui, cela fait déjà six ans que les vainqueurs de la guerre sont au pouvoir et à l’œuvre en Côte d’Ivoire. Quel bilan ?
Au plan politique et syndical, le tableau est bien sombre. Le pouvoir antidémocratique d’Abidjan, liberticide à souhait, s’attaque avec hargne aux avancées démocratiques obtenues de haute lutte par Laurent Gbagbo et ses camarades. Jugez-en vous-mêmes ! A ce jour, les centres de détention du pays comptent plus de trois cents prisonniers politiques proches de Laurent Gbagbo. La presse est bâillonnée par un CNP (Conseil National de la Presse) qui, loin de réguler la profession, se charge, telle une Gestapo tropicale, de dresser la liste des journalistes à embastiller pour délit de presse. Les libertés syndicales sont piétinées et les syndicalistes jetés en prison, limogés ou mutés vers des postes déshérités. La machine répressive du pouvoir les traite non pas comme des partenaires au dialogue social mais plutôt comme des ennemis politiques à abattre.
La réconciliation, clé de voûte de la cohésion nationale, reste un vœu pieux. Charles Konan-Banny, le Président de l’ex-Commission Dialogue, Vérité, Réconciliation (CDVR), créée le 13 juillet 2011, fut sommé par Ouattara de ranger son rapport au placard. M. Banny met aujourd’hui en garde, recommandant de ne point confondre le « calme avec la paix ». Une  « justice des vainqueurs » est en marche, frappant toujours dans le camp de Laurent Gbagbo, jamais dans celui de Ouattara, qui peut ainsi nier impunément les crimes imputés à ses mercenaires par les ONG internationales. Ces criminels en treillis font actuellement office d’armée nationale de la Côte d’Ivoire ! Cerise sur le gâteau, ceux-ci viennent d’obtenir individuellement de leur employeur Ouattara, par la force des armes, une villa  et le versement d’une « prime de rébellion » estimée à 12 000 000 FCFA, soit 18 000 Euros: une vraie misère, n’est-ce pas ? Du coup, le pays est contraint à un  exercice d’ajustement hâtif de ses finances. Et si toutes ces largesses avaient été consenties hors-budget dans le plus démocratique des pays !
Au  plan social, c’est le désenchantement. Si le régime s’octroie volontiers des taux de croissance à  deux chiffres, les populations crient famine. C’est donc une croissance appauvrissante que les médias français aux ordres refusent de qualifier comme telle. Aujourd’hui, les foyers ivoiriens sont abonnés  à la «mort subite », doux euphémisme pour  nommer le seul, unique et précieux  repas quotidien. Le chômage atteint des proportions inédites. Le « rattrapage ethnique » − trouvaille discriminatoire de M. Ouattara − qui réserve les emplois publics et privés aux seuls pro-Ouattara originaires du septentrion ivoirien - fait office de politique nationale de l’emploi dans un pays où cohabitent pourtant une soixantaine d’ethnies ! Livrée à elle-même, la jeunesse, gage de survie de la nation, se gangstérise en se décomposant en « microbes » et autres « coupeurs de routes » : viols, attaques à la machette et meurtres gratuits sont le lot quotidien des populations ivoiriennes dans un silence sonore, comme autant de tributs cyniques payés au recyclage des mercenaires de Ouattara. Une nouveauté : de nombreux jeunes fuyant le « paradis » de Ouattara s’en vont mourir sur les plages méditerranéennes. C’est pourquoi, la complaisance de la France officielle qui, au nom des intérêts, déroule le tapis rouge au dictateur Ouattara en visite à Paris est choquante et mérite d’être dénoncée.  Voilà donc le visage de la Côte d’Ivoire de Ouattara telle que voulue par ses soutiens extérieurs.
Peuple français, le Caucus des Universitaires Américains d’Origine Ivoirienne (CUNAMORI) connaît ton esprit d’engagement. Des horreurs du Liban  aux crimes odieux de la Bosnie,  des tragédies de  l’Irak au martyre de  l’Arménie, tu as toujours fait montre d’une capacité d’indignation qui force le respect. Ta mémoire ne doit pas être sélective. Refuse de cautionner les dérives nostalgiques des gouvernants  français sans vision qui ont décrété la fin de l’Histoire en Côte d’Ivoire en prenant fait et cause pour  le régime du gouverneur tropical Ouattara. Ne te rends pas complice de ton gouvernement et de ses élites mafieuses qui s’allient volontiers aux dictateurs africains véreux pour se partager les richesses de la corruption, du vol et des viols. Agis dès maintenant ! Ose-leur demander des comptes quant aux visées de la politique poursuivie en Côte d’ivoire en ton nom. Faute de quoi, après la déflagration qui s’annonce, ton « je ne savais rien de tout ça » tombera dans des oreilles de sourds. Car demain, il sera trop tard.

EN MARAUDE DANS LE WEB
Sous cette rubrique, nous vous proposons des documents de provenance diverses et qui ne seront pas nécessairement à l'unisson avec notre ligne éditoriale, pourvu qu'ils soient en rapport avec l'actualité ou l'histoire de la Côte d'Ivoire et des Ivoiriens, ou que, par leur contenu informatif, ils soient de nature à faciliter la compréhension des causes, des mécanismes et des enjeux de la « crise ivoirienne ».

Source : http://www.afriquematin.net 8 avril 2017


[1] - Cf. La Françafrique est une réalité. In Buzzles. La pièce d’infos qui vous manque. Rubrique Internationale du 30 novembre 2014.

mardi 4 avril 2017

Élie Domota : « Les Guyanais ont entamé un combat qui doit mener vers la décolonisation »

Elie Domota
Dans un entretien au HuffPost, le leader indépendantiste guadeloupéen exprime sa solidarité avec les grévistes guyanais. Fer de lance de la mobilisation syndicale lors de la grève générale en Guadeloupe en 2009, Elie Domota fait très largement le lien entre les deux combats. Comme il le dit dans cet entretien, le syndicaliste (il est secrétaire de l’Union générale des travailleurs de Guadeloupe, UGTG) affirme que « les racines du mal sont les mêmes ». Partisan d’une libre détermination des peuples, cette figure indépendantiste estime que les Guyanais ont entamé un combat qui doit mener à terme vers « la décolonisation ».
En quoi vous reconnaissez-vous dans le mouvement social qui touche la Guyane ?
Les racines du mal sont les mêmes. Le retard de développement, l’illettrisme, l’analphabétisation, le chômage de masse trouvent leur origine dans la même situation. Cette situation, il faut la nommer : c’est la domination coloniale. On peut nous dire que la Guadeloupe, la Martinique ou la Guyane sont des régions françaises, des départements d’outre-mer, ce sont en réalité toujours des colonies et la vocation de la colonie c’est de servir les intérêts de la métropole. Guadeloupéens, Martiniquais, Réunionnais, Guyanais ou Kanaks, nous n’avons jamais été considérés comme des citoyens français. L’histoire est là pour le rappeler. Quand, en 1789, la France promulgue la Déclaration des droits de l’homme, les Guadeloupéens sont esclaves. Quand, en 1848, la France abolit l’esclavage en Guadeloupe, ce sont les propriétaires d’esclave que la République indemnise.
En 2009, à l’issue d’une grève de près de 50 jours, vous aviez tout de même signé un accord…
Toutes les politiques publiques mises en œuvre depuis toujours en Guadeloupe n’ont qu’un seul objectif : nous maintenir dans la domination et la soumission pour nourrir et entretenir les intérêts de la métropole. Ce qui a été fait en 2009 avait pour seule ambition de calmer le jeu mais le cœur du problème n’a pas été traité.
L’accord signé à l’époque était pourtant très large ?
En 2009, il y a des questions fondamentales qui ont été posées sur le développement économique et social sur l’insertion, sur le transport, sur la santé, sur le développement agricole. Mais aucune de ces questions n’a jamais connu de réponse concrète. Les accords n’ont jamais été respectés aussi bien par le gouvernement Sarkozy que par le gouvernement Hollande. Les textes adoptés pour lutter soi-disant contre sur la vie chère ont justement fait la part belle aux multinationales et aux importateurs distributeurs, pas aux Guadeloupéens.
Et vous redoutez la même chose en Guyane ?
C’est certain, nous aurons les mêmes effets. Le gouvernement français va annoncer un certain nombre de millions pour faire ceci ou cela mais le cœur du problème repose sur la décolonisation. Pour que nos pays puissent sortir de ce marasme et de ce pourrissement entretenus depuis des siècles, il faut que, un jour, nous puissions décider ce qui est bon pour nous.
Vous appelez donc à voter à la présidentielle pour un candidat comme Philippe Poutou qui est favorable à cette auto-détermination ?
Ce sont des élections qui concernent la France. Notre mouvement aura une position sur ces élections françaises mais nous n’appellerons pas à voter pour qui que ce soit.
Quel message souhaitez-vous adresser aux grévistes ?
Nous n’avons rien à leur conseiller. Les Guyanais sont suffisamment grands et forts pour combattre et poursuivre leur lutte comme ils doivent la mener. Mais je leur dis qu’ils ont raison de lutter. Ils ont raison de contester l’ordre établi, de demander que leurs enfants aient la chance d’accéder à l’excellence, à un travail. Ils ont raison de demander à être maître de leur pays, de prendre, en tant que Guyanais, les manettes de leur pays.
Les luttes éclairent les luttes qui éclairent les luttes. Quelle que soit l’issue de ce combat-là, les Guyanais ont entamé un combat qui doit mener, selon nous, un jour, vers la décolonisation qui est la seule alternative possible.
Irez-vous en Guyane les soutenir ?
Nous avons été invités mais les Guyanais sont suffisamment responsables et forts pour mener à bien leur mouvement. Nous les soutenons, nous sommes solidaires mais je reste en Guadeloupe.

Source : http://www.huffingtonpost.fr 27 mars 2017